Refonder l’école : les défis de Vincent Peillon

Vincent Peillon, probable ministre de l’Education, aura fort à faire. Bien que le ministère de l’éducation semble privilégié avec la création de 60 000 postes, la feuille de route que donne François Hollande est semée d’embûches. Le travail à accomplir est immense si l’on ne veut pas que la « refondation de l’école » ne soit qu’une formule. En cas d’échec, l’école républicaine n’y survivrait pas.

Vincent Peillon, probable ministre de l’Education, aura fort à faire. Bien que le ministère de l’éducation semble privilégié avec la création de 60 000 postes, la feuille de route que donne François Hollande est semée d’embûches. Le travail à accomplir est immense si l’on ne veut pas que la « refondation de l’école » ne soit qu’une formule. En cas d’échec, l’école républicaine n’y survivrait pas.

« J’ai mis, vous le savez, la jeunesse au premier rang de mes engagements dans cette campagne présidentielle, non pas pour écarter les autres générations, mais parce que la jeunesse, c’est l’atout de la France. »

Et au sein de cette priorité, François Hollande a placé l’école primaire en tête. Depuis que je tiens une chronique sur l’école, vous imaginez bien que c’est une satisfaction. Les combats, quand ils s’agrègent, ne sont pas vains.

Toutefois, l’annonce des 60 000 postes laisse planer un doute, une incertitude. La même incertitude qui a pu saisir Thomas Piketty sur la réforme fiscale : « dix ans d’opposition, sans avoir d’autres propositions que l’annulation des pures bêtises de la droite, oui, c’est triste (…) Dix ans d’opposition pour avoir si peu d’imagination sur le programme fiscal, c’est tout de même un peu dommage ». Pareillement, dix ans d’opposition pour ne proposer que l’annulation, et encore pas complète, de ce que la droite a fait, ce serait tout de même un peu dommage !

60 000 postes à créer contre 80 000 supprimés. Le mercredi matin et l’allongement de l’année scolaire contre la suppression du samedi matin. Une année de formation pour les enseignants contre la suppression de cette même année. La suppression des évaluations contre leur mise en place. La remontée à 30% de scolarisation des 2 ans après que la droite l’ait faite passer à presque 10 %. La garantie d’une place en maternelle pour les enfants de trois ans contre les jardins d’éveil. La reconstitution des équipes RASED  décimées.

On ne refondera pas l’école par un retour en 2007. Les problèmes de l’école existaient déjà, ils n’étaient que moins aigües. La politique de Sarkozy n’a fait que les révéler à tout un chacun. Il y a aujourd’hui l’occasion (le Kairos) de changer le cours de l’école.

Je me propose, à partir des propositions de François Hollande, dans son discours d’Orléans, de décrypter les chausse-trapes qui peuvent faire pencher ce projet de refondation du côté de la formule ou de la réalité.


1.       « D’abord, le taux de scolarisation chez les enfants de plus de deux ans sera relevé, en priorité dans les zones de grande difficulté scolaire. »

Il s’agit de revenir sur la situation d’avant Sarkozy où « le taux d’accueil des enfants de moins de trois ans est passé de 35 % à 13 % ». Le principe semble bon mais le simple effacement de la dette éducative de Sarkozy ne suffira pas. Tout d’abord, le taux de scolarisation des enfants de deux ans se fera « en priorité » dans les zones de difficulté scolaire. Quel est le sens de la mesure ? Installer un système de garde dans les lieux dépourvus comme les zones urbaines sensibles et la Lozère ou renforcer les chances des enfants de ces écoles ? L’école ne doit pas se substituer, voire même, entraver l’instauration d’un service public de la petite enfance (qui n’est pas dans le projet du Président). La première nécessité pour que la mesure soit efficace est de la limiter aux seules zones (pas nécessairement urbaines) où la difficulté se concentre. La note du n°66 de Education et Formation de 2003 fait le point sur cette question où il est montré que « les élèves des ZEP, ceux des catégories sociales défavorisées, mais aussi ceux des catégories sociales les plus favorisées, bénéficieraient le plus d’une scolarisation très précoce. ». Toutefois, le profit est faible entre une scolarisation à 2 ans et une à 3 ans. La seconde nécessité pour que la scolarisation dès 2 ans en zone de difficulté scolaire soit efficace est de créer des conditions spéciales d’accueil. Scolarisation le matin uniquement, taux d’encadrement identique à celui des crèches avec, à côté des enseignantes, du personnel formé à la petite enfance, des espaces adaptés aux enfants de 2 ans. A cheval entre le scolaire (l’Etat), la petite enfance (le Département) et les bâtiments (la Commune), les compétences devront être croisées. Ainsi, on doit pouvoir organiser la mise à disposition du personnel petite enfance du Conseil Général dans ces classes de 2 ans ou au contraire missionner un enseignant à aller dans les crèches ou dans des structures d’accueil spécialement organisées. La première solution a ma préférence car les enfants rencontreront à l’école des enfants plus âgés qu’eux et en tireront grand profit.

