L’imposture souverainiste-populiste par manque d’antifascisme-antiracisme-antisexisme

Le succès (éphémère ou durable?) de l’imposture souverainiste-populiste en Italie et ailleurs s’impose car la majorité de la population est narcotisée ou réduite à l’incapacité de réagir aussi par manque d’opposition antifasciste, antiraciste et antisexiste efficace, car ne démasque pas l’héritage désastreux de l’ex-gauche maintenant alliée de Berlusconi contre le gouvernement Ligue-M5S.

Force est de constater que depuis plus de deux ans Salvini ainsi que les leaders du M5S ont pu compter sur une présence sans égale à la une des médias et aussi des social network. Seul Renzi et auparavant Berlusconi avaient eu une couverture similaire mais on n’avait pas encore la diffusion des social network d’aujourd’hui. Et comme, par le passé, le désastre politique de ces prédécesseurs des actuels nouveaux gouvernants a ouvert le chemin à ceux-ci voir au pire (il y a de quoi être hantés par les similitudes avec ce qui conduisit au fascisme et au nazisme).  Même les médias qui prétendent attaquer ces homines novi de la politique italienne n’ont pas manqué de leur donner une très large place sur leurs premières pages avec l’effet d’accroitre leur popularité (soit favorable soit défavorable ou méfiante). Tout comme joue n’importe quel néo-parvenu de la scène politique à l’époque de la politique spectacle et surtout à travers les social networks, chaque occasion et chaque boutade ou phrase à effet est un gage sûr pour percer le monde d’une communication qui depuis longtemps se nourrit de trash, de gossip, de grossièreté (pour Salvini y compris dans les poses et le vestiaire et dans la médiatisation de sa compagne vedette de la tv).

Depuis la nomination du gouvernement Salvini-Di Maio (les deux vice-présidents du gouvernement Conte qui lui ne figure que comme un homme sans pouvoir réel) la majorité des médias et des blogs est apparemment contre cette nouvelle page inédite de l’histoire politique italienne. Par ailleurs, il suffit de rappeler que tous les médias (publiques et privés) ont toujours été subalternes à Berlusconi et au centre-gauche. Et il est assez singulier de remarquer que le quotidien online il Foglio, qui prétend être la voix intellectuelle sérieuse de la droite berlusconienne (libéral sauf que pour ce qui est de sa croisade contre l’avortement … et la défense de la chrétienté contre l’Islam -SIC!) prône pour une sainte alliance entre le parti de Berlusconi et le Parti Démocratique, voire entre Berlusconi et Renzi et donc aussi les leaders qui selon eux sont les plus crédibles dans les deux rangs. Et dans cette campagne contre l’actuel gouvernement les berlusconiens arrivent même à critiquer Salvini de racisme, oubliant avec nonchalance que ce fut Berlusconi qui ouvrit la campagne électorale disant qu’en Italie on avait 600 mille immigrés délinquants à expulser (auparavant Salvini avait parlé de 500 mille … boutade tellement fausse que maintenant le sous-secrétaire du gouvernement et guru de la Ligue se permet de dire qu’à cette occasion Salvini «avait sorti une crasse …»). Par ailleurs, Salvini doit faire gaffe à ne pas négliger les entrepreneurs padani – de la Vallée du Po, son fief électoral – qui ont absolument besoin de main d’œuvre immigrée, parfois régulière et même bien traitée et d’autres fois au noir …).

Mais voilà que parmi toutes les critiques aux souverainistes-populistes on ne lit jamais des reportages sérieux qui pourraient démasquer à fond la démagogie, voire les impostures des Salvini et Di Maio (et de Grillo qui continue à jouer comme une sorte d’ange tuteur indépendant pour éviter de sombrer dans le néant en cas de clash de cette coalition).

Voici donc une liste des principales impostures. Et de comment on pourrait les démasquer avec efficacité et pourquoi les médias berlusconiens ou de l’ex-gauche ne le font pas.

1) Salvini et de facto aussi Di Maio et tout le M5S crient « Les Italiens d’abord ». Mais ce slogan ne sert qu’à légitimer leur racisme fasciste alors que leur négligence en ce que concerne l’effective protection de la vie même des Italiens et de leur propres électeurs est flagrante! Les régions gouvernées depuis plus de vingt ans par la Ligue et les droites – notamment la Vénétie, la Lombardie et presque toute la Vallée du Po – sont les régions les plus polluées d'Italie, voire les régions avec le plus haut taux de maladies et de morts par contamination toxiques. En effet, Salvini et les droites ne protègent que les patrons grands et petits qui sont les premiers responsables ce cette pollution afin de maximiser leurs profits à tout prix et sur la peau de quiconque. Ce sont eux qui inventent toutes sortes d’affaires et coalitions avec les mafias dans toute sorte de trafics et activités illégales et polluantes comme le traitement des déchets toxiques (voir les divers cas de mafia padana, c.-à-d. des gens de la Ligue Ce sont eux qui se nourrissent de travail au noir et de néo-esclavagisme d’immigrés qui de ce fait n’ont pas la possibilité de se régulariser et aussi des Italiens les moins protégés.

