L'Épique Réinscription de la Polynésie Française sur la liste des pays à décoloniser

Un grand entretien passionnant pour faire valoir ce que de droit des peuples, où Moetai Brotherson, député indépendantiste de la Polynésie Française, revient sur les obstacles que dressa l'État contre une poignée de militants Mā'ohi (et Kanak) irréductibles, pour tenter, en sous-marin, de torpiller sans succès la pacifique réinscription du Fenua sur la liste des pays à décoloniser de l'ONU en 2013

ONU - La Réinscription de la Polynésie Française/Mā'ohi Nui sur la liste des Territoires non autonomes © tavinihuiraatira
Moetai Brotherson et Pyèr. Le 12 octobre 2017 à l'Assemblée Nationale. Moetai Brotherson et Pyèr. Le 12 octobre 2017 à l'Assemblée Nationale.

12 octobre 2017 - 1492. L'accréditation de l'Assemblée Nationale. 12 octobre 2017 - 1492. L'accréditation de l'Assemblée Nationale.

FRATERNITÉ OCĖANIQUE DÉCOLONIALE !  Filles et Fils des Grands Fleuves ! Filles et Fils de l'Océan !  Nos destins s'embrassent invaincus !  Par l'Oracle et la Force des Eaux ! Soley' ! Pyèr. FRATERNITÉ OCĖANIQUE DÉCOLONIALE ! Filles et Fils des Grands Fleuves ! Filles et Fils de l'Océan ! Nos destins s'embrassent invaincus ! Par l'Oracle et la Force des Eaux ! Soley' ! Pyèr.

À la Une générale de Médiapart les 22 et 23 octobre, le lien ici :  

 

Manhattan, New York. L’Assemblée Générale de l'Organisation des Nations Unies remet la Polynésie française sur la liste des territoires à décoloniser  le jour de sa 67ème session et 89ème plénière au matin du 17 mai 2013.

Trente cinq années séparent ce moment solennel du jour de printemps 1978 où la délégation océanienne de Polynésie française et de la Kanaky - Nouvelle Calédonie s'était spontanément rendue à New York depuis les antipodes par ses propres moyens.

[Moetai Brotherson (Conçu à Nuku Hiva ; chef-lieu des Îles Marquises, né à la descente du bateau à Papeete, Tahiti, en 1969) élu indépendantiste du parti d'Oscar Temaru le Tavini Huiraatira, aux dernières élections législatives à la chambre haute du parlement français, soit 68 ans après M Pouvanaa Oopa, le père du nationalisme tahitien qui entra en août 1949 comme premier député tahitien à l'Assemblée Nationale]

 "Il y avait M Roch Pidjot (qui est le grand-père maternel de Roch Wamytan, le signataire des Accords de Matignon en 1998) qui à l'époque était député Kanak. Et c'est grâce à Roch Pidjot que la délégation Kanak se déplace à New York en invitant Oscar Temaru, alors simple employé tahitien des douanes sans mandat politique, accompagné de Robert Maker, qui est son 1er adjoint au maire de Faaa depuis toujours, également un membre co-fondateur du Tavini Huiraatira. Côté kanak au complet, on trouve donc Jean-Marie Tjibaou, Roch Pidjot, Yann Selene et André Gopea.

La délégation, ainsi constituée du Front de Libération de la Polynésie (FLP) et des leaders de l'Union Calédonienne au sein du Front Indépendantiste (FI) qui sera créé quelques mois plus tard, arrive à New York, hébergée par l'Église de Harlem en relation avec celle de la Calédonie. 

À cette époque Kurt Waldheim (l'ex Chancelier autrichien) est le Secrétaire Général de l'ONU, et par l'intermédiaire du député Roch Pidjot la délégation arrive à le rencontrer. Alors, c'est un rendez-vous qui n'est pas inscrit à l'agenda, informel, dans un couloir, un truc vraiment "à l'arrache" quoi ! Donc les Kanak s'expriment sur leur situation, ensuite M Waldheim donne la parole à Oscar qui est venu pour parler du nucléaire, il est venu pour demander l'aide de l'ONU, pour contrer les essais nucléaires qui ont démarré le 2 juillet 1966, trois ans après l'installation du Centre d'Expérimentation du Pacifique (CEP) en 1963.

M Waldheim l'écoute avec beaucoup d'attention, et lui dit : "On ne peut rien pour vous, l'ONU ne peut rien pour vous, c'est une affaire franco-française parce que vous avez été retirés de la liste des territoires non autonomes à décoloniser en 1963 ! " Et c'est là qu'Oscar le regarde avec des yeux ronds en disant : "On a été retirés de quoi ?" C'est donc ce jour-là qu'il apprend dans la même séquence : l'existence de la liste, et que la Polynésie et la Nouvelle Calédonie y étaient inscrites depuis 1946 (année de création de la liste initiale) mais qu'elles en ont été "curieusement" retirées en 1963.

Oscar Temaru sort de là complètement groggy, et, après un voyage retour très compliqué à cette époque depuis New York en passant par l'Australie via de multiples étapes, il convoque harassé, le bureau de ce qui deviendra oficiellement le Tavini Huiraatira en 1983. Il leur explique la situation : "il faut qu'on soit inscrits sur cette liste ! Parce que tant que nous n'y figurerons pas, l'ONU ne fera rien pour nous par rapport au nucléaire." Il avait entretemps récupéré les statuts de l'ONU, la Charte, les résolutions 1514, la documentation sur le Comité des 24, sur la IVème Commission - Politiques Spéciales et Décolonisation, en deux mots ; l'ADN de l'ONU quoi !

Ayant digéré tout cela, émergea l'évidence, que ce soit contre le nucléaire et pour l'indépendance (ça va ensemble car nous sommes là dans des logiques anticoloniales) qu'il nous fallait internationaliser notre combat, sinon c'est "David contre Goliath", et cela passe par l'ONU. Donc depuis 1978 Oscar a commencé son chemin de croix pour que l'on soit réinscrits à l'ONU."

- I - Pierre Carpentier : Quel intérêt, quel avantage y-a-t-il pour la Polynésie, pour les Polynésiens, et par extension ici pour les Guyanais d'être réinscrits sur la liste des pays à décoloniser de l'ONU ? 

Moetai Brotherson : "C'est une question qui est importante, parce que la démarche initiée en 1978 a eu des hauts et des bas, des coups d'accélérations, ensuite des longues périodes de points morts un peu en fonction des moyens, de l'énergie, de l'actualité, des personnes disponibles etc. On a donc réellement  repris ça sérieusement au moment où Oscar décide de constituer cette équipe de choc avec Richard Tuheiava (alors sénateur) et moi, les trois mousquetaires du départ. Depuis 2013 nous étions vraiment concentrés là-dessus, c'est pourquoi je dis que ta question est importante parce qu'en 2013 on perd les élections territoriales en partie à cause de ça. Parce ce que on était tellement occupés à se faire réinscrire qu'on a pas pris le temps d'expliquer au peuple Mā'ohi. Et comme nous ne le faisions pas, l'opposition s'en est chargée, mais de leur perspective...en disant  : "Vous voyez, ils sont fous, nos problèmes de la vie quotidienne, ils n'en ont rien à faire, ce sont des idéologues de la pire espèce, le coût de la vie, ils n'en ont rien "foutre", tout ce qu'ils veulent, c'est aller demander à l'ONU l'indépendance.

