L'inceste de Max (né en 1924) contre Patricia (née en 1963).

Cette histoire est racontée par la victime (Patricia), ses deux sœurs (Myriam, née en 1955; Sylvie, née en 1958) et son frère Joseph-Christophe (né en 1961). Ils sont les quatre enfants de la concubine de Max (Mariette, née en 1930), qui n'a pas voulu, ou pu, empêcher cet inceste.

Mettre à nu de douloureux secrets de famille, les écrire, les décrire, cela peut éviter d’éventuelles reproductions dans les générations suivantes. Cela soulage ceux qui en ont souffert. D'autres victimes, avérées ou potentielles, dans la famille ou au-delà, trouvent de l'intérêt à leur lecture. Nous avons donc décidé, à une courte majorité, de publier nos écrits.

Nous sommes conscients que notre texte a parfois l'allure d'un réquisitoire dans lequel les événements se succèdent de manière mécanique. Mais il ne faut pas croire que nous cherchons à salir la mémoire de Max, qui est décédé en 2010, à l'âge de 86 ans. La descendance de Max, notamment ses deux fils, Michel (né en 1951) ou Patrick (né aux environs de 1955) n'ont rien à voir avec cet inceste.

En 1980, Patricia, la cadette de notre fratrie, était âgée de 17 ans, quand elle fut victime de ce crime. Max était alors âgé de 56 ans. Patricia en a gardé le secret pendant plus de 10 ans, avant de le révéler à Sylvie et à Mariette. Patricia révéla son secret près de 30 ans plus tard à Myriam. Puis à Joseph-Christophe plus tard encore, après le décès de Max.

"Si c'était à refaire, je porterais plainte contre lui" dit Patricia aujourd'hui. Mais Max, l'incestueux "parâtre", est mort. Il est donc trop tard pour soumettre le cas de Max à la justice humaine. Bien que ce soit bien Max qui maltraita quatre enfants placés sous son autorité de "parâtre", notamment Patricia, la complicité de notre mère (Mariette), consciente ou non, nous semble avérée.

Après son divorce d'avec notre père (José), au début des années 1970, notre mère ne nous imposa pas immédiatement de vivre avec le ou les amants qu'elle semble avoir fréquentés. Elle ne fit exception à cette sage règle de conduite que pour Max, mais pas tout de suite.

Max, qui était juif, était âgé de 16 ans en 1940 lors de l'invasion de la France par les allemands. Une partie de sa famille fut martyrisée et tuée par les nazis. Lui- même échappa de peu à une arrestation et passa la majeure partie de la guerre dans la clandestinité. Mariette, âgée de 10 ans en 1940, se souvenait bien qu'enfant elle avait trouvé injuste que les juifs fussent forcés de porter l'étoile jaune. Mariette nous avait dit que ses parents, catholiques convaincus et pratiquants, avaient à l'époque, demandé à Mariette de bien vouloir cesser de se mêler de ce qui ne les regardait pas. La judéité de Max fut-elle l'une des raisons qui lui attira la sympathie de Mariette?

Vivre à 16 ans un tel drame laisse forcément des traces. Parmi les traumatismes que Max avait apparemment gardés de cette période, il y avait une espèce de conviction paranoïaque que la majorité des non-juifs, détestaient les juifs. Par exemple, il nous disait souvent qu'il n'irait jamais vivre en Israël car il était convaincu que les antisémites finiraient par lancer des bombes atomiques sur Israël, réalisant leur rêve d'exterminer d'un coup tous les juifs. Est-ce à cette époque que Max devint ce monstre d'égoïsme, ce prédateur, qui s'autorisa l'inceste que nous décrivons ici? Et notre mère, qui fut en quelque sorte la complice de cet inceste, comment est-elle ainsi devenue cette même sorte de "monstre"? Nous tenterons quelques hypothèses au fil de notre récit.

Myriam se souvient qu'elle a détesté Max dès le premier jour où Mariette le lui a présenté, au début des années 1970. Cette détestation n'avait rien à voir avec la judéité de Max, que Myriam ignorait d'ailleurs à cette époque. Nous vivions alors rue Albert Premier à Tourcoing, dans la maison où nous étions nés et avions toujours vécu, notre père l'ayant désertée peu de temps avant. Puis, de 1972 à 1973, nous avons vécu tous les quatre chez notre mère, à Roubaix, tour Blériot. C'est en 1973 que Max a réussi à convaincre Mariette que Myriam, qui venait de commencer à travailler, devait payer le loyer de l'appartement de la tour Blériot. Selon Mariette et Max, puisque Myriam travaillait et qu'elle était seule à occuper l'appartement la semaine (les trois autres enfants étant en pension et Mariette vivant chez Max), c'était à elle, Myriam, de payer tout le loyer. "Dans les familles pauvres, on donne son salaire aux parents" disait Mariette. Myriam, qui assurait déjà sa propre subsistance alimentaire et une partie de la-nôtre pendant les weekends, a préféré partir vivre chez notre grand-mère paternelle, dans une chambre de bonne au dernier étage de son immeuble à Tourcoing. Myriam nous a ainsi quittés, alors qu'elle était âgée de 18 ans seulement. Max a ainsi fait cesser le peu d'influence que Myriam croyait encore avoir sur Mariette.

