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Billet de blog 27 avril 2023

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Lettre ouverte au plus nul des présidents de la cinquième république

Parmi tous les présidents qui se sont succédés depuis le début de la cinquième République, jamais nous n'avions eu la bêtise d'élire un gamin aussi immature, irresponsable, borné et prétentieux et aussi creux dans ses propos. Depuis 2017, c'est chose faite !

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Monsieur le Président

Lors de votre allocution récente, je ne vous ai même pas écouté, tant votre personne et le verbiage qui va avec me sortent par les yeux, tant je suis allergique au manque d'écoute et au mépris de vos électeurs qui transpirent par tous les pores de votre peau. 

Dès le début de votre premier mandat, vous avez accompli par ordonnances une réforme en profondeur du code du travail, faite de sécurisation des licenciements abusifs par l'instauration d'un barème limitant les indemnités prononcées par les tribunaux prud'homaux, d'affaiblissement d'une représentation des salariés déjà bien faible dans les entreprises si l'on compare à d'autres pays où les élus salariés ont un réel pouvoir de prendre part aux décisions. Nous avons compris que votre "dialogue" avec les syndicats était une pure formalité, tant vous les appeliez à débattre sur des décisions qui étaient déjà prises. Au cours de la récente crise des retraites, après avoir adopté la même posture, vous avez fait semblant de vouloir renouer le dialogue avec les syndicats pour les inviter à une concertation vide de sens, puisque vous proclamiez haut et fort que les dispositions contenues dans cette loi n'étaient pas négociables. Et vous osez vous indigner vertueusement du fait qu'aucun syndicat n'ait répondu à vos appels du pied ? Mais de qui vous moquez-vous ?

Tout au long de vos deux mandats, vous n'avez affiché que propos méprisants pour le monde du travail et vous vous étonnez du rejet massif de celui-ci pour votre personne ? Par la voix de votre ministre de l'intérieur, vous affichez, envers le monde associatif, le même mépris. Lors des mobilisations provoquées par votre manque d'écoute pour les choses raisonnables sur la gestion de l'eau ou la protection de milieux urbains qui deviennent un enfer en raison du bruit envahissant et des pollutions, vous ne savez qu'envoyer des milices de voyous motorisés pour semer la terreur et parfois la mort. Et, par la "vertu" d'une loi séparatisme de circonstance, vous prétendez dissoudre une association qui aurait des pratiques "terroristes". Ne comprenez-vous pas que les véritables terroristes, ce sont vos forces de l'ordre qui chargent à moto les manifestants, qui utilisent des armes de guerre contre des personnes désarmées, qui provoquent des traumatismes engageant le pronostic vital et qui vont même jusqu'à empêcher l'évacuation des blessés ? Protester contre une mégabassine, ce n'est pas du terrorisme, la façon dont vos milices le répriment, oui. Alors, que Darmanin cesse ses mensonges de plus en plus éhontés pour justifier la répression.

Dans un discours de nouvel an aussi creux qu'une coquille d'huitre vide, vous avez osé prétendre que le réchauffement climatique était imprévisible, malgré les rapports du GIEC qui, depuis plus de vingt ans, avertissent de l'imminence du danger environnemental. Mais quel genre de président êtes-vous pour ignorer à tel point l'actualité ? Vous avez déclaré que votre deuxième quinquennat "serait écologique ou ne serait pas" ? Au vu de votre ignorance abyssale sur les problèmes environnementaux, on peut plutôt craindre qu'il ne soit pas !

Pensez vous réellement pouvoir rétablir la confiance des français, après avoir fait passer au forceps une réforme dont ils ne veulent pas, avec la complicité d'un conseil constitutionnel qui n'a pas réalisé qu'en rendant une décision mal fondée et mal motivée en droit, il préférait la lettre de la Constitution à l'esprit de la démocratie et légitimait ce déséquilibre des pouvoirs au profit de l'exécutif. Croyez-vous que vous y arriverez en multipliant des interdits ridicules comme l'interdiction des casseroles par certains de vos préfets ? Plutôt que de vous inquiéter du bruit des casseroles, vous feriez mieux de vous occuper de celui des avions qui pourrissent la vie des riverains d'aéroports. Mais, de la vie de ces riverains, vous n'avez cure et il faut être aussi insensible et arrogant  que vous l'êtes pour ne pas sentir que vous ayez passé le point de non retour dans la détestation que les français expriment à votre égard au fil des manifestations.

