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Le Club de Mediapart mer. 27 juil. 2016 27/7/2016 Dernière édition

Presse en ligne: chacun cherche son cash

Un an après sa création, le Syndicat de la presse d'information indépendante en ligne tenait vendredi 22 octobre la première journée de la presse en ligne à la Maison des métallos à Paris. 450 inscrits selon les organisateurs, autant selon Mediapart (qui fait partie des organisateurs;).

Un an après sa création, le Syndicat de la presse d'information indépendante en ligne tenait vendredi 22 octobre la première journée de la presse en ligne à la Maison des métallos à Paris. 450 inscrits selon les organisateurs, autant selon Mediapart (qui fait partie des organisateurs;).
La journée s'est organisée en ateliers pratiques en deux séances plénières où, de façon significative, Pierre Haski de Rue89 animait un débat sur les enjeux professionnels de la presse en ligne tandis qu'Edwy Plenel s'occupait de ses enjeux démocratiques. On ne se refait pas.

Le premier débat rassemblait donc, autour de Pierre Haski, Frédéric Filloux, ancien directeur de Libération et de 20 minutes France, désormais consultant, Emmanuel Parody, éditeur de CBS Interactive, Francis Pisani, journaliste, et Cyril Zimmermann, PDG d'Hi-Media.

En fait de débat sur les mutations des pratiques journalistiques en ligne, la discussion entre ces dirigeants, ex-dirigeants et conseillers de dirigeants de médias s'est rapidement orientée vers la question du modèle économique de la presse sur Internet.

Quelques idées tirées du débat:

Emmanuel Parody:

  • L'erreur commise par les journaux au moment de créer leur site Web a été de l'imaginer comme un portage du contenu du papier sur un nouveau support sans le repenser spécifiquement. La même chose se produit avec le mobile où l'on essaie de reproduire le site Web sans s'interroger sur les spécificités du support.
  • Jusque-là, il était acquis que le Web c'était la circulation et le lien. On assiste à une régression avec l'apparition du mobile, avec la tentation de déconnecter les contenus, de gérer les liens vers l'extérieur à la périphérie de l'article.
  • La course générale à l'audience à laquelle on a assisté jusque là s'est arrêtée à cause de la décroissance des rendements publicitaires: plus les sites augmentaient leur audience, moins celle-ci avait de valeur. On est donc passé à l'idée de revenu par utilisateur, celui-ci pouvant apporter du revenu de multiples façons.
  • Tout le monde parle de Facebook aujourd'hui comme de Google auparavant en attendant d'en recevoir beaucoup de trafic. En fait, c'est vraiment infime: 1,25% renvoyé vers les sites vers les médias. La plupart des utilisateurs de Facebook l'utilisent pour jouer en ligne ou comme alternative au webmail, mais pas pour consulter de l'information. Facebook crée du lien mais pas du clic. Il faut travailler avec, parce qu'on y trouve une bonne qualité d'audience, identifiée, qualifié, peut-être plus fidèle que celle qu'on trouve sur Google, mais pas en attendre un trafic de masse.
  • Quel est l'intérêt aujourd'hui de disposer d'une grosse audience? C'est la culbute au moment de la revente. Les investisseurs ne retrouvent pas leur mise de départ dans la recherche de rentabilité d'une site mais dans le prix de revente. Il y a une bulle, il faut regarder les chiffre en face.

Frédéric Filloux:

  • Tous les clics ne sont pas égaux. Il faut sortir de l'approche publicitaire du clic indifférencié. Quelle part de visiteurs à une vraie valeur? Qui vient par fidélité à une marque?
  • Il faut constater qu'il n'y a pas de modèle économique pour un journalisme de qualité. Rue89 (qui approche de l'équilibre économique) n'a pas trouvé un public suffisant pour se financer ses seules activités journalistiques (grossièrement 50% des revenus de Rue89 viennent de la publicité, 30% de la formation professionnelle et le reste du développement de sites Web). Aujourd'hui, le business du journalisme n'est plus un modèle de revenu viable.

Réponse de Pierre Haski:

On avait la possibilité de rester sur la commercialisation de contenu journalistique, mais pour atteindre des niveaux d'audience suffisants, il aurait fallu devenir Disneyland, dégrader ce que nous proposions en faisant du people... On a préféré garder une cohérence journalistique en les prolongeant avec des activités qui nous semblent compatibles avec notre ligne professionnelle.


Cyril Zimmermann:

  • Il est nécessaire de délinéariser la presse (de cesser de vendre un journal ou un site comme un tout, mais de passer à l'achat à l'article). Mais alors on verra que tel journaliste est rentable et tel autre non. Il faut faire en sorte de ne pas transformer les journalistes en pigistes payés au trafic sans faire leur travail d'informer dans des conditions satisfaisantes.
  • La course à l'audience est dangereuse, car les éditeurs s'y retrouvent à court terme, mais à long terme, ils font baisser leur qualité et la valorisation de leur audience baisse.

Aides à la presse

Le débat suivant a réuni Aldo Cardoso, auteur du rapport «La gouvernance des aides publiques à la presse» (compte-rendu ici), Simon Barry, président du comité d'orientation du fonds d'aide au développement de la presse en ligne (dit «SPEL»), Maurice Botbol et Walter Bouvais, les deux représentants du SPIIL au comité d'orientation du SPEL, Sylvie Clément-Cuzin, sous-directrice de la presse écrite et des métiers de l'information au ministère de la culture et Edwy Plenel, représentant du SPIIL à la commission paritaire des publications et agences de presse (CPPAP).