Nous sommes donc réinscrits deux heures avant que Gaston Flosse soit réélu. Autrement dit, et c'est cela qui est assez extraordinaire : c'est dans le même jour, au moment où on nous sommes réinscrits sur la liste des pays à décoloniser de l'ONU, et où Oscar est encore techniquement président du gouvernement de la Polynésie française, que deux heures passées après la réinscription, il ne l'était plus. C'est un peu une ironie de l'Histoire où tu peux te dire que là-haut..., il y a des gens qui ont un sens de l'humour vraiment particulier...(rires)

Donc l'intérêt qu'il y a d'être réinscrit, pour revenir au fond de ta question ; ce n'est pas un intérêt immédiat, parce que ce n'est pas l'ONU qui va changer la prix du pain, qui va fixer le prix du baril de pétrole chez vous, ou qui va avoir un impact à court terme dans votre vie économique quotidienne. L'intérêt il est là où il y a une vraie volonté de mettre en place un processus d'autodétermination. Donc, si à la base il n'y a pas de volonté d'autodétermination, ça ne sert à rien, parce que cette liste, sa raison d'être ; c'est ça ! Ce sont les processus d'autodétermination. Par exemple  la quête d'une Autonomie pour maitriser son destin politique fait partie de ce processus. Je dis donc bien qu'une volonté d'autodétermination est nécessaire, et pas forcément d'indépendance.

Au départ, si un peuple a une volonté d'autodétermination, ou une partie de ce peuple, nous estimons que la bonne démarche c'est celle-là. On peut d'ailleurs faire un parallèle avec ce qui se passe en ce moment en Catalogne ; c'est une remarque que j'ai faite à Jordi Miro (le président du parti Independante Estat Catala) quand je l'ai vu en Corse à Corte : "moi ce qui m'embête un peu avec votre démarche, c'est que depuis 2011 je hante les couloirs de l'ONU ; j'y suis allé 17 fois, enfin à peu près ; et je ne vous y ai jamais vu ! Je n'ai jamais à un moment donné entendu qui que ce soit, dire quoique ce soit sur la catalogne au Comité des 24 ou à la IVème Commission, vous n'avez jamais porté votre débat à l'ONU". C'est un choix qu'ils ont fait, ils ont eu une démarche complètement locale, sur laquelle ils ont réussi par contre, ils ont gagné le pouvoir etc... Bref, un peu l'inverse de nous, parce que finalement nous avons gagné à l'ONU mais nous avons perdu localement. (rires)

- 1) L'Intérêt constitutionnaliste.

Ce sont des choix. Pour nous si tu veux, c'était essentiel d'aller à l'ONU parce que nous avons lu la constitution, et dans la constitution française il n'y a rien sur les référendums d'autodétermination, sauf pour la Nouvelle Calédonie depuis qu'il y a l'ajout du chapitre 13 qui date d'après les "événements" d'Ouvea et d'après sa réinscription en 1986. Si tu lis aujourd'hui la constitution pour tout ce qui concerne les collectivités territoriales (DOM, DROM, POM, COM etc..), soit on est régi par l'article 73, soit on est régi par l'article 74 suivant le statut que l'on a, sauf la Nouvelle Calédonie qui a un chapitre à part où justement, l'on traite du processus de décolonisation. Mais nous concernant, il n'y a pas de disposition claire, il y a la possibilité d'organiser des référendums, c'est vrai, mais pas pour organiser des référendums spécifiques d'autodétermination parce que c'est un animal à part ; il faut définir le corps électoral avec des règles bien précises etc. Donc premier élément, indépendamment de la Nouvelle Calédonie, la constitution française ne prévoit aucune disposition claire pour des référendums d'autodétermination. Cela veut dire que si nous restons dans ce contexte bilatéral régi uniquement par la constitution, nous allons nous faire avoir, parce que l'État sera juge et partie, il sera organisateur, il fixera les règles dans une bilatéralité coloniale. On va forcément se faire avoir car tu ne peux pas être à la fois joueur et arbitre ; d'où pour nous l'absolue nécessité d'avoir un arbitre externe, neutre et expérimenté dans ces matières. Et une fois que tu as dis ça, le seul cahier des charges c'est l'ONU. L'organisation a été en partie créée pour ça, c'est inscrit dans ses résolutions, 1514 - 1541 - 2526, réitérées au fil de l'Histoire, et l'ONU est là pour ça. C'est donc le premier intérêt : l'intérêt constitutionnaliste, et stratégique.

- 2) L'Intérêt socio-économique

Tant qu'on est pas dans un processus onusien de décolonisation, tant qu'on est enfermé dans des démarches bilatérales plus ou moins équilibrées, ou plutôt déséquilibrées par nature, on est un peu comme dans le cas de la Catalogne. Soit on est dans des démarches hors la loi, du moins hors cadre juridique ou on a pas de filet de sécurité, c'est vraiment un bras de fer et ça peut bien se terminer, comme ça peut très mal se terminer. On est vraiment suspendus, c'est vraiment le suspens là. Si ça se trouve Puigdemont (le président de la Catalogne) ira en prison...

C'est le premier danger que d'opérer dans un cadre, pas illégal mais hors juridique, le deuxième danger pour nous c'est le lâchage. Aujourd'hui on est en territoire français, une collectivité française, je ne suis pas moi ici pour dire du mal de la France, je fais le distinguo entre l'état, la nation et le peuple. J'ai beaucoup de respect pour le peuple français, j'ai une grande admiration pour la nation française, mon adversaire c'est l'État. Pour ce qui est de la décolonisation, entendons-nous bien. 

Maintenant, le risque de lâchage existe, si on est pas inscrit dans un processus onusien. parce que on peut se retrouver dans des situations comme ce qu'à fait la France au Vanuatu (alors condominium Franco-Britannique). Ils sont partis du jour au lendemain. Il n'y pas eu d'accompagnement. Ils sont partis dans la nuit en catimini par bateaux militaires. ils avaient alors deux colonisateurs : les français et les britanniques qui, eux, ont joué le jeu, ils étaient là pendant la transition, mais les français ont évacué toute l'administration, tout le monde dans la nuit. Ils n'étaient plus là au levé des couleurs le jour de l'indépendance quoi ! Nous c'est ce que nous voulons éviter. Ce que nous disons : c'est trop facile, c'est s'en tirer à trop bon compte que de lâcher des territoires dont on a la charge selon ce qui est inscrit dans la charte de l'ONU ; les puissances administrantes ont le devoir sacré d'accompagner les territoires sous leur tutelle vers le destin que leur peuples auront choisi, c'est une obligation légale. Nous ce qu'on veut, c'est qu'il y ait des accords de coopération pour éviter le syndrome du jour d'après ; du saut dans le vide.

Parce que bon, voilà, imaginons qu'on fasse un référendum, on en a discuté au 1er sommet des Outre-mer de l'Institut Gaston Monerville (un Think Tank juridique et économique ultramarin) en présence de M. Melin-Soucramagnin qui est un constitutionnaliste et ex-déontologue de l’Assemblée nationale de renom, professeur à l'université de Bordeaux, qui disait que dans le cas de la Nouvelle Calédonie aujourd'hui, la question qui se pose c'est : "Le jour d'après ?" Après le jour du referendum, techniquement, il se passe quoi ? Est-ce qu'il y a encore des virements ? Est-ce qu'il y a encore un système bancaire ? Qu'est-ce qu'il se passe concrètement le jour d'après ? Donc si on veut éviter tout-ça, pour nous il faut que ce soit un processus structuré, bien étagé dans le temps, avec des négociations en amont, d'accords de coopération pour dire : "Attendez, si le referendum a lieu un dimanche, le lundi vous ne vous "barrez" pas comme des voleurs !" 