2.      « Pour la maternelle, il y aura une obligation d’accueil, pour le service public, à partir de l’âge de trois ans, dans l’enseignement public. Je ferai respecter cette obligation. »

La scolarisation à 3 ans est presque à 100%. Il ne faut donc pas s’attendre à ce que cette mesure permette d’améliorer les résultats des élèves puisque nous étions déjà à 100 % de scolarisation, il y a quelques années. La vertu de la mesure est de rendre impossible, à l’avenir, d’utiliser l’école maternelle comme variable d’ajustement. Mais « obligation d’accueil » n’est pas scolarisation obligatoire ! La mesure devra donc être scrupuleusement regardée dans sa rédaction. La scolarisation obligatoire à 3 ans peut avoir des inconvéneints qu’éviterait l’obligation d’accueil mais de nombreux problèmes se posent tout de même : que faire des enfants qui auront 3 ans tout le long de l’année scolaire ? Il faudra donc les accueillir. Jusqu’à combien d’enfants pourront être accueillis ? Tous ? Apparemment. Tout le long de l’année ou en organisant plusieurs rentrées des 3 ans ? Va-t-on ajouter une enseignante en cours d’année dans l’école qui aura accueilli plus de 30 élèves de 3 ans ? et pourquoi pas à 25 ou 20 ? Deux des pistes pourraient être les suivantes. Premièrement, deux voire trois rentrées à l’école (septembre, janvier, avril) afin que tout enfant soit scolarisé dans les mois qui suivent leur 3 ans. Secondement, suppression des niveaux de maternelle (petite section, moyenne section et grande section) avec l’obligation d’inscrire l’enfant en CP au cours de son année de 6 ans. Cette seconde mesure permettra aux équipes d’organiser les groupes-classes comme souhaité à partir de l’âge réel et des savoirs des enfants. Ils ne seront plus inscrits selon leur place dans les années scolaires : ainsi, les enfants de fin d’année ne seraient pas lésés par rapport à leur camarade de début d’année puisque les premiers profiteraient aussi longtemps, dans leur âge, de l’école maternelle.

3.      « L’encadrement scolaire, notamment dans les écoles qui cumulent le plus de difficultés – sociales, familiales, territoriales – aux moments clés de la scolarité, sera là encore renforcé. Et je m’engage sur le principe : plus d’enseignants que de classes. Parce que, parfois, il faut y mettre la présence humaine indispensable si on veut lutter contre l’échec. »

Ok, pas de problème sur cette mesure. Il faudra la mettre en relation avec « des pédagogies qui évoluent » et la formation des enseignants afin de ne pas répondre uniquement par la quantité mais aussi par la qualité. Mais au-delà, il ne faudra pas attribuer des postes en plus sans de nouvelles missions spécifiques. Quelles seront les classes privilégiées ? Les CP et CE1 semblent une évidence. Y aura-t-il un dédoublement de ces classes dans les zones où se concentrent les difficultés ; y aura-t-il l’intervention de deux enseignants dans la même classe ? (cf ma lettre à Luc Ferry et sa réponse).

