Kerviel : Chasse à cour tragique quai de l'Horloge

La culpabilité de Jérôme Kerviel est définitivement établie. Quel âne peut crier victoire dans de pareilles conditions quant la culpabilité entraîne automatiquement la responsabilité civile du condamné ? Jérôme Kerviel est reconnu seul coupable et cela a l'autorité de la chose jugée. Il n'y aura pas à rejuger ce point et la Société Générale est donc tirée d'affaires définitivement, à commencer par son principal responsable, qui pourra continuer à fréquenter les salons lambrissés.

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La culpabilité de Jérôme Kerviel est définitivement établie. Quel âne peut crier victoire dans de pareilles conditions quant la culpabilité entraîne automatiquement la responsabilité civile du condamné ? Jérôme Kerviel est reconnu seul coupable et cela a l'autorité de la chose jugée. Il n'y aura pas à rejuger ce point et la Société Générale est donc tirée d'affaires définitivement, à commencer par son principal responsable, qui pourra continuer à fréquenter les salons lambrissés.

Le renvoi ne porte que sur l'appréciation du dommage.

Reconnu coupable par la Cour de cassation, les avocats de Jérôme Kerviel ne pourront pas éviter à leur client de payer des dommages intérêts, puisque la faute est dorénavant établie de manière définitive.

A moins qu'ils ne trouvent un grief pour faire condamner la France devant la CEDH. Il y en a un : la Cour européenne des droits de l'Homme juge que : " Il y a lieu toutefois de rechercher si la procédure devant la Cour de cassation a respecté de surcroît les droits de la défense et le principe de l’égalité des armes, éléments de la notion plus large de procès équitable (...). Celle-ci a connu dans la jurisprudence de la Cour une évolution des plus notables, marquée en particulier par l’importance attribuée aux apparences et à la sensibilité accrue du public aux garanties d’une bonne justice " (CEDH Borgers req N°12005/86  § 24).

Mais vu que les avocats crient victoire, je pense que cela signifient qu'ils baissent les armes. La profession d'avocat vient de perdre du lustre.

Le renvoi n'est donc qu'une affaire d'épicier. Ce ne sera pas du Hédiard ou du Fauchon. On est plutôt dans le hard-discount judiciaire. Un montant suffisant pour dissuader tous les Kerviels à venir de mettre en cause publiquement leur employeur, mais pas trop élevé pour éviter la censure de la Cour européenne des droits de l'Homme

Car il est évident que la Cour de Strasbourg aurait de toutes les façons jugé les 4,5 milliards d'euros de dommages et intérêts complètement disproportionnés, si la Cour de cassation avait validé toute la procédure. Cela aurait donc entraîné le risque d'avoir à tout rejuger.

En ne cassant que la partie civile du dossier, elle a donc fixé la partie pénale sur laquelle il ne sera plus possible de revenir.

La Cour de cassation a donc coupé la poire en deux pour éviter de se faire ridiculiser tout en couvrant une grave dénaturation des faits commise par les juges du fond.

Cette décision est donc un pur scandale judiciaire.

Les traders sont prévenus.

La justice française ne les protège pas, elle défend la confiance dans les marchés. Ces marchés dont ils connaissent la réalité et peuvent apprécier la validité. Le statut du lanceur d'alerte est à étudier dans les syndicats des banques.

Plus grave, la condamnation de Jérôme Kerviel - au regard des témoignages qui n'ont pas été pris en compte - confirme l'idée d'une justice de classe, une justice de démarchages comme l'illustre – tragique coïncidence – l'affaire Azibert-Herzog-Sarkozy, dont la qualification relève plus de la haute trahison que du simple trafic d'influence.

Il y a véritablement de quoi exprimer une très grande colère contre ceux qui dégradent irrémédiablement la confiance de l'opinion dans les institutions. Trois jours avant des élections. C'est une provocation !

Au-delà de Jérôme Kerviel, c'est se moquer du Monde.

N'y a-t-il pas un malaise à accueillir silencieusement une culpabilité prononcée sous l'apparence du respect d'un formalisme de façade et de s'en réjouir quand des faits font gravement douter du sérieux de la procédure ?

Jérôme Kerviel, en quelque sorte, est précurseur de l'avenir des salariés livrés au Pacte de responsabilité. Le patron s'en met plein les poches, et quand cela va mal, c'est le travailleur qui va en tôle.

Que tout ce petit monde prenne vite ses quartiers d'été à Monaco. C'est apparemment une destination prisée. Qu'ils y restent même à l'année. Donnons leur des téléphones et des pseudos pour qu'ils s'amusent.

Ils y seront bien entre guignols bronzés qui n'ont pas besoin de se lever tôt sans risquer de finir à l'ombre.

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