Attentat de Nice, terrorisme, crise de l'Europe, éducation...

Ce 20 juillet 2016 a été marqué par les empoignades au sein du monde politique suite à l'attentat de Nice. Au même moment, l'Assemblée Nationale a définitivement adopté la loi El Khomri. Mais précisément, peut-on dissocier la montée du terrorisme de la dégradation de la situation sociale dans le cadre de la politique de l'Union Européenne ? Et qu'en est-il dans le domaine de l'éducation ?

L'ouvrage L'Enigme Bogdanov (Editions Télémaque) de notre collègue Luis Gonzalez-Mestres est paru le 5 novembre dernier juste avant les attentats de Paris survenus le 13 novembre. Cette circonstance malheureuse a privé le livre de toute publicité réelle dans la pratique. Pourtant, L'Enigme Bogdanov contient une revendication essentielle qui nous paraît particulièrement bien adaptée à la lutte contre le terrorisme : l'accès de l'ensemble de la population à une éducation de haut niveau, supprimant entièrement le chômage grâce à la durée des études.

Des articles de Mediapart ont déjà souligné la situation sociale particulièrement tendue qui règne dans la région de Nice. Qu'en est-il en matière d'éducation dans un tel contexte ?  Mais la France est loin d'être le seul pays européen où frappé par la présence de groupes terroristes. Un texte du Conseil Européen intitulé « Lutte de l'UE contre le terrorisme » reconnaît explicitement cette réalité. En même temps, des mesures telles que la loi El Khomri, définitement adoptée aujourd'hui par l'Assemblée Nationale, sont également le reflet de la politique de l'Union Européenne en la matière.

La loi El Khomri est-elle autre chose que l'application en France de la stratégie définie à l'échelle contnentale par le Conseil Europée de Barcelone de mars 2002 ? Droit du travail, prestations sociales, retraites... en ont été les cibles directes. Deux ans plus tôt, en mars 2000, le Conseil Européen de Lisbonne avait adopté une stratégie de marchandisation et de privatisation de l'éducation. Quel est aujourd'hui le bilan de la stratégie de Lisbonne et de celle adoptée lors des accords de Barcelone ?

Le vote sur le Brexit a mis en évidence la gravité de la crise que traverse l'Union Européenne. Mais la montée du terrorisme est-elle autre chose qu'un sinistre résultat de cette crise européenne ? Où ont mené la politique de démolition sociale et la stratégie de privatisation de l'éducation ? Juèsqu'où les inégalités se sont-elles creusées dans la pratique ? Peut-on valablement s'étonner si le monde politique « apparaît désemparé », comme le souligne un article de Mediapart de ce jour à propos des dirigeants actuels ?

Face à cette impasse institutionnelle et politicienne, la revendication formulée dans L'Enigme Bogdanov et confirmée encore par son auteur sur le blog L'Enigme Bogdanoff apparaît comme un véritable souffle d'air frais. Des études de haut niveau pour tous, plus de chômage, une population vraiment instruite et pouvant de ce fait intervenir efficacement dans la vie politique... Fini les exportations d'industries et de capitaux à la recherche des plus bas salaires et standards sociaux, fini la stratégie de Lisbonne, les accords de Barcelone et l'ensemble de la politique antisociale de l'Union Européenne à laquelle L'Enigme Bogdanov s'oppose explicitement.

Revendiquer une éducation de haut niveau pour tous est devenu essentiel pour le mouvement social.

 

La mémoire historique, que L'Enigme Bogdanov évoque aussi, est également essentielle. Dans un commentaire à l'article de Mediapart « Troisième 49-3 pour la loi travail, définitivement adoptée », nous avons écrit :

Les mobilisations contre la loi El Khomri ont échoué, notamment, parce qu'elles ont systématiquement passé sous silence la dimension européenne de cette affaire. La loi El Khomri ressemble à des mesures prises ou en préparation dans les autres pays de l'Union Européenne et, en réalité, n'est que la suite de l'exécution des accords du Conseil Européen de Barcelone de mars 2002.

Des mobilisations de dimension européenne auraient été nécessaires, à commencer par des actions communes France - Belgique (la Belgique se trouvant simultanément confrontée à un projet de loi analogue). Mais sur la dimension européenne de l'affaire, les communiqués intersyndicaux ont systématiquement gardé le silence.

Voir nos articles à ce sujet sur le blog La Science au XXI Siècle :

http://science21.blogs.courrierinternational.com/

Le Conseil Européen de Barcelone s'est tenu sous la "gauche plurielle" de Jospin, juste avant les élections présidentielles de 2002. Le droit du travail, les prestations sociales, les retraites... en ont été les cibles. Deux ans plus tôt (mars 2000), une stratégie de marchandisation et privatisation de l'éducation avait été adoptée (également sous Jospin) au Conseil Européen de Lisbonne.

C'était une période où, en France, la "gauche de la gauche" faisait partie du gouvernement.

Et c'est sous une présidence européenne française "de gauche" (Jacques Delors), que l'Acte Unique Européen avait été adopté déjà en 1986 (sous Mitterrand, donc). Qui en parle, alors que cet Acte contient déjà les ingrédients de base de la stratégie de casse sociale développée par la suite ? Et quelle mobilisation politique et syndicale s'y est opposée en temps utile ?

(fin du commentaire)

 

Indépendance des Chercheurs

indep_chercheurs@yahoo.fr

http://science21.blogs.courrierinternational.com

https://blogs.mediapart.fr/scientia

Groupes de discussion :

http://groups.yahoo.com/group/problemes_des_scientifiques

http://groups.yahoo.com/group/combatconnaissance

 

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