L’idée centrale me semble être la suivante : plus d’enseignants veut dire plus de temps pour élaborer la prise en charge des élèves en difficulté. Le temps est l’outil avec lequel les enseignants travaillent. Avant de donner de l’argent, il faut donner du temps. Le défi de refondation à révéler  passe immanquablement par une réflexion sur le temps. Un enseignant qui a le sentiment de ne pas être empêché de faire sa mission a, je crois, en tout cas pour ceux qui aiment leur métier, une plus grande satisfaction que celui qui, entravé, gagne 100€ de plus. Vincent Peillon a récemment dit qu’il trouvait plus logique de décharger une enseignante de CP de quelques heures qu’un enseignant de classe prépa ; ni les élèves, ni la préparation ne le justifieraient. Une augmentation du temps de présence en classe prépa contre une décharge de temps en CP, voilà une réforme audacieuse, difficile et juste (en effet, les élèves en classe prépa savent, en principe, déjà lire). Il reste donc à l’accomplir.

  1. 4.      « Et dans ces classes-là, les classes charnières, les classes décisives, ce sont les enseignants les plus expérimentés qui seront affectés – et pas les plus jeunes, qui ne sont parfois pas armés pour affronter ces difficultés. »

Là, je ne suis pas totalement en accord avec ce qui est dit. Non pas que je défende le statut quo et je souhaite faire preuve de conservatisme sur les « privilèges » des anciens enseignants qui, ayant acquis plus de droit au libre choix de l’établissement, évitent les classes difficiles. Je remarquerai simplement qu’il vaut mieux dans ces classes un jeune enseignant motivé, bien formé, accompagné,  qu’un enseignant plus expérimenté qui y va à reculons. Comment faire alors ? Imposer ou inciter tel ou tel enseignant à aller dans les établissements difficiles ? Contractualiser un engagement avec ouvertures de postes (difficiles) réservés (dits postes à profil) ou revoir le système d’attribution des établissements selon le choix des enseignants (en passant de la primauté faite à l’ancienneté à la primauté provisoire, sur les cinq premières années par exemple, à l’entrée dans le métier) ? Faut-il augmenter le capital points de mouvement pour les enseignants qui choisissent ces établissements ?

5.      « Les rythmes scolaires seront réformés, en allongeant le temps sur l’année et en diminuant les surcharges journalières, sans diminuer bien sûr le temps passé à l’école. »

Les lecteurs de Mediapart savent ô combien je me suis battu sur cette question ; cela ne fait aucun doute que j’adhère aux propos. Je rappelle l’édition ouverte sur ce sujet (ici) et en quelques lignes certaines remarques.

Au primaire, 9 demi-journées de classe et une année scolaire plus longue afin de mieux équilibrer les temps de classe et de vacances. Créer, au niveau des intercommunalités, des villes, des agences pour l'animation auprès des enfants, des sociétés d'économie mixte ou des contrats éducatifs locaux, bref des structures organisant, finançant et coordonnant les acteurs du temps péri-scolaire. Ainsi, l'Etat, les collectivités locales, voire éventuellement les parents d'élèves, contribueront à ces structures qui devront compenser les inégalités territoriales (tout en pensant à créer des emplois en CDI).

Vincent Peillon a annoncé la mise en place de la semaine à quatre jours et demi dès la rentrée 2013. Je crois que cela fera un peu court pour de nombreuses communes. Une vague en 2013 et une autre en 2014 me semblent plus réaliste à moins que l’Etat y mette « beaucoup de billes » et durablement.

Une question qui n’a pas été abordée, car très technique : que faire de l’aide personnalisée ? (les deux heures hors 24h classe de classe pour les élèves en difficultés). Ces heures ont été imposées de manière rigide, parfois à l’heure du repas. Faut-il revenir à 26h de classe ? Ou faut-il réorienter ces heures dans un autre sens ? Par exemple, on peut imaginer que ces heures soient dédiées spécifiquement à l’application du projet d’école, laissant libre les équipes enseignantes de réunir tous les élèves ou une partie d’entre eux pour travailler dans un projet présenter au sein du conseil d’école et adapté à la spécificité de l’école. Du théâtre, de la science, des mathématiques, de la motricité…Cela deviendrait deux heures « hors programme » mais avec comme objectif le progrès des élèves.

