Mensonge : L’aveu tardif du docteur Maurice Berger

C’est bien tardivement, en janvier 2019, que le docteur Maurice Berger réagit, enfin, à nos billets qui remontent à 2014, concernant le détournement qu’il a fait du nom de Brazelton. Le communiqué au sein duquel Monsieur Berger avoue est directement accessible au lien ci-après : https://www.mauriceberger.net/communique-calendrier-brazelton/

L'usage abusif du nom de Brazelton avait fait l'objet d'un billet sur Médiapart en juillet 2014 : https://blogs.mediapart.fr/pierre-laroche/blog/250714/l-utilisation-inconvenante-du-nom-de-brazelton

Finalement, cinq années plus tard, le docteur Maurice Berger écrit clairement : « Brazelton n’a pas nommé ses propositions « Calendrier de Brazelton » et donc je mentirais en utilisant cette appellation. » [5].

À toutes fins utiles rappelons que Thomas B. Brazelton et Stanley I. Greenspan ont collaboré à la rédaction d’un ouvrage intitulé : The Irreducible Needs of Children - What every child must have to grow, learn and flourish – 2000. Ce livre a été traduit en français en 2001 par Isabella Morel. La version française s’intitule : Ce qu'un enfant doit avoir - Ses sept besoins incontournables pour grandir, apprendre et s'épanouir – 2001. Il s’agit d’un livre grand-public et non pas d’une publication scientifique comme le laisse déjà présager le titre du livre.

À l'intérieur de ce livre grand-public, parmi une multitude de recommandations et de conseils en tout genre proposés à des parents en manque de repères, Messieurs Brazelton et Greenspan mentionnent de façon purement fortuite et indicative l'existence d'un calendrier... Sans doute pour lui donner plus de légitimité qu'il n'en mérite et le voir ainsi s'imposer dans la pratique judiciaire française, Monsieur Berger s'obstine à vouloir lier cet exemple de calendrier directement à d'éventuels « travaux », sous-entendus approfondis, qu’aurait effectué le  docteur Brazelton alors qu'il ne résultait que de l'ancienne pratique d’un tribunal aux US !

Les références du docteur M. Berger sont celles d’une autre époque, obsolètes, désavouées par la population et contredites par les centaines d'études scientifiques que Monsieur Berger occulte froidement et systématiquement (G. Poussin, M. Bergstrom, W. Fabricius, L. Nielsen, R. Bauserman, J. Kelly, M. Lamb, R. Warshak, E. Kruk, etc.). Comme la grande majorité des pédopsychiatres et des psychologues d'orientation psychanalytique qui sont farouchement opposés à l'intérêt des enfants de parents séparés (aimer et être éduqué par ses deux parents à part égale lorsque cela est possible), Maurice Berger espérait donner l'illusion, notamment à ses pairs et aux professionnels de la justice familiale, que son calendrier revêtait une importance internationale alors que cela n'a jamais été le cas.

Effectivement, rappelons que Monsieur Berger est le co-auteur d'un livre où il fait l'apologie du « Calendrier de Brazelton » ! Dans ce livre, il écrit [1] : « Il [le pseudo-calendrier de Brazelton] est particulièrement destiné aux situations conflictuelles, et vise à répondre à un principe de précaution concernant le développement de l’enfant. Il [le faux calendrier de Brazelton] s’inspire directement des travaux de Brazelton et Greenspan, deux chercheurs et cliniciens mondialement connus pour leurs travaux sur le développement psychologique du petit enfant. ».

Les besoins de l'enfant - page 57 © Maurice Berger et Christine Frisch-Desmarez Les besoins de l'enfant - page 57 © Maurice Berger et Christine Frisch-Desmarez

Contrairement aux affirmations de Monsieur Berger, Monsieur Brazelton ne formule aucunement la prétention d'avoir conduit des « travaux » sur la question du mode de résidence des enfants de parents séparés ! Les écrits de Monsieur Brazelton ne sont donc basés que sur son opinion personnelle (à recontextualiser au moment de son époque) et ne sont en rien le fruit de ses travaux, ni de sa recherche. Il n'existe aucune publication scientifique du docteur Brazelton dans une revue spécialisée sur le mode de résidence des enfants de parents séparés et sa bibliographie n'en fait nullement mention. Rappelons encore que contrairement aux affirmations de Monsieur Berger, Monsieur Brazelton n'est pas fondamentalement opposé à la résidence alternée des moins de trois ans qu'il caractérise dans ses écrits par la formule plus souple de « plan parental ».

