Robotique et chômage, fonctionnement de la recherche... Des sujets qui "dérangent" ?

Quel peut être l'avenir de l'humanité avec la montée de l'intelligence artificielle et de la robotique, qui suppriment progressivement des emplois sans en créer vraiment et s'implantent au milieu de records de chômage ? L'ouvrage L'Enigme Bogdanov, de Luis Gonzalez-Mestres (Editions Télémaque), dénonce cette situation ainsi que l'évolution de la recherche scientifique depuis trois décennies.

Au fond, il existe une connexité entre les deux sujets évoqués : depuis longtemps, l'intelligence artificielle et la robotique génèrent une montée du chômage sans précédent. En même temps, les chercheurs sont poussés par les politiques gouvernementales à solliciter des financements du secteur privé et à dépendre de ces financements. Où peut conduire une telle évolution ? Si les nouveaux records de chômage sont particulièrement inquiétants sur le plan social, une affaire comme celle d'Olivier Voinnet a de quoi inquiéter tout autant quant au foncionnement de la recherche. Nos articles « L'Enigme Bogdanov, un livre qui "dérange" » (I) et (II) ont abordé ces problématiques, de même que l'incident survenu au CERN (Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire) avec des comportements de teneur homophobe.

L'ouvrage L'Enigme Bogdanov, de Luis Gonzalez-Mestres (Editions Télémaque) a récemment suscité une double levée de boucliers :

- D'un côté, à cause de la conclusion du livre : « Développer les machines "intelligentes", ou instruire les êtres humains ? La réponse à cette question comporte un choix de société essentiel ». Comment peut-on « oser suggérer » l'existence d'une contradiction entre l'avenir des êtres humains et la montée de l'intelligence articielle et de la robotique dans l'actuel système économique et social ? Et peu importe que le chômage se retrouve une nouvelle fois à son plus haut niveau malgré l'instauration des 35 heures il y a seize ans avec, pour objectif avoué, de « partager le chômage ».

- De l'autre, à cause de sa dénonciation de l'évolution du fonctionnement de la recherche depuis les années 1980, évoquant entre autres l'affaire Voinnet et soulignant l'absence d'autocritique de la part des instances scientifiques françaises et européennes qui depuis 2002 (date de l'émbauche d'Olivier Voinnet par le CNRS)  « n'ont rien vu » sur les anomalies de ses articles. Des dénaturations de figures dénoncées avec énergie par Pub Peer depuis janvier 2015, juste après l'élection de Voinnet à l'Académie des Sciences française en novembre 2014. A présent, le site Retraction Watch fait état de la rétractation de sept articles très cités, et de 21 corrections dans d'autres articles.

Force est de constater que la « facture des 35 heures », instaurées déjà en pleine période de casse sociale par la « gauche plurielle » de Lionel Jospin (stratégie de Lisbonne, LOLF, accords de Barcelone...), a comporté une véritable dégringolade organisée des services publics, prestations sociales, soins médicaux, droits des travailleurs et des secteurs populaires... qui se poursuit à ce jour. Quelle sera la facture d'un nouveau « partage du chômage » (les 30 heures de travail hebdomadaire que réclament les organisations syndicales en échange de « laisser faire » la robotisation) ?

Quant à l'évolution du fonctionnement de la recherche au cours des trois dernières décennies, où une affaire comme celle d'Olivier Voinnet (carrière météorique malgré des articles pleins de figures altérées) se « complémente » avec une précarité sans précédent pour un nombre croissant de chercheurs, qui ose en analyser les causes et les moteurs ?

Voir aussi le blog de Luis Gonzalez-Mestres L'Enigme Bogdanoff, https://blogs.mediapart.fr/lenigme-bogdanoff (joignable à l'adresse EnigmeBogdanoff@gmail.com ).

