Plagiat et alors? Étienne Klein est atteint d'une « Fillonite aigüe »

Accusé de plagiat, dans son dernier livre dédié à Einstein, mais aussi dans pratiquement tous ses livres de vulgarisation scientifique, Étienne Klein a fait l'objet d'une enquête qui a été déclenchée par le Secrétaire d’État chargé de la Recherche et de l’Enseignement supérieur. Résultat : un décret mettant fin à ses fonctions à l'IHEST a été signé. Étienne Klein s'accroche à son poste !

« L’intégrité est une valeur élevée de l’existence, tant d’un point de vue individuel que social. C’est pourquoi un comportement intègre est primordial dans toute activité de recherche », écrit un rapport des Académies suisses des sciences.

Étienne Klein refuse de démissionner de la présidence de l'Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie (IHEST), on le savait déjà. Le 30 novembre dernier, un jour après les premières révélations sur ses plagiats, Étienne Klein a déclaré à Sciences & Avenir:

« Je ne vais pas donner ma démission. Cette histoire-là a à voir avec mon éditeur, c'est lui qui est mon « employeur » dans cette opération-là. Je ne vais pas faire répondre le CEA ou l'IHEST, cela n'a rien à voir.."

Nous avons pu démontrer que les plagiats d’Étienne Klein ont un lien avec son activité au CEA et à l'IHEST et qu'ils ne relèvent pas uniquement d'une simple relation auteur/éditeur.

 Nous avons pu démontrer aussi qu'il ne s'agit pas de quelques oublis de citation, mais d'une pratique frauduleuse et de plagiats en série.

 Le comité Cosnard

En parallèle à la mission Corvol et aux préparations pour l'Office Français pour l'Intégrité Scientifique (OFIS), qui a été installé le 22 mars dernier, Thierry Mandon, le Secrétaire d’État à la Recherche et à l’Enseignement supérieur, a nommé un comité pour instruire les allégations de plagiat portées à l'encontre d’Étienne Klein. Présidé par le Professeur Michel Cosnard, président du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), le comité est composé de trois autres membres : Catherine Florentz, Professeur à l'Université de Strasbourg, Vice-Présidente de l'Unistra, Pierre Sirinelli, Professeur à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et François Weill, Conseiller d’État et ancien recteur de l'Académie de Paris.

Comme le précise la lettre de sa nomination, le comité est en charge « d'examiner les accusations de plagiat portées à l'encontre de M. Etienne Klein », « de recueillir toutes les informations nécessaires au sujet des accusations, et de remettre un rapport sur la réalité des faits allégués et des recommandations concernant la présidence de l'IHEST».

Premières réactions de nos lecteurs et des chercheurs sur les réseaux sociaux :  1) pourquoi la question se pose uniquement par rapport à la présidence de l'IHEST ? Le CEA n'est-il pas concerné par les problèmes de plagiat ?
2) la seconde interrogation portait sur les liens entre Michel Cosnard et Étienne Klein. Tous les deux étaient membres du Conseil scientifique de L'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).
Si la première question révèle notamment le silence du CEA sur cette affaire de plagiat, la seconde se base sur le renouvellement de l'OPECST du 26 juin 2013. En 2017, ni Étienne Klein, ni Michel Cosnard ne sont membres du Conseil scientifique du OPECST.

En plus d’Étienne Klein, qui a été accompagné par son avocat, neuf autres personnes ont été auditionnées le 20 janvier dernier. Pour respecter les règles de fonctionnement de ce comité, nous ne divulguons pas ici les noms de ces personnes, ni des détails sur le déroulement des auditions.

Résultat de cette enquête : le comité Cosnard recommande la démission d’Étienne Klein. Selon l'Express :

« Début mars, le ministre de la Recherche a donc proposé une sortie honorable à Étienne Klein: la démission. Après avoir longuement hésité, le physicien a finalement refusé. Selon nos informations, Thierry Mandon et Najat Vallaud-Belkacem ont donc signé la semaine dernière un décret mettant fin aux  fonctions d’Étienne Klein à la tête de l'IHEST. Le décret est actuellement sur la table de Bernard Cazeneuve, en attendant d'être contresigné par le président de la République. »

Persister dans le déni..

« Un ami m'a offert des costumes, et alors ?», déclarait François Fillon, candidat du parti Les Républicains aux présidentielle de 2017 à la suite des révélations sur ses manquements à la déontologie et au règlement de l'Assemblée Nationale qui a été adopté en 2011. Dans sa lettre ouverte qu'il a publiée mercredi dernier, Étienne Klein aurait pu écrire une phrase similaire : « plagiat et alors? ».

