L'escroquerie du discours sur la croissance et le désendettement

Personne ne parle de la très grave incohérence du discours à vouloir réduire l'endettement public en rognant sur les droits sociaux et la qualité des services publics, quand 132 milliards sont volés tous les ans au budget et que l'Etat ne fait rien pour les récupérer. On n'entend pas Jean-Luc Mélenchon s'en emparer, ni Arnaud Montebourg, ni Benoît Hamon, ni Cécile Dufflot, ni Eva Joly, ni José Bové, ni Noël Mamère. Les divas de l'indignation ne s'emparent pas de cet argument qui crève pourtant l'écran. Pourquoi ? Ne l'aurait-ils pas vu ?

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Personne ne parle de la très grave incohérence du discours à vouloir réduire l'endettement public en rognant sur les droits sociaux et la qualité des services publics, quand 132 milliards sont volés tous les ans au budget et que l'Etat ne fait rien pour les récupérer. On n'entend pas Jean-Luc Mélenchon s'en emparer, ni Arnaud Montebourg, ni Benoît Hamon, ni Cécile Dufflot, ni Eva Joly, ni José Bové, ni Noël Mamère. Les divas de l'indignation ne s'emparent pas de cet argument qui crève pourtant l'écran. Pourquoi ? Ne l'aurait-ils pas vu ?

Ces 132 milliards se décomposent comme suit :

20 milliards d'euros par an de fraudes en matière de charges sociales

32 milliards d'euros par an de fraudes en matière de TVA

80 milliards d'euros par an d'évasion fiscale

Une fraude de 132 milliards d'euros par an montre déjà, il faut voir le bon côté des choses, qu'il y a de l'argent, et qu'il y en a même énormément. Ce n'est pas l'austérité pour tout le monde.

Le discours sur les retraites qui coûteraient trop cher (cinq milliards), la nécessaire réformes des professions libérales pour quelques millions, l'illégitimité de la sécurité sociale (parce qu'il manque 4 milliards) est donc insincère. Il y a largement de quoi couvrir ces dépenses si l'Etat percevait sérieusement ses impôts et ses taxes.

La politique de réduction des déficits est gravement contradictoire si l'Etat impose des économies aux ménages modestes, alors qu'il ne recouvre pas ce qui est lui est dû. Quel ministre de l'économie ou des finances, bien diplômé et alphabétisé, peut-il stigmatiser des ménages, en dénonçant ses dépenses de santé (par exemple), s'il omet de recouvrir un tiers des recettes qui lui sont dûes ?

Le ministre a peut-être le permis mais il aparaît avoir beaucoup de mal à conduire judicieusement les affaires de l'Etat.

Non seulement, l'Etat se prive de 132 milliards par an de recettes, mais, en plus, le ministre va les emprunter, à ceux qui ne versent pas les 132 milliards qu'ils doivent, et il va leur payer des intérêts qu'il facture aux ménages modestes. Entre nous, il y en a qui auraient mieux fait de rester analphabètes...

C'est le tonneau des Danaïdes, le mythe de Sysiphe.

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Plus prosaïquement, c'est aussi de l'escroquerie.

N'importe quel ouvrier d'un abattoir breton s'en rend compte.

Cette escroquerie manifeste reçoit le soutien efficace des commentateurs politiques et économiques. Les noms des complices s'affichent avec la régularité du métronome sur le bas des écrans et les chaînes se les échangent pour donner l'illusion qu'ils sont nombreux et font l'unanimité.

Ces économistes (qui ne savent pas définir la notion de profit) - et les politiques qui s'en réclament - ne peuvent pas invoquer une reprise de la croissance, comme solution pour relancer l'économie, s'ils cautionnent, par leur silence, une fraude annuelle représentant le tiers du budget de l'Etat. Ca aussi, c'est assez évident, même dans un abattoir breton.

Il est impossible de générer une croissance capable de dégager des gains suffisants pour couvrir un tiers d'impayés.Les ouvriers d'un abattoir breton peuvent en témoigner.

