Fathoms de l'Opéra - Océan. Les Odyssées nautiles du Cercle des Poètes amphibiens

De l'harmonie des profondeurs mythologiques, de l'étendue des eaux, de la splendeur océanique du vivant, émerge une communauté de pensée philosophique fédératrice par l'adaptation sportive et méditative au milieu marin. Les témoignages de Coralie Balmy, des athlètes apnéistes Guillaume Néry et Morgan Bourc'his, de l'aqua-cinéaste Jean-Charles Granjon et du nageur très longue distance Isma Huukena


Michael Turner’s FATHOM. Michael Turner’s FATHOM.

" THERE ARE  TWO WORLDS,

THE ONE YOU KNOW ...

... AND THE ONE  BELOW ! "

***

" IL Y A DEUX MONDES,

CELUI QUE VOUS CONNAISSEZ ...

... ET CELUI  SOUS LA SURFACE "

(Michael Turner)

Morgan Bourc'his novembre 2017. Gargouille en veille des profonds de Marseille ! (credit Photographie Jean-Charles Granjon. Morgan Bourc'his novembre 2017. Gargouille en veille des profonds de Marseille ! (credit Photographie Jean-Charles Granjon.

(À la Une générale du 06 juin), ici : 

L'océanisation de la planète augmente tous les jours, il n'y a qu'à observer l'érosion côtière généralisée des continents et la fulgurante submersion d'îles et d'archipels. En revanche les échos-systèmes et les espèces se raréfient, leurs équilibres biotiques se fragilisent, alors que notre conscience placentaire, notre intuition du monde, d'amniotique origine, a tendance à s'évanouir, et notre glande pinéale à se dessécher.

Depuis son monde silencieux, l'Opéra - Océan offre encore quelques mers de sérénités à qui consent d'en entendre les musiques secrètes. Cet équilibre lyrique de la Création nous est interprété par cinq prodiges. Coralie Balmy nous en donne l'ouverture en virtuose soprano, Morgan Bourc'his, Guillaume Néry, Jean-Charles Granjon et Ismaël Huukena, excellent en ténors. Ces solistes solidaires, chacun dans sa discipline de prédilection, entrent en composition avec l'eau, jouant leur partition là où ils ont harmonisé le rêve, la mythologie, la maitrise de soi, l'exigence éthique et économique du respect environnemental, la performance de l'aquacité (motricité aquatique) sportive, l'écriture, la dimension poétique, philosophique et enfin spirituelle de notre présence nautile au monde. 

Cinq médiums, cinq talents d'écriture qui nous rendent compte des messages de cet autre monde inconnu. Coralie Balmy, ex nageuse olympique, triple championne d'Europe sur 200, 400 et 800 mètres nage libre, fille du corail née des eaux de la mer des Caraïbes (prénom prédestiné, Bravo aux parents visionnaires !) soigne au quotidien les multiples stigmates de tortues marines en souffrance en mer Méditerranée, elle nous explique les origines de sa relation à l'océan. De leur côté Guillaume et Morgan, les deux apnéistes en très grandes profondeurs sont capables, pourrait-on dire comme des bougies qui s'éteindraient doucement, de gagner le coeur des fathoms grâce à l’accueuil, à la gestion et à l’accompagnement des révolutions métaboliques qui s'opèrent dans leurs corps, pour ensuite trouver la bonne raison de remonter vers la lumière. Jean-Charles, l'intrépide cinéaste-poète et globe trotter sous-marin pourrait être pris pour un dompteur de fauves pélagiques et de grands carnassiers, alors qu’il semble plutôt avoir été apprivoisé par eux. Ismaël est l’enfant du « Pito » (l’Épicentre océanique dans la mythologie marquisienne). Son origine Enata (né de parents marquisiens) le rappelle à l’ordre du Pacte des eaux. Il est revenu payer sa dette d’homme moderne envers l’océan par la natation en eaux libres, nageant durant des jours et des jours de mers afin de lui demander pardon pour son ingratitude.

Si la fameuse unité anglaise, le Fathom : mesure impériale de profondeur, n'avait pas été empreinte d'un certain colonialisme militaire, j'aurais été  tenté d'anoblir les plongeurs par le titre de «  Seigneurs des Fathoms » ("Lords of the Fathoms"). Cette unité de mesure, depuis émancipée de son impérialisme pan-océanique, est devenue par une heureuse métamorphose, celle des dimensions métaphoriques de l'imaginaire, des profonds de la pensée et des beautés mythologiques de l'humanité. 

