Lobbies, société civile et ONG, l’amalgame commun à LREM et LR

Le naufrage de Nicolas Hulot a fait remonter à la surface la question de l’influence politique des lobbies. Depuis, ces agents de pression au service d’intérêts privés sont défendus par le gouvernement autant que par LR, via un amalgame entre lobbies, ONG et société civile. Des malhonnêtetés convergentes qui en disent long sur les similitudes entre vendus que sont ces deux partis de la droite.

Le gouvernement LREM ainsi que le parti de droite LR semblent penser que lobbies, ONG et autres associations constituent un ensemble cohérent et légitime de groupes de pression. C’est ce qu’illustrent les déclarations du porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, ou celles du chef de file LR au sénat Bruneau Retailleau (vers 22’47 : « Les lobbies c'est quoi? c'est la société civile, qui est organisée souvent, et qui a un mot à dire sur les textes. »). Mettre lobbies, ONG et société civile dans le même sac permet-il de faire émerger une catégorie cohérente, qui aiderait à comprendre la situation ?

 

Les lobbies font pression sur les politiques afin de les infléchir pour le bénéfice d’intérêts privés. Des organisations de la société civile telles que les ONG et autres associations défendent régulièrement leurs causes en faisant pression sur les politiques.  Vu de loin, faire pression sur les politiques constitue donc un mode opératoire commun aux lobbies et à toute association issue de la société civile. Peut-on pour autant mettre un signe égal entre lobbies d’un côté, ONG et associations de l’autre ?

 

Pour voir si ce raisonnement tient la route, une méthode parlante consiste à remplacer les termes dans l’équation. Remplaçons par exemple « lobbies » par « Jack l’Éventreur », « ONG et société civile » par « chirurgien », et l’activité commune de « pression sur les politiques » par une activité consistant à « faire des incisions sur d’autres personnes ». Dans ce cas si l’activité commune de « pression sur les politiques » permet de mettre un signe égal entre lobbies, ONG et sociétés civiles, alors l’activité commune de « faire des incisions sur d’autres personnes » devrait aussi aboutir à considérer qu’un Jack l’Éventreur est équivalent à un chirurgien.

 

L’amalgame entre un chirurgien et Jack l’Éventreur choque la logique car nous savons qu’au niveau santé il vaut mieux se confier à un chirurgien qu’à Jack l’Éventreur. Pourtant, en simplifiant leurs modes opératoires comme la droite et LR simplifient les activités apparemment communes des lobbies et des ONG, Jack l’Éventreur et un chirurgien semblent faire la même chose. Ce qui permet d’être certain qu’un chirurgien et Jack l’Éventreur agissent en fait de façons diamétralement opposées, ce sont leurs objectifs. Nous savons qu’un chirurgien a pour objectif d’allonger notre durée de vie, tandis que Jack l’Éventreur vise à la raccourcir, pour servir son propre désir (notons au passage que dans la théorie libérale, désir et intérêt privé se confondent, et que Jack l’Éventreur agissant d’après son désir serait similaire à un lobby agissant pour son intérêt privé). De la même manière, la principale différence entre lobbies et associations provient de ce que les premiers servent des intérêts privés alors que ces dernières promeuvent des causes qu’elles estiment d’intérêt général.

 

Puisque la droite conservatrice et la droite libérale basent leur amalgame sur un raisonnement trop bancal pour ne pas être malhonnête, il convient de s’interroger sur leurs intentions à elles. ONG et société civile bénéficient globalement d’une connotation positive, tandis que les lobbies attirent les foudres de l’opinion comme des paratonnerres. Les amalgamer permet d’abriter les lobbies de l’orage en les couvrant de l’aura positive des ONG et des sociétés civiles. L’effet inverse, tout aussi bénéfique pour les apprentis-tyrans de la macronie et de l’ex sarkozie, consiste à couvrir les corps intermédiaires essentiels à la démocratie de la honte normalement réservés aux lobbies «  sans foi ni loi ».

 

Finalement, lorsque LREM et LR parlent des lobbies et des ONG, ils en disent long sur le faussé qui les sépare de l’éthique et l’intérêt collectif. Ils en disent long aussi sur ce qui les rapproche : il leur est de plus en plus difficile de cacher que la droite des uns ressemble aux autres de droite. Malheureusement, et comme ce fut le cas depuis l’apparition du clivage gauche-droite pendant la révolution française, les droites d’aujourd’hui démontrent qu’elles demeurent le parti des vendus aux puissants, furent-ils nobles ou rois, soient-ils PDG de multinationales ou laqués-lobbies.

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