 

Suivent les résumés de nos deux deniers articles sur le blog La Science au XXI Siècle

http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2016/03/16/l-enigme-bogdanov-un-livre-qui-derange-51507.html

L'Enigme Bogdanov, un livre qui "dérange" (I)

Paradoxalement, ce n'est pas l'analyse détaillée de la prétendue « affaire Bogdanoff » dans l'ouvrage L'Enigme Bogdanov de notre collègue Luis Gonzalez-Mestres, qui suscite actuellement une véritable levée de boucliers. Les expressions d'indignation « bien-pensante » visent, en revanche, une simple interrogation critique citoyenne contenue dans la conclusion du livre : « Développer les machines "intelligentes", ou instruire les êtres humains ? La réponse à cette question comporte un choix de société essentiel ». La virulence et le ton catégorique des réactions à façade « progressiste » contre cette réflexion peut surprendre à bien d'égards. Et si certaines de ces réactions ont pu être inspirées par des professionnels de l'informatique, de l'intelligence artificielle ou de la robotique, on voit également des « syndicalistes de pointe » et des militants de la « gauche de la gauche » monter explicitement en première ligne et brandir une véritable « machine à faire taire » contre toute interrogation concernant la robotique. Le motif, pas toujours avoué : le « progrès technique » incarné par la robotique devrait permettre aux travailleurs d'obtenir dès à présent une durée hebdomadaire de 30 heures du temps de travail suivie d'une réduction progressive de cette durée. Et peu importe que le bilan social de l'opération politicienne des 35 heures, accordées sous Lionel Jospin par la « gauche plurielle » dans un contexte de casse sociale stratégique, soit en réalité calamiteux comme déjà souligne dans notre article « Journée du 9 mars, travail, chômage et robots ». Quant à l'informatique, l'intelligence artificielle et la robotique, il devient de plus en plus évident qu'elles se trouvent à l'origine d'une suppression croissante d'emplois humains comme déjà analysé dans « Les problèmes de l'intelligence artificielle » (I) et (II), « Droit du travail, mobilisations de mars 2016 et robotique », « Chômage en France et robots de la SNCF (I) » et d'autres articles sur ce blog. La réalité est qu'à l'instar des 35 heures il y a 16 ans, les 30 heures de travail hebdomadaire « obtenues » aujourd'hui ne seraient rien d'autre qu'un simple partage du chômage dans un contexte de dégradation progressive de la situation de la majorité de la population. Le silence récurrent des communiqués syndicaux à l'égard des dangers de la robotique perdure à la veille des mobilisations du 17 mars et prend une tournure de plus en plus inquiétante. Quant aux références à Karl Marx pour justifier la politique de soumission à la robotique patronale, elles paraissent totalement dépourvues de fondement lorsqu'on examine de près les textes de cet auteur à propos des machines et du travail de l'époque.

[la suite, sur le lien http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2016/03/16/l-enigme-bogdanov-un-livre-qui-derange-51507.html ]

http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2016/03/23/l-enigme-bogdanov-un-livre-qui-derange-ii-51528.html

L'Enigme Bogdanov, un livre qui "dérange" (II)

Le livre L'Enigme Bogdanov (Editions Télémaque), de notre collègue Luis Gonzalez-Mestres (paru en novembre 2015), semble toujours « déranger » vraiment. Pas seulement à cause de son analyse circonstanciée de la prétendue « affaire Bogdanoff », mais également et en réalité encore davantage à cause des rappels et réflexions connexes qu'il développe sur des questions d'intérêt historique, scientifique, institutionnel et citoyen. Des problématiques dont l'importance est bien réelle et l'évocation pertinente en l'espèce, mais à propos desquelles le silence semble être une règle non écrite. Que penser, par exemple, du fonctionnement du Comité National de la Recherche Scientifique et de plusieurs autres instances françaises et internationales au vu de l'affaire d'Olivier Voinnet déjà évoquée, entre autres, dans nos articles « Olivier Voinnet et le fiasco de l'évaluation scientifique » (I) et (II) ou plus récemment dans « L'affaire d'Olivier Voinnet et le fonctionnement de la recherche » (I) et (II) ? Dans la pratique, quel analyste, média, organisation syndicale... a vraiment abordé le fond de cette problématique, en dehors de Luis Gonzalez-Mestres dans L'Enigme Bogdanov et dans le blog Notre Siècle, et de nos articles sur ce blog qui leur ont fait suite ? Pourtant, à ce jour le site Retraction Watch comptabilise rien de moins que sept rétractations d'articles d'Olivier Voinnet et 21 corrections à des articles publiés. Plus des retraits de prix et de financements, etc... Comment, pendant plus de douze ans, les membres des instances scientifiques, les referees de revues « avec comité de lecture », les jurys des prix divers que Voinnet a cummulés... ont-ils pu « ne rien voir » ? Olivier Voinnet est même devenu membre de l'Académie des Sciences française en novembre 2014, juste avant la montée des critiques du site Pub Peer à propos de ses travaux. Quant aux critiques formulées dans L'Enigme Bogdanov à l'égard de plusieurs aspects du fonctionnement quotidien de la recherche, force est de constater que l'affaire récente des incidents d'homophobie survenus au CERN (Organisation Européenne pour la Recherche Nucléaire) appelle pour le moins un certain nombre d'interrogations de portée générale. A ce sujet, l'International Business Times rapporte « LGBT scientists targeted by homophobic abuse at Cern laboratory in Geneva », et The Australian ironise avec un goût douteux « Large homophobic collider at CERN » aux dépens du Grand collisionneur de hadrons (Large Hadron Collider, LHC). Comment a-t-on pu en arriver à une telle situation ?

