Rapport Mathiot : Bac réaliste et organisation pour le lycée incohérente

La commission Mathiot pourtant sur le baccalauréat général et technologique, a remis son rapport au ministre de l’Education nationale à Jean-Michel Blanquer. La proposition pour le baccalauréat me semble cohérente. Par contre la réorganisation du lycée s’appuie sur deux dogmes faux, montrant un manque de maturité sur le sujet qui ne peut qu’être fatal.

Le rapport est disponible sur le site de l’éducation nationale : ici

Je vais structurer en deux parties : le baccalauréat pour lequel je juge les propositions cohérentes et la réforme du lycée qui, à d’après mon analyse, repose sur deux dogmes faux. Le premier dogme contesté concerne les mécanismes qui sont supposés créent la hiérarchie des filières. Il s’agit d’une explication fausse protégée par un tabou. Le deuxième dogme est la manière proposée pour choisir de manière progressive son « silo d’orientation ». Ce n'est pas une solution efficace au stress de l’orientation, elle va rajouter de l’inégalité territoriale et va permettre les stratégies d’initiés.

Le baccalauréat

La proposition est de passer une grande partie du bac en contrôle continu et de ne garder que quelques épreuves finales.

J’y ai longtemps été opposé pour des raisons d’égalité de valeurs du diplôme sur tout le territoire. Pour enrayer un mécanisme de discrimination en fonction du lieu, il est nécessaire  qu’un bac d’un élève de lycée REP soit équivalent à un bac d’un élève venant d’un centre-ville bourgeois.

Je me suis fait une raison car aujourd’hui, la manière d’appliquer les barèmes dépend des résultats voulus, et les universités le savent. Par ailleurs, les épreuves ne sont pas pensées pour valider des compétences acquises. Il y a eu depuis 2000, une dégradation de la qualité du bac dans la qualité de ses épreuves et sur l’égalité sur le territoire. Je ne crois pas qu’il soit possible à court terme d’inverser la situation. Je me suis rangée au pragmatisme.  Donc, la moins mauvaise solution est bien d’alléger les épreuves finales, et avoir une partie des épreuves en contrôle continu.

Je plébiscite deux aspects :

  • Le grand oral dont la préparation commence en première avec 20 minutes de présentation et 10 minutes d’échange: en effet, la réussite à l’université demande une capacité de s’auto-organiser qui est typiquement les compétences exigées dans cet exercice.
  • Le supplément de diplôme : où il pourra être inscrit le niveau acquis en langue et les engagements civiques ou associatifs.

 

Ce qui me gêne est :

  • la note globale Le rapport propose de faire une moyenne pondérée de toutes les notes

Je pense qu’il faut valider les acquis par groupe de matières. Il n’est pas normal de pouvoir avoir un bac avec une majeure scientifique avec des notes catastrophiques dans les matières scientifiques parce que les autres matières compensent. Il conviendrait d’avoir au moins d’imposer la moyenne sur les groupes de matière concernant la majeure.

  • L’absence de session de rattrapage. Il n’y a pas d’oral de rattrapage, ni de session de septembre. Si l’élève a au-dessus de 10/20, il est admis. Si elle ou il a au-dessous 8/20, il ou elle est recalé. Si il ou elle est entre 8/20 et 10/20, un jury décide en fonction du livret scolaire.

Le problème est bien que fait-on de celui qui est recalé. Le jeune avec un bac pro, peut aller à l’université, mais pas le recalé d’un baccalauréat général qui a pourtant des acquis bien plus haut. Est-ce bien raisonnable de faire recommencer une année ? Ne peut-on pas imaginer une validation partielle que n’interdit pas d’aller à l’université avec la consigne de valider les manques dans les trois mois.

 

Pour les coefficients à appliquer à chaque matière, et les modalités d’organisations, je laisse aux personnes sur le terrain en discuter. Sur un sujet de ce type, l’intelligence collective des personnes réellement impliquées dans la mise en œuvre de la solution devraient donner une excellente solution que les personnes concernées seront prête à mettre en œuvre.

