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Billet de blog 7 janvier 2015

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Michel Houellebecq, physionomie de l'intellect ou psychomorphologie d'un style

On en parle, on l'attend, on le commente sans l'avoir lu. D'accord. Peut-être. Je m'en fous. Ce qui me frappe n'est pas son talent. Je ne le connais pas. Jamais lu. Mais la dégradation physique de Michel Houellebecq.

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On en parle, on l'attend, on le commente sans l'avoir lu. D'accord. Peut-être. Je m'en fous. Ce qui me frappe n'est pas son talent. Je ne le connais pas. Jamais lu. Mais la dégradation physique de Michel Houellebecq.

Le contraste. Une marque littéraire qui s'inscrit dans le corps. Cela n'est pas évoqué. Il est pourtant mondialement célèbre. Rien. Pas l'expression d'une inquiétude. Alors qu'on en fait des pages pour le chien de la starlette qui s'enrhume. L'indifférence à l'autodestruction ou la consummation d'un homme révèle une société qui brule ses idoles.

Il n'engendre pas l'empathie. La société repose sur le sacrifice. Elle n'encense que les morts. Preuve qu'il y a bien de peu de vivants qui en valent la peine. Une civilisation de nécrologues. Pour se rassurer qu'on est vivant. Reste que le trépas est la condition du génie. En avoir avant est un manque de savoir-vivre. Fini le blond bronzé à la Sagan.

Il prend des poses à la Céline. Un côté Antonin Arthaud, aussi. Il l'affecte. Le dédain du conformisme, une prétention d'aristocrate.

L'Iggy Pop décharné se donne un style Gainsbourg. La destruction créatrice appliquée au corps du créateur. L'incarnation du tourment. Une autophagocytose intellectuelle. Chaque livre est une livre de chair en moins, au moins.

L'homme en costard et au toutou a cédé la place à Diogène, sans son tonneau. Il s'amuse de voir arriver Alexandre, le Freddy de la littérature. Le méta forreur d'un parti politique Fraternité musulmane, le FM. Métaphore ou photophore mathématique. FM+1 = FN. L'histoire d'un parti qui surfe la vague des voiles, prend et vend le vent des voiles.

Lire dans les traits du visage. Leur évolution est le corps d'un roman. Georg Samsa, le voilà.

Son incarnation de la mise en abyme retient bien plus l'attention que ses interviews.

Il tient sa cigarette du bout des doigts. Préciosité à la Sollers. Comme s'il craignait la casser alors que le filtre est mordu.

Ses interviews ne donnent pas envie de le lire. Il regarde et écoute son interlocuteur avec ennui et lui répond pareillement. Tout le monde s'ennuie. La vie l'ennuie. Il est invité pour faire parler de ceux qui l'invitent. La notoriété par procuration et vendre de la pub. L'écrivain est un homme-sandwich comme les autres. Avec plus de papier.

Paris et Ratp. Songeur. Ca change de l'ennui affecté du misanthrope phallocrate schopenhauérien. L'aérien à faire sur la terrasse au style Verlaine de bistrot.

Les chroniques littéraires sont-elles à la hauteur de l'écrivain ou l'écrivain n'est-il pas si bien, finalement ?

Un exilé de l'intérieur. Un sans dent qui s'en amuse. Il affiche un sourire sans ratiche là où se bousculent jonquaille et pastiches. Un Paul Léautaud en provocation de promotion.

Un tapage sur le livre avant même sa sortie réduit la littérature au cinéma, dans l'éphémère de l'ersatz marketing. Le scoop, le buzz. L'actualité littéraire tombe dans l'information en continue. Une compromission pour le livre et l'écrivain. Entre les deux. Il n'y a pas photo.

L'inspiré fait le guignol et le guignol fait l'inspiré. D'un côté, un doute. De l'autre, aucun. Un masque. Entre Botul et Bismuth, la pagaille en Lybie et une charge contre l'islam. Houellebecq vit en attendant de mourir et Dorian Gray refuse de vieillir.

Le génie use-t-il ? Y en a-t-il ? Hypothèses. Michel Houellebecq permet alors de démasquer les imposteurs. S'il n'en est pas un lui-même.

Ceux qui n'en ont pas, de génie, le portent sur le visage. Par contraste. Avec Houellebecq. Il signale les tricheurs et leurs artifices, de surface et d'apparence.

Les gens creux font du vent pour remplir le vide. Et du vent, il en faut. L'époque a inventé l'éolienne plutôt que d'apprendre à éteindre la lumière en sortant d'une pièce.

L'actualité politique est à l'alliance des marchands de vent et des marchands de sable. Beaucoup de voiles noires sur le désert. Le monde des marchands d'armes. Le poète connaît la musique.

Un roman s'aligne sur son temps. L'époque n'est pas à l'inflexion de l'intelligence. Le déclinisme est un complotisme élitiste, de classes.

L'espace temps est courbe. Le Monde est tordu.

Le défi au féminisme naît bien plus d'une étude que d'un roman. Dommage qu'on s'attache plus à l'exégèse du second qu'au débat qu'initie la première. Idem pour la laïcité, la discrimination, l'économie, où les études sont débattues dans des cénacles sans en sortir, sinon déformés par les Diafoirus de l'expertise. D'où l'utilité d'un roman, d'un bouffon, d'un Boudu.

Le littérateur provoque. Il éclaire un champ, un point. Ce n'est pas tant la provocation qu'il faut commenter que le débat qu'il porte. Ne pas exploiter par opportunisme et paresse la surface et l'apparence des choses, mais les creuser. Tous les sujets peuvent être abordés avec rigueur et méthode, c'est l'honnêteté intellectuelle.

Un roman est-il à prendre au premier degré ? Il n'y aurait plus d'études de lettres. C'est une oeuvre de réflexion. Ne pas priver le public de cet exercie. Lui donner des clefs. Soumission alerte sur un iceberg qui dérive bien en deça du cercle polaire. Il ne faut pas s'arrêter à la seule partie visible, lisible. Résoudre l'équation littéraire que pose FM=FN+1 et l'universalité de la discrimination, dans laquelle l'altérité n'est qu'une variable.

« Une vision honnête et naïve du monde est déjà un chef-d’œuvre... À mesure que vous approchez de la vérité, votre solitude augmente. »

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On ne peut pas confondre ni mettre sur le même plan le roman de Michel Houellebecq et l'essai d'Eric Zemmour. S'il est utile de mettre en garde le lecteur, le premier est une oeuvre de fiction alors que le second a des prétentions démonstratives, intellectualisantes. Eric Zemmour n'est pas un écrivain dans le sens de Houellebecq. C'est un journaliste qui s'inscrit dans une oeuvre qui se veut dialectique, démonstrtive, pédagogique. Elle n'est pas dans le domaine de la distraction et de l'art. La nocivité d'un essai orienté  est donc plus grande. Elle relève même de l'escroquerie intellectuelle quand l'essai sert à soutenir une thèse, plus qu'il ne la démontre. Se rappeler du débat à propos de " France Orange mécanique " dont Eric Zemmour et un syndicat de police s'étaient fait les promoteurs (Le déclin d'Obertone , Obertone : le retour fracassé).

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