Un billet honorable...

Le mathématicien Michel Broué (par ailleurs président des Amis de Mediapart), l’enseignant Vincent Présumey et l'historien Benjamin Stora ont, tous trois, traversé l’histoire du trotskysme français, à des périodes et dans des circonstances variées. Dans cette mise au point, ils répondent à un texte du psychanalyste Jacques-Alain Miller, « Le bal des lepénotrotskistes », dont ils estiment...

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Polémique/Présidentielles françaises

Simon Epstein : "Le refus de Mélenchon s’inscrit dans une logique idéologique"

Jeudi 27 avril 2017 par Nicolas Zomersztajn

Historien israélien spécialiste de l’antisémitisme et des personnalités françaises antiracistes et pacifistes de gauche qui se tournèrent vers la Collaboration, Simon Epstein nous offre un éclairage historique sur le trotskisme permettant de comprendre le refus obstiné de Jean-Luc Mélenchon d’appeler ses électeurs à voter pour Emmanuel Macron au second tour afin de barrer la route de l’extrême droite.

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Que pensez-vous du refus de Jean-Luc Mélenchon d’appeler à voter Emmanuel Macron pour faire barrage à Marine Le Pen au second tour des élections présidentielles françaises ?

La position de Mélenchon est passionnante pour l’historien que je suis. Elle va à l’encontre de celle des communistes qui constituent pourtant une portion importante de ses soutiens au premier tour de cette élection présidentielle. Les communistes ont appelé à voter Macron au second tour : « Nous en appelons à barrer la route de la Présidence de la République à Marine Le Pen, à son clan et à la menace que constitue le Front national pour la démocratie, la République et la paix, en utilisant le seul bulletin de vote qui lui sera malheureusement opposé  pour le faire ». Ce point de discorde met en exergue deux approches inconciliables : celle des communistes et celle de l’ancien trotskiste qu’est Mélenchon.

Son refus de ne pas appeler ses électeurs à barrer la route à la candidate d’extrême droite au second tour peut-il trouver sa source dans ce passé trotskiste (les lambertistes de l’OCI) ?

Sans aucun doute. Ce refus ne fait que s’inscrire dans une attitude idéologique que les trotskistes ont adoptée face aux nazis. Si une partie minoritaire des trotskistes franchit la ligne en rejoignant la Collaboration, la majorité d’entre eux se cantonne dans une forme de neutralité. Ils voient la Seconde Guerre mondiale comme une répétition de celle de 1914-1918. Il s’agit d’une guerre entre deux impérialismes. Le prolétariat n’a donc pas à prendre position pour les parties engagées dans cette guerre. Ni l’impérialisme anglo-américain de Churchill et Roosevelt, ni l’impérialisme allemand d’Hitler. Les trotskistes appliquent donc à la Seconde Guerre mondiale la grille analytique de la Première Guerre. Il en résulte qu’il ne faut pas résister face à l’occupant nazi. Ils se lancent dans des activités surréalistes de distribution de tracts aux soldats « prolétariens » allemands, car « Derrière un soldat "nazi" se cache un travailleur allemand ». Ils pensent pouvoir favoriser la fraternisation internationaliste contre les impérialismes. Les trotskistes distribuent des tracts aux soldats allemands que les communistes, engagés dans la Résistance, s'efforcent de tuer ! Cette attitude absurde consistant à considérer les alliés anglo-américains et l’Allemagne nazie comme deux ennemis de la classe ouvrière qui se valent entraine donc les trotskistes à ne pas prendre position dans cette guerre contre l’occupant nazi, en dehors de rares exceptions entrées dans la Résistance. Et avec le fameux « Ils se valent » publié en juin 1944 par le journal La Vérité (alors que les alliés viennent de débarquer en Normandie pour libérer l’Europe), ils ne font que confirmer qu’ils estiment que Roosevelt et Hitler se valent.

Cette attitude aura-t-elle des conséquences sur la manière avec laquelle les trotskistes vont envisager la Shoah après 1945 ?