Peu de temps après Sylvie, Patricia et Joseph-Christophe sont allés vivre dans une HLM voisine de la tour Blériot. Notre mère vivait à temps très partiel avec nous (très partiel, puisque nous restions parfois seuls des weekends entiers, avec le strict minimum alimentaire, voire moins que cela). Le reste du temps, quand elle ne travaillait pas, Mariette le passait avec Max dans sa maison, rue Inkerman, à Roubaix. C'était une maison bourgeoise sur trois étages avec cave et exposition sur rue côté salon et sur petit jardin côté cuisine et salle à manger. Avant de s'être fait abandonner par son épouse, Max avait vécu là avec leurs deux fils Michel et Patrick et leur mère. Au dernier étage de la maison il y avait encore la batterie de Patrick. Pourquoi était-ce Max qui vivait dans cette maison et pas son épouse et leurs deux enfants? Son épouse avait-elle tant souhaité fuir Max qu'elle avait préféré, ou dû, abandonner Max et cette maison de toute urgence, aussi urgemment que notre mère dû, des années plus tard, fuir Max dans un scenario similaire? Son épouse avait-elle vu le "monstre" qui habitait Max? Michel et Patrick devraient-ils être reconnaissants à leur mère de les avoir tenus à distance de ce monstre-là?

Entre 1972 et 1976, nous passions régulièrement chez Max, rue Inkerman, mais sans y habiter. Myriam se souvient qu'un ami de Max, un grand costaud qui venait souvent rue Inkerman conseillait à Max de se trouver une autre femme, sans charge de famille comme Mariette. Max aurait sans doute mieux fait de suivre les sages conseils de son ami, car son crime ne serait pas advenu, du moins pas contre notre sœur cadette!

Quand Myriam s'est mariée avec Dominique en 1975, elle a dit à notre père José et à notre mère Mariette qu'elle ne voulait pas que leurs conjoints respectifs soient présents à son mariage. José est donc venu sans son épouse au mariage de Myriam. Mariette en revanche a bravé cette interdiction de Myriam en amenant Max avec elle à l'église. Myriam ne lui a même pas dit bonjour. Max avait proposé de faire des photos du mariage sur toute la journée. Mariette le présentait à tout le monde comme l'ami photographe de la famille. Myriam attend toujours les photos.

Une des choses dont Joseph-Christophe se souvient plus particulièrement c'est de Myriam disant à Mariette: "ton mec je me le fais quand je veux": cela se passait dans la cuisine de la rue Inkerman. Cela faisait rire Mariette. Myriam a répété cela plusieurs fois, à plusieurs jours ou semaines de distance. Cette scène s'est ainsi répétée dans l'appartement de la tour Blériot. Myriam espérait-elle déclencher autre chose que ce rire de Mariette? Myriam n'a apparemment rien déclenché d'autre chez Mariette! Cœur de pierre? Inconscience? Joseph-Christophe croit juste se souvenir que ce rire de Mariette était un peu gêné.

Joseph-Christophe se souvient aussi de ce que Sylvie lui a dit, mais bien plus tard. Notre mère était hospitalisée quelques jours pour une opération chirurgicale. Sylvie, alors âgée de 16 ans, avait été placée rue Inkerman sous la surveillance de Max qui lui avait proposé de venir dans son lit. Horrifiée Sylvie avait ensuite passé la nuit dans l'angoisse de recevoir la visite de Max dans son lit. Après cela Sylvie faisait tout son possible pour ne jamais se trouver seule avec Max. Apparemment cela n'a rien déclenché non plus chez Mariette, qui s'est juste contentée de dire à Sylvie: "c'est bien Sylvie, tu ne t'es pas laissée faire!"

La cohabitation que notre mère nous imposa avec Max a vraiment débuté à la fin de l’année 1976 quand nous partîmes tous vivre en Bretagne, sauf Myriam qui s’était mariée en 1975, et sauf Joseph-Christophe qui termina les six mois de son année scolaire en pension au collège d’Estaimpuis et qui, en attendant, était hébergé les samedis et les dimanches chez nos grands-parents maternels, à Roubaix. Joseph-Christophe rejoignit Sylvie, Patricia, Max et Mariette, en Bretagne, à l'été 1977.

