La comédie grotesque d’un gouvernement qui vit de la distraction de masse

Le cinéma des attaques de la part de Di Maio, Salvini et d’autres du gouvernement italien à la France n’a aucune raison fondée et crédible mais on peut dire qu’il semble bien s’agir d’une comédie grotesque due au fait que ce gouvernement a de plus en plus besoin d’inventer des arguments pour distraire l’opinion publique voir pour cacher ses échecs et ses magouilles.

Le cinéma des attaques de la part de Di Maio, Salvini et d’autres du gouvernement italien à la France n’a aucune raison fondée et crédible, mais on peut dire qu’il semble bien s’agir d’une comédie grotesque due au fait que ce gouvernement a de plus en plus besoin d’inventer des arguments pour distraire l’opinion publique, pour cacher ses échecs et ses magouilles.

La liste des échecs et des magouilles de ce gouvernement se rallonge sans limites chaque jour.

La dernière nouvelle est que la prévision de la croissance sur laquelle gouvernement Ligue-M5S avait élaboré le budget 2019-2020 se révèle totalement farfelue. L’Union européenne vient de communiquer qu’en 2019 le PNB de l’Italie ne croitra que de 0,2% alors que le gouvernement avait annoncé une prévision de 2%, ensuite de 1,6, puis de 1,2 et encore de 1 et ainsi de suite jusqu’au misérable 0,2. Mais le ministre de la finance Tria ne trébuche pas et il a dit : «Ce n’est qu’un petit coup d’arrêt ; on n’a pas de récession!». Rappelons que suite à la mise en garde sans appel de la part de la Commission européenne, Salvini et Di Maio qui criaient leur orgueil souverainiste-populiste avaient dû renoncer à un programme de grandes promesses pour se réduire à peu de choses. Mais maintenant meme les restes de ces promesses semblent évaporer d’un seul coup. Nombre de techniciens et experts attestent que le soi-disant revenu de citoyenneté finira par toucher un nombre plutôt restreint de citoyens et qu’il est probable que nombre de gens y renonceront car il implique trop de contraintes. Mais maintenant ce programme risque de sauter complétement alors que le M5S a misé tout sur cela songeant à récupérer la part de plus en plus grandissante d’électorat plus que déçu, voir dégouté par tout ce qu’on a vu depuis la création de ce gouvernement. Quant à l’autre grande réforme promise surtout par Salvini, à savoir celle des retraites, là aussi l’échec prévu semble désormais certain. Bref, la seule grande mesure adoptée n’est que le décret sécuritaire visant tout d’abord l’acharnement contre les réfugiés jetés à la rue, voir contraints à vivre dans l’irrégularité à la merci des esclavagistes ou des truands et des recruteurs de dealers.

Mais le pire est que le gouvernement n’a pas cessé de multiplier ses magouilles comme s’il voulait faire mieux (c.-à-d. pire) que les gouvernements précédents. En effet, on peut dire qu’on est en face d’un grand retour à la gouvernance par la tolérance des illégalismes des dominants grands et petits. M5S et Ligue avaient promis le grand changement d'époque et le voilà qu’il réplique exactement la pratique de la légalisation des illégalismes habituels de leurs électeurs, voir le «mange et fais manger» des mafias. Affaiblissement de la lutte au travail au noir, au néo-esclavagisme, à la corruption et à la fraude fiscale, amnistie des délits économiques.

La relance des illégalisme de «masse» tolérés pour mieux assurer les illégalismes des nantis