Les mythologies, notamment grecque (Poseidon), romaine (Neptune) et polynésienne (Taaroa aux Îles Marquises) rivalisent d'imagination pour garantir par le pouvoir du trident (le puroro en langue eo-enana) leur pleine souveraineté sur l'étendue de nos rêves et l'insondable des eaux. Ainsi pourrions-nous être sujets à d'irrationnels, vertigineux, et inconscients courants de pensées. 

 

 Coralie BALMY, née le 2 juin 1987 à Trinité. Martinique

Membre bénévole comme soigneur animalier du Centre d'Études et de Sauvegarde des Tortues Marines de Méditerranée ( le CEST Med) au  Grau-du-Roi.

"L’océan est pour moi une immensité bleue, pleine de mystères et de richesses, qui nourrit des contes en tous genres, fait peur fait vibrer, fait rire fait pleurer. Née en Martinique, j’ai depuis mon plus jeune âge nagé dans l’océan. La légèreté, le sentiment de liberté et la douceur de l’eau m’ont tout de suite envoutée."

Coralie Balmy VS le 6ème continent pour Adidas. Images Jean-Charles Granjon. © adidas swim

"Ma carrière de nageuse m’a amenée tous les jours dans l’eau, et cette sensation agréable que l’eau me procurait (et me procure encore) s’est transformée en addiction. Nous sommes fait de 60% d’eau n’est-ce pas ? Est-ce là la raison pour laquelle j’aime tant évoluer dans cet élément ?

Toute ma jeune histoire s’est écrite dans l’eau. La performance que je cherchais à atteindre en tant que nageuse de haut niveau m’imposait une humilité face à cet élément : se déplacer à travers une masse liquide le plus rapidement possible demande de l’écoute et de la patience. Mes sensations aiguisaient mes sens, mes sens amélioraient ma performance.

Solide, douce, froide, poignante, dure, réconfortante, agaçante, éblouissante, rassurante. L’eau est pour moi un vecteur d’émotions qui m’a permis de me découvrir et de me révéler.

La natation est simple : évoluer le plus vite possible du point A au point B. Les lois de la physique nous imposaient un alignement horizontal parfait, nos doigts et tous les grains de notre peau nous traduisaient nos déplacements.

 En mer ou en piscine, l’eau a toujours eu une place majeure dans ma vie. La carrière de sportive de haut niveau est une chose, la vie de femme en est une autre. Je me consacre maintenant à la protection de l’eau, des océans et de la faune et la flore marine. A travers les tortues marines, nous essayons de révéler à chacun une conscience protectrice. Cette planète à 70% recouverte d’eau ne représente-elle pas un trésor précieux à protéger ?

Amener les personnes désireuses de découvrir, d’apprivoiser et de connaître la mer et les océans, tels sont mes objectifs de vie aujourd’hui.

 La planète bleue attire et éveille la curiosité de beaucoup de passionnés, d’aventuriers et d’explorateurs. Aujourd’hui, au temps où les hommes marchent sur la lune et vont à la conquête des autres planètes du système solaire, nous ne connaissons que 5% de la profondeur des océans.

Il reste tant à voir, tant à faire. L’eau, cette essence précieuse si forte et si fragile à la fois, si belle et envoutante, continuera à nourrir la curiosité des hommes pour longtemps. Alors, protégeons ce trésor."

Coralie Balmy le 4 juin 2018 en Corse. Coralie Balmy le 4 juin 2018 en Corse.

 

 

Morgan BOURC’HIS  né le 7 avril 1978 à Tours (habite Marseille), depuis son journal de bord sur Facebook:

« Je suis un plongeur apnéiste [free diver] double champion du monde dans cette discipline atypique en 2008  et 2013, et je viens de partir pour une plongée à - 90 m qui durera 3’28. Je m’immerge avec une seule inspiration à la seule force de mes bras et de mes jambes en nageant la brasse, sans palmes et sans aucune autre assistance. »

Morgan Bourc'his adaptant son corps et son esprit aux 13°C de l'eau au mois de février 2018. Marseille. Photographie Guillaume Néry. Morgan Bourc'his adaptant son corps et son esprit aux 13°C de l'eau au mois de février 2018. Marseille. Photographie Guillaume Néry.