Je suis un peu sceptique sur l’apport miracle de l’informatique pour l’organisation, mais bon : Cela fait plaisir aux innovants et cela ne mange pas de pain.

Le nouveau lycée

Sur ce sujet, les descriptions des enjeux et des points de vigilance sont globalement pertinentes comme :

  • Les 11 points de structure et organisation du lycée des possibles (page 23 à 26)
  • Les 10 conditions et éléments d’organisation de l’unité d’accompagnement (page 42)
  • Les 8 recommandations complémentaires et néanmoins essentielles (page 44 à 48)

Je ne vois pas la valeur ajoutée de passer du trimestre au semestre. Ni l’intérêt de changer l’intensité des matières chaque semestre. Je ne vois pas comment cela permettrait de donner du sens. Le système risque surtout d’être illisible.

Par contre, quand on regarde la description de l’organisation proposée, nous voyons que le sujet clairement n’est pas mûr.

Les bons points du diagnostic

Dans les enjeux, il y a un certains de points nouveaux sur lequel j’insistais, parfois un peu seul, depuis que j’écris sur le sujet :

  • La place de l’anglais comme la langue de communication internationale, indispensable pour travailler dans une entreprise internationale, indispensable pour publier ses travaux de recherche.
  • il y a l’importance des STEMs  (Science, Technology, Engineering, Mathematics) pour le développement économique de la nation.
  • L’importance de la culture humaniste et la culture scientifique pour combattre les fakes news
  • La formation pour toutes les élèves de Seconde aux « enjeux du monde contemporain »

 

Un rapprochement entre bacs généraux et technologiques souhaité mais…

Le rapprochement des bacs technologiques et des bacs généraux est souhaité mais le rapport ne propose pas de piste pour y arriver et l’analyse de ce qu’il faudrait faire est faible.

Voici le point général 2 pour l’organisation du baccalauréat page 10. « Il [Le baccalauréat] est organisé selon les mêmes modalités pour l’ensemble des élèves scolarisés dans ce qui correspond actuellement aux séries générales et technologiques. Il serait cependant intéressant, notamment pour lutter contre la stigmatisation qui frappe trop souvent les séries technologiques, d’envisager qu’il ne demeure qu’une seule voie et de construire les rapprochements disciplinaires qui, tout e reconnaissant la légitimité et la pertinence de la voie technologique et des modes d’enseignement pour les élèves qui y sont accueillis, permettrait de mieux positionner dans l’offre scolaire. »

Le même flou se trouve au  point 3 sur la structure et l’organisation du lycée des possibles « trouver un nouveau point d’équilibre entre les formations générales » page 24.  Nulle part, il est dit que les jeunes se retrouvent en filière technologiques à cause de leur manque de compétence en expression écrite.

Rien sur la perte de sens de la filière STI2D et ses conséquences. La réforme de la STI2D avait engendré énormément de mal-être. La vraie question était qu’il était impossible de donner du sens à un programme et un mode de contrôle qui n’en n’avait pas. Il y a eu un déni grave de la part de la hiérarchie de l’Education Nationale et un choix d’imposer coûte que coûte ce qui n’était pas justifiable, qui a entraîné une sidération générale du même type que celle qu’il y avait sur le collège avant la parution de cet article. (Pourquoi un déni de la mise en désespérance des jeunes par le système éducatif ?). Aujourd’hui, le diagnostic est impossible car seuls les dogmes imposés par la rue de Grenelle ressort des interviews des personnes concernées. Les autres n’ont pas les mots pour décrire ce qui les submerge. C’est un sujet qui intéresse peu la société civile qui préfère se focaliser sur le bac de ceux qui sont parmi les 40% les meilleurs dans le tri progressif depuis la 5ème par « la capacité à s’exprimer par écrit », c’est-à-dire ceux qui n’ont pas été relégués en filière technologique ou en filière professionnelle à cause de leur niveau en Français.