Ces deux hommes, François Fillon et Étienne Klein, se ressemble finalement : tous les deux persistent dans le déni, réagissent avec arrogance et manque de respect aux citoyens attachés à l'éthique et au respect de l'intégrité. Tous les deux voient dans les accusations une forme de manipulation ou des « cabinets noirs » qui s’acharnent sur eux !

Dans sa lettre ouverte, Étienne Klein commence par rappeler l’élément déclencheur de cette affaire : l'article de Jérôme Dupuis dans l'Express. Très vite, on s’aperçoit que la précision n'est pas le point fort de ce physicien ou philosophe des sciences (beaucoup de nos lecteurs nous en reproché l'utilisation du titre "physicien"). Le premier article de l'Express a été publié le 29 novembre 2016 et non pas le 30 comme l'a écrit Étienne Klein.

En citant un seul article de l'Express, Étienne Klein essaye-t-il de dissimuler aux lecteurs les multiples révélations sur ses plagiats qui ont été publiées par Sciences & Avenir et sur notre Blog Mediapart.

La journaliste franco-québécoise Odile Jouanneau a documenté beaucoup de cas de plagiat dans les livres d’Étienne Klein. Nous avons publié quelques exemples dans notre dernier article, mais beaucoup de cas n'ont pas encore été rendu publics.

« Le Comité reconnaît que mon intégrité scientifique est totale » et « mon honneur est sauf », écrit Étienne Klein dans sa lettre ouverte. Après tous ses plagiats, il est où "l'honneur sauf" qui lui donnera une légitimité ou une autorité pour promouvoir et développer l'intégrité académique auprès des étudiants, personnel administratif et corps professoral dans son laboratoire ou à l'IHEST.

Confidentialité du rapport Cosnard

A notre grande surprise, Étienne Klein a eu accès au rapport confidentiel du comité Cosnard parce qu'il cite, de manière sélective, dans sa lettre ouverte, quelques paragraphes de ce rapport. Étienne Klein écrit :

 « Aujourd’hui, cette affaire ayant été rendue publique, il m’apparaît légitime que les analyses de ce rapport, dont j’ai eu connaissance à titre confidentiel, soient elles-mêmes rendues publiques. »

Le Professeur Cosnard nous a précisé que  « le rapport de ce comité a été transmis uniquement à Monsieur Thierry Mandon. Le comité n'a pas transmis ce rapport à Monsieur Etienne Klein, ni à aucune autre personne. Le rapport étant la propriété du Secrétaire d'Etat, le comité ne communiquera pas sur son contenu. »

Son comité n'est donc pas responsable de cette violation de la confidentialité du rapport qui n'est pas accessible même aux personnes qui ont été auditionnées.

Il n'y a qu'en France où les rapports d'enquête dans le cadre des fraudes académiques restent confidentiels. En Allemagne, les universités, ainsi que la commission de l'intégrité de la Fondation allemande pour la recherche (DFG) publient en toute transparence les rapports d'enquête. L'Office américain de l'intégrité de la recherche (ORI) rend également public les résultats des enquêtes, ainsi que les noms des scientifiques qui ont été sanctionnés pour fraude.
Dans le cadre de l'affaire du biologiste français Olivier Voinnet, deux enquêtes ont été conduites, en parallèle, au CNRS et à l'ETH Zürich, où Voinnet est en détachement depuis novembre 2010. L'institution suisse a agi avec beaucoup plus de transparence en publiant son rapport d'enquête en allemand et en anglais.

 « Le droit français ne nous permet pas de publier le rapport », nous a répondu le CNRS en octobre dernier.

Plusieurs mois après la soumission de notre question pour savoir quel est le texte de loi qui interdit cette transparence, le CNRS semble avoir du mal à trouver une réponse.

Le comité Cosnard n'est pas "habilité" !

Si le comité Cosnard n'est pas habilité à se prononcer sur les plagiats d'Etienne Klein ou sur ses conséquences juridiques pourquoi a-t-il accepté de travailler sur cette affaire? Pourquoi n'a-t-il pas fait appel à des experts du plagiat en France (Hélène Maurel-Indart, Jean-Noël Darde,..) ou en Europe (l’Institut International de Recherche et d’Action sur la Fraude et le Plagiat Académique à Genève, Debora Weber-Wulff en Allemagne,..).

