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Billet de blog 20 sept. 2021

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Luttes pour le climat : la répression plutôt que le débat

A l'issue du procès de l'affaire du siècle, l'état est condamné pour inaction climatique. Cela n'a nullement infléchi les termes d'une loi climat et résilience" dictée par les lobbies. Ce sont aujourd'hui les militants associatifs qui sont menacés de fortes amendes et de peines de prison, plutôt que ces « décideurs » économiques et politiques qui nous mènent tout droit à la catastrophe.

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La convention citoyenne pour le climat (CCC) et ses propositions se sont conclues par un gros flop législatif : la loi "climat et résilience" qui en résulte a accouché d'une souris, comme l'illustrent, entre autres exemples, les articles concernant le transport aérien : alors que la convention préconisait l'interdiction des extensions d'aéroports, la loi dispose que seules celles qui nécessitent une expropriation seront concernés (article 37 du projet de loi).

A la suite du faux enterrement du terminal T4 de Roissy, Audrey Boehly, porte-parole du collectif Non au T4, commente pour l'Humanité : "L'article est complètement inopérant parce qu'il s'appuie sur la déclaration d'utilité publique des projets. Cela ne concernera que ceux nécessitant une expropriation... En l'état, tous les projets d'extension ou d'augmentation d'aéroport en France pourraient passer". Pas tous cependant, car sur les 10 grands projets d'extension d'aéroports, deux d'entre eux (Nantes et Bâle-Mulhouse) auraient pu être concernés par la loi. Mais, pour achever de vider complètement l'article 37 de sa substance, une dérogation est spécifiquement prévue pour ces deux cas. En résumé, "un joli texte de loi qui ne sert à rien", comme l'a commenté Charlène Fleury d'Alternatiba Marseille au cours de la table ronde tenue devant le tribunal de Bobigny le 24 juin.

Les propositions de la CCC concernant une préférence accordée au train ne sont pas mieux traitées : la convention préconisait l'interdiction des vols intérieurs lorsqu'une alternative ferroviaire de moins de quatre heures et demi existait. La loi a réduit ce délai à deux heures et demi, ce qui ne concerne que trois lignes. Elle prévoyait aussi un rééquilibrage des taxes pour rendre le train plus compétitif par rapport à l'avion low cost, outrageusement favorisé par la fiscalité. Ces propositions sont restées lettre morte. Dans une tribune publiée par le magazine Reporterre ("le transport aérien est un ennemi subventionné du climat"), Lorelei Limousin, du RAC (réseau action climat) révèle qu'en plus des avantages fiscaux exorbitants accordés au transport aérien, celui-ci bénéficie de subventions sans contreparties.

Aussi, comment une convention réunie sur proposition du président de la République, qui a œuvré pendant plusieurs mois pour construire un ensemble de propositions cohérentes ne pourrait-elle pas se sentir bafouée ? La mascarade législative de la loi "climat et résilience" démontre que les pouvoirs publics préfèrent écouter les lobbies qui sont à l'origine de ce détricotage plutôt que les associations qui dénoncent les dangers liés à l'accroissement du transport aérien. Devant cette obstruction pratiquée par des pouvoirs publics aux ordres des intérêts économiques, la seule solution immédiate, pour les militants, est l'organisation d'actions fortes, pour manifester leur opposition et aussi pour sensibiliser l'opinion publique. Parmi celles-ci, l'occupation pacifique des aéroports devient pratique courante. Ces actions de désobéissance civile se trouvent parfois accompagnées d'intrusions sur les tarmacs, comme cela a été le cas dans les deux dernières années à Bordeaux, à Orly et deux fois à Roissy. Dans les quatre cas, ces actions se terminent par des mises en examen et des procès, qui se sont, pour deux d'entre eux, terminés par des verdicts modérés, les autres n'étant pas encore jugés.

C'est sans doute pour cette raison que le Gouvernement a choisi d'intensifier la répression contre ces actions, ce qui fait dire à Audrey Boehly, elle-même prévenue dans un de ces procès (reporté du 24 juin au 7 octobre) que  la stratégie du gouvernement consiste à décourager les lanceurs d’alerte et à mettre à genoux les associations en tapant fort sur leurs finances. On veut nous faire taire, plutôt que d’écouter ce que nous avons à dire.

Audrey parle également "d'arguments pourtant scientifiquement prouvés comme l’a encore montré le dernier rapport du Giec". Mais un aphorisme rabelaisien nous rappelle que "science sans conscience n'est que ruine de l'âme" : la science est là, avec les scientifiques qui sont aujourd'hui unanimes à nous montrer à quel point nous allons dans le mur, mais, toujours selon Audrey, « le logiciel des décideurs n’a pas du tout changé. Emmanuel Macron a récemment confirmé le soutien de l’État à l’agrandissement de l’aéroport de Marseille.

Ainsi la conscience, qui devrait être portée par les pouvoirs exécutif et législatif, et par les dirigeants économiques, n'est pas au rendez vous. A défaut, ce sont des citoyen.nes courageux.ses qui l'assument à leurs risques et périls grandissants : le 3 septembre a été votée "en catimini" une loi dont l'article 10 crée un délit d'intrusion sur les pistes d'aéroport. Désormais, toute personne pénétrant illégalement sur une piste tombera sous le coup d'une poursuite judiciaire, pour lequel elle risquera une peine pouvant aller jusqu'à six mois d'emprisonnement et 7500 euros d'amende, et le double si l'infraction est commise en réunion ou accompagnée d'un acte de détérioration.

Ainsi, avec cet arsenal répressif renforcé, les prévenus des procès évoqués risqueraient-ils, si les faits avaient lieu aujourd'hui, d'être plus lourdement condamnés, à des peines plus conséquentes que celles qui ont été prononcées jusqu'à maintenant. Le Gouvernement tente de justifier cette mesure par un simple alignement sur les mesures européennes. Mais, encore une fois de plus, l'Europe a bon dos car, selon Clara Gonzales, juriste chez Greenpeace, "le droit de l’Union européenne ne prévoit pas du tout de sanctionner ce type d’intrusions sur les pistes".

Selon de récents sondages, le réchauffement climatique devient la deuxième préoccupation des français, après la crise COVID. Il est donc nécessaire d'exprimer de façon concrète l'opposition à un pouvoir dont la marque de fabrique est l'inertie. C'est ce que font les militants qui s'engagent sur le terrain et, pour les soutenir, une pétition vient d'être mise en ligne sur l'initiative de plusieurs associations. Soyons nombreux à la signer.

https://agir.greenvoice.fr/petitions/non-a-la-repression-des-activistes?share=e138b314-b46a-4e9b-b6bb-64c29355d1d9&source=&utm_source=

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