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D’abord, il convient de rappeler que le citoyen Kaïs Saïed, à cette Révolution, n’a point participé
Qu’auparavant, d’aucun passé militant, politique, syndical ou associatif quelconque, il ne disposait
Grand inconnu du public, Tunisien lambda qui s'est fait connaître comme chroniqueur, occasionnellement, télé
Aujourd'hui, sous prétexte de « correction du processus révolutionnaire », la Révolution, il a enterrée [1]
Du moins, il a étouffé l’élan démocratique et le vent de liberté qui, sur le pays, avait soufflé
Qui plus est, trois jours avant la chute de Ben Ali, pendant que ses collègues manifestaient leur solidarité
Avec les martyrs qui, à Sidi Bouzid, Kasserine, Thala,…étaient, sous les balles réelles du régime, tombés
Il faisait son ravitaillement en nourriture au Marché central de Tunis qui est situé tout près
De l’avenue Habib Bourguiba où, les affrontements avec les brigades anti-émeutes, se déroulaient
Et, quand, à sa sortie du marché, il avait rencontré un groupe de collègues qui s’apprêtaient à regagner
La manifestation, il leur a conseillé de ne pas y aller : ces faits ont été, dans [2], rapportés
Quand à la date de la fête de la Révolution, c’est le 14 janvier, n’en déplaise à qui vous savez
Qui l’a troquée pour le 17 décembre, la symbolique de ce vendredi de janvier, point, il ne la connaît
Mesure qui, la quasi-totalité des militants et des acteurs réels de la révolution, a fait révolter
Et qui a réduit la célébration de cette fête, dans son camp, à un classique folklore, déjà vu par le passé
Le 14 janvier 2011, la peur avait changé de camp, mais la lutte contre l’oppression n’est pas achevée
Cet acquis, même affaibli par son coup d'État de juillet, est, par « la génération de la Révolution », protégé
Revenir à la gouvernance par l’intimidation, la répression, la peur et la terreur, point, elle n’accepterait
Et la parenthèse populiste brutale qui, depuis, s’est abattue sur nous n’affectera pas cette victoire ancrée
Il croit détenir le pouvoir d’écrire l’histoire nationale à sa guise et de, de ses moments fondateurs, décider
Même s’il en a fixé la date de célébration, il sera, toujours, à notre Révolution, étranger
Qu’il sache que les révolutions ne s’écrivent pas par décret, ne peuvent pas, ainsi que l’Histoire, être confisquées
Qu’elles, leurs historiques et leurs symboles appartiennent aux peuples, seuls, exclusivement, ce sont leurs propriétés
Et, il est classique que ceux qui les kidnappent, se donnent pour objectif, la mémoire collective du peuple, d’effacer
Qu’elles résistent à la falsification, au re-modelage, aux velléités d’effacement et aux contre-faits
Que les tentatives des agents du régime pour substituer leur propre écriture aux faits, à l’échec, sont vouées
Quoi qu’ils fassent, ils resteront dans l’Histoire les fossoyeurs de la démocratie et des libertés
La mémoire populaire étant un efficace bouclier contre les interventions modificatrices de la réalité
Nul ne peut s’approprier notre Révolution, et ceux qui ne l’ont pas faite, la morale exige qu’ils demeurent discrets
Par respect pour ceux qui sont morts pour elle, et ceux qui, vivants, par leurs combats, ont contribué à l’anticiper
Qui se sont battus pendant plusieurs décennies pour la rendre réalité, certains sous tous les régimes passés
Parmi lesquels on peut citer Bochra Belhaj Hmida, Nejib Chebbi, Ayachi Hammami, aujourd’hui exilée
Ou incarcérés, parce que, dans le verdict de l’inique Procès de la Honte, ils furent lourdement condamnés
Tous les trois, figures du barreau, militants historiques des droits humains, de la démocratie et des libertés
Tous les trois, en tant que citoyens et avocats, activement à notre Révolution, ils ont participé
Autrement dit, ceux qui ne l’ont pas faite l’ont récupérée, trahie, retournée contre ceux qui l’avaient initiée [3]
La place de ces derniers, héros de la Nation, n’est ni l’exil, ni la prison : c’est vraiment le monde renversé !