Parce ce que ce qui s'est passé au Vanuatu ; lorsque le Vanua'aku Pati s'est créé en 1971 avec Walter Lini, ils ont réfléchi, et ils ont fait un peu comme la Catalogne. Ils avaient estimé que l'ONU c'était bien, mais que c'était trop long. Alors, à partir de 1976 ils ont sillonné le Vanuatu avec une pétition qu'ils avaient eux-même organisée, écrite, etc. où l'on pouvait lire une question simple : "Voulez-vous que le Vanuatu devienne indépendant ?" 88% de la population avaient signé. Avec les résultats de cette pétition qui faisait office de referendum pour eux, même si cela avait été organisé un peu comme en Catalogne, hors du cadre constitutionnel, ils sont donc aller à l'ONU en disant : "Regardez, nous avons 88% de la population qui veut l'indépendance !" Donc l'ONU prend acte des résultats de cette pétition, convoque la France et la Grande Bretagne pour leur dire que l'on avait là un claire volonté d'indépendance. S'ensuivent des discussions à l'ONU qui prennent quand même deux ans pour fixer la date de l'indépendance. Donc là, c'est l'ONU qui fixe la date du jour de l'indépendance du Vanuatu le 30 août 1980. 

C'est pour ces raisons-là que nous avons absolument tenu à nous inscrire dans un processus onusien d'inscription sur cette liste c'est parce que : 

- 1) Des prévisions n'existent pas dans la constitution française,

- 2) Nous voulions un arbitre, ça nous paraissait essentiel d'avoir un arbitre extérieur neutre et expérimenté,

- 3) Nous voulions que le processus mis en place soit un processus qui évite "le syndrôme du jour d'après ou du "saut dans le vide". Nous voulons des accords de coopérations négociés en amont du referendum. Pour que si le résultat du referendum, c'est un OUI à l'indépendance, eh bien, que  le lendemain on sache ce qu'on fait avec la France.

Je te donne un exemple : parmi les compétences régaliennes il y a la défense. La Polynésie c'est 275.000 habitants. Est-ce qu'on a vocation à créer une armée, à la financer, à la payer etc. On est pas des gens belliqueux, on a envie de taper sur personne nous, bon sauf peut être au Rubgy... (rires) Donc on a pas besoin de créer une armée. La France dispose d'une armée, l'Australie dispose d'une armée, la Nouvelle-Zélande dispose d'une armée, pour ce qui est de la compétence régalienne de la défense on peut, on devrait passer des accords de coopération avec ces puissances ou plusieurs de ces puissances. Cela peut être avec la France, avec l'Australie, la Nouvelle Zélande etc. Prenons les iles Cook : ils se sont alignés sur le système judiciaire néozélandais ; ils acceptent que des juges néozélandais viennent rendre la justice chez eux."

- II - P C :  Quels ont été, pratiquement, les moyens, les ressources humaines et logistiques que vous avez mis en oeuvre pour obtenir gain de cause auprès de l'ONU dans votre bras de fer avec l'État français ? Ou encore, quelles ont été les organisations et/ou personnes déterminantes qui ont permis de débloquer la situation pour que l'Assemblée Générale de l'ONU soutienne la Polynésie et l'inscrive sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser ? 

M B : "Incontestablement, la personne déterminante c'est Oscar Temaru. C'est la pierre d'angle de toute cette démarche. S'il n'y avait pas eu ce petit Monsieur obstiné, on en serait pas là aujourd'hui, parce que ce n'était pas rien quoi !... depuis 1978 !

Nous avons donc constitué cette équipe restreinte. Il y avait donc d'un côté Richard Tuheiava qui était sénateur à l'époque, et qui nous permettait, un peu comme à l'époque de Roch Pidjot (évoquée plus haut) comme un sésame, de rentrer plus facilement dans plein d'endroits. Quand tu envoies un courrier aux ambassades à New York pour réclamer un rendez-vous, c'est plus facile si c'est le papier en-tête d'un sénateur avec sa signature. Pour l'ensemble des réunions qui se déroulaient dans le Pacifique, c'était pareil, il se déplaçait Ès-Qualité... c'était plus facile. On était une équipe, on va dire, assez équilibrée. Moi j'ai un back ground technique, je suis informaticien à la base, ingénieur en informatique et télécom, donc tout ce qui était mailing, ciblage, création de site web, parce qu'on avait créé un site web dédié ou on mettait des informations au fur et à mesure. Donc ça, je m'en suis occupé. Également, pendant toutes les réunions on se répartissait la parole, on avait chacun des sujets que l'on maitrisait. Dans tous les rendez-vous qu'on a eu, chacun connaissait sa partition. Oscar s'exprimait sur certain sujets, Richard sur d'autres, et moi sur d'autres encore. On était tous les trois, je ne dirais pas bilingues pour mes deux collègues, mes deux amis, mais Oscar s'exprime très bien aujourd'hui en anglais, Richard aussi, et moi je travaillais, j'ai fais mes études aux états-unis, et dans ma famille on est bilingue.

L'autre personnalité qui s'est révélée cardinale pour le succès de notre démarche à l'ONU par la suite a été le Dr Carlyle Corbin, spécialiste de la décolonisation et expert indépendant des questions de gouvernance auprès de l’ONU, et cela un peu par hasard... 

En fait, voilà comment ça s'est passé. Donc le point de départ, c'est le moment ou Oscar revient au gouvernement le 1er avril 2011, ça ne s'invente pas, (rires) donc en renversant Gaston Tong Sang qui nous avait lui-même renversé en 2009. Toutefois, peu avant de revenir au pouvoir Oscar confiait au bureau du Tavini que revenir au pouvoir pour revenir au pouvoir ne l'intéressait pas. Il avait analysé la situation en recoupant le calendrier politique français avec le calendrier politique international, et il s'était dit au moment où s'achevait la deuxième décade internationale de la décolonisation à l'ONU, que là : "On a une fenêtre de tir, pour la réinscription, c'est maintenant ou jamais !" Donc il commence par faire signer à une majorité des représentants de l'Assemblée de Polynésie un voeux où ils expriment leur soutien à la réinscription, où il disent : "voilà, nous, représentants à l'Assemblée de Polynésie, nous demandons sa réinscription sur la liste du Comité des 24". Donc ça, c'est le point de départ. 

En fait, on a procédé par cercles concentriques. Le noyau, l'atome, c'est Oscar. Ensuite il y a cette majorité de représentants qui signent ce voeux. Ce veux est confirmé par le gouvernement qui se met en place. Le gouvernement prend acte du voeux de l'Assemblée et dit : On est d'accord et on va poursuivre dans ce sens. On a donc en place, à la fois un voeux de l'Assemblée et un voeux du gouvernement. Deux documents officiels parus au Journal Officiel de la Polynésie Française etc. Avec ces deux documents on commence à élargir le cercle. Comment on fait ça ? Eh bien c'est là que Richard entre en jeu ! C'est à dire qu'on envoie Richard à une réunion du Groupe Mélanésien Fer de Lance à Suva, mais les documents ne sont pas encore signés, on a pas encore les documents, il est donc tout de même dans l'attente tu vois ? Et au dernier moment on lui faxe ou on les lui envoie par mail, et il les présente au GMFL. Le Groupe Mélanésien dit alors : "On soutient !"dans les conclusions officielles de ses travaux. Là-dessus, un peu au même moment il y a la création du Polynesian Leaders Group  (PLG) dont Oscar Temaru est un des membres fondateurs avec le Premier ministre des Samoa qui est un peu l'alter-ego polynésien du Forum du Pacifique qui comprend les pays mélanésiens, les deux grands pays que sont l'Australie et la Nouvelle Zélande, et puis tu as les pays polynésiens.