[Dans un article intitulé : "C'est un vrai bouleversement sensoriel", de Frédéric Sugnot, journaliste de Libération le 28 août 2017, répondant à la question suivante : "N'est-ce pas là que se situe le plus grand danger, dans cette sorte d'oubli de soi ?" Morgan  répondait :

"Non, parcequ'on garde une certaine humilité face à l'élément naturel, on plonge au large, on ne sait pas ce qu'il y'a au fond. Et lorsqu'on s'enfonce on se retrouve aussi confronté à la puissance du milieu marin et à notre petitesse. On plonge aussi avec toutes les peurs ancestrales qui entourent l'océan, les histoires de monstres marins, les projections fantasmagoriques d'un endroit réservé aux dieux"]

« On ne devient pas champion du monde de plongée en apnée par hasard, du jour au lendemain. Chacun a son histoire personnelle, la mienne contient évidemment toutes les subtilités qui m’accompagnent jusqu’à aujourd’hui. Plus de trente ans séparent mes premières immersions dans la piscine municipale de Joué-Lès-Tours, ma ville natale, de mon titre de champion du monde en poids constant sans palmes obtenu en Grèce en 2013.

Pourtant les deux sont liés. J’ai appris à nager très jeune, et j’étais spécialiste de la brasse lors des compétitions qui ont rythmé ma vie de pré-adolescent. Mais le ballon orange et les paniers m’ont cependant éloignés des bassins par la suite pendant plus de douze années. Courir derrière un ballon était plus amusant que de compter les carreaux pour moi. J’ai eu la chance de pratiquer le sport que j’aimais le plus à cette époque, et à haut-niveau, grâce au soutien de mes parents. Avec l’insouciance de l’adolescence, je rêve même d’être basketteur professionnel. J’aime le sport, et vivre en faisant du sport m’apparaît un idéal de vie extraordinaire. Mais il faut être très fort pour cela…"

Mes parents avaient aussi la bonne idée de nous emmener voyager tous en famille l’été au bord de la Méditerranée, parmi la multitude d’îles qui la composent. J’avais abandonné l’eau chlorée, mais je découvrais l’univers sous-marin. J’étais marqué par cet univers, plus que je ne l’imaginais. Les immersions rythment ces journées fabuleuses. Je tente même de respirer sous l’eau d’abord avec un tuyau d’arrosage et de manière désordonnée, puis plus tard avec un scaphandre autonome, lors d’un voyage aux abords de Marseille en 1993… J’ai alors quinze ans, je vois au loin d’immenses bateaux dans ce qui semble être une cité fantastique. Mais elle reste au loin, curieuse et énigmatique.

Le parquet des salles de basket-ball m’accompagnera jusqu’à l’université de Poitiers. Et bien des années après mes premières brasses, l’envie de nager me reprend. Le ballon orange m’amuse moins. Je n’ai plus le même âge ni la même maturité. Je découvre l’apnée en piscine en me rapprochant d’un club de plongée en 1999. J’enchaîne les longueurs, je découvre un plaisir immense. Je décide même de consacrer mes études sur cette discipline. Je travaille alors pendant deux ans sur la physiologie cardio-vasculaire de l’homme en apnée. J’étudie les adaptations du corps humain, et je tente de les ressentir en pratiquant la discipline. Je deviens l’un de mes cobayes lors de mes expérimentations.

Ces recherches m’amènent à Marseille en 2000, pour de nouvelles collaborations scientifiques et pour (re)découvrir l’apnée en mer. Je vis désormais dans la cité fabuleuse de mon adolescence. Je ne peux continuer mes études pour diverses raisons. Je deviens alors professeur de sport pour des enfants et des adolescents ayant des troubles du comportement et des troubles psychiatriques. Mais je continue à pratiquer assidument en me rapprochant d’un club local. Il existe peu de références sur l’entraînement à l’époque. Et fort de mes connaissances scientifiques sur le sujet et d’un parcours universitaire dans le sport, je prends rapidement les rênes de la structure. J’en suis encore le président aujourd’hui.

