Grèce : un retour sur les marchés financiers plombé par une crise bancaire

Malgré les accents triomphalistes venus de Bruxelles à la suite du retour de la Grèce sur les marchés financiers, l'Union pourrait être rattrapée par une réalité qu'elle a choisi d'ignorer, Car l'économie du pays est sous la menace d'une défaillance d'un système bancaire très affaibli par des années de crise.

En juillet 2017, la Grèce anticipait son retour sur les marchés financiers en annonçant qu'elle allait émettre, à titre expérimental, des obligations d'état à échéance 2022. Opération réussie, nous dit la Tribune, grâce à un taux de rendement très élevé et malgré un taux de couverture de moins de 50% des objectifs. Dans le même temps, le FMI donnait son accord de principe pour un versement de soutien de 1,6 milliard d'euro, en précisant que ce versement ne serait effectif que si l'Union procédait à un allègement de la dette, qu'il juge toujours insoutenable.

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Le mois de Mai dernier est marqué par de triomphants coups de clairon en provenance de Bruxelles : on nous annonce le retour du "printemps grec", marquée par une croissance de 1,4% pour 2017 et  évaluée à 2,5% pour 2019.  Le chômage recule, mais reste tout de même à 21%. Ici, si le crétinisme était une discipline olympique réservée aux politiques, ils seraient nombreux à concourir,  mais la médaille d'or reviendrait sans contestation possible à Pierre Moscovici, qui ose parler de la solidarité (tu parles, Charles !) qu'a affichée l'Union vis-à-vis de la Grèce. Le retour sur les marchés financiers n'est pas loin !

Le 21 Aout dernier, c'est chose faite. Là encore, l'inoxydable Moscovici croit bon d'y mettre son grain de sel en déclarant que "la Grèce va pouvoir définir sa propre politique économique". Michel Audiard a écrit quelque part qu'il vaut mieux "la fermer et passer pour un con que de l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet". Car ce qu'oublie de dire Pierre Moscovici, c'est que la Grèce "reste sous surveillance de l'Union qui continue à imposer sa loi et ses choix". Médiapart en cite pour preuve une nouvelle baisse des retraites imposée par l'Union Européenne.

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Et surtout, le retour sur les marchés financiers n'efface pas d'un coup de gomme les conséquences de la gestion calamiteuse des nullités du même calibre que Mosco, qui, malheureusement, sont en charge du destin de  l'Union. Car si la dette grecque a diminué en valeur absolue, c'est au prix d'une  baisse de plus de 25%  du PIB entre 2010 et 2016 et si monsieur Moscovici savait se servir d'un tableur Excel, il se serait rendu compte dès 2012 des dommages collatéraux liés à une politique d'austérité appliquée sans aucun discernement.

Si, pour Bruxelles, les indicateurs sont au vert, la dette colossale du pays est toujours menaçante, car le léger recul constatée en 2017 et la restitution au pays des bénéfices réalisés par les banques centrales sur les obligations grecques (environ 8 milliards d'euro, tous pays confondus) font figure de goutte d'eau dans un océan de près de 320 milliards d'euro. Mais surtout, l'arlésienne de ces dernières années - l'allègement de la dette grecque - se réduit à un simple ré-étalement des échéances de remboursement, ce qui ne satisfait pas le FMI, dont la directrice déclare : "la dette grecque est soutenable à moyen terme. Mais sur le long terme, nous avons des réserves".

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Sur le moyen terme et même sur le court-terme, il est possible que madame Lagarde affiche un optimisme qui n'est pas de mise. Car deux graphiques, révélés par Médiapart, montrent la déliquescence du système bancaire grec. Le premier (ci-dessus) montre l'état des créances douteuses en comparaison à d'autres pays d'Europe. Celles-ci représentent plus de 40% du total de leurs créances. Le deuxième (ci-dessous) suggère que les "investisseurs" ne se bousculent pas pour recapitaliser les banques grecques, le deuxième graphique étant la conséquence du premier. Si celles-ci, comme le laissent entendre les crash tests auxquels elles ont été soumises, doivent se recapitaliser, ce ne sera surement pas par émission de nouvelles actions. Si vraiment, les "têtes pensantes" de la Commission et de la BCE ignorent ces données, cela en dit long sur leur niveau d'incompétence ! Mais il est plus probable que, ne voulant plus entendre parler de la Grèce, ils aient choisi de se fier à des crash tests qui, réalisés avec une méthodologie très approximative, ont donné des résultats "à peu près" satisfaisants, nous dit le titre de la Tribune. C'est cet "à peu près" qui est inquiétant, car dans toute l'affaire grecque, l'Union persiste dans la politique de l'à peu près avec laquelle elle a géré l'affaire grecque.

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Cela continue avec le déni des risques d'une possible défaillance des banques pour l'économie grecque : selon le quotidien en ligne, aucun investisseur ne semble disposé à apporter des capitaux à des institutions bancaires qui ont perdu 99% de leur valeur depuis 2015. Quant à l'état, il ne peut intervenir dans une opération de rachat des créances douteuses sans mettre en péril son équilibre budgétaire et augmenter encore sa dette.

C'est donc ainsi qu'évacuée par la porte, la crise de la dette grecque revient par la fenêtre des banques. Car, avec des banques incapables de fournir à l'économie les ressources dont elle a besoin pour investir, l'érosion du PIB continuera à s'accélérer. Cela, il n'y a pas besoin d'être Cassandre ou la Pythie pour le comprendre. Mais l'Union Européenne préfère s'abriter derrière les règles d'une Union Bancaire qui n'en a que le nom, puisqu'elle renvoie sur chaque état la responsabilité de gérer son système bancaire. La crise grecque n'est pas finie et c'est une question de temps avant qu'elle ne nous éclate à nouveau à la figure.

 

 

 

 

 

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