Le déni du mécanisme de hiérarchisation des filières

Voici le schéma qui explique la hiérarchisation des filières. Il y a deux compétences structurantes qui vont limiter la capacité de réussir les études supérieures : « l’expression écrite et la présentation des connaissances suivant certains codes », «  les mathématiques ». Ces deux manières ont trois niveaux et pour avoir le plus de portes ouvertes pour les études supérieures, il convient d’avoir le plus haut niveau possible sur ces deux matières indépendamment du domaine (filière, dominante, majeure choisie).

Hiérarchisation des filières Hiérarchisation des filières

La communication de l’éducation nationale est totalement hypocrite. « Orientez-vous en fonction de la matière qui vous intéresse et non en fonction du niveau atteint sur les « compétences structurantes » Le problème est, quand on le fait, dans la plupart des cas, on se fait avoir. Les possibilités d’orientation sont moindres. Il faudrait un véritable droit à l’erreur dans l’orientation. Des passerelles systématiques, avec ou non, un an de consolidation pour récupérer les acquis non préparés à cause du choix fait au moment de l’orientation à l’arrivée dans le lycée générale et technologique.

Donc, aujourd’hui, il existe un premier tri à l’entrée du collège, ceux et celles qui arrivent en 6ème en maîtrisant insuffisamment la lecture et l’expression sont condamnés à être devant des devoirs qu’ils n’arriveront pas à faire et de ne pas recevoir l’aide suffisante. (les profs ne sont pas en cause : ils ont une mission impossible). Puis un deuxième tri après la 3ème, vers l’enseignement professionnel pour celles et ceux qui n’ont pas le niveau en expression écrite (qui étaient pour la plupart déjà repérés depuis la 6ème voire depuis le CE1). Puis un troisième tri par élimination toujours sur l’expression écrite vers les filières technologiques.

Le tri sur les maths concerne les 40% qui ont eu le droit aux filières générales, rescapés de la sélection sur l’expression écrite. Les élèves qui veulent faire HEC vont en S et non  pas en SES, car ils savent que les outils mathématiques appris en S leur seront utiles pour la réussite de leur études. Il aurait suffi de proposer une option mathématiques avec les exigences identiques qu’en S pour qu’ils se dirigent vers SES. La réforme Chatel a préféré transformé la physique de S en une culture générale pour celles et ceux qui vont faire HEC puis l’ENA. Il est évident qu’elle a eu un impact nul sur le choix des filières et même sur les possibilités de changer de filières … comme je l’avais prédit dès 2009.

Certaines personnes voulant lutter contre la hiérarchie entre les filières L, ES, S voudraient limiter la possibilité de faire des maths au lycée général, sans pour autant remettre en cause le « tri » sur le français entre les filières technologiques et générales. Cela me semble découler d’une hypocrisie insondable « Je souhaite pouvoir approfondir mes compétences littéraires et je trouve normal d’éliminer les 60% qui n’ont pas certains pré-requis. Par contre, je refuse le droit d’approfondir leur compétence en maths alors que celles-ci sont indispensables pour certaines filières, alors qu’il n’y a pas de discrimination injustifiée pour les études supérieures» En plus, ce serait catastrophique pour l’économie française, qui a besoin de scientifiques, de techniciens et d’ingénieurs pour gérer les changements qui s’annoncent.

La seule solution est de déconnecter la validation du niveau atteint dans les matières littéraires, du niveau atteint en maths des « majeures » choisies. C’est ce que fait l’Ontario, la Finlande.

L’organisation proposée ne change rien à ce mécanisme au mécanisme hiérarchisation des filières.