Simon Barry:

  • Le fonds SPEL n'a pas vocation à payer les frais de fonctionnement de la presse écrite et électronique. Une exception est faite pour les dépenses d'hébergement, pour éviter que les éditeurs multiplient les achats de serveurs alors qu'il revient moins cher de les louer. Le fonds peut subventionner des frais de matériel, de formation, de promotion (mais uniquement pour le lancement duprojet) et même prendre en charge jusqu'à 50% du salaire de journalistes (plafonné) s'il s'avère qu'ils sont affecté au moins à mi-temps sur le projet.
  • Le SPEL peut accorder des subventions couvrant de 40 à 60% des dépenses éligibles et payées après la dépense effective avec une obligation pour les éditeurs de rendre compte régulièrement de l'utilisation de cet argent. Il peut aussi aider le projet grâce à une avance (généralement accordée pour la numérisation d'archives ou la promotion) versée à la signature de la convention avec l'Etat.
  • Ne sont aidés que des projets jugés d'intérêt général, économiquement viable et ayant pour objet la mise en ligne directe de contenu rédactionnel. Nos experts procèdent fréquemment à des abattements sur les devis présentés quand ils les estiment surévalués ou pouvant faire l'objet de mutualisation (depuis 2009, aucun projet collectif – avec au moins 3 éditeurs – n'a été présenté).

Walter Bouvais et Maurice Botbol:

  • Le SPEL doit être le lieu de l'innovation, celui où l'on fait le pari de nouveaux modèles économiques, et non celui de la perfusion. Des représentants de la vieille presse, avec des fonds propres négatifs depuis des années et qui obtiennent des aides sur leur nom, refusent l'aide à des entreprises qui se lancent en estimant qu'on ne sait pas si le projet est viable économiquement.
  • Le décret réglementant le fonctionnement du SPEL impose que les dépenses techniques soient réalisées par des prestataires, qui, sachant qu'il y a une subvention publique, gonflent leurs prix et facturent à 20.000 ou 30.000 euros une application iPhone que l'on pourrait réaliser pour 10.000 en interne, en gardant en outre cette compétence et cette autonomie technique.
Edwy Plenel
  • Mediapart n'a pas touché l'enveloppe de 200.000 euros accordé par le fonds SPEL et que l'entreprise y renoncera s'il n'y a pas de transparence dans l'attribution des aides.
  • Il y a un détournement de l'aide publique par des acteurs traditionnels. Certains se contentent de mettre le PDF de leur journal en ligne et demandent une aide comme s'il s'agissait d'un nouveau média alors que c'est un nouveau canal de distribution. D'autres multiplient les sites «verticaux» (correspondant à une rubrique de journal) sous une marque différente pour demander une subvention à chaque fois. D'autres enfin sont devenu de la presse casino dont l'objet n'est pas d'informer mais de vendre du jeu en ligne.
  • Nous demandons la transparence totale de l'attribution des aides; l'indépendance du service public vis-à-vis du pouvoir; l'interdiction du conflit d'intérêt avec des propriétaires de presse dont l'activité principale dépend des commandes de l'Etat; la création d'un statut de société de presse à but non-lucratif; de privilégier les aides indirectes, qui s'appliquent à tous sans distinction, aux aides directes et de repenser les droits et les devoirs de la presse dans un nouvel écosystème qui mêle désormais les amateurs aux professionnels.

Dons en ligne

L'après-midi a été dominée par la première présentation publique de jaimelinfo.fr, plateforme de dons pour l'information conçue par Rue89 (lancement prévu en janvier 2011). Le système propose de donner ponctuellement de l'argent ou de façon régulière sur une base mensuelle à un ou plusieurs sites d'information, professionnels ou non, voire à un projet journalistique particulier de l'un de ces sites.

A terme, le projet doit être géré par une association indépendante de Rue89, construite sur le modèle de l'association Presse et pluralisme qui permet de faire des dons défiscalisés à des journaux papiers (Le Monde diplomatique ou L'Humanité par exemple).

Jaimelinfo.fr prendra une commission sur les dons pour payer les transactions financières et assurer les coûts de gestion de l'associations. La première année, il est prévu de prélever entre 5 et 10% des sommes, taux qui sera ajusté à la baisse ensuite, les surplus non utilisés étant reversés pour le développement de la plateforme technique.

Pour décider qui sera éligible aux dons, jaimelinfo.fr a repris les conditions prévues pour agréer les services de presse en ligne sans retenir le critère professionnel afin de pouvoir accueillir des blogueurs. Un comité éditorial mensuel jugera en revanche des critères de qualité qui permettront d'accueillir ou non tel producteur d'information (il s'agit de vérifier qu'il s'agit bien d'une information originale et vérifiée).

Aux termes de la loi, la défiscalisation des dons (2/3 des sommes versées sont déductibles) sont en revanche réservés aux éditeurs ayant été reconnus sites d'information politique et générale par la Commission paritaire des publications et agences de presse, qui, elle, exige l'emploi de journalistes professionnels.

 

NB. Vous pouvez lire le compte-rendu complémentaire d'@enikao chez nos confrères d'Owni (qui viennent de s'inscire au SPIIL)

Photo cc Mike Bailey-Gates

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Tous les commentaires

Cher Vincent Truffy,

Je ne sais pas si ce sera le cas des actionnaires de "Mediapart" (je le leur souhaite), mais il y en a qui font fortune avec la presse en ligne :

http://www.nytimes.com/2011/02/07/business/media/07aol.html?emc=na
Juste pour couper avec la morosité ambiante...

Cordialement

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