Alors que l’Italie aurait extrêmement besoin d’un vaste programme de bonification de toutes les situations et activités à risque de désastres sanitaires, environnementaux et économiques, Di Maio et Salvini ignorent cet argument pour ne proposer que leurs habituels promesses démagogiques qui par ailleurs, pour l’instant, ne se traduisent en rien. Mais pourquoi aucun média (sauf exceptions tout à fait épisodiques) parle de désastres sanitaires et environnementaux, de maladie et morts par contaminations, de travail au noir et néo-esclavagisme de la part des grands électeurs de la Ligue et des droites? La réponse est qu’en Italie les illégalismes tolérés sont pratiqués par une bonne partie des électeurs d’abord habitués à cela par la Démocratie Chrétienne pendant 40 ans et ensuite par tous les partis; tous ont souscrit à la règle des dominants «mange et fait manger» (la première règle de la domination mafieuse). La dérive néo-libériste de la gauche italienne (surtout depuis Craxi et la fin du PCI des Berlinguer) a autorisé toute sorte de compromis avec les droites y compris les affaires louches. Ainsi, dans les ex-régions rouges on a vu éclater des scandales similaires à ceux habituels parmi les administrations locales de droite. Et c’est parmi les petits et grand patrons de l’ex-gauche qu’on trouve aussi travail au noir et néo-esclavagisme, fraude fiscale, pollution et corruption des agences de prévention et contrôles, toutes pratiques régulièrement couvertes par les droites et notamment par Berlusconi et la Ligue, experts dans les sanatorie (amnisties de la fraude fiscale, des construction abusives, des délits d’affaires et autres crimes typiquement pratiqués par les patrons, hommes d’affaires et truands au service des dominants).

Et voilà qu’on découvre que les conventions qui ont accordés à la famille Benetton (les patrons des autoroutes) des privilèges de type féodal pour l’exploitation des autoroutes ont été approuvés par tous les partis de Berlusconi à Prodi et D’Alema et par Salvini lui-même (il était déjà député). Une convention qui accorde à ces messieurs le droit d’encaisser les péages sans devoir se charger de l’entretien qui est laissé à la société de l’Etat et aussi le droit d’auto-certifier le bon état du réseau autoroutier et les contrôles de sécurité (dans un pays qui est bourré de ponts, de viaducs et de galeries). C’est par ailleurs le même genre de grand cadeau que les gouvernants de droite et de l’ex-gauche ont accordé à la famille Agnelli leur donnant pour presque rien l’Alfa Romeo, la Lancia et d’autres entreprises ainsi que plusieurs financements à fond perdu au nom de l’industrialisation du Sud: la Fiat en Sicile a définitivement fermé depuis plus de vingt ans et désormais toute la Fiat dans toute l’Italie ne produit plus pas grand chose et a son siège administratif au Pays Bas, le siège principale aux Etats-Unis et ses délocalisations un peu partout à travers le monde.

2) Salvini et Di Maio et tout le M5S crient «tout va changer! on va moraliser, l’Italie ne sera plus à la merci des gros bonnets! On a pas peur et on ne se fera conditionner par personne!». Mais voilà que les premiers gestes de ces homines novi n’ont montré que leur zèle à rassurer les trois principaux piliers du développement économique qui a ruiné l’Italie, à savoir la lobby du transport sur route (monopole FIAT), la lobby du pétrole et la lobby du ciment. Bien au delà de la promesse des cinq étoiles (M5S) de s’opposer à l’inutile, top couteux et nocif tunnel Turin-Lyon, après le désastre du pont Morandi de Gênes, Salvini, le M5S et tous les partis sont d’accord sur la nécessité de reconstruire le pont et de réaliser le plus tôt possible aussi soit le tunnel qui devrait aller de Gênes à juste après les Apennin, soit celui Turin-Lyon (tous les deux inutiles, couteux et dangereux du point de vue sanitaire parce qu’on va percer dans des montagnes d’amiante provoquant aussi un déséquilibre de l’écosystème). Par ailleurs, Salvini s’est empressé d’aller en Libye pour montrer d’être capable de poursuivre l’œuvre de son prédécesseur, Minniti, voir rassurer les bandes criminelles libyennes, tandis que Di Maio va chez le chef égyptien Sissi acceptant que celui le rassure à propos de la «vérité sur l’assassinat de Regeni» (SIC!). Bref l’unité nationale est retrouvé: on va sauver à tout prix la mainmise italienne sur le pétrole libyen, sur la gaz égyptien et encore d’autres. Mais on est tous contre le Macron qu’il essaye de s’emparer des la domination du pétrole libyen et d’autres affaires en Afrique. Et Salvini joue comme s’il était chef d’Etat rencontrant son homologue fasciste, raciste et sexiste Orban avec qui prétend configurer la droite qui demain gouvernera toute l’Europe.