En effet, il y est trois unités :

  • L’unité générale : la culture générale du citoyen.
  • L’unité d’approfondissement (avec le choix d’une mineure et d’une majeure)
  • L’unité d’accompagnement (pour l’ouverture au monde et l’accompagnement de l’orientation, les projets et méthodes)

On lit page 35, pour l’unité générale, les enseignements proposés seront par exemple :

  • En classe de première : français, anglais, langue vivante, éducation physique et sportive, mathématiques-informatique, histoire-géographie.
  • En classe terminale : philosophie, anglais, langue vivante, éducation physique et sportive, culture et démarche scientifique, histoire-géographie.

Pour l’unité d’approfondissement les majeures possibles du bac général « SES » « physique-chimie » SVT, sciences de l’ingénieur et technologie, littérature. Nous retrouvons les séries B, C, D, E et A d’avant réforme de 1995, avec toutefois une différence majeure. Le bac  E avait les exigences de Maths de C et les exigences en expression des filières technologiques qui s’appelaient à l’époque F et G. La hiérarchie des filières était moindre car il y avait des options maths qui permettaient d’avoir si on le souhaitait le niveau de B en A, et le niveau de D en B. Celles et ceux qui avaient conçus ces filières avaient une meilleure vision fonctionnelle que les théoriciens de la rue de Grenelle d’aujourd’hui. C’est bien la suppression de ces options maths pour des raisons doctrinaires qui a cristallisé la hiérarchie des filières.

Mais, le texte indique que pour constituer des groupes classes, il conviendra de se structurer sur les majeures. Et le programme de l’unité générale sera adapté en fonction de la majeure et du niveau des élèves. Nous lisons page 36 « S’il tient à l’exemple des mathématiques, il est parfaitement envisageable, et sans doute cohérent, d’imaginer que le cours général soit dispensé en lien direct avec l’enseignement de mathématiques de la Majeure, et permette de la sorte d’aller très loin dans le niveau de formation à cette discipline. »

Enfin page 30, il est dit que les groupes de niveau pourraient être possible pour les cours de langue et pour les mineures.

J’en déduis que le mécanisme de hiérarchisation des filières sera identique.

Le problème de fond est à mon avis un paradigme inadapté, basé sur une analyse fausse largement partagée chez les personnes qui ont envie d’agir pour l’égalité des chances. Cette analyse fausse est basée sur une technique de manipulation, utilisée dans certains milieux politiques pour les luttes de pouvoir. Elle consiste à prendre, sur un sujet complexe, une position contreproductive en prétendant le contrainte, puis de dénigrer celles et ceux qui essaient de rétablir la réalité.

Dans ce cas, on peut le décrire en trois axiomes.

Axiome 1 : La majorité des jeunes qui n’ont pas les acquis en fin de 3ème pour avoir une chance raisonnable de réussir le lycée générale et technologique, peuvent réussir des études supérieures si ils ou elles se mettent à faire des efforts importants et continus et si ils ou elles ont un soutien adapté – Axiome VRAI – Et il faut donner cette possibilité pour contrer les biais sociaux dans les destins.

Axiome 2 : Pour leur permettre de continuer leur étude, la meilleure solution est de leur permettre d’aller en 2nde générale et technologique – Axiome FAUX – On ne rattrape pas des lacunes en lecture et expression accumulées depuis la 6ème en 1 heure par semaine d’accompagnement personnalisé avec des classes entières de 34 élèves. On peut les rattraper si on a un suivi dans TOUS les cours. Ce suivi est impossible dans une classe supérieure à 24 élèves, qui a en plus un programme ambitieux d’accumulation de connaissances.

Axiome 3 : Celles et ceux qui veulent refuser l’accès en seconde générale aux plus en difficultés  sont contre l’égalité des chances et pensent à tort que ces jeunes sont idiots.  – Axiome FAUX et propagande agressive qui empêche un dialogue serein. (C’est le but de la manœuvre). La quasi-totalité des personnes impliquées sont convaincues de l’axiome 1.

