Le défi Manuel Valls posé à François Hollande : " Qui gouverne la France, la police ou le politique ? "

La police est-elle plus forte que le Président ? Les limites de la décence "républicaine" sont franchies depuis un an et demi au mépris de l'Etat de droit et de la crédibilité démocratique des institutions. L'arbitrage que fera François Hollande à propos de Manuel Valls, comme le demande Cécile Dufflot, se pose en considération de la crédibilité des candidats PS aux prochaines élections ; sachant - il devient impérieux de le rappeler - qu'une élection n'est pas un sondage et que la politique ne se réduit pas à un plan de communication.

Gabriel FAURE': Pavane, Op. 50 - Paintings By "CLAUDE MONET" © andrewgrummanJC

La police est-elle plus forte que le Président ? Les limites de la décence "républicaine" sont franchies depuis un an et demi au mépris de l'Etat de droit et de la crédibilité démocratique des institutions. L'arbitrage que fera François Hollande à propos de Manuel Valls, comme le demande Cécile Dufflot, se pose en considération de la crédibilité des candidats PS aux prochaines élections ; sachant - il devient impérieux de le rappeler - qu'une élection n'est pas un sondage et que la politique ne se réduit pas à un plan de communication.

L'antienne du ministre de l'intérieur fait fi des préoccupations des Français et de leurs angoisses. Le discours sécuritaire n'est pas du tout crédible. L'actualité témoigne de l'impéritie dans la lutte contre le grand banditisme (le "terrorisme" est du grand banditisme - il repose sur les mêmes trafics et les mêmes organisations).

La police arrête les dealers et compte les morts pendant qu'aucun chef de gang n'est interpelé alors que la drogue génère un chiffre d'affaires de deux milliards d'euros en France où il s'y vend tous les ans 250 tonnes de résine de cannabis. La réponse de Manuel Valls est de prévoir une "copieuse amende douanière au vendeur comme au client lorsqu'ils sont pris sur le fait". Le ministre va mobiliser les forces de police pour distribuer des amendes douanières plutôt que de courir après les gros bonnets... C'est à croire qu'on les protège.

Les Français ne rêvent pas de "Spiderman" mais d'emploi et d'une qualité de travail qui n'existe plus (voir les ravages psycho-sociaux). Les Français ne rêvent pas de "Batman" mais de pouvoir envisager des fins de mois sans angoisse (voir la baisse des salaires relevés par l'INSEE) ; angoisse qui les rapproche de celle dont ils imaginent que sont victimes les Roms dans leur précarité et leur misère.

Le Français voit bien plus sûrement aujourd'hui son avenir dans la condition d'un Rom (Reportage audio : Sans chèque ni carte bancaire, « tout est plus cher » par Arte radio) que dans celle d'un chercheur dans l'acier à Florange. Le discours sécuritaire, visant à "cogner" tend donc plus à rassembler contre le pouvoir qu'autour du pouvoir. <--break->

Il se creuse ainsi un fossé dans l'opinion et une émotion sensible existe sur les débordements de la police dont les Roms ne font que synthétiser en leur personnes des excès, qui se constatent dans la vie de chacun, à un degré divers, sur lesquels des policiers eux-mêmes s'interrogent.

Ce fourvoiement politique est dénué de base légale.

Il menace l'avenir de la majorité et compromet gravement le caractère démocratique des institutions.

C'est la dérive que semblent donc avoir identifié quelques membres du gouvernement, plus sensibles que d'autres, peut-être, à l'émotion des électeurs qui n'acceptent pas les amalgames et la confusion discriminatoires contraires au respect de la dignité humaine.

S'agissant des Roms, Arnaud Montebourg, Marisol Tourraine, George-Pau Langevin et Cécile Dufflot (Un homme, trois femmes : le vrai courage a un sexe) se sont désolidarisés de cette caution silencieuse indigne quant à des propos et des comportements dont l'évidence conduit à les rejeter, conformément au devoir de mémoire.

Le mépris des Roms n'est pas un cas isolé mais il est au contraire symptomatique du mépris grandissant pour les droits fondamentaux.

Le Rom n'est qu'annonciateur d'un phénomène qui touche aussi les Français.

Le gouvernement refuse en effet de leur faire bénéficier du progrès de ces droits fondamentaux, comme l'a affirmé le ministre des affaires étrangères qui s'en sert cependant comme prétexte pour envisager un conflit armé :

  1. Laurent Fabius affirme à l'Assemblée nationale le refus du gouvernement à faire progresser les droits de l'Homme en France
  2. Syrie : une escalade aveugle vers la guerre

Un autre exemple est donné par la transition énergétique.

Les propos de Delphine Batho, Noël Mamère et Pascal Durand s'inscrivent dans une même ligne politique de résistance, de nature pareillement constitutionnelle (Charte de l'environnement de 2004), qui n'ont pourtant que très modérément réussi à ceux qui les ont tenus. Les Français sont écartés du droit à un environnement sain, qui est un droit de l'homme.

Il est très regrettable que Stéphane Hessel soit mort, mais l'actualité politique l'aurait sûrement tué.