Je participe à ma première compétition en 2001. En 2005, je suis sélectionné une première fois en équipe de France AIDA d’apnée, pour disputer l’épreuve d’apnée dynamique sans palme. Il s’agit de nager la plus grande distance immergée en bassin… à la brasse. Un premier clin d’œil à mon premier sport. Autodidacte depuis le début, mes entrainements semblent pertinents. En 2006, nous sommes médaillé de bronze par équipe dans une compétition qui ressemble alors à la coupe Davis en tennis. Chacun rapporte des points en fonction de ses performances. Cette récompense collective est extraordinaire. En 2007, je bas mon premier record de France dans la discipline du poids constant sans palme, qui se nage toujours à la brasse. Mais ici, il s’agit de descendre au fond de la mer. En 2008, nous sommes sacrés champion du monde par équipe avec mes partenaires. Une récompense ultime après une première étape deux ans auparavant. La passion pour ce sport devient forte et j’aimerais bien en faire mon métier. Mais la profession « champion d’apnée » n’existe pas vraiment.

En 2011 j’obtiens mon premier podium individuel en championnat du monde, toujours dans ma discipline de prédilection. En 2012 je bas mon premier record d’Europe dans la mer des Caraïbes, aux Bahamas. En 2013, je deviens champion du monde en poids constant sans palmes. A partir de cet instant, tout s’accélère. Et un rêve devient réalité. 2014 est une année de transition professionnelle. Mon titre m’a apporté beaucoup de retombées médiatiques et de partenaires. Depuis janvier 2015, je suis devenu « champion d’apnée professionnel ! ». Je vis de ma passion grâce à mes sponsors, je suis ambassadeur pour des marques. Avec à mon expérience d’athlète de haut-niveau, je donne également des conférences en entreprises, j'ai aussi un rôle de consultant, et j’organise des stages d’apnée partout en France.

Après des années d'effort, avec le soutien de mes proches et la rencontre de personnes clés, je me suis donné les moyens de vivre un rêve d’enfant. J'ai su saisir les opportunités quand elles se présentaient, mais je reste persuadé qu'elles ne sont jamais le fruit du hasard.

Bienvenu dans mon univers, venez avec moi dans une autre dimension."

 

Points de réflexion, d'expérience de Morgan : 

"Respectez des parenthèses dans votre journée ou dans votre vie vous permet de respirer facilement. Cela détourne l'attention de votre but et nettoie votre esprit. Par conséquent, vous êtes à nouveau disponible, accessible et productible"

"Respirer la douceur nous permet de comprendre la différence entre la rétention ou la suspension de la respiration. La première conduit à l'oppression, au forcing ou à une impasse. Le second est synonyme d'adaptabilité, d'évolution, et prend en compte les contraintes pour avoir plus de plaisir !"

"Savez-vous que la température moyenne de la surface de la mer (entre 0 et 200m) est de 17,5 ° C ? Et la moyenne générale  est juste ... 3,5 ° C"

"Il est plus facile de nager, de plonger, de faire de l'apnée ou de se baigner dans les zones tropicales. Quoi de plus relaxant que de profiter du temps dans une eau à 25 degrés Celsius. Je suis d'accord !
Mais je recommande que vous expérimentiez différentes façons de profiter de l'eau, à n'importe quelle saison de l'année. Le froid amer sur le corps procure une sensation intense qui vaut la peine d'être contrôlée. "

« La photographie sous-marine ne consiste pas seulement à faire des reportages sur les paysages, la vie sous-marine ou les mouvements sportifs : vous pouvez inspirer le questionnement, le contraste, la réflexion ou la surprise grâce aux propriétés physiques de l'environnement. Ici, nous pourrions dire que faire le premier pas est ce qui compte le plus."
 

Ethimologie du prénom Morgan : (Celui qui vient de la mer, qui est né de la mer, en langue bretonne... tout de même, ça ne s'invente pas !)

 

APOLLO XIII, le Retour de Morgan l'Astronautile. (Chambre hypobarique de décompression. 05.09.2014) APOLLO XIII, le Retour de Morgan l'Astronautile. (Chambre hypobarique de décompression. 05.09.2014)

Morgan Bourc'his pour TUDOR © TudorWatch

 

Le magazine GQ a suivi l'entrainement de Guillaume Néry et Morgan Bourc'his, voir l'article : "Blue anatomie aux abords de Nice", ici 

 

Morgan Bourch'his (à gauche) et Guillaume Néry (à droite), de retour du "Conseil des Abysses" vers la lumière. Morgan Bourch'his (à gauche) et Guillaume Néry (à droite), de retour du "Conseil des Abysses" vers la lumière.
 