Les classes hétérogènes ne fonctionnent que quand il y a moins de 25 élèves par classe et des profs en plus pour aider celles et ceux qui ont des difficultés particulières. Il faut que l’enseignant ait le temps de suivre chaque élève qui a des besoins particuliers. Par ailleurs, le niveau de la classe structure le niveau des apprentissages possibles. Les enseignants qui ont des classes fortes et faibles le savent, même si parfois, ils ou elles refusent à l’admettre.

Le soutien d’un jeune avec des graves lacunes n’est pas compatible avec l’accueil en Lycée général.

La seule solution est d’avoir une diversité de parcours, et des passerelles et des soutiens aux rattrapages des fondamentaux, accessibles partout et proposés de manière pro-actives.

Un système avec peu de possibilités, illisibles et des délits d’initiés

Le lycée proposé change les emplois du temps tous les semestres. J’avoue que je n’en vois pas l’intérêt.

Que nous dit-on pour le deuxième semestre de Seconde. (page 32)

  • Un enseignement majeure parmi 5 majeurs possibles « SES » « physique-chimie » SVT, sciences de l’ingénieur et technologie, littérature »
  • Un enseignement mineur parmi les majeus non-choisis et 6 autres possibilités PFEG, sciences de laboratoire, MPS, CIT, ISN, arts appliqués.... (voir selon l'offre des établissements actuellement en place)
  • Un enseignement "mineur" optionnel parmi LCA, langue vivante, enseignements artistiques et culturels, EPS, section européenne, arts du cirque, création et culture du design

Si on prend sa mineure parmi les majeure : cela fait 5x4/2= 10 possibilités. (je suppose qu’un jeune qui a choisi Majeure SES et Mineure Physique-Chimie a les mêmes cours qu’un jeune qui a choisi Majeure Physique-Chimie et Mineure SES).

Je suppose que chaque établissement propose 2 possibilités en mineur (parmi les 6 autres). Cela fait 5x2=10 possibilités. Nous avons donc 10 choix par établissements. Donc comme il y a 5 à 10 classes par niveau vous pouvez imaginer la complexité des emplois du temps. Et je ne me suis pas intéressée aux enseignements mineurs optionnels.

Il y aura une offre en fonction des établissements. En zone urbanisée, où plusieurs établissements sont accessibles, cela va créer une hiérarchie entre les établissements. Des parents consommateurs qui vont apprendre à demander la bonne option pour être dans le bon établissement.

En zone rurale, où il y a qu’un petit lycée de 5 à 6 classes par niveau par ville, avec plusieurs dizaines de kilomètres entre chaque lycée, les possibilités de choix seront très réduites.

Les élèves de S qui visent la mention très bien, choisissent leur spécialité de S de manière à maximiser leur note. Pourquoi n’auraient-elles ou ils pas la même stratégie avec les choix de mineures ? La nature humaine est telle qu’il est évident qu’ils ou elles le feront.

Je pense que j’ai fait la démonstration que l’organisation proposée devrait conduire aux mêmes dysfonctionnements que le lycée actuel. Par ailleurs, les combinaisons de majeurs-mineurs seront limitées. Ce qui rajoutera aux inégalités territoriales.

Unité 3 ou unité d’accompagnement

Cette unité concerne le projet, l'orientation et l'ouverture d'esprit. Il est prévu d'y consacrer un horaire dédié.