*

*           *

Les Roms ne sont donc qu'un révélateur de la morgue pour le droit et l'humain. Cela établit le détournement des institutions qui doivent répondre à l'intérêt général, le but de toute société étant d'assurer le bien-être général et non pas celui de quelques "happy fiew" seulement.

Ce dédain insolent s'apprécie dans de nombreux domaines économiques et sociaux (Ex. de la logique de régression sociale : Fermeture le dimanche : Castorama et Leroy Merlin bravent la justice, Pierre Gattaz demande "une modification de la loi sur le travail du dimanche). Accepter l'infâme à propos des Roms c'est abdiquer sur l'essentiel et à tout, comme l'ont montré les débats tronqués sur l'ANI, les retraites, la santé.

Il n'y a rien d'étonnant à cette inertie destructrice des valeurs fondamentales quand cela fait un an et demi qu'un ministre stigmatise systématiquement un groupe de population au nom d'un "ordre républicain" sans soulever d'indignation officielle et publique crédible.

"L'ordre républicain" n'est pas un propos de foire que l'on jette à la cantonade, "l'ordre républicain" c'est la loi et la loi prohibe la discrimination comme elle impose le respect de la personne humaine.

La dignité humaine est la matrice des droits de l'homme.

Les droits de l'homme sont le socle juridique primordial de la société française.

Un ministre ne peut pas donc pas tenir un discours et une action au mépris de ces valeurs fondamentales sans nuire à la crédibilité politique du pays et donner l'image d'un autoritarisme politique illégitime, puisque contraire au droit : Le ton monte entre Bruxelles et la France sur la situation des Roms

La régularité et la persistance de ce comportement anticonstitutionnel témoigne de l'adhésion au fond idéologique qui le sous-tend. Seul le niveau de conscience de cette adhésion reste à déterminer.

Soit Manuel Valls est le jouet des commissaires de police qui défendent leurs intérêts comme l'a fait John Edgar Hoover avec la lutte anti communiste pour développer le FBI, et cela démontre que Manuel Valls manque de poids politique pour imposer le respect de la loi au sein de la police ; soit il s'est fourvoyé en adhérant au PS où, de toute évidence, il n'a rien à y faire ; comme l'a déjà fait remarquer Martine Aubry, qui  déclare à propos des Roms que : "La responsabilité de l'état, ce n'est pas de vider des terrains pour les laisser dans la rue" (Source)

François Hollande doit réagir, d'autant que la sécurité n'est pas sa priorité électorale, qui sont la justice ("L'enjeu de ce quinquennat, c'est la justice.") et l'éducation ; dont on parle assez peu, puisqu'ils sont éclipsés par l'instrumentalisation opportuniste et systématique des faits divers et variés.

On ne peut que féliciter et encourager les ministres à s'élever contre les débordements fascistoïdes inacceptables qui brouillent la majorité avec son électorat, au mépris de la Constitution.

Si la devise de la République est "liberté, égalité, fraternité" ; la Constitution précise que le principe de la République est "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple".

Faire la chasse aux pauvres, matraquer les salariés (ANI, retraites, ...) et flatter le capital ne correspond pas à la Constitution qui proclame dans la première phrase de son article premier que : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale."

Ceci montre que le discours et la politique de Manuel Valls, comme d'autres ministres, ne sont pas du tout conformes aux exigences de l'Etat de droit français.

A François Hollande d'affirmer et de consacrer les valeurs sur lesquelles il s'est fait élire et de répondre à la question qui se pose de plus en plus : " Qui gouverne la France, la police ou le politique ? "

- 0 -

" Quand on est de gauche, on n’a pas la matraque en guise de cœur. C’est un Français d’origine manouche qui t’écrit et qui écrit au Français de fraîche date que tu es. C’est un fils de «brigadiste» qui se rappelle à toi. Souviens-t’en: «Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir.»  " Par Jean-Claude Lefort, Député honoraire, Fils de Manouche.  L'Humanité : le ministre de l’intérieur va-t-il entendre cet appel à la mémoire ? Manuel, souviens-t-en...

_________________

Lire sur ce sujet :

L’hyper-Valls ou la faiblesse du hollandisme Par Lénaïg Bredoux

Roms: la haine déferle et Valls souffle sur les braises Par Carine Fouteau

Invasion, délinquance, mendicité, saleté? Tout dire sur les Roms Par Carine Fouteau

Hollande cède à la tentation du Fouquet’s  Par Laurent Mauduit

« Dégoûtée d'avoir travaillé si dur pour toucher si peu » Par Lorraine Kihl et Rachida El Azzouzi

Roms: la vocation de Manuel Valls  Par Eric Fassin

Le blog : Droits des étrangers

Roms : le gouvernement défend Valls, Bruxelles menace Paris Le Monde |25.09.2013 à 10h33• Mis à jour le27.09.2013 à 08h23

Pourquoi Delphine Batho cible-t-elle le groupe Vallourec ? Le Monde | 04.07.2013 à 19h31• Mis à jour le 05.07.2013 à 09h54| Par Audrey Garric et Gilles Paris

Sur l'ANI :

http://www.mediapart.fr/search/apachesolr_search/accord%20national%20interprofessionnel%20r%C3%A9gression

Sur la réforme des retraites :

http://www.mediapart.fr/search/apachesolr_search/retraites%20hollande%20r%C3%A9gression

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.