S'il est honorable que Monsieur Berger cherche enfin à reconnaître son mensonge, il reste quand même des points à éclaircir...

Pour quelle raison Monsieur Berger a-t-il, pendant de nombreuses années, exploité le nom de Brazelton alors qu’il savait qu’il n’était l’auteur d’aucun calendrier ?

Nota : Ne pas confondre avec l'échelle de Brazelton qui n'a rien à voir.

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Comment Monsieur Berger compte-t il s'y prendre pour informer les personnes qui ont eu foi en ses écrits, les élus, les magistrats, les avocats, les travailleurs sociaux, les professionnels de l'enfance notamment ceux qui travaillent à présent avec ce fichu calendrier et les médias de ce spectaculaire revirement ?

Pour quelle raison Monsieur Berger passe-t-il maintenant aux aveux alors qu’il aurait pu le faire dès 2014 ?

C’est à se demander si la confrérie de Monsieur Berger, déjà mal en point à propos du scandale de l’autisme (positionnement de la HAS et des Gouvernements successifs) ne l’aurait pas sommé de tenter de se justifier coute que coute, tant la question devient critique pour eux à l’heure où les politiques prennent conscience du problème sociétal majeur engendré par la discrimination faite aux parents qui demandent, souhaiteraient ou pratiquent la résidence alternée... par les magistrats de la famille dé-formés par des enseignements prodigués par les officines psychanalytiques (voir les : propositions de loi APIE de juin 2014, et MoDem d’octobre 2017, déclarations début 2019 de Marlène Schiappa sur plusieurs médias en faveur de la résidence alternée en cohérence avec sa signature en 2014 d’une pétition du collectif : Les Femmes en Faveur de la Résidence Alternée).

À la manière habituelle des psychanalystes doctrinaires de tenter de « faire prendre des vessies pour des lanternes », Monsieur Berger n'en livre pas moins un AVEU en écrivant « Monsieur Laroche monte en épingle un point mineur ». Il y a donc bien selon Monsieur Berger, « un point ». Pour le qualifier de mineur, Monsieur Berger se raccroche aux branches qu'il peut ! En l’occurrence…une citation dans le livre grand-public de Messieurs Greenspan et Brazelton...

À ce titre, Monsieur Berger reprend à l'envie, en la tronquant, l'unique phrase qui lui semble la plus opportune dans la traduction française de ce livre : Les enfants ne devraient pas quitter leur domicile principal pour la nuit avant l'âge de trois ans| La citation de Monsieur Berger s’arrête là. Cela limite le risque que le lecteur sagace aille vérifier la validité du reste de la phrase ! La suite trop brutalement tronquée est la suivante |…et à condition d'avoir vu leurs deux parents plusieurs fois par semaine et de se sentir en sécurité avec chacun d'entre eux. (page 83 dans le livre en français).

Cependant, Monsieur Berger omet de citer cette phrase dans sa version originale (en anglais). Celle-ci stipule : « Chidren should not be separated from the nurturing parent for overnights untill the child is in age three unless (sauf si) the child sees both parents many time a week and feels secure with both parents. ».

Brazelton © Brazelton Brazelton © Brazelton

Autrement dit Monsieur Berger et Madame Morel, après lecture du texte original, assimilent trompeusement unless (sauf si, à moins que), avec provided (à condition que). Cette erreur de traduction inverse totalement le sens de la phrase citée en référence par Monsieur Berger qui espèrait ainsi faire croire qu'elle illustrerait parfaitement les théories psychanalytiques sous la légitimité des [prétendus] innombrables travaux scientifiques du docteur Brazelton (qui n'existent pas sur ce sujet). Dans la plupart des configurations de séparations, les enfants ont eu des liens plusieurs fois par semaine et se sentent en sécurité avec chacun des parents.

Avec cette sinistre dialectique, et l’entrisme forcené qui l’accompagne dans les milieux judiciaires, Monsieur Berger ne fait rien moins que booster ce qui est déploré par l’INED et maints spécialistes de l’éducation et la délinquance : près d’un tiers des enfants ne voient plus un de leur parent quelques années après leur séparation. Ce risque est divisé par plus de 20 quand une résidence alternée a été mise en place de façon précoce.

Pour faire bonne figure, Monsieur Berger invite en conclusion de son communiqué, insinuant que cela serait édifiant à mon détriment, à ce que les « professionnels » lisent l’ensemble de mes écrits sur Médiapart, mais il se garde bien, ce qui eut été un gage d’honnêteté intellectuelle, de fournir le moindre lien.