Mi-janvier le ministère du Trésor a rendu publiques des données passées inaperçus mais assez éloquents : les recettes de l’Etat dérivant de la lutte à tous les délits économiques (travail au noir, néo-esclavagisme, corruption, fraude fiscale etc.) ont connu une nette diminution. De plus: parmi les plus de mille deux-cent mesures adoptées dans le grand bouillon de la loi du budget votée en courant à la fin de 2017 (sans aucune discussion au Parlement) le gouvernement a glissé nombre de sanatorie (amnisties), des suppressions de sanctions pour les fraudeurs du fisc, notamment nombreux parmi les électeurs de la Ligue dont l’un des mots d’ordre principaux était « basta avec les impôts », mais ces genre de citadins sont nombreux aussi dans tous les partis. Rappelons que le M5S se vantait d’être le seul parti contre toutes les magouilles du passé; c'est pourquoi ils ont appelé les amnistie et imbroglio d’aujourd’hui ont la « paix fiscale ». Ceux qui n’ont pas payé les impôts et les contributions sociales (de leurs employés) peuvent se régulariser leur situation sans payer aucune amende et souvent ayant droit aussi à un arrangement indulgent (on prévoit meme des fortes réductions des dettes fiscales jusqu’à zéro ou des temps longs de payement de ce qui est du).
Les juristes et les économistes qui étudient le système fiscal (dont le prof Santoro de l’Université Bicocca et consultant de l’agences des Impôts) soulignent qu’il y a là une anomalie absolue dans ces nouvelles « amnisties » qui sont -ajoutons- des cadeaux-appâts pour les électeurs surtout des droites et d’une partie de l’ex-gauche. Par ailleurs, l’Agence nationale des Impôts sera contrainte à destiner partie de son personnel à la gestion des procédures d’amnistie, ce qui réduira led forces qui devraient être employées pour la lutte contre fraude fiscale, alors que le M5S avait promis d’engager un programme pour éradiquer ce fléau qui depuis toujours pèse lourdement sur la recette publique italienne. Carlo Cottarelli est célèbre pour les dossiers de son observatoire de la dette publique; il était le monsieur spending review licencié par Renzi parce que trop gênant par rapport au «laisser faire» courant vis-vis des illégalismes.  Selon lui, par ailleurs, on peut prévoir meme un effet négatif sur les recettes de 2018. On serait dans l’absurdité d’une série d’amnisties fiscales qui sabotent la certitude de la peine, augmentent l’iniquité du système pour ne produire que des entrées de quantité négligeable.
En passant, les experts signalent aussi que l’Italie se confirme le pays fondé sur les amnisties fiscales. Depuis 1900 on compte 67 procédures générales de « pardon publique de l’évasion fiscale et du travail au noir. Rappelons au passage que selon quelques études attentives, les économies souterraines dépassent 32% du PNB. En moyenne on a eu un pardon fiscal (sanatorie) tous les deux ans :  sanatorie fiscales, des contributions sociales, des constructions illégales et meme sanatorie pénales. Autrement dit l’un après l’autres tous les gouvernements ont fini par décréter une sanatoria (ce qu’on peut appeler l’anamorphose de l’Etat de droit, à savoir la possibilité de passer du légal à l’illégal et vice-versa). Il faut aussi rappeler qu’en meme temps l’Italie est l’un des pays les plus injuste car il est farouche contre les gens sans protection de patrons épaulés par des avocats habiles ; les plus défavorisés sont aussi les artisans et petits patrons qui ont fait faillite et se sont suicidés parce que harcelés sans arrêt par les impôts. Et c’est pour cela que le gouvernement Conte justifie les sanatories au nom de la «paix fiscale» comme un «noble choix politique»: ainsi les M5S et la Ligue prétendent défendre les gens appauvris par la crise et persécutés par le fisc.

Le président de l’INPS (l’Institut nationale des retraites), Tito Boeri, est une personnalité assez indépendante et mal aimée par le vieux gouvernement comme par celui-ci, au point que Salvini a demandé qu’il quitte son poste au plus vite. Boeri n’a hésité à dire que la «paix contributive lancée par ce gouvernement c’est comme si l’Etat sélectionnerait les fraudeurs et permettrait de payer moins de contributions sociales».

L’on découvre aussi que les sanatories n’ont pas des limites de revenus, donc ceux qui vont en profiter davantage ce sont les nantis grands et moins grands, y compris ceux des évasions multi millionnaires. Mais pour couvrir cette magouille le gouvernement a pris une mesure qui est en faveur des familles avec un revenu inférieur à 20 mille euros. Cottarelli remarque que dans un pays avec une évasion gigantesque (selon certains de 130 milliards par année mais selon d’autres beaucoup plus), on a le risque que la mesure pour les indigents devient un grand cadeau aux malins qui ont des avoirs au noir. Par ailleurs ne manquent pas les mesures très favorables au bénéfice de quelques catégories fortunés : les producteurs de cigarettes électroniques et l’on sait que cela a été voulu par la Ligue peut-être parce que Salvini a reçu une donation de 75 mille euros de la part de Vaporart, l’une des plus connues entreprises du secteur. Pour sa part le M5S a fait adopter un grand cadeau à l’ami producteur de bière : la réduction de 40% des impôts pour les petits fabricants de bière italienne, parmi eux un député du M5S et aussi directeur  commercial de l’entreprise Adelizzi boissons. Dans le cadre de la flat tax voulue par la Ligue, a été prévu un TVA de 15% pour ceux qui en 2018 ont déclaré moins de 65 mille euros. Selon l’économiste Vieri Ceriani qui a travaillé aussi à la Banque d’Italie, ce seuil de 65 mille euros risque fort de pousser nombre de petites entreprises à croitre dans l’économie souterraine. Autre trouvaille : à la place des vouchers, on aura le livret de famille pour enregistrer les femmes de ménages et toutes sortes d’aidants familiaux «pas après le troisième jour du mois suivant» ; ainsi s’il y a contrôle on peut dire qu’il n’a pas encore passé le mois. Entretemps, le fils du guru et nouveau guru du M5S, Casaleggio, se découvre homme aux milles ressources : il rencontre le patron de l’une des plus grandes entreprises des grands travaux, Condotte, alors que le M5S se disait absolument hostile aux grands travaux. Mais voilà que maintenant le M5S veule le nouveau pont de Gênes ainsi que le tunnel Gênes-Turin, un nouveau périphérique, la TAP (oléoduc de Israel et aussi d’Égypte jusqu’à l’Italie) malgré la forte opposition de bonne partie de la population et des collectivités locales des terres qui seront traversées par cette œuvre et encore d’autres travaux.