C'est ce qu'on a fait au début, on a envoyé Richard, moi, Keitapu (cadre du Tavini, ancien ministre de la pêche du gouvernement) ou Oscar dans le Pacifique pour plaider la cause. Nous avons donc obtenu le soutien du GMFL, du PLG et on essaie d'avoir le soutien du Forum des pays du Pacifique, mais à cause de l'action de la France, le Forum soutient l'autodétermination mais ne fait pas référence à la réinscription, d'accord ! Alors, là-dessus, ce qui est demi-succès, en qualifiant leur soutien de "Consistent" c'est à dire qu'ils sont constants dans le temps et cohérents dans le langage qu'ils utilisent, mais ils ne vont pas jusqu'à dire qu'ils soutiennent la réinscription.

En 2011, on obtient un autre soutien de poids à Piula (aux Îles Samoa) où se tenait le symposium du World Council of Churches (WCC) Le Conseil Mondial des Églises. Ça peut paraitre un peu bizarre mais il faut se souvenir qu'à l'époque du nucléaire, c'était le même WCC qui avait initié le combat antinucléaire. Les premiers à se lever, ça a été les églises qui ont signé à l'époque un acte pour dire : "STOP au nucléaire !" Donc au sein du WCC tu as le Pacific Council of Churches (PCC), le Conseil des Églises du Pacifique, qui se tenait à Piula. Donc on va à Piula ; j'avais écrit le speech d'Oscar parce que c'est moi qui écrivait tous les speech. Il tient son discours et à l'issue, les conclusions du symposium du PCC, qui exprime traditionnellement des considérations religieuses, sociales etc, soutiennent la réinscription de Mā'ohi Nui à l'ONU.

On commence, si tu veux, à accumuler les soutiens pour la réinscription dans la région. On a également le soutien de la Women International League for Peace and Freedom (WILPF) qui est une institution reconnue par l'ONU. Donc avec ces premiers soutiens, on fait les premiers déplacements à New York."

[Note : L'Atout Unutea Hirshon : Madame Unutea Hirshon, fille d'un père étasunien, blonde aux yeux bleus, indépendantiste militante convaincue, mécène des arts, des sciences et des lettres valorisant la Polynésie et ses peuples, et par dessus tout, de la cause décoloniale Mā'ohi, est une des rares femmes co-fondatrice en 1977 du Tavini Huiraatira. Disposant d'un carnet d'adresse international d'envergure dans toute la grande polynésie, elle permettra une rencontre déterminante avec le Dr Carlyle Cobin (cité plus haut) qui dynamisera le processus au sein de l'ONU tout entière à New York. C'est donc au hasard de l'arrivée d'un jeune thésard allemand à Tahiti (qui travaillait à l'analyse comparée des mouvements indépendantistes dans le Pacifique) qu'Unutea accueillît en résidence d'écriture dans l'authentique splendeur tahitienne de sa propriété de Punaauia que la connexion se réalisa.]

Moetai Brotherson : (Évoquant le thésard) "Il avait fait tout le Pacifique et il terminait sur la Polynésie, et donc forcément il a abouti chez "Tea", parceque arrivé à l'aéroport il demandait autour de lui où il pouvait trouver des indépendantistes... (rires) Et de fil en aiguille on a fini par lui dire, bon ben écoute, il faut que tu ailles voir Tea. Ainsi Nutea de lui expliquer, de lui faire découvrir le Tavini, elle lui fait rencontrer Oscar, enfin tous les gens qui comptent etc. Les années passèrent depuis cette époque ; l'universitaire gardant contact avec Tea au sujet de l'actualité de la lutte. Jusqu'au jour où il observa que le lobbiying polynésien s'intensifiait pour la réinscription courant 2011. Il appelle Tea et lui dit : "Écoute, il y a quelqu'un que je connais à New York qui est un ancien ministre des Îles Vierges britanniques, Dr Carlyle Corbin, à mon avis, il peut vous aider, et si ça vous intéresse, je vous mets en contact"...

Donc on part pour notre premier voyage à New York poussés par Nutea qui nous dit : "il faut absolument que vous alliez voir le Dr Corbin, Dieter (le thésard) m'a dit qu'il connaissait super bien l'ONU". Effectivement, on y rencontre Carlyle, on sympathise immédiatement et nous nous rendons compte qu'il y est connu comme le loup blanc quoi ! Il nous accueille, il nous fait rentrer partout, on voit bien qu'avec lui tout est beaucoup plus facile. Il nous explique les pièges à éviter, les gens qu'il faut connaitre. Enfin, vraiment un apport considérable. Donc là-dessus on commence à coopérer avec lui et on commence à progresser. Mais ce n'est pas évident. Il faut savoir que la Fance depuis le départ essaie de peser de tout son poids. Elle envoie des mails-Circulaires à toutes les ambassades pour dire qu'elle prend  pour un acte très inamical de leur part de recevoir la délégation de la Polynésie Française, Mā'ohi Nui... Les gens qui nous reçoivent nous le disent, du moins pour la plupart de ceux que nous avons rencontré, certains ne nous l'ont peut-être pas dit mais les mails-Circulaires avaient été envoyés depuis le Quai d'Orsay. Nos soutiens nous font alors part de leur joie de nous recevoir, joie d'autant plus forte que les français avaient tenté de les dissuader de le faire, en rappelant que nous étions des personnes peu fréquentables... On a entamé comme ça cette série de plusieurs centaines de réunions d'ambassadeurs, on est allé voir toutes les ambassades plusieurs fois, on a vu tous les groupes, comme le Groupe des États d'Amérique Latine et des Caraïbes (GRULAC) et sous-groupes qui existent à l'ONU, pour y exposer à chaque fois la même chose, mais bon, ce n'est pas grave. 

On enchaine donc ces séries de rencontres, et on arrive à une conclusion tous ensemble, en réfléchissant un peu en voyant les réactions et l'action en "coulisses" de la France, les échos qu'on commençait à avoir. On se disait, Ok, ça va être dur ! Mais il faut qu'il y ait un point d'inflexion, parce que en fait on ne pouvait pas passer par la IVème Commission de l'AG, ni nous adresser au Comité des 24 car pour lui tu n'existes que dès lors que tu es réinscrit par l'AG ou par la IVème Commission qui est dévolue aux Politiques Spéciales et à la Décolonisation. La IVème Commission, ça n'était pas possible, on sentait que ça allait bloquer parce que personne n'allait vouloir y introduire notre résolution. La seule solution qui nous restait, c'était d'introduire notre résolution directement à l'Assemblée Générale, de lui donner accès à l'ordre jour de l'AG de l'ONU : Pas évident du tout !  