Evidemment et cette attitude sera lourde de conséquences. La formule « ils se valent » et l’assimilation de Roosevelt à Hitler dicte leur attitude après la Guerre. Les trotskistes ne peuvent pas parler de la Shoah. S’ils commencent à parler de la Shoah et des atrocités nazies, il leur est difficile, voire impossible, de continuer à tenir la ligne « ils se valent » de l’équivalence. Ils ne peuvent alors plus prétendre que les impérialistes américains et les impérialistes allemands sont pareils. Cela revient précisément à mettre en évidence ce qui les distingue. C’est ce qui a entraîné les trotskistes à ne pas aborder l’extermination des Juifs d’Europe. Dans les textes trotskistes des années 1950, on ne parle pas de la Shoah. Laurent Schwartz, le mathématicien français trotskiste, a même admis sans ses mémoires qu’ils parlaient de la Seconde Guerre mondiale sans jamais dire un mot sur la Shoah. Parce que la Shoah détruit complètement l’édifice fondé sur le « ils se valent ». Tout homme normalement constitué ne peut reconnaitre que les Etats-Unis et l’Allemagne nazie se valent si on lui parle de la Shoah. C'est la raison principale pour laquelle la Shoah, des années 1950 aux années 1980, ne figure ni dans les discours, ni dans la presse, ni dans les publications, ni dans les programmes de formation militante, ni dans les commémorations des diverses chapelles trotskistes. Si la Shoah et les horreurs hitlériennes resteront délibérément ignorées des trotskistes, ces derniers n'auront pas de mots assez durs pour dénoncer les « crimes impardonnables » commis par l'impérialisme américain aux quatre coins du monde.

Au-delà de cette ligne de l’équivalence des systèmes, l’idée selon laquelle les Juifs sont des bourgeois et le nazisme est aussi une idéologie bourgeoise les empêche-t-elle aussi d’évoquer la Shoah ?

Oui. Pour les trotskistes, il est inimaginable que des bourgeois s’en prennent à des bourgeois. En raison de la lutte des classes, ces derniers ne peuvent massacrer que des prolétaires, un point c’est tout. Ce qui rend l’antisémitisme et la Shoah illogiques à leurs yeux. Il est évident que ce type de raisonnement apparaît comme complètement tordu, mais il ne faut pas oublier qu’on est face à des dogmatiques. Dans le meilleur des cas, et le plus souvent, cela se traduit par le silence. Et dans le pire des cas, et c’est plus rare, certains finiront négationnistes.

Les trotskistes ont-ils évolué sur leur impasse de la Shoah ?

Oui, mais seulement parce qu’ils la jugent nécessaire. Quand le besoin s'en fait sentir, ils sont prêts à introduire la Shoah dans leurs thématiques et leurs mobilisations. Observons deux cas, lourds de signification l'un comme l'autre, et qui procèdent d'une même logique. Le premier cas s'est manifesté lors de la réémergence électorale de l'extrême droite française, dans la foulée des succès initiaux du Front national de Jean-Marie Le Pen, en 1984. La Shoah fut donc utilisée dans l'idée que son souvenir conduirait la jeunesse française à comprendre les dangers liés à l'essor d'un parti d'extrême droite. Auparavant indifférents au malheur juif et insensibles à la Shoah, certains intellectuels se mirent soudain à s'indigner des atrocités hitlériennes, dans le but de combattre le racisme anti-arabe. Dans l'esprit des trotskistes, et plus généralement dans l'esprit de l'extrême gauche française, la Shoah avait enfin trouvé son utilité historique. Elle permettait de flétrir l'ignominie du racisme et donc de protéger les communautés afro-maghrébines contre l'extrême droite française. Une deuxième occasion d'exhumer la Shoah et de l'introduire dans l'arsenal argumentaire trotskiste leur a été fournie par la première et surtout par la deuxième Intifada. Cette fois, il s'agissait de donner libre cours à un antisionisme radical, en expliquant que les Israéliens font aujourd'hui aux Palestiniens, en gros, ce que les nazis firent aux Juifs pendant la guerre. Il s’agit de retourner la Shoah contre les Juifs et de diaboliser les Israéliens, tout en diffusant une vue aberrante et fantasmée du conflit proche-oriental. 

 

 

 

Historien israélien, Simon Epstein est professeur émérite à l’Université hébraïque de Jérusalem. Spécialiste de l’antisémitisme, il a consacré de nombreux travaux aux réactions juives face à ce phénomène. Dans Un paradoxe français, antiracistes dans la Collaboration, anti­sémites dans la Résistance (éd. Albin Michel), il s’est également intéressé aux personnalités politiques philosémites qui ont basculé dans l’antisémitisme le plus virulent et dans la collaboration pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Source : « Hitléro-trotskyste »

Le mathématicien Michel Broué (par ailleurs président des Amis de Mediapart), l’enseignant Vincent Présumey et l'historien Benjamin Stora ont, tous trois, traversé l’histoire du trotskysme français, à des périodes et dans des circonstances variées. Dans cette mise au point, ils répondent à un texte du psychanalyste Jacques-Alain Miller, « Le bal des lepénotrotskistes », dont ils estiment qu’il recycle les pires calomnies staliniennes.

 

JAM n'a fait que reprendre une campagne lancée depuis Jerusalem par Simon Epstein, professeur honoraire d'une université où les autochtones palestiniens arabes ne sont pas admis.

On peut consulter cet article : http://www.cclj.be/actu/politique-societe/simon-epstein-refus-melenchon-inscrit-dans-logique-ideologique

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