6.      « Il y aura aussi la fin des évaluations permanentes, qui aujourd’hui accablent les professeurs et qui ne produisent que des statistiques. Bien sûr que je suis favorable à l’évaluation de l’école, mais à une évaluation indépendante et incontestable. »

Pourtant, il faudra multiplier les outils, évaluatifs, de diagnostic des connaissances acquises par les élèves. Ces outils seront un élément essentiel de la professionnalisation du métier des enseignants afin qu’ils puissent discuter, sur pièce et sereinement, avec les parents et les autres professionnels de l’enfance. Elles permettront aussi d’étudier le progrès des élèves par cohorte. Ce que François Hollande annonce ici c’est la fin des évaluations de Sarkozy-Darcos-Châtel qui se sont apparentées à une tentative de classement des écoles, de points de triage avant le collège, de fichage des élèves, d’imposition des programmes 2008 et, surtout, de promotion politique. L’opposition a été forte et les évaluations ont été si mal faites qu’elles n’ont plus lieu d’être. L’évaluation indépendante de l’école dont parle François Hollande est certainement celle faite sur de larges échantillons du type PISA. Un PISA à la française devra donc tirer les leçons des erreurs des cinq dernières années.

Une alternative, non exclusive de la précédente, serait de faire des évaluations nationales diagnostiques (repérer les difficultés), sur une compétence précise avec peu d’exercices. Par exemple, on pourrait évaluer la construction du concept de nombre en grande section, l’acquisition des premiers éléments de la lecture en janvier du CP…Ces évaluations ponctuelles seraient des points d’appuis pour fournir une réflexion pédagogique en amont et en aval, autour d’outils normés faisant référence dans l’institution en dehors.

Et pourquoi ne pas constituer une base de données d’évaluations normées, par compétences, dans lesquelles les enseignants pourraient aller piocher selon les besoins ? Cela avait été esquissé, tout juste mis en place, il y a quelques années avec la Banque outil d’aide à l’évaluation. Il faut absolument développer cette banque et la réorganiser.

7.       « Les pédagogies doivent évoluer. Le travail en équipe doit être encouragé. Le recours aux exercices, à l’implication des élèves, tout autant. Tout ce qui doit être fait, c’est pour permettre l’épanouissement de l’élève. Et c’est ainsi que notre école sera une école de l’excellence. »

« Le recours aux exercices, à l’implication des élèves, tout autant » est un classique de non prise de risque qui mécontente tout le monde et ne froisse personne. Un peu pour les partisans des « anciennes » pédagogies (« les exercices ») et un peu pour les partisans des « nouvelles » pédagogies (« l’implication [active] des élèves »). Les premiers (type Natacha Polony) pourront dire que François Hollande est dans son rôle de fossoyeur de l’école sur l’autel de « l’épanouissement », les seconds pourront dire qu’il oublie de faire preuve de radicalité. En fait, les uns et les autres seraient assez injustes puisque François Hollande ne constate que les faits. La plupart des enseignants pratiquent les exercices systématiques et proposent des activités pour les élèves. Là encore pointe le spectre du non-changement…S’il y a à faire des efforts incontestables pour améliorer la prise en charge pédagogique des élèves, notamment en densifiant les séances où les élèves sont en activité et en pointant mieux les objectifs des moments où les élèves font des exercices (amélioration qui passe par la formation continue des enseignants), l’essentiel, à mon sens n’est pas là. On peut dépasser la querelle des Républicains et des Pédagogues qui date.

Deux défis, dont un seul est abordé, sont à relever : une « professionnalisation » des enseignants et le travail en équipe.