[la suite, sur le lien  http://science21.blogs.courrierinternational.com/archive/2016/03/23/l-enigme-bogdanov-un-livre-qui-derange-ii-51528.html ]

 

Que penser de la situation décrite dans ces deux articles, et qui y réagit vraiment ? Si la situation de complémentarité évidente entre l'actuel projet de loi sur le travail et la montée de la robotique devrait être dénoncée par les mouvements actuels au lieu de réclamer de manière opportuniste une réduction de la durée du travail hebdomadaire, l'actuelle évolution de la recherche nécessite de toute évidence un examen sur le fond, recherchant les causes qui ont conduit à une affaire comme celle d'Olivier Voinnet au lieu de se borner à sanctionner temporairement l'intéressé et son proche collaborateur comme l'a fait la direction du CNRS.

 

Voir aussi nos articles :

L'Enigme Bogdanov, un livre qui "dérange" (I)

L'Enigme Bogdanov, un livre qui "dérange" (II)

L'Enigme Bogdanov, de Luis Gonzalez-Mestres, et la question du chômage

L'Enigme Bogdanov, livre pour Noël de réflexion citoyenne

Un livre interactif : L'Enigme Bogdanov, de Luis Gonzalez-Mestres

L'Enigme Bogdanov, de Luis Gonzalez-Mestres (I)

L'affaire d'Olivier Voinnet et le fonctionnement de la recherche (I)

L'affaire d'Olivier Voinnet et le fonctionnement de la recherche (II)

Olivier Voinnet et le fiasco de l'évaluation scientifique (I)

Olivier Voinnet et le fiasco de l'évaluation scientifique (II)

Olivier Voinnet, frères Bogdanoff et procédures du CNRS (I)

Olivier Voinnet, frères Bogdanoff et procédures du CNRS (II)

Olivier Voinnet, frères Bogdanoff et procédures du CNRS (III)

Olivier Voinnet, CNRS : une sanction de fait inexistante ?

Fraude scientifique : l'affaire de Dong-Pyou Han (I)

Fraude scientifique : l'affaire de Dong-Pyou Han (II)

Fraude scientifique : l'affaire de Dong-Pyou Han (III)

Journée du 9 mars, travail, chômage et robots

Droit du travail, mobilisations de mars 2016 et robotique

Chômage en France et robots de la SNCF (I)

Philippe Aghion, la mondialisation et la casse sociale (I)

Les problèmes de l'intelligence artificielle (I)

Les problèmes de l'intelligence artificielle (II)

Inflation cosmique : existe-t-il des évidences ? (I)

Philippe Aghion, la mondialisation et la casse sociale (I)

Rapport Aghion, "destruction créatrice", CNRS et universités

Rapport Aghion et recherche prolétarisée

Bilderberg, CNRS, université publique, rapport Aghion...

Philippe Aghion, CNRS, recherche publique...

La crise de l'éducation scientifique (I)

Transhumanisme et destruction du citoyen (I)

Stratégie de Lisbonne, "gauche plurielle" : quinze ans après (I)

Stratégie de Lisbonne, "gauche plurielle" : quinze ans après (II)

 

Indépendance des Chercheurs

indep_chercheurs@yahoo.fr

http://science21.blogs.courrierinternational.com

https://blogs.mediapart.fr/scientia

Groupes de discussion :

http://groups.yahoo.com/group/problemes_des_scientifiques

http://groups.yahoo.com/group/combatconnaissance

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.