Cinq propositions pour améliorer les relations entre les parents et l'école

L’assemblée nationale a commencé une série d’auditions dans le cadre d’une mission d’information sur « la relation entre l’école et les parents ». Ces auditions sont accessibles en vidéo sur le site de l’assemblée  nationale et vont continuer jusqu’en mars.

L’assemblée nationale a commencé une série d’auditions dans le cadre d’une mission d’information sur « la relation entre l’école et les parents ». Ces auditions sont accessibles en vidéo sur le site de l’assemblée  nationale et vont continuer jusqu’en mars.

Voici en avant-première mes propositions.  J’ai déjà abordé ce sujet dans deux de mes contributions lors de la consultation de l’été 2012 et en filagrane dans la majorité de mes écrits sur l’école.  Voici le lien avec ces deux contributions.

17 – L’implication des parents lambda dans l’école

18- Les fédérations de parents d’élèves

Les deux principaux dysfonctionnements  dans les relations entre l’école et les parents sont :

- une communication vers les parents sur le fonctionnement du système "éducation nationale", inadaptée et souvent en contradiction avec la réalité, renforçant les délits d’initiés pour la réussite scolaire et pour l’orientation.

En effet, les consensus entre divers intérêts qui utilisent l’école comme un terrain pour se mettre en valeur, l’habitude de parler en sigles (DP3, IDD, PDMF,..) de l’Education nationale et la culture bureaucratique de l’appareil Education Nationale, ont abouti à une représentation opaque voire fausse des règles de réussite.  Cela génère beaucoup d’incompréhension dans le dialogue avec l’institution, un sentiment d’injustice, et des attitudes inadaptées de parents qui  voudraient s’investir dans la réussite de leur enfant.

Par exemple, mon deuxième fils a fait un blocage devant les apprentissages : il écrivait que ce qu’il pensait utile en primaire et il n’écoutait que quand cela l’intéressait au collège. Il a commencé à faire des efforts,  difficiles à cause de mauvaise habitudes et des grosses faiblesses en expression, au deuxième trimestre de sa Troisième. Pourtant, je ne l’ai pas saturé de cours particuliers : en effet, je savais que l’important est qu’il ait acquis les fondamentaux. Je savais que, pendant les vacances il est possible de rattraper une matière, pas deux. Combien sont  ceux qui, dans ce cas, se ruinent en cours particuliers inutiles augmentant le rejet des apprentissages ? J’ai fait le diagnostic que le problème était mon gamin qui avait besoin d’appliquer ses propres règles et qui aimait jouer  à faire marcher les adultes. Il m’est jamais venu à l’idée d’accuser les enseignants de ne pas savoir s’adapter à mon petit chéri, d’autant plus que j’avais constaté que la majorité d’entre eux avaient une attention pour lui et prenaient en compte ses différences. Aussi, il a été accepté en CM1, 6ème, 3ème, 2nd GT, 1ère S alors qu’ils n’avaient pas les acquis nécessaires mais qu’on « prenait moins de risques de faire passer que de le faire redoubler, car c’était un enfant intelligent en situation de blocage ». L’orientation en 1ère STI avait été fortement conseillée car ses faiblesses en expression allaient le mettre en difficulté en 1ère S, mais on lui avait laissé le droit d’y aller à ses risques et périls. Ce qui est psychologiquement très habile. Par deux fois, une fois au collège et une fois au lycée, il m’a été dit que ce qui a été prépondérant dans la décision est qu’ils avaient des parents capables de l’accompagner dans ses efforts ou dans le cas où il se planterait.

Aujourd’hui, il a 23 ans, il vient de finir sa scolarité, sans avoir redoublé, avec un double diplôme : une école d’ingénieur d’excellente réputation et bénéficiant d’un réseau d’anciens structuré et un MASTER d’une université américaine réputée, le tout avec une spécialisation qui l’intéresse.

Il est évident que si je n’avais pas bénéficié du délit d’initié, il ne s’en serait jamais sorti. Les moyens financiers n’ont jamais été prépondérants.

Pourtant, ceux qui propagent des explications fausses ou qui dénient l’intérêt de mieux expliquer le système, le font en proclamant vouloir la réussite de tous les enfants. Pour moi, ils ne s’intéressent qu’à la continuité de leur terrain de jeu.  Il s’agit d’une stratégie d’acteurs pour « accroitre leur pouvoir ou au moins maintenir leur capacité de négociation et d’action » aux sens de Crozier & Friedberg (1977). Il y a un consensus entre différents intérêt particulier (gauche de la gauche, syndicat, pontes des services centraux, chercheurs en pédagogie) pour créer artificiellement des « zones d’incertitudes » en conservant la maîtrise de l’information. Les fédérations de parents suivent parce qu’elles n’ont pas, la compétence pour décoder ce qui est vrai ou faux.

- la place inadaptée des fédérations de parents d’élèves par rapport à leur légitimité et leur compétence à proposer des solutions efficaces pour l’école.