Le Professeur Michèle Cosnard connaît, au moins, deux autres experts du plagiat ! Lorsqu'il a été à la tête de l'INRIA, il a été impliqué dans une enquête sur des allégations de plagiat portées à l'encontre de trois chercheurs travaillant à l'INRIA, Joelle Thollot, Florence Bertails et Alexandre Derouet-Jourdan. Le rapport du comité, qui a examiné ces allégations, a conclu à une absence de plagiat. Il n'est donc pas difficile de répondre à une question s'il y a eu plagiat ou pas.

Oser écrire « emprunts littéraux et non référencés », c'est un véritable scandale ! Le comité Cosnard a reçu des plagiats de pages entières, dont la quantité du texte plagié a été colorée, quantifiée et bien documentée.

« Le dossier ne contient aucun élément touchant l’activité de recherche de M. Klein » !

Encadrer des doctorants ou faire partie d'un jury de thèse n'est-il pas une activité académique de recherche ?
Le comité Cosnard a reçu un cas de plagiat de la part d'un doctorant qui, en 2007, a remis en mains propres à Étienne Klein son résumé de thèse. Ce chercheur nous a transmis « le passage du livre d’Étienne Klein où il reprend en partie [son] texte mais sans mentionner [son] travail ni en note ni en bibliographie. » !

Publier dans une revue scientifique, n'est-il pas une activité de recherche? Nous rappelons ce paragraphe de notre article précédent sur cette affaire :

« Un texte publié initialement dans la revue Pour La Science en novembre 2010 a été ensuite plagié dans la revue European Psychiatry en 2014 et dans beaucoup d’autres contextes. »

Faut-il préciser au comité Cosnard que la falsification, la fabrication des données et le plagiat constituent les principales formes de fraude académique. Le plagiat est donc une fraude scientifique ou académique.

Quelles sont les activités de recherche d’Étienne Klein qui ont été examinées par le comité Consard pour arriver à une telle conclusion? Étienne Klein ne publie pas, ni dans les revues de physique, ni dans celles spécialisées dans la philosophie des sciences. Directeur d'un laboratoire CEA et président de l'IHEST sans publications scientifiques ! C'est sans doute la grande surprise de cette affaire, découvrir, qu'en France, sans avoir fait le moindre effort pour publier dans des revues à comité de lecture on peut devenir président d'une grande institution académique. 

Si les livres de vulgarisation scientifique ont permis à Étienne Klein d'accéder à ces hautes responsabilités et sont considérés comme une activité de recherche, il est donc normal de les examiner dans le cadre de toute enquête sur ses plagiats. 

 La cohérence de Thierry Mandon

« L'intégrité scientifique, qui se comprend comme l'ensemble des règles et des valeurs qui doivent régir l'activité de recherche, pour en garantir le caractère honnête et scientifiquement rigoureux, est la condition indispensable du maintien de la confiance qu'accorde la société aux acteurs de la recherche », rappelle la Circulaire n° 2017-040 du 15-3-2017 relative à l'intégrité scientifique qui a été publiée le 23 mars dernier.

On ne peut pas installer un Office national pour lutter contre la fraude académique et accepter des pratiques frauduleuses de certains directeurs.

Sur proposition de Thierry Mandon, Étienne Klein a été nommé président du conseil d'administration de l'IHEST, un établissement public dont le rôle est d'assurer « une mission de formation, de diffusion de la culture scientifique dans la société et d'animation du débat public autour du progrès scientifique et technologique et de son impact sur la société.»

Mettre fin aux fonctions d’Étienne Klein à la tête de l'IHEST est une décision juste, courageuse et surtout cohérente avec le développement de l'intégrité scientifique en France. Il s'agit même d'une décision clémente vu le nombre de rapports qui ont été produits avec l'argent public et qui ont été ensuite « recyclés » dans les livres d’Étienne Klein.

 L’article L.335-2 (modifié par Loi n°2016-731 du 3 juin 2016 - art. 44) indique :
« Toute édition d'écrits, de composition musicale, de dessin, de peinture ou de toute autre production, imprimée ou gravée en entier ou en partie, au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété des auteurs, est une contrefaçon et toute contrefaçon est un délit.
La contrefaçon en France d'ouvrages publiés en France ou à l'étranger est punie de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 euros d'amende...»

Dans sa conférence sur les "Big Data", du 27 octobre 2016, à la Maison de la Chimie, Étienne Klein a plagié une autre conférence sur les nanotechnologies du 12 janvier 2010 à l’Institut Diderot. La section « Droits d’auteur » de la page Mentions légales de cet institut indique :

« La présentation et le contenu du présent site constituent ensemble une œuvre protégée par les lois en vigueur sur la propriété intellectuelle, dont l’Institut Diderot est titulaire. Aucune reproduction, représentation et/ou modification en tout ou partie (textes, sons ou images) sur quelque support que ce soit ne pourra être faite sans l’accord préalable et écrit de l’Institut Diderot. Le non-respect de cette interdiction est susceptible d’engager la responsabilité civile et pénale du contrefacteur (articles L.335-2 et s. du Code de la propriété intellectuelle) ».

