Appel à soutien : risque d'expulsions de Calais vers le Soudan

Alors que le Soudan vit depuis un mois sous état d'urgence pour mieux réprimer le mouvement social qui conteste le régime, la France continue à vouloir expulser vers ce pays. Deux personnes enfermées au centre de rétention de Coquelles, près de Calais, sont menacées d'expulsion.

Arrestations, détentions arbitraires et au secret, état d'urgence proclamé le 22 février, sont les réponses du gouvernement soudanais au mouvement social qui le conteste. Au moins cinquante-sept manifestants ont été tués depuis le mois de décembre (voir ici et ).

http://www.acjps.org/sudan-protests-urgent-call-for-investigations-into-the-custodial-death-of-three-university-students-and-alleged-torture-of-detainees-by-niss/

http://www.acjps.org/sudan-protests-deep-concern-for-the-safety-and-wellbeing-of-eight-activists-detained-incommunicado/

Mais le président génocidaire du Soudan est aussi l'ami des gouvernements européens pour l'externalisation des politiques migratoires européennes sur le sol africain (voir ici et ).

C'est un pays vers lequel les autorités françaises expulsent des personnes qui cherchent refuge en Europe (voir par exemple ici, ici, ici, ici, ici et ).

Deux personnes enfermées au centre de rétention de Coquelles près de Calais risquent actuellement d'être expulsées vers le Soudan (l'une a été transférée hier au centre de rétention du Mesnil-Amelot, à côté de l'aéroport de Roissy). Vous pouvez les soutenir en interpellant les autorités et la compagnie aérienne (voir ci-dessous).

Voici l'information publiée par le blog Calais Migrant Solidarity :

https://calaismigrantsolidarity.wordpress.com/2019/03/18/risk-of-deportation-to-soudan-alerte-risque-deportation-vers-le-soudan/

" Gibril est une personne soudanaise détenue depuis le 26 février dans le centre de rétention administrative (CRA) de Coquelles (près de Calais, juste en face du terminal EuroTunnel). Il y a été transféré après avoir été arrêté pour un délit mineur il y a environ un mois et a été contraint de se rendre à l’ambassade du Soudan pour être déporté dans son pays d’origine, pays qu’il a fuit pour chercher la liberté et la sécurité.
Comme cela arrive souvent aux étrangers, en particulier (mais pas uniquement) à ceux qui sont sans papiers, quelle que soit la peine prononcée au procès pour le crime dont ils sont accusés, la France leur impose une interdiction de territoire justifiée par des risques à l’ordre public.
Quitter la France, destination: Soudan.

A., un homme âgé du Soudan, a été arrêté alors qu’il tentait le passage pour rejoindre le Royaume-Uni. Il est également détenu au CRA de Coquelles au moment où nous écrivons. Comme Gibril, il a déjà été présenté à l’ambassade, qui, une fois qu’elle a reconnue la personne comme étant originaire du pays qu’elle représente, peut délivrer un laisser-passer permettant la déportation.

En ces jours de manifestations , de solidarité et de rage dans de nombreuses villes d’Europe pour dénoncer la répression du dictateur Al-Bachir, la France, pays des droits de l’homme, tente de renvoyer ces deux personnes au Soudan.
Malgré les nombreuses enquêtes publiées au cours des dernières années, il ne s’agit pas de cas isolés, et de nombreuses personnes ont été déportées vers le Soudan, ainsi que vers d’autres pays considérés “à risque”, tels que l’Irak et l’Afghanistan.

La nouvelle loi Asile a doublé la durée maximale de rétention administrative, passant de 45 à 90 jours, soit trois mois, au 1er janvier 2019.

A bas les centres de rétention, qui sont des prisons pour les personnes qui n’ont pas les “bons” documents. Soutenez Gibril, A. et tou-te-s les autres retenu-e-s.