Les parents sont utilisateurs du système éducatif et pour cette raison, il est normal qu’ils soient représentés dans les instances de décision de l’école en tant qu’utilisateur. Ils peuvent associer aux actions de l'établissement : co-organiser un forum des métiers, co-organiser une fête de l'établissement, apporter leur expertise à un projet d'élèves, présenter leur métier, etc..

Pourtant, dans environ un établissement sur cinq, il y a un délégué de parents qui souvent, en toute bonne foi, considère que sa première mission est de mettre en avant sa fédération, et qui sait utiliser des méthodes d’endormissement et d’occupation de terrain apprises souvent dans un syndicat. J’ai décrit dans un précédent billet, les actions de l’un d’eux.

http://blogs.mediapart.fr/blog/viviane-micaud/210813/l-accoutumance-de-la-communaute-educative-souffrance-scolaire-le-decryptage-d-une-observatrice-d

Il manquait une formation du chef d’établissement à la remise à sa place des parents élus qui outrepassaient leur rôle.  L’ingérence de certains parents d’élèves dans des rôles où ils n’ont pas de légitimité est un des moteurs de l’incapacité de l’école à résoudre ses dysfonctionnements.

Les jeux de pouvoirs stériles entre les fédérations de parents d’élèves découragent certaines personnes de bonnes volontés de s’impliquer.

Par ailleurs, l’éducation nationale est un système complexe dont il est très difficile de valider l’intérêt, de vérifier la faisabilité, d’estimer  le coût réel et de prévoir les effets non désirables de chacune des propositions d’évolution. Les associations de parents d’élèves n’en n’ont clairement pas les compétences. Parmi les grosses âneries de l’association la plus revendicative, il y a : "l'interdiction de parler d'ambiance de classe" dans les années 2000 qui a conduit à l'abandon des élèves victimes d'harcèlement par des taquineries de mauvais goût, "la priorité aux activités créatives au détriment du soutien des élèves qui n'avaient pas acquis la lecture et l'expression", "la suppression de la carte scolaire" qui a entraîné une ghettoïsation des établissements, "la reproduction de l'idyllique lycée finlandais" qui a aucune des caractéristiques vantées par la propagande de Darcos et qui est en réalité en dysfonctionnement, "la doctrine du même cours pour tous dans le collège d'aujourd'hui" qui a conduit les 15% des élèves qui arrivent au collège sans avoir les acquis en lecture et en expression  à s'incruster dans la spirale de l'échec et la perte de l'estime de soi. L’autre association de parents d’élève, moins sujette à des prises de position pour occuper le terrain, n’a pas une compréhension meilleure du système éducation nationale. Les prises de position lors de la tentative de Darcos de réformer le lycée reprenaient nombre de poncifs inexacts et étaient malencontreusement un peu trop alignées sur la propagande de l’UMP.

Dans les fédérations de parents d’élèves, il y a des gens remarquables, il y a des manipulateurs et il y a surtout des gens pleins de bonne volonté mais incapables de comprendre les enjeux et contraintes d'un établissement scolaire.

Je vais structurer mes propositions en quatre thèmes.

- l’information de la communauté des parents d’élèves

-  les relations des enseignants avec les parents

- la place des parents référents ou délégués dans l’école

- la représentation politique des parents

 

1 -L’information de la communauté des parents d’élèves

Finalité : Donner à chaque parent une compréhension pertinente  de l’école de manière à  limiter les biais sociaux dans les destins scolaires.

Je suis très proche dans ce paragraphe d’une proposition de Jean-Louis Auduc lors de l’audition à l’assemblée nationale du 19/12/2013. L’absence de compréhension des règles du jeu crée du stress, des mécompréhensions avec l’institution qui peuvent conduire à de l’agressivité. Par ailleurs, les familles ont plus de mal à faire les bons choix pour aider leur enfant.

Recommandation 1 : Supprimer tous les sigles utilisés dans l’éducation nationale en commençant par ceux liés à l’orientation et aux choix optionnels.

En effet, ces derniers sont des freins importants pour le dialogue avec les parents et sont source de mécompréhensions. Le parcours  de découverte des métiers et des formations est une excellente idée sur le principe. Mais qui comprend quand on parle du PDMF et DP3 et DP6 ?

Recommandation 2 : Mettre en place une politique nationale de communication sur le fonctionnement de l’école, construite pour être reçue par tous les parents.

Il s’agit de vulgariser la description du système scolaire de manière à ce que les parents comprennent comment il fonctionne, et qu'ils aient les éléments nécessaires pour faire les bons choix pour leurs enfants :

Comment l’enseignant travaille, comment les parents peuvent faciliter la réussite de son enfant, quels sont les enjeux des choix d’orientation.

Sur la facilitation de la réussite de l’enfant ou sur l’orientation, il existe beaucoup d’idées reçues fausses qui, parfois, proviennent d’instructions de service académique.

Pourquoi a-t-on si longtemps nié les conséquences du harcèlement entre élèves ? Pourquoi a-t-on fait si longtemps croire que la sélection se fait par les maths, alors qu’en réalité, elle se fait d’abord par l’expression écrite ? Pourquoi cet acharnement à supprimer les parcours dérogatoire, alors que ceux destinés aux élèves ayant de fortes lacunes en expression et ayant prouvé leur volonté de s’en sortir, sont plus que bénéfiques pour les élèves ? Pourquoi avoir aussi longtemps refusé de donner les vrais coûts des études supérieures ? Pourquoi avoir si longtemps conseillé aux élèves  de s’orienter suivant leur passion sans prendre en compte les débouchés professionnels ? Pourquoi faire stresser inutilement sur le premier choix d’orientation alors que le système autorise le droit à l’erreur?

