Europacity : l'opération de propagande d'Immochan

Le groupe Immochan se lance aujourd'hui dans une opération de "co-construction" d'Europacity en faisant semblant d'écouter les citoyens; par la tenue d'une réunion publique qui a lieu ce soir à Gonesse. Voici ce que j'aurai à dire, si toutefois on veut bien me laisser la parole.

 Il y a eu un débat public qui a montré une opposition majoritaire au projet. Les promoteurs d'Europacity prétendent paradoxalement "tirer les leçons de cette concertation" en affirmant, contre l'avis d'une majorité (79%, avec une majorité contre dans les trois groupes particuliers, associations et collectivités locales), la poursuite du projet et en "associant les habitants et membres du territoire". Ce sont leurs propres mots, qui expriment clairement que le constructeur entend ignorer les avis négatifs qui se sont manifestés.

En premier lieu, quelle est la définition du territoire ? Ce n'est pas un hasard si le débat public a révélé une divergence de vues entre les élus du 95 et ceux du 93. Ces derniers savent bien que l'ouverture de ce centre est synonyme de fermeture d'autres centres, situés en grande partie dans la Seine-Saint-Denis, qui paie déjà un lourd tribut à la désindustrialisation et au chômage. Selon une étude récente réalisée à la demande de Paris, terre d'envol, "ce projet ca cannibaliser 75 à 80% du chiffre d'affaire des commerces du secteur". Mais, curieusement, il n'est jamais question de cela dans ni de la part du promoteur, ni de la part des élus favorables au projet. A la tribune de la première réunion publique, pourtant, le maire de Gonesse et le préfet du Val d'Oise se relaient pour dire tout le bien qu'ils pensent du projet. Mais pensent-ils réellement à des créations d'emploi que certains qualifient de mirage ou, plus prosaïquement, à la manne financière que rapportera, s'il voit le jour, ce projet gigantesque à la commune qui l'hébergera et à la région ? Ce projet concerne tous les départments de la Région Parisienne et, peut-être même, au delà, car on ne construit pas une politique d'aménagement du territoire sur les intérêts d'un nombre limité de collectivités locales

Pour revenir sur les créations d'emploi : nous avons vu passer, l'été dernier, une série d'articles sur le sujet dont nous avons fait, pour ce blog, une revue de presse. Tous mettent en avant un péril grave lié à l'inflation des centres commerciaux : la disparition des commerces de proximité qui a déjà désertifié plusieurs grandes villes (Béziers, Nevers...) et remis gravement en cause notre cadre de vie. Il apparaît que, le nombre et les capacités des centres commerciaux augmentant trois fois plus vite que la consommation et en l'absence d'une politique stimulant le pouvoir d'achat, la création de nouveaux centres est un non-sens économique qui ne peut créer durablement des emplois et Europacity n'échappe pas à la règle. Face à cette réalité, le projet d'instituer une "structure dédiée aux habitants en matière d'emploi et de formation"  est une boufonnerie, car depuis que les politiques jouent la carte "formation" pour lutter contre le chômage, si cela avait eu le moindre résultat positif, cela se saurait ! On ne construit pas une politique de lutte contre le chômage sur des promesses qui ne sont que du vent et sur des bases qui ne sont que du sable.

Croient-ils lever les oppositions au projet par des modifications à la marge qui ne sont qu'une sinistre farce ? Les objections les plus graves sont la disparition des terrains agricoles, qui ne concernent pas que la France. Ce phénomène, dont Europacity n'apparait que comme la partie émergée de l'iceberg, est suffisamment grave pour être traité autrement qu'avec des solutions dérisoires, comme la "ferme urbaine" présentée par le promoteur comme un modèle "d'écosystème urbain". Il faut arrêter les bétonneurs avant qu'ils aient transformé ma terre entière en "écosystème urbain" et créé une économie de famine pour nos descendants.

Les alternatives à Europacity existent et n'ont pas été suffisamment envisagés par des élus à l'imagination courte : partant du principe que si on accepte la destruction des terres agricoles, toute opposition au projet n'a aucun sens, la proposition la plus sérieuse, portée par le CPTG et la CGT, est la création d'une zone d'expérimentation des technologies agricoles qui pourrait aussi créer des emplois, mais durables ceux-là à l'inverse de ceux proposés par Europacity. Parallèlement à ce projet, la CGT a récemment lancé une campagne "réindustrialisation de la France", avec revitalisation du site PSA d'Aulnay  pour préparer l'avenir en y implantant des "start up" et des entreprises travaillant pour la transition énergétique. Mais il faut pour cela une volonté politique de faire de la France autre chose qu'une destination touristique.

La communication actuelle concernant le projet est à l'image de ce qu'elle a été pendant le débat public : dans le jeu de questions réponses qui n'était rien d'autre qu'une communcation marketing faite de non-dits et de mensonges,
- Des questions  n'ont pas reçu de réponses. Exemple : le prétendu "Comité d'Experts" sur lequel s'est appuyé le projet : par qui ont-ils été désignés ? qui les rénumère ? A cette question que j'ai posée, j'attends toujours une réponse du promoteur, même si je sais maintenant, grâce à Jean Gadrey, qu'ils ont été désignés par Auchan, rémunérés par eux et que le président de ce "comité" est un membre de la famille Auchan. C'est évidemment pour le promoteur une vérité embarrassante, car on peut sérieusement craindre que les conclusions de ces "experts" soient aussi objectives qu'une étude menée par Servier sur les effets du Médiator.
- J'ai pris moi-même les communicants d'Immochan en flagrant délit de mensonge sur un point vérifiable par tous, lorsqu'ils n'ont pas eu peur d'affirmer  que le site d'Europacity n'était survolé par aucun avion en provenance de Roissy. J'étais allé la veille sur le site et je peux témoigner qu'il en passe plusieurs à la minute. De plus, ils ont "oublié" de préciser qu'Europacity est en bordure du site où le Concorde s'est écrasé et que l'accident du Tupolev n'a pas eu lieu très loin non plus. De la part des pouvoirs publics et des promoteurs, accepter une telle concentration de personnes dans un espace aussi exposé aux catastrophes aériennes n'est ni plus ni moins que de l'irresponsabilité.

"Too big to fail ?" Pour terminer, nous dirons que nous n'avons pas de véritable certitude de la viabilité du projet : pour convaincre, les communicants auraient mieux fait de nos présenter une étude digne de ce nom, menée par des experts indépendants, plutôt que de présenter des arguments marketing frelatés. Il est loin d'être exclu que, finalement, le projet subisse le sort de Mirapolis, laissant derrière lui plusieurs milliers de salariés sur le carreau et une friche industrielle de plus après avoir détruit des dizaines d'hectares de bonnes terres agricoles. "Too boig to fail, nous dira-t-on. Mais le Titanic, lui aussi, était "too big to fail". Il a pourtant été victime de sa démesure, comme le sera peut-être le projet Europacity !

 

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