À partir du moment où il était clair que c'était là notre seule option, qu'on allait pas pouvoir passer par la IVème Commission, parce qu'il y avait en son sein des pays africains francophones susceptibles de bloquer la démarche. Donc qu'est-ce qu'on fait ? On se dit qu'il faut qu'il y ait ce point d'inflexion où : - 1) Si c'est inscrit à l'ordre du jour par nos pays "sponsors", déjà il faut trouver les pays sponsors,... notre résolution ne sera pas bloquée. Et - 2) Il nous fallait avoir la certitude que si on arrivait au vote, qu'elle soit votée. Il y a 193 pays, il faut qu'on ait la majorité. Donc on analyse le paysage onusien et on se dit : il existe un groupe qui représente cette majorité dont la vocation s'inscrit en droite ligne de la décolonisation, c'est le Mouvement des Non-Alignés (MNA) qui comprend 130 pays. Tu vois, largement la majorité quoi !

On se dit donc qu'il faut qu'on arrive à convaincre le MNA. Commence alors une série de réunions où on va les voir pour leur dire qu'on aimerait bien pouvoir s'adresser au MNA. Et sa prend deux trois aller-retour à New York, ça ne se fait pas comme ça quoi !... Il faut aller voir tout le monde, même des gens jugés très peu fréquentables, parce que le MNA, il faut voir ce que c'est, ce sont des anciennes colonies pour la pluplart, et tu y trouve des pays comme l'Iran, la Syrie... On est tous allés les voir. Et en 2012 on finit par obtenir la possibilité pour Oscar de s'adresser au Coordinating Bureau (COB) du MNA qui tenait une réunion. Là, je réécris un speech ciblé pour le MNA, en leur rappelant leurs propres origines coloniales, enfin tu vois, d'ancienne colonie en essayant de faire résonner les bonnes cordes. C'est pour ça quand je dis que j'ai en envoyé près de 17.000 e-mails, ce n'était pas 17.000 fois le même mail !... C'était des mails ciblés. Tu vois, quand j'écrivais à un pays, j'avais d'abord fait une fiche sur ce pays, sur son accession à l'indépendance, ça n'était pas le courrier type : Cher Monsieur, Chère Madame... C'était Cher Ambassadeur X, votre grand-père était le premier... Enfin j'y avais passé des nuits entières, j'avais une base de données sous Oracle...C'était un vrai travail quoi !

Donc, Oscar s'adresse au COB du MNA à New York ; et en séquence se déroulait une réunion plénière des ministres du MNA en Egypte à Sharm el Sheikh, et lors de cette réunion du MNA ils inscrivent dans leur conclusions, par voie d'une motion, qu'ils soutiennent la réinscription. Et ça ! Ça a été le point d'inflexion que nous cherchions !

Parce qu'à partir du moment où on avait ce document qui émanait de la session plénière du MNA, (Le MNA est une fusée à trois étages - 1 : Il y a d'abord Le COB qui se déroule à New York. - 2 Ensuite il y a La Réunion des Ministres du MNA.  - 3 : Et enfin, il y a La Session plénière) la résolution de la Polynésie française fonçait droit vers l'ordre du jour de l'AG à l'ONU.

Dans le discours à New York nous faisons donc la proposition d'ajouter notre résolution à leurs éléments de langage qui se tiennent à la réunion des ministres en Égypte. À partir du moment où l'on voit que l'accueil a été chaleureux ; juste après le speech, il y a un nombre incalculable de gens qui viennent féliciter Oscar, et lui disent : Oh, on ne savait pas tout-ça !...  On vous soutient ! et, vous pouvez compter sur nous !... ; Nous nous permettons alors de transmettre cette proposition d'écriture à la réunion des ministres du MNA. On attend fébrilement leurs conclusions, à eux déjà, parce que ce sont eux qui font le "draft" (qui saisissent du projet) qui va être adopté en plénière à l'ONU. 

On nous informe que c'est bon, que c'est passé dans la réunion des ministres, l'ajout a été adopté dans ses éléments de langage. Il ne reste plus alors qu'à espérer qu'en session du MNA, qu'il n'y ait pas un pays (parce que certains d'entre eux comme l'Indonésie possèdent des colonies ; à l'époque le dossier de la Papouasie n'était aussi dramatique qu'aujourd'hui, tu vois) qui s'y oppose. Ça passe, et c'est inscrit dans les conclusions de la Séance plénière du MNA à Sharm el Sheikh. Quasiment à ce moment-là on savait qu'on avait gagné. Du coup ça devenait plus facile pour nous d'aller démarcher les sponsors. Parce que tu ne peux pas toi, en tant que "pétitionnaire" introduire une résolution à l'AG de l'ONU, c'est forcément un, ou plusieurs pays membres de l'ONU ! Donc pour qu'une résolution soit inscrite, il faut qu'il y ait des sponsors.

Un sponsor est une démarche administrative, un formulaire, que remplissent les services de l'ambassadeur du pays accompagnateur (à l'ONU), qui,  sans qu'il soit inscrit dans la loi, mais par son usage fort, doit appartenir à ta région (ça ne pouvait pas être l'ambassadeur de la Norvège par exemple) pour dire : "Moi, pays X, je veux que cette résolution soit inscrite à l'ordre du jour de la prochaine AG." Si tu veux introduire une résolution qui te concerne, il vaut donc mieux que ce soit un pays de ta région. Nous sommes donc allés voir un peu les mêmes pays qui siègent au Forum du Pacifique. Entre temps, il y en a qui se sont dégonflés, en raison des relations diplomatiques fortes qu'ils commençaient a entretenir avec la France, notamment Fidji et la Papouasie-Nouvelle-Guinée qui pourtant au départ nous ont soutenus. C'est grâce à la Papouasie-Nouvelle-Guinée qu'on a pu parler au MNA, c'est l'ambassadeur de la Papouasie-Nouvelle-Guinée qui avait fait la demande au COB. C'est après ça, il ne pensait pas que ça allait avoir autant d'impact. Fidji et Papouasie Nouvelle Guinée se sont donc distanciées en 2012, et comment on a su ça ?

À un moment donné, à Tahiti, on fait (le bureau de l'Assemblée) une session Skype avec l'Ambassadeur de Fidji Peter Thomson (aujourd'hui secrétaire général de l'Assemblée Générale de l'ONU), qui à l'époque était simple ambassadeur permanent de Fidji à l'ONU (un homme qui a gravi beaucoup d'échelon depuis !...) Il nous dit : "On a réfléchi entre nous, oui, cette idée de réinscription, ça va être très très dur, par contre on a quelque chose à vous proposer, c'est ce qu'on appelle la résolution consensuelle".  Nous, on s'est dit : Résolution consensuelle ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? En fait, il nous proposait de ne pas nous réinscrire à l'ONU, mais que tous les pays du Pacifique soutiennent une résolution interne au Forum et qui était soutenue par la France ; il rajoute : "On en a discuté avec l'ambassadeur de France, ça il serait d'accord... mais sans que vous soyez réinscrits à l'ONU !" C'est à dire qu'on entamerait une discussion bilatérale avec arbitrage du Forum du Pacifique, et pas de l'ONU. Bien étrange Résolution consensuelle ; et nous leur avions fait remarquer en séance qu'elle ne pouvait pas être consensuelle si nous n'étions pas d'accord. (rires). Un consensus, c'est quand tout le monde est d'accord, et qu'à priori on avait pas entamé une démarche à l'ONU pour ne pas être réinscrits à l'ONU(rires). Ils ont essayé de nous convaincre en disant : "Ça au moins on est sûr que la France ne va pas vous mettre des bâtons dans les roues, ils sont d'accord ". Pourquoi est-ce qu'ils étaient d'accord ? C'est la France qui avait rédigé la fameuse "résolution consensuelle," on l'a su après !... La France s'était servi de Fidji pour nous vendre une résolution consensuelle pour éviter qu'on soit réinscrits.

