Comment un ministre achète des syndicats

L'article de Louise Fessard - sur les

L'article de Louise Fessard - sur les 10.000 euros mensuel en d'argent liquide que touchait Claude Guéant - démontre surtout comment le ministre de l'intérieur "achète" l'obéissance de sa fonction publique. Cela peut expliquer aussi comment l'administration motive son personnel à s'acharner illégitimement et avec persistance contre les fonctionnaires qui lui déplaisent.

Les premières explications de Claude Guéant m'avaient déjà inspiré une question : Police : syndicats à vendre ? Louise Fessard produit la preuve de cette "corruption" au ministère de l'intérieur.

Montant de l'argent liquide distribué dans les services de police © Ministère de l'intérieur Montant de l'argent liquide distribué dans les services de police © Ministère de l'intérieur
Ces montants - dont on relève que l'importance est disproportionnée pour des services de nature administrative (DGPN, personnel, ...) - permet de suspecter que la loyauté et la neutralité se négocient en monnaie sonnante et trébuchante. C'est d'autant plus inquiétant que ces directions administratives sont le siège du pouvoir et qu'elles décident de la carrière et de l'avancement des agents.

Il devient donc normal de s'interroger sur le caractère fortuit d'aboutir, avec une régularité et une même évidence déconcertantes, à des procédures - qui sont une insulte manifeste l'intelligence - que le ministre cautionne, sans que cela ne soulève de critique sérieuse des syndicats majoritaires, qui se font complaisamment, par ailleurs, le porte-parole diligent de leur employeur...

 

Il n'est peut-être pas non plus anodin que les dirigeants syndicaux - ou certaines d'entre eux seulement ? - soient détachés auprès des directions centrales "rémunératices" et touchent les mêmes primes.

 

Un exemple, trouvé sur Wikipédia, illustre une telle hypothèse :

 L'encyclopédie indique la décision suivante dans la biographie de Bruno Beschizza :

Arrêté du 16 février 2009 portant nomination à l’emploi fonctionnel de commandant de police (police nationale)

NOR : INTC0930037A


Par arrêté de la ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales en date du 16 février 2009, sont  nommés à l’emploi fonctionnel du grade de commandant de police au titre du premier semestre de l’année 2009, les  commandants de police dont les noms suivent :

(...)

AUTRES SERVICES RATTACHES à LA DIRECTION GENERALE DE LA POLICE NATIONALE

BESCHIZZA Bruno - Chef de groupe technique - IGS/SAPO/SYNDICAT 21-11-2008


Brunon Beschizza était donc détaché à la DGPN auprès de l'IGS , à titre syndical.Le dirigeant d'un syndicat puissant détaché auprès du service qui persécute les agents ne manque pas de sel. D'autant plus quand ce service est mis en cause pour des pratiques qui revêtent un caractère criminel. L'IGS est en poursuivi pour faux en écriture publique et avoir persécuté des fonctionnaires de police jugés trop à gauche...  Bruno Beschizza est aujourd'hui un élu et un responsable politique de l'UMP.

Affaire de l'IGS : un policier accuse ses supérieurs de faux - Le Monde

Bruno Beschizza a pris la défense du fichier EDWIGE et n'a jamais contesté la procédure disciplinaire au sein de la police ni les pratiques qu'on y constate.

Le cas de Bruno Beschizza est facile puisqu'il est publiquement accessible en ligne. Ce qui mériterait vraiement d'attirer l'attention de l'opinion et de vérifier la situation de tous les délégués permanents et de connaître le service de détachement aurpès duquel ils sont affectés.

Le détachement de délégués syndicaux auprès de l'appareil répressif de la hiérarchie peut aussi expliquer la mansuétude syndicale à l'égard de l'IGS et de l'IGPN et l'acquiescement de ces mêmes représentants du personnel lors des conseils de disciplines. L'équité de la procédure est donc manifestement méprisée.

Les protestations syndicales concernant Philippe Pichon, ou même plus loin Antoine Gaudino, n'ont d'ailleurs pas troublé l'actualité.

Il s'en déduit que les fonctionnaires sont abandonnés à eux-mêmes pour défendre des droits et libertés et fondamentales, que la police bafouent et dont la justice réclament qu'ils doivent en apporter la preuve malgré l'évidence... C'est le cas de Philippe Pichon, qui a déposé plainte pour faux en écriture publique contre l'IGPN.

Il n'est pas sans conséquence de relever que l'administration a privé Philippe PICHON de ressource et qu'elle dispose de moyens financiers illimités pour se défendre. Cette atteinte manifeste à l'égalité des armes n'inquiète pas le ministre de l'intérieur qui soutient son administration dont il découvre la nature intéressée de son obéissance.

On n'entend pas la Ligue des droits de l'Homme, le défenseur des droits, la commission nationale consultative des droits de l'homme sur ces sujets graves de société. Dépendent-ils aussi de l'argent liquide qui circule dans les couloirs du pouvoir ?

Il ne faut pas non plus généraliser.

Le syndicat SUD résiste à cette inertie de la facilité : Fusion de l’IGPN et de l’IGS : L’Etat de droit n’est pas et ne saurait être une abstraction !

Claude Guéant  n'est qu'un avatar du libéral-proxénétisme répressif, qu'il a contribué  promouvoir, et dont Tarnac reste une illustration des dérives auxquelles peuvent aboutir une telle corruption institutionnelle.

Car il s'agit bien de corruption, rendue possible par une atteinte grave aux règles de la comptabilité publique. Ces pratiques sont donc délibérées et la responsabilité de ceux qui s'y prêtent ou la cautionnent mérite d'être soulevée.

Une telle inertie - ne doit-on pas parler de collusion ? - explique la difficulté à se faire entendre, comme le discours courageux du magistrat Eric ALT. Comment porter une critique contre un phénomène que les institutions ont elles-même adopté et qui leur garantit l'obéissance d'une haute fonction publique, au mépris du droit et de l'Etat de droit ?

L'ENA échoue donc gravement dans sa mission si le libéral-proxénétisme propsère dans les hautes sphères de l'Etat. Il ne sert à rien de parler de moralité publique si les écoles qui forment censément les élites de la République produisent des âmes faibles. La morale laïque doit commencer au sommet de l'Etat

Claude Guéant n'est que la partie visible d'un phénomène dont il serait intéressant d'étudier l'importance dans d'autres ministères.

La corruption des consciences dans la police a encore de beaux jours devant elle si on considère l'opposition de la majorité des députés de l'Assemblée nationale à la transparence...

Le défaut des 10 000 personnes qui dirigent la France est d'ignorer qu'il y a 65 millions d'autres qui les observent et les jugent.

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