Le terme un peu provocateur de « professionnalisation » n’est pas à comprendre dans le sens où les enseignants ne connaîtraient pas leur métier, bien au contraire ; il s’agit plutôt de faire émerger ce savoir-faire enseignant fondé, à l’extrême, sur des pratiques du quotidien, qui ne sont pas (toujours) systématisées. Il faut comprendre une chose dans les principes de ce métier. Les enseignants sont d’abord des humanistes ; c’est ainsi que l’école républicaine les institue à l’origine afin qu’ils instituent eux-mêmes les hommes dans le peuple, qu’ils élèvent le citoyen dans l’enfant. La mission, la fonction, est donc politique, humaniste. Enseigner, en France, ce n’est pas un métier, c’est mettre en œuvre en puissance et en acte la République. Si on ne peut, ni ne veut, rompre avec ce modèle très français de fusion entre l’Ecole et la République, il faudra de surcroît faire en sorte de « professionnaliser » le travail de la classe. Un enjeu de taille est donc de construire ces outils de la professionnalisation. Cela permettra aux enseignants de mieux apprécier leur propre travail et aux parents de disposer d’éléments qu’ils pourront juger plus objectifs, moins suspects de partialité. La méthodologie de Michel Zorman me semble là une source d’inspiration non négligeable (je ne débats ici du fond de la méthode). Une part importante de cette professionnalisation passera par le « travail en équipe ».

Le travail en équipe demande le bien le plus précieux et le plus cher : du temps. Si rien n’est dit aujourd’hui de la manière dont ce temps va être créé ou organisé, c’est une question incontournable. Je souhaite faire une remarque avant de passer au point suivant. Une des manières de faire évoluer les pédagogies sera de permettre aux enseignants de voir leurs collègues dans leurs classes et de débattre après coup. Ces échanges entre pairs seront plus profitables que bien des inspections, souvent trop chargées de tensions et d’autres enjeux. Le principe est celui d’une « co-formation » continue ; le regard professionnel, bien veillant, à égalité d’un collègue, est propre à nourrir des dynamiques de réflexions pour tous les enseignants. Ne plus être seul en classe, ne plus se sentir seul en classe même quand on est effectivement seul avec ses élèves, là est la clef d’une autre pédagogie et d’une professionnalisation du métier.

8.  « Il existe désormais un socle commun de compétences et de connaissances, inscrit dans la loi. Nous ne reviendrons pas sur ce principe. Et les programmes de l’école primaire et ceux du collège devront, en concertation avec les personnels, être revus afin d’être en cohérence avec ce nouveau socle qui sera lui-même repensé. »

J’ai donné ma position clairement sur ce sujet. Elle est radicale mais soupesée : il faut supprimer les programmes du primaire et du collège, réaffirmer le principe du socle commun et fournir pour les enseignants des documents d’application par discipline. Les parents peuvent toujours connaitre les objectifs du socle et les progrès de leur enfant, étape par étape, palier par palier.

C’est dans la logique de l’instauration du socle que de supprimer les programmes, on ne peut avoir plusieurs révérentiels. Le seul référentiel doit être le socle car il unit toute la scolarité obligatoire. Il devient donc un outil unique pour les enseignants du primaire et du secondaire.

9.      « Les systèmes éducatifs les plus performants sont ceux qui assurent une formation initiale et continue des professeurs, de grande qualité. Donc, je rétablirai la formation initiale et continue des professeurs. Les universités auront la responsabilité de cette formation. Les actuels IUFM se transformeront en Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation. Je souhaite que tous les professeurs, quels que soient leurs niveaux de recrutement, qu’ils se destinent à enseigner en maternelle ou qu’ils se destinent à être à l’université, partagent un moment de formation commun dans ces écoles supérieures. C’est cela, la République ! C’est l’échange entre la théorie et la pratique, la recherche pédagogique, l’expérience et les niveaux de formation. L’année de stages sera donc rétablie. »

Là rien à dire. Une formation qui comprend un tronc commun pour tous les enseignants, c’est bien cela qui nous manque depuis qu’il existe une volonté de porter la scolarité obligatoire à 16 ans.

Si l’on peut débattre du poids des stages, des pratiques accompagnées, des cours théoriques, cette nouvelle école des maîtres doit être pensée comme un lieu dans lequel on retourne après la formation initiale, notamment la première année en responsabilité dans la classe qui ne doit pas être à plein temps pour tous les enseignants quel que soit le niveau.