Le Médef témoigne de sa grave incompétence comptable - et/ou de sa mauvaise foi, voire de sa stupidité insigne - à demander une réduction drastique de l'endettement pour relancer la croissance si l'Etat n'est pas payé de ce qu'on lui doit. Pas étonnant que ses entreprises aient besoin de 40 milliards d'argent public tous les ans. La profonde ineptie du discours du gouvernement qui aime se faire applaudir par les (grosses) entreprises - dans une tournée européenne qu'il veut triomphale - mais qui le volent, et matraquent celles (petites et moyennes) qui auraient besoin d'argent pour investir. L'Etat est niais parce que ceux qui gouvernent le sont.

Ils écoutent M. Gattaz. Mais, de toute évidence, ce monsieur n'a jamais dirigé un abattoir breton. Il aurait appris la comptabilité. C'est obligatoire dans un abattoir breton.

La dette publique ne naît donc pas des coûts sociaux - quelques milliards par an - mais de la fraude de 132 milliards de ceux qui ne paient pas leurs impôts et bénéficient de conseils onéreux de quelques lobbyistes et avocats d'affaires puissants pour les éluder, ce que ne peuvent pas faire les ménages. Il y a une grave atteinte à l'égalité de tous devant l'impôt, qu'entretient, au premier chef, l'administration, censément neutre et impartiale.

D'où l'abus antidémocratique d'un Etat à écraser les contribuables captifs pour pallier le déficit qu'il admet et que créent ceux de mauvaises foi qui ont les moyens d'y échapper et de le faire chanter, parce qu'ils ont... de l'argent (!), pour payer les élections, les recycler dans ses conseils d'administration, les salarier au titre de conférences régulières et les inviter à manger au Siècle une fois par mois.

Ce repas mensuel du Siècle - il y a d'autres cantines pour les plus affamés - montre que l'économie française ne se réfléchit pas, elle se digère, et que la qualité de son raisonnement mérite de se conclure par un grand coup de chasse d'eau.

Après s'être mis d'accord sur la partition, les idiots utiles du libéralisme distillent en boucle leur logorhée dans les médias, sans qu'un seul journaliste ne relève que ce discours spécieux, verbiage inepte de Diafoirus, n'est ni de l'économie, ni de la politique.  C'est de la méthode Coué de charlatans. 28 minutes, C dans l'air reposent finalement sur une même logique que Touche Pas A Mon Poste. Sauf que le dernier assume plus ouvertement sa vulgarité et prend, finalement, un peu moins ses téléspectateur pour des imbéciles.

Cette très grave médiocrité intellectuelle manifeste n'éveille aucune critique sévère en proportion à sa nullité et le plagiat de Botul par BHL explique l'étendue de l'imposture française.

Un pays qui réduit ses dépenses de 20 milliards en serrant ses budgets sociaux alors qu'il laisse des escrocs lui voler 132 milliards est une insulte à l'intelligence et à l'honnêteté intellectuelle.Il n'est pas nécessaire de faire des années d'études supérieures - vraies ou fausses, avec ou sans doctorat - pour s'en rendre compte. La Commission européenne risque d'opposer cette incohérence à Monsieur Sapin. Plutôt que de se serrer la ceinture, n'aurait-il pas mieux valu mobiliser son énergie à remplir les caisses ? Question intéressante qui n'est jamais soulevée.

Il est très étonnant que cette incohérence ne rencontre pas plus d'écho dans le débat parmi ceux qui ont fait véritablement des études supérieures.

A commencer par le ministre de l'économie ou celui des finances. Peut-être qu'ils ne maîtrisent que les opérations (très) complexes et ont quelque peu négligé les opérations simples. D'où la nécessité d'en avoir deux, un pour les additions et l'autre pour les soustractions. Quant à ce qu'ils nous racontent... Cochon qui s'en dédit, comme qui dirait dans un abattoir breton.

Alors, ces 132 milliards, c'est comme les 4 milliards disparus des Roms ?

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