Page 27 : « L'Unité d'Accompagnement (3), enfin, correspondrait au temps scolaire dédié à la préparation des élèves à la poursuite d'études dans l'enseignement supérieur. Cela concerne entre autres choses, mais pas uniquement, l'information sur l'orientation (y compris de la seconde vers le cycle terminal), les méthodes de travail, la construction de projets collectifs, et peut prendre des formes diverses (enseignements, travail en petits groupes, mentorat, etc.). Il nous semble que cette Unité devrait bénéficier d'un temps hebdomadaire et d'un volant d'heures annualisées « sanctuarisé » dans les emplois du temps et être entièrement dédiée aux objets indiqués plus haut. »

Ce qui est prévu est très bien. Je plébiscite. « Systématiser la contribution de l'enseignement supérieur, des Conseils régionaux et des mondes professionnels à l'objectif d'orientation : cours de découverte de disciplines nouvelles permettant de donner corps à la notion d'orientation active (droit, santé, psychologie, Staps, etc.), mentorat étudiant dans les lycées, encouragement et valorisation des initiatives collectives volontaires des lycéens (hackaton, FabLabs, Entreprendre pour Apprendre, projets collectifs autour du sport, de l'humanitaire, etc.), déplacement dans les universités et les écoles, stages d'immersion et de découverte professionnelle dès la seconde (notamment pendant les périodes d'examen des élèves de première et de terminale), appui sur le monde associatif, etc. »

C’est alléchant en effet. Mais pour obtenir cela, il faut des coordinateurs à plein temps. Mais est-ce que le ministère peut être crédible avec ce type de promesses ?

Dans toutes les réformes du lycée et du collège, on a promis monts et merveilles pour l’amélioration de l’orientation et de l’apprentissage de méthode de travail. Lors de la réforme du lycée de 2009, je me rappelle un IGEN qui a dit que ce n’était pas encore acté mais qu’un triplement des heures étaient prévu pour deux les heures hebdomadaires pour l’accompagnement personnalisé. On a bien souvent fini au bout de quelques années avec 1 heure en classe entière. L’accompagnement personnalisé avec une classe entière de 34 élèves, tout le monde peut comprendre qu’il s’agit d’une plaisanterie.

C’est un grand classique. Prendre des heures aux disciplines pour proposer de l’accompagnement personnalisé. Les parents applaudissent. Puis, au fil des années ces heures deviennent des variables d’ajustement de la DHG (Dotation Horaire Globale) et disparaissent. Au final, les disciplines ont perdu des heures. Les collèges ont reçu leur DHG et Blanquer a commencé a diminué les moyens pour l’accompagnement personnalisé (AP). Je ne pense pas que les promesses sur ce point seront crédibles.  

L’orientation progressive dans son silo

L’amélioration de l’orientation proposée, et qui me semble non convaincante dans ses finalités et dans sa mise en oeuvre,est de passer d’une orientation couperet en fin de 2nd en une orientation progressive avec la possibilité de changer de majeurs. Les majeures choisies servent au dossier de « parcoursup » donc intervient dans le processus d’affectation des filières sélectives et des filières en tensions.

Dans les 5 objectifs généraux du lycée des possibles (page 23), il y a deux items sur cette orientation progressive.

« ‐ former des bacheliers qui font des choix plus précis d'approfondissement disciplinaire, mais de façon progressive, avec un double droit à l'hésitation et à l'erreur. Il faut en effet tenir absolument compte de la nécessaire « montée en maturité » des élèves dans la construction de leurs projets post-bac et ne pas faire « descendre » le stress lié à l'orientation à l'entrée du cycle terminal ;

‐ articuler le cursus autour d'un volume horaire progressivement marqué dans quelques matières pour lesquelles les lycéens sont formés de façon renforcée et lier l'approfondissement disciplinaire au projet de poursuite d'études ; »

En réalité, le changement de majeurs en cours de cycle ne fonctionne pas. On l’a vu avec le lycée de Chatel. Il n’a pratiquement pas eu d’élèves qui sont passés de 1ère SES a Terminal S malgré la synchronisation partielle des programmes. La raison est que la différence de niveaux est telle que c’est pratiquement impossible à rattraper. Dire qu’on va permettre de changer vers un niveau à plus forte exigence tient du vœu pieux.