Entre temps, en Bretagne, Sylvie, avait eu le temps de faire une grave dépression nerveuse, à l'âge de 17 ans. Ce qui l'avait rendue gravement dépressive, c'est évidemment le harcèlement de Max, qui la traitait comme une bonniche-esclave, tout en continuant de la détester, comme il avait détesté Myriam avant elle. Fort heureusement, Sylvie renonça à ses idées dépressives et suicidaires, en grande partie grâce à Rémy avec qui elle partit vivre à la fin de l'été 1977. Il faut noter que Sylvie quitta le domicile familial à 18 ans, exactement comme Myriam. De même Sylvie se maria avec Rémy en 1979, quasiment au même âge que Myriam. Une fois Sylvie partie, le principal objet de la détestation de Max devint Joseph-Christophe.

Myriam venait de loin en loin en Bretagne et s'imaginait que les choses s'arrangeaient. Elle n'avait pas su que Sylvie avait fait une grave dépression, ou si elle l'a su, elle n'a pas fait le lien avec Max. Pourtant, lors de sa première visite en Bretagne, quelques mois après le déménagement, Myriam fut frappée de voir que Max s'était aigri, insatisfait de se retrouver au comptoir d'un bistrot de campagne profonde de Bretagne, tandis que Mariette s'était transformée en esclave à la cuisine, au bistrot, au restaurant, à l'hôtel. L'un comme l'autre regrettaient leur indépendance, leurs anciennes vies professionnelles, loin de leurs amis respectifs ou autres repaires sociaux. Max et par voie de conséquence Mariette étaient très déçus de ce choix de la Bretagne. Myriam, en vivant quelques jours sur place, a jugé que Mariette n'était plus du tout amoureuse, mais plutôt résignée. Et surtout, Mariette avait peur des réactions de Max, qui lui parlai mal, qui était exigeant, qui la surveillait et l'énervait. Mariette avait mauvaise mine, elle paraissait crevée, épuisée. En revanche ni Sylvie, ni Patricia, ni Joseph-Christophe ne se plaignaient et donc Myriam ne voyait rien de leur maltraitance. De plus Michel, le fils de Max, qui vivait en Bretagne à l'époque, se montrait toujours très sympathique, et cette sympathie rejaillissait un peu sur son père. Encore aujourd'hui nous conservons tous les quatre un bon souvenir de Michel, tout le contraire du souvenir que nous avons conservé de Max. Nous n'eûmes par contre quasiment aucun contact avec Patrick. Avait-il de vieilles rancunes sur le cœur pour ne jamais rendre visite à son père Max? Max s'était-il comporté avec sa mère ou avec lui comme il se comporta avec notre mère ou avec nous? Nous reviendrons plus tard sur cette peur, cette angoisse de Mariette, qui s'aggrava avec le temps.

A l'été 1978, Max et Mariette ont déménagé à Saint-Cyr-sur-Loire, puis peu après à Cérelles, dans la banlieue nord de Tours. Myriam se souvient avoir pensé, qu'au moment de quitter le Bretagne, Mariette aurait aimé pouvoir prendre “ses cliques et ses claques” car selon Myriam la passion amoureuse était partie, et bien partie. En tous cas Mariette n'a pas eu la force, la possibilité, le courage de l'abandonner. Etait-ce par amour de Max ou bien par peur de devoir affronter la pauvreté seule avec deux enfants, puisque tout ce qu'elle possédait appartenait en réalité à Max?

Une fois en Touraine, seuls deux enfants, Joseph-Christophe et Patricia, vivaient sous le même toit que Mariette et Max. Myriam et Sylvie passaient nous voir régulièrement. Myriam ménageait la chèvre et le chou avec Max (situation qu'elle n'aimait pas), afin que ses enfants Matthieu et Nathalie puissent connaître leur grand-mère Mariette. Il fallait avoir envie de le maintenir ce lien, user de diplomatie, écouter ses histoires. Dominique disait souvent ne plus vouloir y aller, par exemple la fois où Max a cassé le jeu de Matthieu. Ou encore la fois où il a renversé la table avec tout le repas par terre: c'était un dimanche lors du repas de midi. Les enfants de Myriam étaient complètement ébahis de ce comportement. Comme Myriam voulait continuer de voir Mariette, et maintenir ce lien, il fallait composer avec Max, qui n'était pas content que Myriam continue régulièrement de venir. Myriam et Max se détestaient, mais ils n'osaient jamais à l'affrontement direct. Sylvie tenait le même raisonnement que Myriam: "supportons Max sinon nous ne verrons plus Mariette".

