Terminal 4 d'ADP, Europacity, même combat

Un volet de l'action du collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG) concerne l'impact sur l'environnement du transport aérien. L'association de défense du Val d'Oise contre les nuisances aériennes (AVOCNAR) souligne l'impact des nuisances sonores sur la santé de la population. On constate donc une convergence entre les deux associations, qui unissent leurs forces dans le débat citoyen.

La construction du terminal 4 (T4) d'ADP suscite la controverse, en raison des nuisances sonores qu'elle impose aux riverains. Le problème ne se limite pas aux communes limitrophes et concerne aussi toute la vallée de Montmorency. Dès 2015, la mairie de Saint-Prix, commune distante de Roissy d'une vingtaine de kilomètres - déposait une plainte pour nuisances sonores médicalement reconnues par un expert des troubles du sommeil : « Nous essayons d'attirer depuis très longtemps l'attention des pouvoirs publics sur ce problème. Actuellement 163 avions décollent chaque nuit de Roissy. Mais on nous répondait toujours que nous exagérions. Cette fois-ci, l'Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (Acnusa) elle-même confirme les conséquences médicales graves. » En effet, dans les zones fortement impactées par le bruit, l'espérance de vie en bonne santé est statistiquement moins élevée que sur l'ensemble du territoire.
Les élus de l'Avenir Ensemble, minoritaires au conseil municipal de Montmorency, s'en inquiètent également et rappellent l'exigence d'une période nocturne sans avions, pour assurer une période de sommeil d'au moins six heures aux riverains. Cela n'est nullement irréaliste, car ce "couvre-feu" est déjà en vigueur non seulement à Orly, mais aussi dans un des plus grands aéroports d'Europe, celui de Roissy. Ces élus minoritaires ont soumis au Conseil Municipal une motion s'opposant à la construction du T4 "sans mise en œuvre de ce couvre-feu et d'une politique volontariste d'accompagnement pour la protection contre les nuisances aériennes". Cette motion a été adoptée à l'unanimité. Mais il est peu probable que cette option soit retenue par les Pouvoirs Publics, qui prévoient, dès que la loi Pacte sera définitivement votée, d'enclencher le processus de privatisation d'ADP, qui est partie intégrante de cette "vente à la découpe" évoquée dans une précédente contribution : il s'agit avant tout d'une mise aux enchères entre les investisseurs potentiels. Cela suppose de stimuler l'appétit de ceux-ci en augmentant de façon significative le nombre de vols, quitte à dégrader encore un peu plus la qualité de vie et la santé des riverains.
Le maire de Gonesse n'en est plus à un paradoxe près, lui qui dénonce la "saturation environnementale " liée aux nuisances aériennes, mais soutient également un projet (EuropaCity) qui affiche l'ambition d'attirer 31 millions de visiteurs par an, dont plus de la moitié viendrait en avion de toute l'Europe. A moins d'être très mal renseigné sur EuropaCity, monsieur Blazy ne peut ignorer cette réalité. Il serait grand temps que nos hommes politiques soient cohérents avec eux-mêmes, dans leurs paroles comme dans leurs actes !

Les nuisances aériennes constituent donc un véritable problème de santé publique, mais ce n'est apparemment pas le problème d'ADP ni de l’État, actionnaire majoritaire (plus pour très longtemps !). Dans une interview au Parisien, Françoise Brochot, présidente de l'AVOCNAR, précise que la réalisation du projet T4 ferait passer le trafic de 1300 à 1700 vols par jour. Ceci n'est qu'une estimation basse, car, nous dit le Point, la capacité potentielle de ce nouveau terminal permettrait techniquement une augmentation beaucoup plus importante. Le périodique précise que le trafic aérien augmente de façon exponentielle, avec un doublement tous les quinze ans.

Un autre point concerne EuropaCity et ses opposants : qui dit nouveau terminal dit également création de boutiques de luxe, vendant leurs articles en duty free, une rude concurrence pour le secteur commercial du grand projet inutile. Il s'agit d'une course à l'échalotte entre deux projets qui affaiblira nécessairement l'un d'entre eux, le plus vraisemblablement EuropaCity. La viabilité économique du projet devient de moins en moins évidente.

Il y a convergence entre les actions du CPTG et celles de l'AVOCNAR : cette dernière association, comme son nom l'indique, a mis l'accent sur les nuisances aériennes dont sont victimes les riverains et qui continueront à se développer si la politique de développement du transport aérien est menée à son terme. L'action du  CPTG, repose sur d'autres considérations : il s'agit d'éviter que se crée aux portes de Paris un complexe au bilan carbone désastreux, que soient bétonnées des terres agricoles qui sont le poumon de la région, que le transport aérien augmente dans des proportions catastrophiques. Cette dernière proposition est le lien entre ce que défendent les deux associations. C'est aussi la position de Vincent Gayrard, des Amis de la terre : "il faut associer l'extension du terminal T4 avec le projet voisin d'EuropaCity et leurs conséquences sur le climat. On s'évertuera à prouver qu'il s'agit du même sujet [...] On ne peut pas monter de tels projets en les dissociant".

C'est aussi la position de Chantal Jouanno, fermement opposée à la pratique du "saucissonnage", qui recommande qu'un débat public traite de toute la politique territoriale de l'Ile de France. Mais, en lieu et place de débat public,  il y aura une concertation, pilotée par ADP. Dans ces conditions, la neutralité et l'indépendance du débat ne sont en aucune façon garanties, même si ADP assure vouloir donner une durée la plus longue au débat (3 mois), si l'AVOCNAR obtient l'organisation de réunions supplémentaires en vallée de Montmorency, dans le secteur du confluent et en Seine et Marne. Pourtant, l'extension de ces consultations citoyennes annonce une bonne nouvelle : le souhait de participation accrue des citoyens aux affaires les concernant. La Présidente de l'AVOCNAR souhaite donc une forte participation citoyenne à ces consultations, même si elle dénonce un dispositif "sous-dimensionné".

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