Le processus d’orientation naturelle n’est pas l’orientation progressive. Quoi que l’on fasse l’élève ne sera jamais sûr de son choix, car peu sont suffisamment matures pour se projeter réellement dans leur vie future. Car les informations reçues sont forcément partielles, l’imaginaire sur le métier et la vie future aide à se projeter mais ne correspond vraiment à la réalité avec toute sa complexité. Le processus est l’essai-erreur. Je teste un parcours qui ne me déplaît pas et qui tient sur deux ou trois ans. A la fin de ce parcours,  je choisis un autre parcours, quitte à redoubler pour rattraper des acquis indispensables ou d’avoir des cours supplémentaires. On peut abandonner la formation, au bout de 6 mois ou 1 an en cas d’erreur manifeste. Cependant la réorientation en cours d’année est un peu compliquée. Les groupes classes sont déjà constitués. Pour l’orientation vers le professionnel, les places libres sont dans les filières peu demandées. Cela demande un travail supplémentaire pour rattraper les acquis des cours que les autres élèves ont suivi. Or, les élèves qui se réorientent en cours d’années le font souvent pour des raisons d’échec et c’est lié à une perte de confiance en soi.

Ceci a lieu tout au long de la vie.

Donc, ce qui est proposé sur ce sujet est très théorique et basé sur une vision erronée. Le choix progressif de son silo est une utopie.

Conclusion

 La proposition pour le baccalauréat est cohérente. Elle devra être affinée avec celles et ceux qui devront réellement le mettre en place et dont je ne fais pas partie.

La proposition de changement d’organisation du lycée ne supprimera pas la hiérarchie des filières, renforcera les possibilités de délits d’initiés, renforcera les inégalités de possibilités sur le territoire, et ne permettra l’organisation progressive prévue. Le sujet est donc pas mûr. Il faut changer la manière de voir de la communauté des personnes impliquées sur le sujet, en posant les bonnes questions, et en publiant des études basées sur la science (et donc non pipotées) avant de faire quoi que ce soit.

Il y a encore des dogmes faux sur les raisons du dysfonctionnement du lycée général. Tous les dernières évolutions du lycée ont été basées sur les mêmes dogmes faux, et ont rajouté des dysfonctionnements.

La réforme de l’organisation du lycée sera possible, quand la communauté aura changé de paradigme de manière de voir l’orientation et les rôle du lycée dans le système éducation vu globalement. L’analyse du sujet que j’avais fait en 2013, est encore globalement pertinente. Il montre que le consensus entre groupes de pression qui gravitent autour du lycée a toujours conduit à la catastrophe. Le sujet est trop complexe, ses gens sont trop imprégnés de certitudes fausses, pour qu’il en soit autrement.

Il faut arrêter de voir les parcours après la 3ème comme linéaire. Il faut arrêter de vouloir supprimer toute hiérarchisation des filières. Après la 3ème CE N’EST PAS POSSIBLE. Et les tous les actions prétendues dans ce sens, non seulement ne changent rien mais rajoutent du délit d’initiés, et donnent la quasi-exclusivité des certaines préparations au privé.

Par contre, il faut mettre en place partout des passerelles, des cours et le soutien pour rattraper les connaissances structurantes. Il faut donner le droit de redoubler pour changer d’orientation. Il faut mettre dans les esprits que la normalité c’est les parcours non linéaires où l’on tâtonne pour trouver sa voie en choisissant des pas d’approfondissement de deux ou trois ans.

Le vrai problème est que, pendant très longtemps, le ministère de l’éducation nationale a eu une logique comptable d’évacuation vers le haut, pour arriver à un élève estampillé « niveau bac » au moindre coût, indépendamment du développement de projet de l’élève et d’un véritable droit à l’erreur. Il a laissé courir les dogmes qui l’arrangeaient. Les dernières réformes du lycée ne cherchaient pas l’intérêt de l’élève, mais sur quoi les partenaires sont d’accord et qui pourrait diminuer le coût du lycée.

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