Nicolas Bedos et le VRP cocaïné

Un cocaïnomane a moins d'influence sur une "ménagère de cinquante ans" s'il est présentateur de télé que chef de l'Etat. La presse commente pourtant beaucoup plus le premier cas que le second. Un chroniqueur animant l'émission d'une sommité médiatique fait une métaphore amusant les milieux bien informés des dîners en ville depuis quelques années. La France poursuivrait les fumeurs de joints et gonflerait le nombre de garde à vue pour la satisfaction du discours sécuritaire d'un consommateur de drogue dure. Monsieur Guaino, proche conseiller du président présent à l'émission, n'a pas protesté. La question que posent les sous-entendus à répétition, les sourires en coin et les ébahissements de circonstances sur le sujet est : "Monsieur le président, vous droguez-vous ?"
Nicolas Bedos se demene pour DSK [Fun] FOG 210111 © w0of! Fullhdready
Nicolas Bedos se demene pour DSK [Fun] FOG 210111 © w0of! Fullhdready

Un cocaïnomane a moins d'influence sur une "ménagère de cinquante ans" s'il est présentateur de télé que chef de l'Etat. La presse commente pourtant beaucoup plus le premier cas que le second.

 

Un chroniqueur animant l'émission d'une sommité médiatique fait une métaphore amusant les milieux bien informés des dîners en ville depuis quelques années. La France poursuivrait les fumeurs de joints et gonflerait le nombre de garde à vue pour la satisfaction du discours sécuritaire d'un consommateur de drogue dure. Monsieur Guaino, proche conseiller du président présent à l'émission, n'a pas protesté.

 

La question que posent les sous-entendus à répétition, les sourires en coin et les ébahissements de circonstances sur le sujet est : "Monsieur le président, vous droguez-vous ?"

 

Drôle de pays où il est interdit de conduire un véhicule sous l'empire de l'alcool mais où il serait admis de conduire les affaires de l'Etat sous l'emprise de stupéfiants.

 

Un contrôle sanguin du "conducteur", comme cela se fait pour les automobilistes, rassurera les Français. A moins que la prohibition, comme pour la corruption ou le trafic d'influence, soit réservée au vulgum pecus, le Français "d'en bas" confirmant les cochons de la Ferme des animaux d'Orwell :"Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres"

 

Il est étonnant que la consommation de cocaïne échappe à l'exigence légitime prêtée à l'opinion de connaître l'état de santé du président (opposée pourtant à F. Mitterrand, J. Chirac) puisque, comme chacun le sait, la drogue a une incidence sur l'état de santé, la vigilance et le comportement.

 

Les policiers courants après des « crapauds » à faire des « crânes » pour une barre de « shit » ne se sentent-ils pas tournés en ridicule ? Les syndicats de police, en poursuivant Nicolas Bedos, donneront l'occasion de débattre sur leur obligation de révéler (toutes) les infractions et leur rappeler les limites de leur devoir de réserve.

 

Guy Birenbaum consacre dans « Nos délit d'initiés » tout un chapitre à la consommation éventuelle de drogue dans le monde politique (Editions Stock 2003 Chapitre 4 « Speed » p.183 et s.) : « On comprend que Philippe Sollers ait pu s'interroger après y avoir vu notre trépidant ministre de l'intérieur : « Mon pharmacien sourit gentiment quand je lui demande s'il ne pourrai pas me trouver du Speed Sarkozy » » (p. 186 citant Philippe Sollers in « Journal du mois » - le Journal du Dimanche 29 décembre 2002).

 

L'agence Novopresse rapporte qu'un ancien garde du corps du président a été interpellé avec deux kilos de cocaïne : "Selon Radio Caraïbes Internationale (RCI), qui a évoqué cette affaire dès jeudi matin, policiers et magistrats en charge de cette enquête auraient été assaillis, depuis samedi, d’appels téléphoniques s’inquiétant de la situation de M. B"

 

L'Express rapporte que des ambassades s'étonnent du comportement du président : "On aurait dit un lapin cocaïnomane !"

 

L'article de Christian Salmon publié dans Le Monde le 4 avril 2010 et intitulé « Les risques de la Sarkocaïne » est une allusion trop explicite pour n'être que fortuite ; allusion que Christian Blanc a également employée dans l'Express « En revanche, le sexe ou la cocaïne, personne ne s'y intéresse. » (Christian Blanc: "Je rétablirai les faits" Par Jacques Trentesaux, publié le 05/07/2010).