 

Guillaume NÉRY , (ci-dessous) est né le 11 juillet 1982 à Nice.

Il y réside aujourd’hui. Spécialiste de la plongée en poids constant avec palmes, il bat à quatre reprises le record du monde d’apnée profonde, sacré deux fois champion du monde. En 2015 il arrête la compétition après avoir accidentellement réalisé la plongée  la plus profonde de l’histoire à - 139 mètres, à la suite d’une erreur de l’organisation alors qu’il tentait de battre le record du monde pour pour la cinquième fois à -129 mètres. Aujourd’hui, tout en s’entrainant quotidiennement, Guillaume concentre son énergie à transmettre sa passion. Il parcourt le monde pour l’organisation de master class, de stages d’apnées, de conférences, tournages de films et réalisations photographiques.

Guillaume Néry. Submersion Spiderman ! (Yucatan. Mexico). Photo Franck Seguin. Guillaume Néry. Submersion Spiderman ! (Yucatan. Mexico). Photo Franck Seguin.

 

Guillaume Néry. Portrait. Guillaume Néry. Portrait.

« PROFONDEURS » : Le livre de Guillaume Néry en collaboration avec Luc Le Vaillant aux Éditions Artaud avril 2014. (IVème de couverture)

« La vie d'un homme est l'intervalle de temps entre sa première et sa dernière respiration. les plongées de Guillaume Néry se situent entre une dernière et une première respiration. Chaque immersion de ce champion du monde d'apnée en poids constant est un cheminement spirituel, un voyage intérieur vers une meilleure connaissance de soi, une renaissance à des sensations disparues depuis la fondation du monde.
Dans ce livre, Guillaume Néry nous immerge au coeur de son entraînement, de sa routine, de ses performances, des difficultés techniques qu'il doit surmonter. Plus qu'un sport, la plongée est pour lui une philosophie de vie, un moyen de renouer avec lui-même et d'explorer ce sixième continent encore méconnu qu'est l'océan. Se confronter au danger, mais surtout au lâcher-prise, à l'acceptation des contraintes physiologiques et climatiques pour s'adapter à cet autre univers qu'est le fond des mers. Un parcours hors du commun qui nous mène aux frontières des limites humaines. »

À l’occasion de la Mediterranean Cup (MED CUP) de 2013 depuis son journal de bord sur Facebook :

Guillaume Néry évoque Morgan Bourc’His et la compétition : « Recordman d’Europe en poids constant sans palmes (- 88m), membre de l’Equipe de France depuis 2006 avec qui j’ai partagé 7 championnats du monde, le dernier Vertical Blue 2012 (mes -123m) et surtout un ami sur qui je peux compter. Il est celui qui me connaît probablement le mieux parmi les apnéistes. Nous échangeons toute l’année quasi quotidiennement sur nos entraînements et sommes jamais avares de conseils et de soutien l’un envers l’autre.

« Christophe Lyonnard, mon préparateur physique depuis 2 ans, et surtout conseiller, membre de mon équipe de sécurité et ami depuis plus de 10 ans. Il était déjà à l’eau sur mon premier record du monde en 2002 à - 87m. C'est la voix et la voie de Claude Chapuis ». Claude est mon maître, celui qui m'a tout appris et dont j'essaye de perpétuer l'état d'esprit et la philosophie). 

Bien sûr, toujours consultée, Julie ma compagne avec qui je partage ma vie depuis 13 ans, a un regard plus global, plus extérieur. Je me confie totalement sans retenue à elle. Son analyse est souvent perspicace et juste.

Et puis il y a vous, qui lisez ce journal de bord, dont je ressens quotidiennement un soutien indéfectible et qui avez eu une analyse si juste. Merci du fond du cœur !

C’est donc -118m qui a été retenu. Ce fut le bon choix, puisque la plongée s’est bien déroulée, toujours pas dans la perfection tant attendue depuis 2 semaines, mais dans un relâchement qui s’installe au fil des jours.

Me voilà prêt à attaquer la compétition demain. Déjà, aujourd’hui, ma plongée d’hier à peine digérée, je me projette. Ce soir, je devrais faire l’annonce. Le même processus de décision va se mettre en place au cours de la journée.

