Où nous mène la stratégie de la France Insoumise?

Vraisemblablement à une nouvelle défaite à gauche et à une assemblée nationale plus à droite que la précédente.

Vraisemblablement à une nouvelle défaite, à une assemblée nationale plus à droite que la précédente.

Avant le premier tour des élections présidentielles j’avais alerté sur les conséquences néfastes prévisibles de l’absence d’unité à gauche, dans un billet que vous trouverez ici « La Gauche : Perdre en chantant ?  « L’un comme l’autre[Hamon et Mélenchon], les candidats ont omis, au cœur de leur discours, leur volonté de rassembler ces deux forces différentes, autour de quelques points fondamentaux de leur programme. Incapables de voir, ce que le plus aveugle d’entre nous voit, que sans alliance ils vont à l’échec. Si bien qu’au-delà de leurs vastes perspectives, le seul horizon prévisible qu’ils nous préparent c’est la mise en place d’un pouvoir qu’ils dénoncent l’un et l’autre. En se paralysant mutuellement, ils nous livrent, au choix, au néolibéralisme sauce Macron ou sauce Fillon, à moins que ce soit au nationalisme de l’extrême droite du Front National. »

 Entre les deux tours je récidivais en écrivant  « La défaite en chantant (bis) »

 J’analysais les conséquences immédiates de la victoire de Macron. La stratégie de Mélenchon visant à renier les différents courants de la gauche pour se considérer comme seul représentant de celle-ci, ne pouvait aboutir qu’à sa défaite. « Alors que la gauche de Mélenchon et de Hamon avait la possibilité d’être présente au second tour et de l’emporter si elle s'était entendue, elle est aujourd’hui éliminée. Cette désunion offre le pouvoir à celui qui incarne la politique de Hollande, peut-être en pire, celle qui fut attaquée de toutes parts par les deux candidats. Ceux qui estiment que la défaite est jolie n’entendent pas la colère des personnes qui vont à nouveau subir les rigueurs d’une politique néolibérale,  portée par celui qui a inspiré le Président désavoué. »

Mais comme après le premier tour la machine à perdre était mise en route

La représentante des « Insoumis » à la soirée de Médiapart a répété : «  On a un programme ‘L’avenir en commun’... nous porterons ce programme dans toute sa cohérence aux législatives et nos candidats seront les candidats du programme ‘L’avenir en commun’. Autrement dit, elle propose une reddition  sans condition.Leur porte-parole, Danielle Simonnet, a affirmé que « Les arrangements de coin de table avec les différentes composantes politiques »  sont rejetés. Ils éliminent du même coup tous les électeurs qui  ont apporté leur soutien à leur candidat, malgré des désaccords sur leur programme et leur refus de toute perspective d’alliance sur des propositions communes. Au lieu de voir dans leur succès une responsabilité pour unir la gauche, il leur a semblé que les sept millions d’électeurs ayant voté Mélenchon leur avaient donné un blanc seing pour en être l’unique représentant. Cette stratégie « bulldozer » visant  à la disparition de toute la gauche, autre que la leur, s’appuie sur une erreur d’analyse dont malheureusement ils ne seront pas les seules victimes.

Cette phase se déroule sous nos yeux et ce que nous pouvons constater c’est que la multiplicité des candidatures à gauche entraînera mathématiquement une chambre de députés majoritairement à droite. Les exemples sont nombreux et analysés par les militants du terrain. Voir à Marseille Ici combien les prévisions sont pessimistes. « La France insoumise en tapant sur le principal parti du Front de gauche en terme d’effectifs tire une balle dans le pied de la gauche radicale... »

Dans plusieurs circonscriptions une unité partielle s’organise comme à Besançon où une candidate frondeuse, Barbara Romagnan, est soutenue par le PCF, EELV, et le Front de gauche. Elle doit pourtant affronter la candidate de la France Insoumise, Habiba Delacour, au risque d’entraîner la victoire du candidat centriste ou de droite. 

La question qui est posée est celle-ci : existe-t-il une gauche réformiste, démocrate, socialiste, écologiste qui ne se sent pas représentée par le courant mélenchoniste ? La réponse est  oui, et toute stratégie qui vise à nier ces différentes sensibilités est vouée à l’échec. Seule peut aboutir une politique d’alliance menée sur le long terme se regroupant sur des questions fondamentales. Les meilleurs programmes n’ont d’intérêt que s’ils ont une chance d’être mis en oeuvre. Le quinquennat de Macron et le séisme des législatives donnent le temps de travailler sur un projet commun et de substituer à la volonté d’hégémonie la volonté d’alliance. 

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