Le cadeau de Noël et de l’Epiphanie du gouvernement italien

Pour Noël et l’Epiphanie, les membres –catholiques fervents– du Parti Démocratique (PD, qui a la majorité de la coalition au gouvernement) et de la très large majorité du parlement italien ont choisi de donner un cadeau multiple aux Italiens. 

  • Ils ont promis l’engagement –qui sera voté à une très large majorité par le Parlement– d’envoyer une nouvelle mission militaire au Niger au nom de la guerre aux trafiquants de migrants, c'est-à-dire au nom du prohibitionnisme raciste européen désormais soutenu sans faille par tous les parlementaires italiens (à l’exception d’une petite minorité). Entretemps, l’ineffable ministre de l’intérieur, Minniti, joue à réciter l’humanitaire se faisant photographier avec dans ses bras un enfant de néo-réfugiés et promettant de faire arriver en avion quelques milliers de réfugiés (ainsi il cherche à contrecarrer les multiples critiques très dures venant non seulement de la part de Médecins sans Frontière et Amnesty et même de l’ONU envers les accords ou pacte pourri –bien payé– qu’il a nouées avec des bandes libyennes qui ont promis d’arrêter les départs de migrants vers l’Italie);

  • le jus soli promis depuis longtemps ne sera plus voté dans cette législature désormais clôturée par le décret du Président de la République (on va voter pour le nouveau Parlement le 4 mars 2018) et très probablement ne sera jamais voté, même pas par le prochain Parlement vu que tous les sondages et les médias promettent la victoire de la droite et vu la concurrence croissante entre le PD et la droite pour montrer qui est le plus prohibitionniste vis-à-vis des migrations.

  • Comme promis il y a plusieurs mois par le chef de la police, Gabrielli, par Minniti et d’autres, les fonctionnaires et autres membres des forces de polices condamnés et/ou inculpés pour les violences et tortures contre les manifestants lors du G8 de Gênes en 2001 –et même après lors de différentes épisodes d’abus, violences et même tortures– non seulement ne seront jamais expulsés des rangs de ces très “irréprochables” forces bénies de droit à l’impunité et donc du droit à commettre délits des (y compris des tortures, puisque la loi votée par le parlement il y a quelques mois permet de couvrir ces pratiques, ce qui a été stigmatisé par nombres d’éminents juristes y compris les juges qui ont géré les procès pour ces violences lors du G8 de Gênes). En effet, on vient d’apprendre que l’un des fonctionnaires condamnés pour les violences et tortures lors du G8 a été nommé vice-directeur général de la direction nationale antimafia de la police nationale, tandis qu’un autre a été nommé préfet de police de Rimini, un autre dirigeant de la police de la route, ainsi que d’autres auparavant.

Tout cela fait partie de l’épilogue auquel a abouti le processus mené avec zèle par le PD depuis Violante et D’Alema (quand celui-ci était chef du gouvernement en 1999) jusqu’à Renzi et maintenant Gentiloni; un parti qui enfin a conquis le rôle de principal référent du lobby militaro-policier italien et du néo-libéralisme. Ainsi l’Italie se bat pour être parmi les deux premières puissances européennes et pour cela offre les services souhaités par Merkel et Macron. Une performance digne de la “meilleure” tradition italienne, de très mauvais politiciens qui essayent de ne rien rater en matière de zèle néo-libéral: le budget de l’Etat voté avant la fin de l’année confirme les choix qui font augmenter la richesse et la pauvreté, l’émigration des jeunes italiens, les fortes coupures des financements à la santé publique, aux écoles, aux universités et à la recherche (on est au presque dernier rang parmi les 28 de l’UE) et aussi à la coopération en Afrique; mais ils ont donné de plus en plus de financements aux banques, aux lobbies des secteurs les plus influents sur le parlement, au lobby militaro-policière[1].

En revanche, bien peu ou rien n'a été fait pour assainir les situations à risque de désastres sanitaires, environnementaux et économiques (dont les économies souterraines, le travail au noir et le néo-esclavagisme)[2].

Dulcis in fundo, ils ont favorisé la régurgitation du néo-fascisme et du racisme. Rappelons que loin de se traiter d’un affaire de nostalgie, le fascisme d’aujourd’hui se combine avec un racisme qui est “populaire” parce qu’il exalte la “défense des Italiens” (et des Européens) contre les immigrés classés comme “usurpateurs” de « notre bien être et de notre démocratie »[3], une légitimation parfaite de l’infériorisation et esclavagisation de l’immigré et réfugié, qui donc ne doit pas avoir accès à aucun droit égal à celui du “citadin” italien, le seul à mériter la tutelle de sa supériorité. Ça va sans dire que l’engagement guerrier du gouvernement Gentiloni s’inscrit bien dans cette perspective et on a même vu à quel point le ministre Minniti a été apprécié par les supporteurs de la droite.

Comme on a pu le voir par le passé, quand l’ex-gauche devient droite, c’est la droite traditionnelle et les nouveaux néo-fascistes assoiffés de pouvoir qui gagnent juste parce que la grande majorité des politiciens et des médias ont donné crédit et légitimé discours et comportements fascistes et racistes, voir néo-colonialistes.

Si on doit se préparer à une Italie qui devient comme l’Autriche, la Hongrie et la Pologne dans une Europe toujours plus réactionnaire et raciste (y compris le racisme néo-libéral de M. Macron), nous militants qui n’arrêtons pas de nous battre contre cette dérive allons nous préparer à penser beaucoup plus sérieusement comment pratiquer l’antifascisme et l’antiracisme partout, toujours et avec tous les moyens.

 

[1] Cfr, http://milex.org/, http://milex.org/2017/09/09/video-le-spese-militari-italiane-spiegate-in-4-minuti/; Dinucci (il manifesto, 31 octobre 2017), les dépenses militaires italiennes croissent aussi à cause de la construction d’un “pentagone” d’Italie près de Rome, les trente missions militaires a l’étranger (dans 20 pays) et les nouveaux armements; Voir aussi Manlio Dinucci, “A Ghedi 30 chasseurs F-35 avec 60 bombes nucléaires”, ilmanifesto, 28 nov. 2017; Dinucci,2017. Ainsi l’Italie ne respecte pas l’article 11 de sa Charte Constitutionnelle qui interdit tout participation aux guerres et toute actions et dotation d’armements offensifs. L’Italie se prépare à dépenser pour le militaire 72 millions d’euros par jour et dans les prochaines années plus de 100 millions. Voir aussi SIPRI.

[2] Cfr. Resistenze ai disastri sanitari, ambientali ed economici in Mediterraneo, AgenziaX, 2018 (sous presse)

[3] voir les reportage des médecins noborders de Genes-Ventimille publiés dans effimera.org (http://effimera.org/ventimiglia-la-piena-del-fiume-amelia-lia-trombetta-antonio-g-curotto/

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