Il ne s'agit pas seulement d'une crise de confiance envers une personne qui n'est que nullité sur le plan humain, mais aussi envers la capacité de nos institutions à porter la démocratie. En effet, jusqu'à maintenant, vous ne faisiez qu'ouvrir un boulevard électoral aux extrêmistes de droite et le résultat, c'est que nous nous sommes réveillés, au lendemain des élections législatives, avec un groupe parlementaire renforcé du rassemblement national. Mais, plus grave encore, vous êtes en train, avec la complicité passive d'une représentation parlementaire indigne de ce nom, de fournir à l'extrême droite l'arsenal juridique dont elle a besoin pour couper toutes les têtes qui dépassent. Je craignais il ya quelques années que l'affaire Benalla soit le symptôme d'une dictature rampante et je déplore de constater que je ne me trompais pas. Et quand nous serons enfin débarrassés de votre nuisible personne, nous nous apercevrons que vos deux quinquennats n'ont été que dévastation. 

Le problème de votre réforme des retraites et ce qui a provoqué son rejet massif, c'est qu' après une réforme de l'assurance chômage défavorable à ceux qui ont eu le malheur de perdre leur emploi, ce soit, à nouveau et toujours, les dépenses sociales qui soient la variable d'ajustement de votre politique budgétaire. Le "pognon de dingue" que vous dépensez sans limite pour soutenir l'activité de l'aviation civile, pour soutenir les investissements des banques dans les énergies fossiles, pour investir dans des lignes non-rentables d'un grand Paris qui est un désastre écologique pour le pays, pour soutenir l'organisation des jeux olympiques dont on peut craindre, avec les précédents du passé, que ce soit un gouffre financier, nous amène à un taux d'endettement dont, dès 2024, l'Union Européenne pourrait nous demander des comptes lorsque la trêve sur le pacte de stabilité aura pris fin. Vous miserez alors sur l'inflation comme  un mécanisme de résorption de la dette, mais Thomas Piketty, dans son livre "le capitalisme au 21ème siècle", explique que  ce désendettement se fait, une fois de plus, au détriment des plus pauvres. Or, si vous aviez été capable de tirer la moindre leçon de la crise des retraites, vous sauriez qu'elle ne pouvait être acceptée que dans un esprit de justice sociale, comme vous l'a rappelé ce même Thomas Piketty dans un éditorial du Monde. Et il en est ainsi des grands chantiers qui nous attendent pour que la terre reste habitable pour nos descendants : ce n'est qu'en surtaxant les plus riches que vous trouverez les ressources qui permettront de relever les défis du réchauffement climatique . Si, comme vous l'avez fait jusqu'à maintenant, vous prenez la voie inverse, votre politique est vouée à l'échec, car socialement  inacceptable pour la grande majorité d'entre nous.

Vous voulez rétablir la confiance ? Mais la confiance, ça se mérite ! Alors commencez par nettoyer vos écuries d'Augias en virant le crypto-fasciste Darmanin. Remettez sur l'ouvrage la loi "climat et résilience" pour tenir enfin compte "sans filtre" - comme vous en aviez fait vous-même la promesse fallacieuse - des préconisations de la Convention Citoyenne sur le climat. Écoutez  les associations - au lieu de vouloir les dissoudre - et rétablissez un équilibre avec les lobbies de l'économique qui, à cette heure, ont seuls l'oreille des pouvoirs publics. Abrogez la loi sur les retraites et soumettez-la à un vrai débat. Cessez de considérer les dépenses sociales comme la variable d'ajustement budgétaire et allez enfin prendre l'argent là où il est et non pas là où vous voudriez qu'il soit.  En bref, mettez à profit les quatre ans qui vous restent pour faire tout ce dont vous vous êtes révélé incapable au cours de vos six ans de règne. Mais on comprend bien que c'est trop vous demander, tant vous êtes l'incarnation vivante de la différence entre l'instruction et l'intelligence. La preuve, c'est qu'il faille vous expliquer tout cela !

Je vous prie de ne pas trop croire, monsieur le Président, à l'expression de ma considération distinguée.

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