10.  « Et pour remédier à la crise du recrutement – qui est réelle, tant les vocations ont été découragées –, et pour redonner à l’Education nationale son rôle exemplaire de promotion – parce que dans chacune de nos familles, nous avons vécu ces promotions à travers l’école et à travers le métier d’enseignant, les étudiants de milieux modestes ont pu devenir enseignants grâce à un système qui existait par le passé –, eh bien nous ferons en sorte de financer des études longue, avec une filière de pré-recrutements pour former des enseignants le plus vite possible, dès la licence, de façon à orienter les vocations et à aider les jeunes à financer leurs études. »

Là encore rien à dire. Il faut le faire. Et pourquoi ne pas le faire en « échange » d’une présence dans les écoles (aide aux devoirs, animation des temps de récréations, assistance à l’enseignant dans la classe...)

11.  « Et c’est pourquoi je lancerai un grand plan pour l’éducation artistique. Je développerai aussi la culture scientifique, qui ne doit pas être un élément de sélection, mais une culture de l’expérience, de la recherche, de l’observation, de la créativité. »

Pour faire tout cela, il faut du temps ! Or le temps, c’est ce qui manque en primaire. Je le redis, c’est le nerf de la guerre en classe ! Si l'on prend le nombre d'heures qu'un enfant passait en classe avant 1969, du CP au CM2, 5 500 h, et qu'on le compare à celui d'aujourd'hui, 4 200h, c'est 1300 h de classe perdues en quarante ans ! Une année scolaire dure aujourd’hui 840h. Plus d’une année scolaire a été supprimée ! Dans le même temps, on a multiplié les disciplines et privilégié le « faire » (pédagogie du type main à la pâte) au « par cœur » (là je vais un peu vite, surtout que le "faire" et le par "coeur" sont essentiels l'un et l'autre). On ne pourra rien rajouter dans le temps scolaire. Je plaide plutôt pour la qualité. Ne pas pratiquer, observer, tous les arts mais en approfondir certains (exemple : faire une chorale, chanter avec des musiciens, aller à l’opéra, écouter la diversité de l’utilisation de la voix). Pour les sciences, plutôt que de courir derrière un programme, étudier, selon la démarche scientifique expérimentale, un ou deux points du programme.

La culture est un champ qu’on laboure non que l’on survole.

 

12.  « Enfin, les nouvelles technologies ne peuvent pas rester à la porte de nos écoles, de nos établissements. Je sais l’effort que font les collectivités locales pour doter un certain nombre de nos établissements, lycées, collèges voire écoles de moyens numériques ».

Sincèrement, et je sais que je suis à contre courant, au vu de la rapidité avec laquelle les adolescents appréhendent l’outil, mieux vaut retarder l’utilisation fréquente de l’informatique à l’école. Il y a un problème de motricité qui ralentit l’utilisation ; à 7 ans il n’est pas rare qu’il faille deux minutes pour écrire un mot…En fait, je veux surtout prévenir contre l’illusion que l’informatique règlerait la question de la difficulté scolaire. Il faut d’abord s’axer sur les fondamentaux, le papier, le stylo, les bûchettes à compter…et privilégier l’utilisation de l’informatique comme un outil ordinaire de la classe, en tout cas pour le primaire. Il ne faut donc rien apprendre en informatique mais l’utiliser à l’occasion, "normalement".

 

Voici les principales réformes voulues par François Hollande pour l’école primaire, la priorité de sa priorité. On le voit, ce ne sont pas les intentions qui posent problème mais bien leurs applications, parfois très techniques. Y a-t-il les moyens au Ministère pour repérer les diables cachés dans les détails ? Comment faire appliquer ces réformes sans que les « habitudes » ne les déforment ? Comment faire adhérer les uns et les autres ? Le travail est immense. Personnellement, je pense qu’on ne pourra pas faire l’économie d’une réflexion sur la gestion des temporalités de l’enseignement (temps en classe, à observer la classe, à préparer la classe…) et la « co-formation » entre pairs. Le Ministre marchera sur une ligne de crête. Qu’il tienne cette droite ligne ! La démocratie, c’est d’y veiller. Veillons donc.

Les derniers mots de François Hollande seront les suivants :

« Je considère que s’il y a une priorité, c’est pour l’éducation »

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