Un témoignage de Gibril, que l’on publie avec son accord

“N’importe quoi mais pas retourner au Soudan. Je suis en danger là-bas,  je n’y suis pas en sécurité.
Je veux être libre, je suis venu ici (en Europe) pour ça. Je voulais aller au Royaume-Uni mais ils m’ont arrêté à Calais parce qu’ils disaient que j’avais commis un crime. J’ai trouvé cela injuste, mais tout s’est passé très vite. Ils m’ont mis en prison pendant environ un mois. Puis ils m’ont dit que j’allais être déporté. Mais la punition de ce crime, je suis sûr que ce ne doit pas être une condamnation à mort, alors que c’est le cas si on me déporte au Soudan
. “

 

Ce que vous pouvez faire – et cela a déjà marché par le passé:

Faire pression sur le gouvernement
sec.immigration@interieur.gouv.fr, 01 49 27 49 27
premier-ministre@pm.gouv.fr

 

Interpeller par mail Fabien Sudry, le préfet du Pas-de-Calais pour lui demander d’annuler toutes les OQTF pour le Soudan, ainsi que sa décision d’expulser Gibril S. et monsieur A. , ou encore

Par téléphone : (+33) (0) 3.21.21.20.00

Par fax : (+33) (0)3.21.55.30.30

Via le formulaire de contact de la préfecture.

 

D’autres contacts utiles :

Ministre de l’Interieur Christophe Castaner

c.castaner@senat.fr

c.castaner@interieur.gouv.fr

Ou via ce formulaire.

Écrire à la compagnie Qatar Airways, auprès de laquelle sont généralement réservés les vols pour les expulsion vers de pays comme le Soudan. Vous pouvez téléphoner à son agence de Paris ou vous y rendre pour expliquer courtoisement votre point de vue sur leur participation à ces expulsions.
Vous pouvez aussi l’interpeller sur facebook. "

Et la mise à jour faite hier par la Cabane juridique de Calais :

https://www.facebook.com/legalsheltercalais/posts/618334225295879?__tn__=K-R

" -Alerte Déportation-

Nous relayons l'alerte publiée par CMS, concernant deux personnes soudanaises retenues au centre de rétention de Coquelles, dont l'une, Gibril, est menacé après 45 jours de privation de liberté de déportation vers le Soudan.

Il a été transféré à l'aéroport Charles de Gaulle depuis Coquelles aujourd'hui.

C'est le préfet du Pas-de-Calais, qui a pris l'Obligation de Quitter le Territoire à son encontre, à destination d'un pays, tout sauf sûr. "

Proposition de lettre aux autorités :

"

Lettre type pour les autorités:


Monsieur le Préfet, A qui de droit,

 

Je vous alerte concernant deux soudanais enfermés au centre de rétention de Coquelles, en vue de leur expulsion vers le Soudan, où ils risquent la détention arbitraire, des traitements inhumains et dégradants, la torture ou une exécution extrajudiciaire.

 

Jebril Seleman vient d’être transféré ce matin 20 mars à l’aéroport Charles de Gaulle, pour un renvoi imminent vers le Soudan.

Monsieur Abdalla Babo Elrayah Husman est encore au CRA, et risque le meme sort a tout moment.


Deux arrêts de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, datés du 15 janvier 2015 – A.A. c. France (n o 18039/11), A.F. c. France (n o 80086/13) – ont jugé que l’éloignement des requérants soudanais emporte violation de l’article 3 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, eu égard aux risques avérés de traitements inhumains ou dégradants en cas de renvoi au Soudan. La Cour Européenne des Droits de l’Homme a jugé que les mesures d’éloignement prises à l’encontre des requérants soudanais étaient contraires à cet article.

Je souhaite également attirer votre attention quant à la détérioration actuelle de la situation sécuritaire au Soudan, telle que documentée par les rapports et articles d’Amnesty International et Human Rights Watch les mois derniers. En effet, ces instances mettent en avant les violations des droits de l’homme commises dans le cadre de la violente répression contre la population et les manifestants depuis décembre 2018. Cette répression a fait une cinquantaine de morts, plus d’un millier d’arrestations et environ 2000 blessés. Les enlèvements et la torture sont pratiqués à grande échelle par les Services de Sécurité (NISS).
Dans ces conditions, tout renvoi vers le Soudan constitue une atteinte grave à la vie des personnes concernées, dont le danger en cas d’expulsion vers le Soudan – du fait même d’être expulsé – est avéré.

 

Ces deux personnes se sont déjà exprimées sur leurs craintes en cas de retour. Je vous demande de bien vouloir prendre en compte ces craintes, ainsi que les risques avérés d’emprisonnement, de torture et d’exactions sur les ressortissants soudanais en cas de retour.  Je vous demande donc de procéder à l’annulation de la décision d’expulsion et à la libération de monsieur Jebril Seleman et monsieur Abdalla Babo Elrayah Husman.

 

Veuillez agréer, Monsieur le préfet, l’expression de mes salutations citoyennes.

XX "

 

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