Et dire que, de la « correction des processus révolutionnaire et démocratique », il ne cesse de parler
Et également de « retour aux sources et aux objectifs, par la Révolution du 17 décembre, prônés »
Et, aussi, de diverses « révolutions » - « sociale », « législative », et j’en passe - slogans dont, son programme, il a fait
Peut-on corriger un processus, retourner aux sources, aux objectifs, alors que, un profil bas, on a gardé
Durant l’effervescence de la Révolution et sa transition révolutionnaire, on est resté tout effacé
J’invite ceux qui en doutent à lire mon poème « Révolutionnaire après l’heure, touch' pas à mon 14 janvier » [4]
Nul ne connaît le CV de Kaïs Saïed mieux que son camarade, collègue et ami, depuis les années Faculté
Abdelwaheb Maatar. C’est en tant que tel que, il y près d’un an et demi, une lettre, il lui a adressée [5]
Une lettre mi-conseil, mi-avertissement, pour l’informer sur les risques réels induits par sa manière de gouverner
Conduisant à la « situation catastrophique sans précédent dans laquelle le pays s’est enlisé, et pour sauver
Aussi un ami [qu’il voit ] s’enfoncer dans le bourbier de ce qu’il a peut-être commis par une croyance erronée
En sa bonne gestion et par bonne intention ». Il lui a rappelé que « dans l’espace public, par hasard, il est arrivé »
« Rompant avec [son] alignement sur le système du président déchu, ce que l’on connaissait de [lui] à l’université
Sous l’influence du collègue Sadok Chaabane qui fut pour la dictature novembriste l’un [des théoriciens et] des piliers » [6]
Pour mieux connaître Kaïs Saïed, laissons parler dans [7] Abdelwaheb Maatar qui l’a bien longtemps fréquenté
Où il rapporte une anecdote qui, compte tenu de la haute fonction de Kaïs Saïed, est un historique fait
Confirmant que ce dernier, avant la Révolution, de l’engagement dans la chose publique, il était très éloigné
Comme il l’était pour prendre une position contre le comportement du régime de l’époque et ses excès
Son attention à cette période était essentiellement concentrée sur son avenir et comment le préserver
Revenons à l’anecdote : Quand Ben Ali a procédé à une révision constitutionnelle qui lui garantissait
Une présidence à vie, Abdelwaheb Maatar, pour la contrecarrer, a contacté plusieurs collègues dont l’intéressé
Pour formuler, en tant qu’universitaires juristes, une critique de la combine qui était en train de se tramer
La réponse de Kaïs Saïed fut spontanément négative, par un pathétique « tu veux détruire mon avenir », appuyée
Aujourd’hui, Abdelwaheb Maatar est poursuivi en justice, suite à une plainte, contre lui par l’ISIE, déposée [8]
En vertu du décret liberticide 54, risquant une peine de prison qui peut aller jusqu’à 10 années [9]
Salah HORCHANI
https://www.areion24.news/2024/02/07/tunisie-lheritage-revolutionnaire-selon-kais-saied/4/
[2] Ce vers et les 9 qui le précèdent sont extraits du poème suivant :
Pour les sources des informations qui y sont contenues, voir la vidéo suivante, de la minute 19 : 35 à la minute 21 :10.
https://www.youtube.com/watch?v=umJ4yZMHVd0
Voir, aussi, la vidéo ci-dessous de la minute 0 : 50 à la minute 7 : 55, en particulier, de la minute 6 : 20 à la minute 7 : 20.
https://www.facebook.com/reel/1848361459385034
Voir, également, le lien suivant :
Dans ce contexte, voir aussi le lien suivant :
https://nawaat.org/2025/12/31/dates-historiques-en-tunisie-leternelle-obsession-du-pouvoir/
[5] Conseil d'ami ou avertissement ? La lettre d'Abdelwaheb ...
[6] Sur le régime novembriste ( en référence au coup d'État médical de Ben Ali contre le président Habib Bourguiba qui a eu lieu le 7 novembre 1987 ), Sadok Chaabane a écrit, entre autres, les ouvrages suivants :
Sadok Chaabane, Ben Ali : bâtir une démocratie, de la lutte des croyances à la compétition des programmes (Maison arabe du livre, Tunis, 2005).
Sadok Chaabane, Les défis de Ben Ali (Les éditiond de l’Orient, Paris,1999).
Sadok Chaabane, Ben Ali on the Road to Pluralism in Tunisia (American Educational Trust, 1997).
[7] Ce qui suit est une traduction de l’intervention d’Abdelwaheb Maatar, dans la deuxième vidéo de la référence [2] ci-dessus, de la minute 0 : 50 à la minute 8 : 00 .
« En 1983, nous avons franchi tous les deux avec succès le concours de l’assistanat de l’enseignement supérieur ; lui, il est demeuré assistant, alors que moi, j’ai eu mon doctorat et suis devenu professeur de l’enseignement supérieur. Je fus même, simultanément, professeur et avocat (...) Je vais évoquer un événement en relation avec Kaïs Saïed : en 2002, quand Ben Ali a modifié la Constitution, par référendum, afin qu’il puisse se représenter à la magistrature suprême sans limite de nombres de mandats et qu’il ait d’énormes prérogatives que Bourguiba n’avait pas, j’ai déposé une plainte auprès du Tribunal administratif, et après auprès de la Cour africaine des droits de l’homme, pour invalider ce référendum, parce que je pensais qu’il était contraire à la constitution, et cela en tant qu’avocat. J’ai contacté alors, dans ce cadre, mes collègues [de tout grade] qui enseignaient le Droit constitutionnel dont Kaïs Saïed – cela est un témoignage pour l’Histoire – et, le plus important dans tout cela, c’est que Kaïs Saïed - qui est demeuré toujours assistant, sans évoluer - m’a répondu « Tu veux détruire mon avenir, éloigne-toi de moi ». Il faut dire qu’à cette époque, il était sous l’influence de Sadok Chaabane, il a intégré le parti [de Ben Ali] et il défendait les modifications opérées dans la constitution par Ben Ali. Ceci est un fait historique connu, il a animé des conférences et écrit des articles à ce sujet, et pour lui, cette situation était normale, parce qu’il était, à cette époque, influencé par Sadok Chaabane ».