            Pour résumer tout cela il suffit la remarque du directeur de l’Espresso Bruno Manfellotto: “faire une vrai lutte à l’évasion fiscale te fait perdre dix million de votes. Autrement dit, aucun parti osera le faire, car depuis plus de 25 ans -tout comme en France et ailleurs- le système électoral ne garantit que la survie de partis totalement forgés pour servir les lobbies et les multinationales, voir la troïka mondiale et les troïkas locales. Dès lors les tentatives d'élire des représentants effectivement indépendants ont été voué à l'échec.

Il est maintenant assez ardu dire ce qui va se passer dans les prochaines semaines et jusqu'aux élections européennes. Le M5S semble commencer à perdre les pédales au vu de la forte chute de consensus qu’il ramasse; la Ligue semble tenir le coup mais Salvini aussi apparait pris d’angoisse pour le futur car il est évident que son consensus est éphémère ; il se fonde que sur la sympathie des racistes, fascistes et sexistes et ses promesses ; mais celles-ci apparaissent de moins en moins tenables et crédibles. Entretemps les magouilles de la Ligue (qui sont plus éclatants et nombreuses que celles du M5S) risquent fort d’éclater (l’administrateur du parti a empoché un gros pot-de-vin d’un constructeur romain qui va passer sous procès dans les prochains jours). Entretemps la Fondazione Hume fait savoir que les pertes enregistrées par les entreprises et les familles depuis les élections du 4 mars 2017 atteignent 60 milliards. La richesse brulée par les investisseurs institutionnels, italiens et étrangers, arrive à 110 milliards d’euros. Le spread (différence entre les bons du Trésor décennaux italiens (btp) et ceux allemands de la meme durée (les bund) oscille entre 240 et 250 points, mais par moments il a atteint 300. La confiance de la parte des entreprises est en chute libre. Après l’écroulement du pont de Gênes on découvre qu’il y a 1.425 ponts sans propriétaire et sans entretien et nombre d’entre eux sont à grave risque. Mais les leaders du gouvernement sont tous devenus hyper-sécuritaires et n’arrêtent pas de se montrer en uniforme : Salvini se fait photographié presque tous les jours habillé avec l’uniforme de la police nationale ou de la garde des finances ou de la police des prisons ou encore d’autres polices, le ministre de la justice avec celle de la garde des prisons et le chef du gouvernement Conte avec celle de militaire tandis qu’un sous-secrétaire se fait photographié avec la tenue de combat de l’armée épaulant une mitrailleuse.

Faut-il penser que dans le mouvement maladroit de politiciens parvenus ils envisagent se sauver de leur débacle par la dictature? Grillo, l’ex humoriste qui désormais ne fait plus rigoler personne, n’a jamais caché son mépris pour le système parlementaire et Salvini aimerait beaucoup être le nouveau Mussolini. Il est vrai que la majorité des Italiens semblent aujourd’hui partagés entre l’idiotie de masse, phagocytés par les discours de ces leaders ou bien le sentiment d’impuissance. Mais il est aussi possible un réveil des capacités de Résistance.

PS. dans le prochain billet je vais aborder les raisons cachées de la "crise diplomatique" italo-française, à savoir la compétition entre Italie et France en France, notamment en Libye, Niger etc. pour la maimise sur les métaux précieux en plus que pour le pétrole et autres intérets des multinationales italiennes et françaises ...

 

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