 

Personne ne s'est ému de la sortie de Rupert Everett sur le site de Voici le 19 juin 2008 à propos du président : «Mais vous avez déjà un président homosexuel ! Prenez Sarkozy, c’est un président gay : il divorce, drague une fille et se marie avec trois mois après. Il n’y a qu’un gay pour être aussi pressé en amour ! » ( n°1076 de Voici).

 

La vie privée de l'intéressé ne soulèverait aucune remarque s'il ne se dressait pas régulièrement comme le parangon d'un nouvel ordre moral et le promoteur obstiné de la répression tout azimut.

 

Sa vie privée n'est qu'un aspect périphérique du problème que pose la consommation de drogue au sommet de l'Etat dont les conséquences sont énormes pour l'économie et la crédibilité de la France.

 

Les Français le payent sur leurs salaires, les prix, la casse des services sociaux.

 

Le silence couvrant l'addiction d'un dirigeant couvre l'exploitation de cette faiblesse dans les sommets internationaux. La menace de sa révélation permet de faire pression sur les représentants français.

 

La diplomatie est une affaire de négociations, les contrats aussi. Une information compromettante permet de défendre ses intérêts et peser sur la décision finale. Le prix des contrats, les marges qui conditionnent les profits et assurent les salaires sont ainsi menacées. L'indépendance militaire de la France, et de l'Europe, sont également compromises. La réintégration de la France dans l'OTAN a-t-elle été obtenue avec des photos, un sac de poudre oublié dans une chambre d'hôtel, l'analyse d'un cheveu ?

 

Les positions de la France dans le Monde et son économie exposées au chantage d'un tel "facteur de faiblesse" sont compromises. La perte d'influence diplomatique de la France dans le monde peut s'expliquer en considération de cette hypothèse et pas seulement par l'absence de talent d'un ministre des affaires étrangères. Ce chantage n'existerait pas si la presse faisait la lumière sur le sujet.

 

Monsieur Bedos peut légitimement exprimer une exaspération en déclarant : «Vu de Washington, la France est une principauté risible. Une bourgade moyennageuse qu'un VRP cocaïné s'est payé à coup de pub pour en mettre plein la vue à une chanteuse de variétés». Flaubert dénonçait la bourgeoisie - ce qui lui valut d'être poursuivi par le procureur Pinard. Philippe Sollers avait évoqué une "France moisie". Le rance est à la mode comme si le parti moisi avait pris le pouvoir.

 

La vulgarité n'est pas de dire une vérité mais de la nier. S'attaquer à Bedos est mentir aux Français, n'en déplaise aux contempteurs effarouchés, qui peuvent tirer avantage à défendre le secret pour continuer à l'exploiter (sur le dos des Français).

 

La "dictature financière" a trouvé un moyen de pression phénoménal pour dicter sa loi et parvenir à contraindre le salarié-consommateur dans un cadre toujours plus répressif et étroit. La volonté constante du pouvoir à réduire la liberté de la presse et la liberté d'expression est remarquable. Le Speed expliquerait-il la vogue des lois liberticides ?

 

Sous-entendre que la police serait une association de malfaiteurs, la réaction du ministre de l'intérieur s'indignant de la condamnation de fonctionnaires commettant des faux en écritures publiques ne peut que confirmer la nécessité de s'y interroger, ce que n'a pas manqué de faire le procureur général près la Cour de cassation le 7 janvier dernier. Madame Koscuisco Morizet ne s'est pas émue des propos du magistrat.

 

Laisser le pouvoir se "shooter" cautionne la menace pesant sur la démocratie et la sécurité (économique et internationale) des Français.

 

Le problème politique n'est donc pas les immigrés, les chômeurs ou le coût des soins.

 

L'action des douaniers est ridiculisée si la géopolitique de la drogue qui s'impose est négligée au sommet de l'Etat.

 

Faut-il qu'El Pais révèle un câble diplomatique US de l'ambassade de Paris sur des valises de "farine" - que Le Monde n'aurait pas vu encore une fois - où y a-t-il une rédaction française capable de traiter le sujet ?

 

Les acteurs de la liberté de la presse ne peuvent pas l'abandonner au domaine de la dérision, mais informer l'opinion en perte de confiance qui souffre au travail, est pessimiste et déprimée.

 

Les "galériens du temps" - les salariés de FT par ex. - seraient gouvernés par un accro au Speed dont l'addiction le livre à la "dictature financière" qui lui dicte sa loi.

 

Ce n'est pas la Princesse de Clèves. C'est Faust. A moins que ce ne soit "La conjuration des imbéciles".

 

UMP, deux, UMP, deux, UMP, deux, UMP, ...

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