3) Di Maio (plutôt que Salvini) promet travail en règle et bien payé pour tous et une politique sociale égalitaire. Mis à part le fait que Salvini ne semble pas de tout d’accord même pas avec ce que pour l’instant restent que des promesses, on ne voit nulle part la possibilité de leur couverture financière; on constate qu’il s’agit d’hypothèse vagues qui en plus ne toucheront jamais la réalité tragique du travail au noir et du néo-esclavagisme vue que ce gouvernement ne montre aucune intention de s’y attaquer car soutien le néo-libérisme dominant depuis plus de trois décennies.

4) Salvini et Di Maio ont laissé croire qu’ils veulent être indépendants par rapport à toute puissance étrangère. Mais voilà qu’en matière d’affaires étrangères et surtout d’affaires militaires l’Italie semble devenir encore plus servile des Etats-Unis, même si Salvini prétend chérir les relations avec Putin. Par ailleurs, bien au contraire des promesses vaguement pacifistes du M5S, le gouvernement Conte promet de s’engager non seulement à maintenir les dépenses militaires obscènes prévues par les gouvernements précédents mais de les augmenter. En effet, la dame choisie comme ministre de la défense n’est qu’une pseudo-experte de ce secteur connue uniquement pour avoir été pistonnée par des ex-ministres démocrates-chrétiens et ensuite berlusconiens très discutables à tout point de vue.

Le seul ministre de ce gouvernement qui semble être correct et qui promet de faire bien est un ex militaire connu pour son engagement dans le domaine de la lutte contre les désastres environnementaux. Mais, force est de constater que le programme de ce ministère semble destiner à rester qu’un bel discours vu non seulement la négligence totale du gouvernement dans ce domaine mais aussi l’hostilité de mister Salvini évidemment servant zélé des pollueurs qui infectent ses fiefs électoraux.

Au cours de ces derniers jours plusieurs médias font l’hypothèse que bientôt l’alliance M5S-Ligue va se défaire et que peut être Salvini mise sur cette rupture pour gagner de plus en plus de popularité en vue des élections européennes de l’année prochaine sinon aussi de nouvelles élections politique anticipées en Italie. Et il y a ceux qui semblent parier sur qui va rompre en premier, le M5S ou Salvini? Mais il y d’autres qui parient sur l’hypothèse d’un nouveau parti à travers la fusion M5S et Ligue.

Rappelons que Grillo, le père du M5S, 2 jours après les résultats des élections de Mars dernier, a dévoilé de la manière la plus claire quel est l’esprit qui maintenant anime ce parti: «L’espèce qui survit n’est pas la plus forte, mais celle qui s’adapte le mieux. Donc, nous sommes dans nous mêmes démocrates chrétiens, un peu de droite, un peu de gauche et un peu de centre, on peut d’adapter à n’importe quoi, donc nous allons gagner toujours sur le climat, sur l'environnement, sur la terre». Selon Grillo, c’est cette sorte de stratégie politique qui a conduit le Mouvement 5 Etoiles à devenir le parti le plus voté par les Italiens le 4 mars. Il est alors très inquiétant d’en remarquer la similitude avec ce que le 23.3.1919, sur la première page du Popolo d'Italia, écrivait Mussolini: «Nous nous permettons le luxe d'être aristocrates et démocrates, conservateurs et progressistes, réactionnaires et révolutionnaires, légalistes et illégalistes, selon les circonstances, le lieu, le cadre dans lesquels nous sommes contraints de vivre et d'agir».

Voilà donc revenir une conception d'éclectisme arbitraire qu'on peut reconnaître dans nombre de personnalités italiennes du passé comme du présent, comme souhait de la faculté du libre arbitre voir de l’anamorphose de l’Etat de droit démocratique. Cela n’est pas étonnant si l’on considère la possible mixture entre corruption, économies souterraines, néo-esclavagisme, délocalisations incontrôlées, recours aux paradis fiscaux et d’autres «perles» dont se nourrit une bonne partie de l’économie italienne, alors que les désastres sanitaires, environnementaux et économiques n’arrêtent pas se s’aggraver. Mais presque tous les parlementaires néo-élus ne sont en train de penser qu’à comment passer le mieux possible cette nouvelle législature et éviter des nouvelles élections.

Ce gouvernement fascio-raciste-sexiste continuera à provoquer désastres sanitaires, environnementaux et économique (sans rien faire pour contraster les illégalismes de masse et des dominants parce que défend le néo-libérisme et à tout prix –y compris sur la peau de bonne partie de ses propres électeurs-, l'alimentation des guerres permanentes et des dévastations des pays des émigrations désespérées. Le fascisme dura vingt ans, le nazisme un peu moins, mais ils provoqueront des génocides, des désastres et dévastations terribles laissant aussi un héritage qui conditionne encore le monde, l’Europe, l’Italie, tout comme le colonialisme. L'Europe est menacée par le spectre du néo-colonialisme et du renouveau du fascisme, du racisme et du sexisme. 

La résistance contre cette dérive sera difficile et de longue durée ... et la question qui se pose est comment, quand, où et avec qui on fera RESISTANCE ?

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