Il faut se poser le questions : Quelles sont les représentations fausses qui créent de l’anxiété et alimentent le délit d’initiés ? Comment communiquer pour les changer ?

Il ne faut pas sous-estimer la difficulté : Cette représentation du fonctionnement de l’école, à construire et à communiquer, se heurte à de nombreux enjeux de pouvoir comme je l’ai expliqué dans mon paragraphe d’introduction.

2 - La relation du personnel de l’établissement  avec les parents

Finalité : Permettre d’instaurer un dialogue constructif entre les enseignants et les parents

D’abord, il faut savoir que toute personne a tendance à penser que les autres ont le même mode de pensée que soi. Ce qui est évident pour soi est perçu comme évident pour l’autre. Aussi, tant que l’on n’a pas expliqué à l’enseignant comment le parent qui n’a pas un fort niveau d’éducation le perçoit, comment il perçoit le système scolaire et comment il perçoit le bulletin de note, l'enseignant ne peut pas le deviner.  Pendant longtemps, le système éducatif n’a pas jugé bon de sensibiliser les enseignants sur ceci.

Recommandation 3 : Donner au personnel de l’établissement, la perception des enjeux du bon dialogue avec les parents pour l’ambiance de l’établissement et pour la réussite de chaque élève.

Les enseignants ne voient pas toujours à quel point le regard de la famille est important pour le mécanisme d’apprentissage, combien la compréhension du fonctionnement de l’école est importante pour une résolution rapide des difficultés d’un élève ou des mécompréhensions entre le parent et le système. Aussi il est utile de le communiquer sur ceci pour faire prendre conscience du rôle du regard de la famille dans la réussite de l’élève. La bonne communication est basée sur des exemples réels présentés par des pairs.

Recommandation 4 : Mettre dans la formation initiale et continue des enseignants et du personnel de direction, la manière de gérer les relations avec les parents.

Il s’agit d’une synthèse des bonnes pratiques des responsables d’établissement, des enseignants qui sont dans des établissements similaires en tant que population accueillie.

3- La place des parents référents ou délégués dans l’école

Finalité : Permettre la représentation des parents en tant qu’utilisateur des services de l'établissement scolaire et utiliser leur énergie pour installer de la convivialité.

Il s’agit des parents élus au conseil d’école et au conseil d’administration d’établissement et parents délégués de classe au lycée et au collège.

Recommandation 5 : Former les chefs d’établissements à l’animation des échanges entre parties prenantes de l’école en fonction du rôle de chacun et aux problématiques particulières de gestion des parents délégués

Les fédérations de parents d’élèves généralement forment leurs délégués. Toutefois ce n’est pas toujours le cas.

Beaucoup de difficultés proviennent de parents de bonnes volontés mais qui n’ont pas l’habitude d’un comportement adéquat en réunion. Ils veulent bien faire mais ne savent pas comment s’y prendre. Certaines difficultés proviennent de personnes qui pensent qu’elles sont là pour mettre en avant leur association ou leur personne et qui ont perdu de vue qu’il y avait des élèves.

4- La représentation politique des parents

Finalité : Donner la parole aux associations de parents d’élèves dans les instances de décision  sans pour autant encourager les jeux « politiques » stériles au niveau des établissements.

Les résultats des élections aux conseils d’école ou d’établissements déterminent le nombre de représentants dans les instances nationales et le nombre  de délégués parents par fédération. Cela a de nombreux effets pervers. Il y a très souvent des positionnements plus liés aux besoins de montrer aux parents-électeurs que sa fédération agit, que de la recherche de l’intérêt des élèves. C’est une perte d’énergie pour tous. Cela décourage certains parents de s’investir.

Là, j’ai un peu adapté une proposition de Valérie Marty, présidente de la PEEP, lors de l’audition à l’assemblée nationale du 19/12/2013. Je ne crois pas qu’il est possible de déplacer les parents deux fois à l’école, pour voter. Déjà avec un vote, la participation n’est pas folichonne.

Proposition 6 : Organiser deux votes pour les élections de parents d’élèves : celui pour les représentants locaux et celui pour la représentation nationale.

 L’intérêt est de clarifier pourquoi les parents votent :

- désigner qui les représenteront localement,

- indiquer quels positionnements, ils souhaitent de leur représentant dans les institutions académiques et nationales.

Cela limitera les luttes stériles entre les fédérations à l’école primaire, et non pas au collège et au lycée. Car le pourcentage aux élections détermine le nombre d’élus et le nombre de parents pouvant être délégués de la classe de leur enfant pour chaque fédération.

Pour cela, il faut compter sur la formation des chefs d’établissements et l’autorégulation dans les fédérations de parents d’élèves, qui aujourd'hui a souvent lieu. 

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