Union européenne - Érythrée : la lune de miel

Tandis que le France expulse vers l'Érythrée, L'Union européenne veut y financer un programme de construction de route utilisant comme main d'œuvre des conscrit-e-s en situation d'esclavage. Au côté du régime génocidaire du Soudan, l'amitié nouvelle de l'Union européenne avec l'une des pires dictatures de la planète.

On la surnomme "la Corée du Nord de l'Afrique", c'est une des dictatures les plus dures de la planète, c'est l'amie de la France et de l'Union européenne.

Depuis plusieurs années, des États européens essayent de se débarrasser de ses ressortissant-e-s qui, lorsqu'elles et ils réussissent à atteindre l'Europe se voient très généralement reconnaître le statut de réfugié-e ou une autre forme de protection. La France a franchit le pas ce 6 juin en expulsant un demandeur d'asile érythréen dont la procédure de demande d'asile était encore en cours - expulsion qui suppose une coopération avec les autorités érythréennes.

Pour empêcher les exilé-e-s venant d'Afrique d'arriver à ses côtes, l'Union européenne a mis en place deux cadres de coopération avec les États africains qu'elle charge de constituer un glacis en amont de ses frontières : le processus de Rabat à l'ouest, le processus de Khartoum à l'est, qui donne un rôle central au régime génocidaire du Soudan. C'est ainsi que la milice des Janjawids, actrice majeure du génocide du Darfour, devenue Force d'action rapide, s'est transformée en garde-frontière pour le compte de l'Union européenne, avant de réprimer ce 3 juin le mouvement social soudanais pour la démocratie (voir ici et ).

L'Érythrée est un autre partenaire de l'Union européenne dans le cadre du processus de Khartoum. Une difficulté - il semble que l'absence de démocratie ne soit pas un problème pour l'Union européenne : aucun traité de paix avec l'Éthiopie n'a suivi l'indépendance de l'Érythrée en 1993 et la guerre qui a opposé les deux pays de 1998 à 2000.

À l'intérieur, cet état de guerre larvée permet au régime érythréen de maintenir sous l'uniforme les conscrit-e-s - le service militaire est obligatoire pour les femmes et les hommes - sans limite de durée. Dans les faits, pendant la plus grande partie de leur service, les conscrit-e-s travaillent de manière forcée dans les domaines et pour les entreprises qui appartiennent aux dignitaires du régime. The Global slavery index considère ainsi que près de 10% de la population vit dans une situation d'esclavage.

La signature le 9 juillet 2018 d'un traité de paix entre l'Éthiopie et l'Érythrée devrait résoudre tous les problèmes - c'est du moins ce que veut croire la Commission européenne. Un an plus tard, le service militaire sans limite de durée, dans des conditions assimilées à de l'esclavage, est toujours en place. La raison invoquée par le gouvernement érythréen est que le taux de chômage est élevé, et que les conscrit-e-s démobilisé-e-s se retrouveraient sans emploi.

Qu'à cela ne tienne, répond la Commission européenne, nous allons financer la réfection de vos routes, ce qui permettra le développement des échanges commerciaux avec l'Éthiopie, qui n'a pas d'accès direct à la mer, ce qui en bonne doctrine libérale permettra la baisse du chômage, et partant rendra possible la libération des conscrit-e-s.

L'Union européenne prévoit donc un financement de 20 millions d'euros pour la réfection des routes, à laquelle contribuera le travail forcé des conscrit-e-s. L'Union européenne le sait et l'endosse, puisque c'est écrit sur la fiche projet (page 3 : "The labour used by the construction companies will consist of three types of personnel: permanent Government professionals; those in national service; and those mobilised from the local community on a cash-for-work basis").

Vous pouvez télécharger la fiche-projet ici (pdf, 562.3 kB).

Les protestations viennent pour l'instant des diasporas d'Afrique de l'est et de leurs soutiens. Ainsi une lettre ouverte concernant l'utilisation des fonds européens dans le cadre du processus de Khartoum (que vous pouvez télécharger ici (pdf, 142.3 kB)), ou la mise en demeure de l'avocat de la Fondation Droits humains en Érythrée (que vous pouvez télécharger là (pdf, 795.4 kB)).

En parallèle, la société érythréenne se mobilise pour obtenir le départ du dictateur Isaias Afwerki. Cette mobilisation implique principalement la diaspora, tant la répression et le contrôle politique restent forts dans le pays :

https://www.bbc.com/news/amp/world-africa-48034365

 

 

 

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