 Etienne Klein a-t-il obtenu l’autorisation de l’Institut Diderot pour « recycler » une conférence ?

« Les luttes de pouvoir et d'influence au sein du microcosme, notamment autour de la présidence de l’IHEST »

C'est ce qu'Étienne Klein avance dans sa lettre ouverte au lieu d'admettre ses erreurs.
Le comité Cosnard a-t-il précisé dans son rapport les raisons de notre engagement contre la fraude académique. Nous n'avons ni des intérêts dans cette affaire de plagiat, ni un quelconque rapport à ces « luttes de pouvoir d'influence » si elles existent.
Nous ne considérons pas non plus Étienne Klein comme un scientifique, ni comme un vulgarisateur qui contribue à la culture scientifique. Recycler de 1995 à 2017, le même texte sur le temps comme nous l'avons déjà montré par cette figure de notre article précédent ne peut être considéré comme un travail sérieux.

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Participer à une conférence sur les "Big Data" en santé, un sujet pour lequel il reconnaît lui-même n'avoir aucune expertise, ensuite « recycler » un texte sur les nonotechnologies, n'est ni un travail sérieux, ni un comportement intègre.

Son dernier livre sur Einstein n'est pas une idée originale. Il n’est pas non plus une contribution à la culture scientifique parce qu'Abraham Pais, un physicien néerlandais et théoricien de la physique quantique, qui a connu Einstein, a déjà écrit sur ce sujet en publiant, en 1994, un livre intitulé "Einstein lived here" (Clarendon Press - Oxford University Press).

La « censure médiatique »

Étienne Klein n'évoque pas dans, sa lettre ouverte, la grande "protection médiatique" dont il bénéficie. Combien d'articles dans la presse sur son affaire? Combien ont été publiés dans le cas de l'ex-directrice exécutive de l’école de journalisme de Sciences Po, Agnès Chauveau. Le Monde garde le silence sur les plagiats d’Étienne Klein. La Croix fait pareil, sans doute pour ne pas nuire aux ventes de "Tout n'est pas relatif...", paru le 15 mars dernier chez Flammarion, qui réunit les chroniques d'Étienne Klein pour La Croix, de janvier à juillet 2016.
Aucune réaction publique des éditeurs d’Étienne Klein, même France Culture, où Étienne Klein présente son émission "La Conversation scientifique", a censuré hier dans son Journal des Sciences nos déclarations sur cette affaire. Ce Journal a sans doute focalisé sur l'installation de l'OFIS, mais pourquoi évoquer Olivier Voinnet et ignorer l'affaire Klein?

 Un mépris pour les institutions

« A quoi joue donc Étienne Klein ?», s’interroge Jérôme Dupuis dans l'Express. « A trois semaines du premier tour de l'élection présidentielle, la technique de pourrissement peut gagner en efficacité ce qu'elle perd en élégance », répond Olivier Lascar dans Sciences & Avenir.

La réaction scandaleuse d’Étienne Klein illustre son mépris pour les règles éthiques et pour la charte nationale pour l'intégrité qui a été adoptée en janvier 2015.

Le 1er mars 2011, le ministre allemand de la Défense Karl-Theodor zu Guttenberg, déchu de son titre de docteur pour plagiat, a démissionné de ses fonctions politiques. Deux ans après, Annette Schavan, la ministre de l'éducation allemande, a remis sa démission à Angela Merkel à la suite d'une affaire de plagiat dans sa thèse. En Belgique, quelques jours seulement après la polémique sur le plagiat de son discours de la rentrée 2014, Alain Delchambre, président de l'université libre de Bruxelles (ULB) a démissionné alors que c'est son collaborateur qui a commis le plagiat. En France, l'ancienne directrice de l'école de journalisme de Sciences Po, Agnès Chauveau a été licenciée par l'établissement pour des cas de plagiat beaucoup moins graves que ceux d’Étienne Klein.

 

 

 

 

La page dédiée à cette affaire sur la plateforme Ethique & Integrité : http://ethics-and-integrity.net/cases/EtienneKlein.html

Cet article est publié également sur le Blog français d'Ethique & Integrité.

Nous contacter : contact@ethics-and-integrity.net

 

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