De la même manière, il croit astucieux d'introduire son speech par ma qualification de « pétition de 5500 charlatans » ...sans fournir le lien [2] qui explique les raisons de ce qualificatif et qu'il convient de résumer ainsi : à l’analyse d’un échantillon de 550 signatures de la pétition, il apparaît clairement qu’environ 32% des signataires sont des non-professionnels avérés et qu'au moins 33%, si ce n’est tous, de ceux qui l’ont signé ont été trompés par l’argumentaire frauduleux de la pétition, avec entre autres, cette référence au « Calendrier de Brazelton » ! On notera encore que rien n'empêchait les votes multiples et rien ne permettait de garantir l'authenticité de l'éventuel caractère professionnel des signataires. A ce titre, il est possible de dénombrer une grande quantité de votes multiples. Une autre analyse (entre les signatures 4001 et 4100) montre qu’environ un tiers des signataires ne sont pas identifiables en tant que professionnels et que seulement 3% d'entre eux sont pédopsychiatres.... En conclusion, jamais 5500 professionnels de l'enfance n'ont signé cette pétition, ni même 5120, ni même 4400, ni même les autres quotas tous très différents dont les protagonistes se sont vantés dans la presse ! Si quelques professionnels de l'enfance l'ont signé c'était forcément par erreur et ce n'est pas à moi qu'ils en voudront mais aux auteurs qui les ont abusé et manipulé. Effectivement, il n'a jamais été question d'imposer la résidence alternée en toute circonstance, ni même aux deux parents qui n'en voudraient pas pour des raisons dûment justifiées.

Prétendu recul de la Californie © Jacqueline Phélip et Bernard Golse Prétendu recul de la Californie © Jacqueline Phélip et Bernard Golse
La Californie, notamment citée en exemple dans cet argumentaire frauduleux, n'a jamais modifié sa législation à l'égard de la résidence alternée [3].

 

Les auteurs assimilent trompeusement SAP avec l'aliénation parentale alors que cette dernière fait déjà partie du DSM V sous d'autres appellations. Et qui de raisonnable peut exiger qu’il n’y ait pas de sanction en cas d’irrespect des droits de l’autre parent ! Une telle domination n’est évidemment pas souhaitable et cela fait perdre toute crédibilité à l'argumentaire de cette pétition.

En désespoir de cause, Monsieur Berger cherche la caution de la « WAIMH, Société scientifique (SIC !) Internationale ». La WAIMH n'est rien d'autre qu'une officine composée en majorité de psy-psychanalystes et de pédiatres de cette même orientation dont l'avis non-scientifique de la branche francophone sur les questions d'intérêt des enfants de parents séparés ne pourra jamais être lavé d'avoir œuvré à la promotion [4] d'un faux Calendrier de Brazelton inventé par certaines personnes peu recommandables dépourvues de scrupule et incompétentes en pédopsychiatrie.

Sur cette question de la résidence alternée, les lecteurs se porteront utilement vers les consensus de psychologues (réellement scientifiques par leurs approches). Les lecteurs hésitants prendront plaisir à investiguer s'ils s'interrogent en commençant par ces 3 ou 4 piliers en anglais (l'anglais est d'usage courant, voir normalisé, dans le milieu scientifique) ou traduits (traductions certifiées) :

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[1] : Maurice Berger et Christine Frisch-Desmarez - Les besoins de l'enfant - page 57.

[2] : Pétition des 5500 charlatans, loi famille et psychanalyse ! https://blogs.mediapart.fr/pierre-laroche/blog/250514/petition-des-5500-charlatans-loi-famille-et-psychanalyse

[3] : Marc Juston et le Centre d’Analyse Stratégique trompés ! https://blogs.mediapart.fr/pierre-laroche/blog/080614/marc-juston-et-le-centre-d-analyse-strategique-trompes

[4] : Déclaration de la Waimh francophone sur la résidence alternée - 1er octobre 2012 : http://docplayer.fr/68741081-Declaration-de-la-waimh-francophone-sur-la-residence-alternee.html

[5] : Ci-dessous : capture d'écran du récent communiqué de Maurice Berger à propos du pseudo-Calendrier de Brazelton :

Pseudo-Calendrirer de Brazelton © Maurice Berger Pseudo-Calendrirer de Brazelton © Maurice Berger

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