Là-desus on est allé voir d'autres pays, on est allé voir Samoa, enfin tous les pays du Pacifique qui restaient, et figures-toi, que se sont les plus petits pays, excuse moi l'expression, qui ont les plus grosses couilles. Parce que au final ce sont les îles Salomon qui avaient un ambassadeur à New York, mais fantastique ! M. Collin Beck, aujourd'hui retraité je crois en Australie à un poste honorifique. Mais vraiment, un gars extraordinaire ! Il reste un de mes héros personnel. Il parlait très peu, mais lorsqu'il parlait c'était pour te dire : Ok ! On y va !

Collin Beck nous soutenant, ça devait être inscrit une première fois à l'ordre du jour de l'AG, et puis finalement, ça ne l'a pas été. Une deuxième fois ça devait être inscrit, et puis finalement, ça ne l'est encore pas. On finit par se dire qu'il y a un soucis, on essaie d'avoir Collin qui nous dit : "Ah, ç'est un peu compliqué !..." Du coup on y va, on se déplace à New York. Et là il nous explique que pour lui, c'est devenu très très dur, parce que la France est passée au stade des menaces. Des menaces de rétorsions notamment économiques sur les Îles Salomon qui sont une toute petite république où la France intervient dans des instances régionales, et qui aide etc... Bref, la représentation des Îles Salomon à l'ONU, ils sont trois quoi ! Il y a sa femme, lui et sa fille. Il n'ont pas un gros staff. Quand il faut faire des démarches, c'est lui-même qui va au "charbon", ça lui coûte physiquement. Et il nous dit : "Je suis un peu débordé là...J'ai quand-même d'autres sujets, des sujets qui nous sont propres que je dois absolument faire avancer..." Au moment de cette rencontre, on voit qu'il commence à être découragé, on comprend sa situation, si on était à sa place, ça n'est pas rien, quand on a un P5 (une des puissances, membre permanent du Conseil de Sécurité de l'ONU) qui vous prend en charge, qui commence à te menacer, c'est lourd ! 

Là-dessus, l'AG du vendredi 17 mai 2013 s'offre à nous comme la dernière opportunité d'être réinscrits sur la liste des pays à décoloniser. Richard Tuheiava (sénateur) ne peut pas se déplacer pour cause de fin des élections territoriales en cours à Papeete. Oscar me dit : "On va y aller parce qu'il faut donner un coup de main à Collin. Il faut qu'on aille le convaincre. Il faut qu'on soit là ! 

En fait, quelques temps avant, on avait réussit à obtenir son sponsorship, donc Collin avait introduit le document, le formulaire avec le projet de résolution, donc ça avait été enregistré, mais il fallait encore une dernière étape, (car une fois enregistré le formulaire devient un L Document, c'est à dire qu'il devient un document officiel du circuit onusien) mais ça n'était pas encore inscrit à l'ordre du jour. Il faut donc que le pays sponsor qui a présenté le L Document remonte au créneau pour dire : "Je veux que ce soit inscrit à l'ordre du jour de l'AG", et ça Collin ne l'avait pas fait encore, et c'est ça qu'il hésitait à faire, parce que sous la pression française etc. Mais le document était déjà dans le circuit ; d'ailleurs, moi je commençais à recevoir des mails des gens des pays qui nous soutenaient en disant : "On ne comprend pas, ça fait déjà un mois et demi que le "L Document" circule et ce n'est toujours pas à l'ordre du jour, votre sponsor se dégonfle ? Alors qu'est-ce qu'il se passe ?

On part avec Oscar quatre jour avant le 17 mai, et là on va voir Collin qui nous dit : "Je vous avoue, c'est devenu impossible pour moi, parce que en plus les pays de la région, eux aussi ont subis des pressions et il demandent la tenue du prochain Forum du Pacifique pour revenir sur l'option Résolution Consensuelle au Forum." Et là, on se retrouve un peu coincés, parce que j'ai pas grand monde derrière moi, il n'y a que lui et nous ; on est un peu tout seuls quoi ! Nous lui demandons : "Mais qu'en pense ton premier ministre ? Parce que toi tu es ambassadeur ici, on comprend que tu es au milieu, que tu es un peu entre le marteau et l'enclume, si tu nous dis que ton premier ministre ne veut pas, on comprend." À cet instant ça voudra dire que c'est le pays souverain des Îles Salomon qui ne veut pas poursuivre cette démarche. Il nous répond que pour l'instant il ne lui en a pas parlé, parce qu'il n'ose pas, enfin que c'est délicat, c'est... Je lui demande alors, est ce qu'on peut appeler, il est quelle heure chez vous ? Et c'était la veille du 17 mai ! Et on était toujours pas à l'ordre du jour...

Oscar aussi était hésitant, il pensait finalement qu'il ne fallait peut-être pas déranger le premier ministre. Mais j'ai insisté pour que l'on soit fixés, demain la session s'est passée on est pas réinscrits, on ne peut pas rester dans cette situation-là, demain c'est l'élection du nouveau président du gouvernement à Tahiti... On finit par avoir le premier ministre Manasseh Sogavare : ils discutent, on était avec le haut-parleur et le premier ministre lui dit : "Oscar ! Moi quand j'étais étudiant, à l'université, parmi les gens qui nous ont  inspirés il y avait Jean-Marie Tjibaou, Walter Lini et il y avait toi, je te suis car tu es un de mes héros personnels." Il rappela que le jour où ils ont accepté de sponsoriser la démarche, ils avaient pris un engagement, et que lui, il le tiendrait jusqu'au bout. Il demanda ensuite à parler à son ambassadeur pour lui dire : "Mr Ambassador : we go forward !" Collin Beck, lui-même était soulagé, car du coup ce n'était plus lui. L'ordre venait de l'exécutif de son pays. Soulagé, il retrouvait un peu le sourire, et on est tous tombés dans les bras les uns des autres les larmes au yeux. 

Là-dessus on repart se coucher, il est 22h-22h30 quoi ! Lui,envoie tout de suite un mail au secrétariat général pour dire : "C'est bon, demain matin, je prendrai la parole, je soutiendrai la Résolution etc.

L'Assemblée Générale remet la Polynésie Française sur la liste des pays à décoloniser

Le 17 mai au matin : après l'élection territoriale à Tahiti où on a perdu l'élection. Le nouveau président n'est pas encore élu, mais on sait tous que c'est Gaston Flosse qui va être élu. Le timing est donc très tendu, reserré tu vois ! Que fais le nouveau président de l'Assemblée de la Polynésie Française, parce qu'on élit d'abord le nouveau président de l'Assemblée, c'était Édouard Fritch. Première décision, une contre-Résolution pour faire écho à celle que nous avions fait voté en 2011, pour dire que la nouvelle majorité est contre la réinscription.

Il envoie illico le texte de cette résolution à l'ambassade de France à New York qui en a fait 193 copies où apparaissent les résultats des élections. (alors que le matin on est encore tout en haut dans le public, on est pas encore "Petionnaires" ; on cherche nos alliés du regard. Carlyle, lui est en bas dans l'hémicycle, il fait son networking. Il va voir les uns et les autres pour leur dire : "C'est bon, c'est bon, c'est le moment ! " On compte nos supports quoi !) Et qu'est-ce qu'on voit ? On commençait à les connaitre. On voit les employés de l'ambassade de France contre tous les usages de bienséance à l'ONU, entrain de déposer sur chaque pupitre, une pile de documents. Donc on appelle Carlyle pour lui dire : "Mais c'est quoi c'est documents qu'ils sont entrain de distribuer ?" Et c'est là qu'il nous dit que ce sont les documents de l'ambassade de France avec la résolution de la Polynésie Française accompagnés d'un texte explicatif pour appeler à absolument refuser cette résolution de réinscription etc. 