Restez connectés, vous serez les premiers informés !...

MED CUP 2013 Épisode I/VII.

En apnée profonde, je considère que la performance est optimisée si 3 facteurs sont réunis : l’environnement, le corps et le mental.

 -      L’environnement, c’est l’équipe, la sécurité mise en place, le lieu, l’énergie et les affinités avec ce lieu, les conditions météos.

-      Le corps, c’est le niveau de préparation physique, l’adaptation à la profondeur, l’aisance en apnée, le niveau de relâchement, la technique.

-      Le mental, c’est l’envie et le niveau de concentration

 Ces 3 facteurs sont tous dépendants les uns des autres.

« LA PATIENCE. La profondeur est une école de patience. Les facteurs extérieurs ne doivent jamais nous faire prendre les mauvaises décisions. Pas d’inquiétude car il y a eu beaucoup de bonnes choses dans cette plongée, notamment de bons indicateurs sur l'état de forme physique.J’ai toujours trouvé dans la pratique de l’apnée en profondeur un forme de méditation dans le déplacement vertical. D’un point de vue géographique, nous allons vers le centre de la Terre, nous nicher en son cœur. Le froid des abysses ralentit le corps, son métabolisme, les battements du coeur. La lumière du soleil se dissout dans la masse d’eau, laissant place à une obscurité lénifiante. La pression comprime le corps physique et ramène les tissus en son centre. Tous les éléments convergent en un point. Mon corps devient céleste et exerce sa gravité sur mes pensées. Je lâche prise et m’abandonne dans le voyage intérieur. C’est une symphonie du corps, de l´esprit et de l’élément. »

Voyage entre deux inspirations : Tedx Guillaume Néry sur youtube. © TEDx Talks

NARCOSE par Julie Gautier avec Guillaume Néry. © Guillaume Néry

L'accident (la narcose, aussi appelée ivresse des profondeurs, est l'ensemble des phénomènes qui agissent sur le système nerveux du plongeur et entrainent des troubles de la perception) en compétition.

In Les 50 ans de Mercedes AMG

L'accident (la narcose) in les 50 ans de Mercedes AMG. © Mercedes-AMG

 

 

Jean-Charles GRANJON : né à Lyon, 39 ans, fondateur de Bluearth Production  

Cinéaste de la vie sauvage et de l´ocean au sens large, biologiste marin de formation, passionné par les mythologies et les rites chamaniques chez les peuples marins et nomades, doué d’un réel sens artistique et hollistique de l’image de la mer.

Jean-Charles Granjon, Morgan Bourc’his et Guillaume Néry se connaissent et ont appris à apprécier leur professionnalisme respectif à maintes reprises. Il y a quelques semaines encore Morgan Bourc’his plongeait en rade de Marseille avec Jean-Charles Granjon pour les besoins d’un tournage. Sur ces bases de confiance profondément nautique (Jean-Charles pratique aussi l’apnée sportive et professionnelle car elle est indispensable pour les prises de vues de certaines espèces) est née une amitié, plus récente entre Jean-Charles et Guillaume, et une philosophie sportive éco-responsable : ces trois frères d’armes sont par exemple très conscients et respectueux de la compensation et du bilan carbone qu’ils prévoient au plus juste dans tous leur déplacements, qu’ils soient individuels ou collectifs. Le cercle des poètes amphibiens s’élargira alors en une dynamique communauté de conscience océanique à partir de la rencontre entre Jean-Charles et Coralie (voir le très court métrage qu'ils réalisent ensemble pour Adidas plus haut) et de cette autre qui aura lieu en Ocėanie entre Jean-Charles et Ismaël Huukena à Tahiti en juillet 2017.

Jean-Charles Granjon août 2015 Jean-Charles Granjon août 2015

« Initiation Pacifique », son premier roman paraîtra en octobre prochain aux éditions Guy Tredaniel soit un mois après la sortie de son film documentaire de 52 minutes « Te Vaanui » (le nouveau titre de : « Te Aranui, le long voyage d’Ismaël »), sur France Ô : extrait.