Estomaqués, 20 minutes avant la prise de parole quoi ! On commence à se dire : "jusqu'au dernier moment, ils vont nous faire suer". Là-dessus le Dr Carlyle qui connait bien les règles de procédure, nous dit : "Ne vous inquiétez pas, ce qu'ils font là, c'est totalement illégal". Qu'est-ce qu'il fait ? Il va voir le secrétaire général de séance, et le lui dit. Ce dernier rappel à l'ordre l'Ambassadeur de France qui avait fait distribuer les "tracts". Des  huissiers sont appelés dans la foulée et passent et ramassent, reprennent tous les documents. Du suspens jusqu'au bout !

Finalement dans la matinée, Collin Beck monte à la tribune, prend la parole conformément à l'ordre du jour, y présente la résolution qui avait déjà été examinée. La résolution ayant été présentée, le secrétaire général de séance demande s'il y a des pays qui veulent s'exprimer. La France évidemment n'était pas présente. D'autres pays expriment des réserves : les États-Unis, la Grande Bretagne, La Hollande et l'Allemagne, mais ils ne votent pas contre. Là-dessus le secrétaire général annonce avoir pris note de leurs observations et demande s'il y a des personnes qui sont contre : personne n'est contre. Il annonce alors l'adoption de la résolution par consensus. Il n'y a pas eu de vote parce que personne n'était contre. Combien-même on aurait été obliger d'aller au vote, on aurait eu 170 voix quoi ! Toutes les voix du MNA, plus celles de la Norvège et des pays scandinaves qui s'étaient beaucoup engagés dans le combat antinucléaire. On avait tapé sur tous les tableaux."

- III - Quelle expérience tires-tu de l'avortement de la fameuse Convention Parti Socialiste Français / Tavini Huiraatira de décolonial soutien ? 

"J'en tire deux conclusions : la première, c'est que les politiques, n'ont pas le même regard sur les choses lorsqu'ils sont au sein d'un parti qui est dans l'opposition, le Parti Socialiste n'étant alors pas au pouvoir, et quand les mêmes qui étaient militants se retrouvent dans l'exécutif. Et pour nous ça a été archétypique parce que le premier signataire de cette convention, qui date de 2002, c'était François Hollande, alors Sécrétaire Général du Parti Socialiste Français, et celui qui a tenté d'entraver le processus de réinscription de la Polynésie Française sur la liste des pays à décoloniser c'est François Hollande, Président neuf ans plus tard. Le même François Hollande, Président, qui est venu en Polynésie en disant : "La Polynésie c'est la France" etc. 

Le deuxième enseignement que j'en tire, c'est qu'il peut exister un décalage entre un parti politique et l'exécutif qui le représente. Parce que autant au sein de l'exécutif socialiste, eh bien, les portes s'étaient fermées, autant nos interlocuteurs au sein du parti, eux, étaient toujours ouverts aux questions de décolonisation : "Enfin oui, nous on est dans le parti" nous disaient-ils. Ce sont les députés, des gens comme Bruno Le Roux, des gens que l'on a rencontré, ils étaient toujours dans l'esprit de l'Accord. On leur disait : "Mais voilà, maintenant ceux qui vous bloquent ce sont vos anciens potes, mais eux maintenant ils sont ministres (Fabius, etc.)

Le premier Voyage que fait Oscar lorsqu'il est élu en 2011, il le fait sur Paris. Il vient informer Paris de son intention d'entreprendre cette démarche. Alors, évidemment, il faut attendre 2012 pour que François Hollande soit élu. Alors autant en 2011 on peut encore comprendre Sarkozy ... on peut comprendre "qu'on nous renvoie dans nos 18 mètres" (rires). Mais on a quand même soutenu François Hollande candidat, on avait aussi soutenu Ségolène qui avait fait un super score chez nous. Et donc en 2012 le Tavini soutien François Hollande ! On Fait campagne ! on va convaincre nos militants de voter pour lui en se disant, justement, comme on a cette Convention quand François Hollande sera Président pour la réinscription ce sera "tout bénèf !" Donc dès que François Hollande est élu, quelques jours après, Oscar se déplace, vient le voir et lui dit : "Voilà, super ! Félicitations ! Alors maintenant on va pouvoir"... Et là il sent une crispation... Et là Hollande lui dit : "Il faut que tu as ailles voir,... il y a une discussion à avoir avec Fabius".  Il va voir Fabius à son ministère des affaires étrangères et explique le sens de la démarche, et Fabius lui dit : "Non ! Il faut que tu arrêtes ça ! C'est hors de question !".  Et là ça a été le désenchantement, quoi ! Le désenchantement, et brutal. Et, tu vois, il y avait ce sentiment où tu voyais les élus socialistes militants, qui, eux, étaient toujours fidèles à l'esprit de cette Conventions, qui ne comprenaient pas pourquoi leur exécutif ne nous soutenait pas."

- IV - Quels conseils pouvez-vous donner à mes compatriotes guyanais pour que nous fassions respecter nos projets de société (comme l'Accord de Guyane du 21 avril dernier) dans ce bras de fer contre l'État, pour y arriver ? 

"Mais il faut leur dire aux gens chez vous ! Nous, tous ceux que l'on a rencontré au Comité des 24 à l'ONU quand on a expliqué la situation, ils nous ont dit : "Félicitations, vous vous êtes réinscrits, mais pour nous, on ne trouve pas ça normal qu'il y ait encore des colonies françaises dans la Caraïbe et ailleurs", ils parlaient de la Guyane, des Antilles, de la Réunion et de Mayotte. Tu sais, s'il y a des mouvements dans ces colonies françaises qui veulent faire la même démarche que vous, ils faut leur dire de venir nous voir !"

Le dernier, que l'on a vu, c'est toujours un peu délicat, le président actuel de la IVème Commission, c'est le vénézuela, même si les mandats de présidence y sont court, les présidents du C 24 qui viendront après seront pareils ; ils seront toujours des soutiens, des alliés à notre cause. Il nous a dit : "Mais il faut absolument que ces territoires-là viennent nous voir !"

- V - Une fois réinscrits à l'ONU, quelles sont les perspectives qui s'offrent à nos peuples ?

"Une fois qu'on est réinscrit, ça ne s'arrête pas, ça commence en fait. Parce que le but d'être inscrits c'est la mise n place d'un processus d'autodétermination, et celui-là, il doit être discuté avec la puissance administrante, (la France) et, sous l'arbitrage de l'ONU. Nous pour l'instant, on est stade du déni. La France fait comme si on était pas réinscrits. Quand on prend la parole à l'ONU, ils sortent de la salle et quand on a finit ils reviennent. Pour eux, l'ONU ils considèrent qu'elle s'est immiscée dans leurs affaires intérieures ; c'est du reste, ni plus ni moins les mêmes arguments qu'ils ont utilisés en Algérie Française à l'époque... Il y a un excellent documentaire qui est narré par Kad Mérad sur l'indépendance algérienne, et tu vois les interventions de l'ambassadeur de France à l'ONU, eh bien, ce sont les mêmes arguments que nous on a entendu 56 ans après quoi, exactement ! (rires) 

Donc, une fois qu'on est réinscrits, nous notre boulot, c'est ça ! C'est la mise en place de ce processus d'autodétermination. Peut être qu'on est naïfs mais avec Emmanuel Macron, il a dit des choses quand même, (évoquant par là son argument de candidat en campagne présidentielle où il reconnaissait le colonialisme comme crime contre l'humanité) ... on espère... que ça va se faire... Parce que, bon, j'ai un courrier en préparation au Président, justement le danger pour la France, c'est que s'il n'acceptent pas de venir à la table des discussions, et de s'engager avec nous dans ce processus onusien, le danger c'est qu'on soit obliger de nous engager dans une solution de type Catalogne ou pire. Tu vois, la Nouvelle Calédonie, il a fallu 80 morts pour qu'ils soient réinscrits ! Nous zéro. On s'est réinscrits sans une goutte de sang. Et nous on veut que ça reste comme ça, tu vois ! Parce que ça tient aussi à la personnalité d'Oscar Temaru qui est quelqu'un de pacifique, réellement tu vois ! D'autres leaders indépendantistes chez nous auraient déjà découpé des têtes quoi ! Et on affine, on a réussi à être réinscrits sans effusion de sang. Et on aimerait arriver jusqu'au referendum sans une goutte de sang, c'est notre objectif. Et ce serait tout à l'honneur de la France que d'y arriver. D'enfin, dans l'histoire de la décolonisation, d'arriver a faire une décolonisation pacifique. Car, que ce soit en Afrique noire, que ce soit au Maghreb ou en Calédonie, pour l'instant, ce n'est pas une grande réussite."

- VI - Quelles erreurs faudrait-il éviter vis à vis de nos peuples dans la marche vers l'ONU ?

"Si moi, j'ai un conseil à vous donner, c'est de prendre le temps d'expliquer en même temps que vous agissez, ou si possible, avant, pour ne pas vous aliéner finalement ceux-là mêmes que vous voulez défendre. Parce que si vous ne faites pas ce travail d'explication, je l'ai dit tout à l'heure, vos adversaires le feront."

- VII - Quel intérêt y-a-t-il pour un député indépendantiste de siéger à l'Assemblée Nationale française ?

"Je me suis rendu compte, je m'en doutais un peu, quand je suis allé chercher des parrainages pour la présidentielle pour Oscar. J'ai fait le tour de France dans ma Fiat 500-là ! À la rencontre des maires de France qui avaient une méconnaissance absolue de la situation réelle et structurelle de la Polynésie. Certains ne savaient même pas que c'était français : "Mon Dieu ! On a encore des colonies dans le Pacifique ? Ah bon il y a eu des essais nucléaires français chez vous !".  Et ils étaient sincères, c'était pas... Et donc je me suis dis, eh ben des députés, il y en a beaucoup qui étaient maires au départ, et à mon avis il y en a une grande partie qui ne connaissent pas, ou pas bien.

En fait, j'agis sur trois volets en tant que député indépendantiste. J'en ai un premier qui consiste à dire, aujourd'hui on est pas indépendants, et il est de mon devoir d'utiliser tous les mécanismes actuellement à notre disposition dans ce cadre de dépendance pour améliorer le quotidien des Polynésiens. S'il existent des dispositions dont on ne profite pas encore qui pourraient être étendues, améliorées... Il faut, dans ce cadre-là, que j'aille les chercher. En tout cas, a minima, il faut que j'aille me battre pour que le périmètre de l'autonomie ne soit pas rogné. Parceque cette tentation, elle existe et tous les jours ils essayent, hein ! De donner moins d'argent, mais de décider plus (rires). Donc ça c'est le premier volet de mon travail. 

Le deuxième volet, c'est ce volet d'information, vis à vis des élus français, vis à vis du peuple français même. Pour ça j'estime que c'est utile. Et le troisième volet, c'est un peu comme faisait Roch Pidjot à son époque, ou ce qu'a fait Richard à son époque c'est de dire  : "En tant que député, on a accès à plein d'endroits dans le monde. On est un peu un sésame. Je peux aller à la COP 23, à l'ONU, je peux aller au Forum du Pacifique, je peux aller en Europe, je peux aller partout en tant que député. Si on a pas de député c'est beaucoup plus difficile. 

Tu vois, aujourd'hui je me retrouve dans une situation, pas bizarre mais..., par exemple les Kanak comptent sur moi parce qu'ils n'ont pas député kanak. les deux actuels députés de la Nouvelle Calédonie, ce sont des loyalistes (pro pouvoir central de la république française). Bon, c'est un peu de leur faute, ils n'ont pas réussi à s'entendre, Louis Mapou aurait du être député. Les indépendantistes n'ont pas réussis à s'entendre entre-eux, ils ne sont pas allez voter donc c'est l'autre qui a été élu. J'était super content, et je me faisais déjà une joie d'être ici avec mon collègue Mapou quoi ! Et puis Non, ça ne s'est pas fait. Aujourd'hui le député kanak au sein de la commission de suivi du processus calédonien c'est moi. Là ils ont un certain nombre de questions qu'ils veulent faire passer au gouvernement, eh bien, ça va passer par moi"... 

Ce qui a été dit et écrit ici de l'océanique combat polynésien jusqu'à l'ONU, l'a été pour faire valoir ce que de droit des Peuples dépossédés sous le ciel français. Avec une exhortation tout particulièrement fraternelle de ma part aux organisations guyanaises militantes : UTG, KOMITÉ DRAPO, OGDH, RAKABA, MDES, NOU GON KÉ SA, TRÒP VIOLANS, LES GRANDS FRÈRES, LE COLLECTIF OR DE QUESTION, L'ONAG, TILEUYU, JEUNESSE AUTOCHTONE DE GUYANE, MAMA BOBI, LATÈ NOU GANGAN etc. Également à nos parlementaires éveillés, à nos artistes créateurs, à nos enseignants conscients, et par dessus tout à notre jeunesse collégienne, lycéenne et étudiante, garantes de nos indétournables libertés futures ! 

"Il n'y a pas une infinité de façon de décoloniser, il n'y en a qu'une : décoloniser, c'est à dire donner et laisser la libre disposition de soi à un peuple assujéti. Dès lors, il va de soi que l'assimilation, proposée et défendue comme décolonisation, est une aberration. Les Antilles et la Guyane ne sont pas la France, pas plus qu'elles ne sont autre chose, elles sont tout simplement elles-mêmes. Si les Antillais et les Guyanais ont la libre disposition d'eux-mêmes et de leurs aspirations (...), ils pourront contribuer en tant que peuple à l'enrichissement de l'humanité."  

Édouard Glissant in : "Les Antilles et la Guyane à l'heure de la décolonisation. 

Congrès des 22 et 23 avril 1961. Éditions Louis Soulange, 1961, p. 7-8.

 

BWA POU NOU ALÉ !

GO AFISSI !

WAPO NA DÉ !

 

Adonk byento !

Guyanaisement,

Mauururu !

Kotou Nui !

Grémési !

A Pae !

Nana !

Soley' !

Pyèr. (Membre de l'Organisation Guyanaise des Droits Humains - OGDH)

 

Rendez-vous du Jeudi 12 octobre 2017 À 14h30.

Assemblée Nationale,

101, rue de l'université 

Bureau 7114 - 7115.

Paris 07

 

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