"Un son ténu creva la surface depuis le centre du lagon. De là filtrait une mélodie composée de grondements entremêlés de chants stridents et de cris de supplication. Parfois, un souffle connu déchirait cette litanie tout en gondolant la surface de cette mer de métal liquide. Une baleine ! Une joie intense m’envahit. Jetant en hâte mes vêtements sur le sable, je plongeai dans une eau sombre pour la rejoindre. Sous la surface, j’eus la surprise de découvrir un univers étonnamment clair, aussi clair qu’à l’air libre. Les monticules organiques de corail m’apparaissaient en noir et blanc sous la danse des rayons lunaires. Je remontai à la surface, puis nageai en direction du chant avec la plus grande fluidité possible. L’eau courait sur ma peau. Sa force sensuelle caressait mon front, épousait mes formes et glissait sur mon corps. L’eau me guidait. Je m’effaçais en son sein, baigné par le chant du mégaptère. "

IVème de couverture : Initiation Pacifique nous raconte comment le monde intérieur d’une personne et son  environnement naturel interagissent pour accompagner une évolution personnelle.

L’auteur nous emmène dans une catharsis vécue au coeur de la Polynésie française. Une fois le décor historique, culturel et environnemental tahitien posé, Initiation Pacifique dresse un pont entre notre monde onirique et nos réalités respectives. Ode à l’océan Pacifique, l’univers sous-marin est présenté comme une porte entre le rêve et la réalité. Cette porte est gardée par un Tahua, le terme reo maohi ( tahitien ) pour désigner le “spécialiste” du monde invisible. Sa rencontre est un point de climax qui nous permet de découvrir une forme de spiritualité liée à l’océan.

Loin d’une approche anthropologique, Initiation Pacifique décrit d’une manière poétique le lien intime qui relie l’être humain à l’océan.

Présentation de l’auteur par l’éditeur.

Jean-charles Granjon est auteur, réalisateur, cinéaste et producteur spécialisé dans le monde marin. Au cours des 10 dernières années, il a plongé avec les grands cétacés, au coeur de frénésies de requins et fut le premier à filmer dans son milieu naturel le poisson à l’origine du mythe du serpent de mer : [le Régalec, voir photographie ci-dessous]. Initiation Pacifique est le récit romancé de son initiation au monde invisible océanique. Cette initiation intuitive l’a conduit à rencontrer d’autres gardiens de l’océan et à matérialiser dans sa réalité ses rêves d’existences.

Voir "Témoignages sous-marins" (Underwater Testimonies) de J-C Granjon : Bluearth Production, sur Viméo ici :

Plongée avec un longimanus au large des bahamas, une réputation de mangeur de naufragé, aujourd'hui il ne reste que 5% de sa population de l'Atlantique. Photographie Alex Souliler. Le plongeur équipé d'une caméra est Jean-Charles GRANJON. Plongée avec un longimanus au large des bahamas, une réputation de mangeur de naufragé, aujourd'hui il ne reste que 5% de sa population de l'Atlantique. Photographie Alex Souliler. Le plongeur équipé d'une caméra est Jean-Charles GRANJON.

 

Photographie Jean-Charles Granjon. Photographie Jean-Charles Granjon.
 

Rencontre avec le légendaire Régalec "Le Roi des harengs". Photographie Jean-Charles Granjon. Rencontre avec le légendaire Régalec "Le Roi des harengs". Photographie Jean-Charles Granjon.

Le" Roi des harengs refait surface" :
Le régalec, poisson qui a longtemps nourri les légendes colportées par les marins, a été approché par le cameraman sous-marin Jean-Charles Granjon. in Le Monde. 18.11.2013.

  

Ismaël  PATU HUUKENA, nė le 12 août 1971 à Papeete, Tahiti.

Maître du mille nautique linéaire nagé en étendue (ayant cumulé 430 NM, soit plus de 800 km terrestres en deux ans et demi), artisan du lien nautile entre les hommes reliant les îles et archipels de la Grande Polynésie en nageant comme Honu la tortue, on dit qu’il se rapprocherait de la discipline verticale en quête du secret des fathoms. Les abysses tiennent lieux d’une part des dieux de l’Olympe à l’égal de Havaiki, l’île-sanctuaire figurant le paradis du peuple Mā’ohi.

Ismaël PATU HUUKENA. Octobre 2014. Ismaël PATU HUUKENA. Octobre 2014.

Papeete, juillet 2017 : Jean-Charles, animé par sa quête initiatique des peuples de l’eau dans le Pacifique-sud, rencontre Ismaël dans sa dėmarche natatoire d’absolution, de ralliement culturel et spirituel du plus grand nombre à l’océan ; et sa « matche » tout de suite entre les deux hommes.

Voir la poétique d'Isma in : "Un pari aquasphérique inédit pour Ismaël Patu Huukena", billet de blog, ici :

En fait, toute cette histoire est une invitation, une offrande, une poignée du sel bleu des plaines abyssales que nous livrons à l’ėblouissement du ciel plaqué sur les eaux. Isma est finalement à la fois le point d’accomplissement et de nouveau départ de cette communauté de pensée éco-philosophique qui appelle au retour à nos océaniques fondamentaux. Isma est un vieux frère avec qui je partage les rudes joies de la natation en eaux libres depuis quelques années maintenant, un ami d'adolescence que j'ai rencontré au collège de Tai O Hae en 1981, bien que je ne l’ai pas revu depuis les 37 années qui nous séparent de notre rencontre à Nuku Hiva.

Vous êtes donc tou(te)s chaleureusement convié(es) à Marseille avec Coralie Balmy, Guillaume Néry, Morgan Bourc’his, Isma Huukena et Jean-Charles Granjon en fin d’année pour fêter la sortie de son film documentaire « Te Vaanui, L'Odyssée d’Ismaël » sur le petit ėcran. 

« On est de la même famille quand on a les mêmes manières de réagir, d’avoir de l’intuition devant le monde, quand on a ces mêmes manières on est de la même famille »  Édouard Glissant in : « One World in Relation » (Un monde en Relation) documentaire de Manthia Diawara 2010.

 

 Prière-poème d’Ismaël ; qu’il déclame en langue Eo Enana (Marquisien) avant chaque départ de grande nage en haute mer

 

DEMANDE PARDON

Au cœur de l'océan

TE VARUA O TE MOANA

Qui est La force de vie de Taaroa
Taaroa le commandant des marées
et du cœur de l'océan

L'évolution des eaux de Taaroa
Elle sont a perte de vue

Le cri de la baleine
Signale un avertissement et
La puissance de Taaroa
Qui est le commandant des marées

Il est un gardien
Un précieux trésor de l'océan
Un être étrange d´une force surnaturelle
Et vraiment il est le seul et unique dieu de  l´ABYSSE

De l'ancien royaume préhistorique

Et pardon aux vagues les gardiennes de Moana.

 

 

EÏA TA KOTOU VAETUKIA NO TE AOATAKUAO TE TAÏ NUI 

(Voilà votre offrande venue des profondeurs de l´océan)

 

Ismaël PATU HUUKENA en son habitat des Eaux. Henua Enana. Dec 2017 ( Îles Marquises ) Ismaël PATU HUUKENA en son habitat des Eaux. Henua Enana. Dec 2017 ( Îles Marquises )

 

Post-Scriptum :

Enfin, j’adresse un amical clin d’oeil à Mehdy METELLA, le fils de la forêt pluviale et des grands fleuves du bassin de l’Amazone coeur des sources du monde, le nageur guyanais vice-champion olympique spécialiste du sprint (50 et 100 mètres) en nage libre et papillon. 

Îles Marquises :  En mémoire de "Lucien Kimitete (1952 - 2002) Du guerrier Mā'ohi ultime et de son combat politique nous est advenu le Poète !", sur le site Tahiti-Infos, ici : 

In Memoriam : Il y a 10 ans, le 27 juin 2008 disparaissait à 37 ans le prodigieux dessinateur de bande dessinée d’abyssale inspiration (comics books) Michael TURNER,  le père fondateur de la saga FATHOM + Comic Vine  Un univers sophrologique, ses créatures oniriques, une vraie thalassothérapie pour les yeux. (Voir les deux illustrations ci-dessous).

Édouard Glissant (1928 - 2011) : Le poète martiniquais, maître de l’étendue et de la profondeur de la pensée philosophique dite de l'Atlantique Noir, voir le billet de blog :  « Abyssal Beginnings » ici :

 

À donc bientôt,

Soley’ !

Pyèr. 

 

Couverture de FATHOM N° 4. Par Michael TURNER. Couverture de FATHOM N° 4. Par Michael TURNER.


SUBMARINER par Michaël Turner ( RIP 1971-2008 ) for MARVEL Comics. SUBMARINER par Michaël Turner ( RIP 1971-2008 ) for MARVEL Comics.
 

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