Parmi les souvenirs qui se sont gravés profondément dans la mémoire de Patricia, il y a cette soirée mémorable à la maison de Saint-Cyr-sur-Loire, fin 1978. Nous étions quatre: Max, Mariette, Patricia (15 ans) et Joseph-Christophe (17 ans). C'était le début du repas, nous étions tous assis autour de la table carrée, dans la cuisine. Mariette venait de poser la casserole de soupe bouillante sur la table. Max, dans une de ses colères, jeta toute la table en l'air, casserole comprise. La casserole et son contenu bouillant passa à quelques doigts de la tête de Joseph-Christophe, qui se sentant agressé se saisit du grand couteau de cuisine posé à côté de lui. Ce geste de Joseph-Christophe se voulait défensif. Mais Patricia a cru que son frère allait planter ce couteau dans le ventre de Max (ventre un peu gros, soit dit en passant). Mariette s'est très vite interposée entre Max et Joseph-Christophe. Il était temps car Max avait apparemment l'intention d'en venir à un corps à corps. Ce qui aurait très mal fini, car Joseph-Christophe se souvient très bien qu'au cas où il aurait perdu un tel premier round, il se serait vengé pendant le sommeil de Max, ce dont il avait d'ailleurs informé Mariette, Max et Patricia. Peu après Mariette et Max, qui s'étaient concertés en tête à tête, nous avaient convoqués pour nous informer qu'ils comptaient se séparer car il n'était pas possible de continuer comme cela. Max nous reprocha à nous, les enfants de Mariette, de ne pas l'aimer et nous demanda à Patricia et à Joseph-Christophe, pourquoi nous ne l'aimions pas. Nous ne répondirent rien. Le non-amour ou la haine doivent-elles s'expliquer, se justifier? Étions-nous coupables de ne pas aimer un être aussi charmant? Max a-t-il imaginé que nous étions antisémites (supposition qui aurait été paranoïaque)? Patricia et Joseph-Christophe vécurent quelques jours dans l'attente et l'espoir de cette séparation, qui ne se concrétisa malheureusement jamais. Joseph-Christophe n'avait donc pas réussi à déclencher chez Mariette la réaction espérée et probablement appropriée: qu'elle abandonne Max.

Puis ce fut au tour de Joseph-Christophe de quitter le domicile familial de Cérelles, lui aussi très jeune, à l'âge de 18 ans, au début de l'année 1980. Il faut noter que Joseph-Christophe se maria à 18 ans; à peine plus jeune que Myriam (mariée à 19 ans) ou que Sylvie (mariée à 20 ans). Son épouse Marie-Noëlle, n'eut pas la patience de Dominique ou de Rémy (les maris de Myriam et de Sylvie) car le jour où Max renversa la table, elle décida que non-seulement elle ne remettrait plus jamais les pieds à Cérelles mais aussi que Max ne viendrait plus jamais chez eux. Joseph-Christophe ne chercha pas à contredire son épouse, au contraire il ne l'en apprécia que plus car cette décision lui semblait juste et saine (ce en quoi Joseph-Christophe se trompait en partie, comme il l'a compris mais beaucoup plus tard). Seule Mariette continua de venir chez eux, et encore elle ne fut qu'à peine tolérée par Marie-Noëlle (ce qui fut peut-être l'un des éléments qui finirent pas briser leur couple: comment prouver à son conjoint qu'on l'aime tout en haïssant activement sa mère que ce dernier aime encore?). Marie-Noëlle observait très justement que Mariette bénéficiait d'une incompréhensible affection et même d'une grande admiration, de ses enfants. Seul Max était détesté par nous quatre, comme des otages en garde à vue s'attachent parfois à l'un de leurs geôliers mais pas aux autres. Si Marie-Noëlle avait connu le concept de syndrome de Stockholm, alors elle nous aurait sans doute mieux éclairés sur ce qui nous arrivait: https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/230221/inceste-et-syndrome-de-stockholm. Plus tard Dominique et Patrick (les maris de Myriam et de Patrick, que Mariette détestait tout particulièrement) observèrent que nous étions, à leur avis, des victimes de ce syndrome. On pense à cette citation de Blaise Pascal: "Presque tous les malheurs de la vie viennent des fausses idées que nous avons sur ce qui nous arrive".

Une fois Joseph-Christophe parti, le principal objet de la détestation de Max devint Patricia. A la différence de ses aînés, Patricia dû affronter Max avec Mariette pour seul rempart. Un rempart bien fragile. L'inceste se produisit pendant que Mariette s'absentait, ce qui arrivait à intervalles réguliers. Cela dura quelques mois, avant que Patricia quitte à son tour le domicile familial, vers la fin de l'année 1981, âgée elle aussi de 18 ans. Max avait ainsi réussi à faire fuir du "doux" foyer les quatre enfants, à l'âge légal (18 ans). Mariette s'est alors retrouvée seule face à Max, à l'exception d'une courte période où Patricia, privée de revenus, revint pendant quelques mois (en 1982) avant de repartir définitivement.

Pour commettre cet abus incestueux, Max "profita" aussi de l'absence de notre père, qui était resté vivre en Belgique et qui se désintéressa progressivement de nous. Nulle part dans notre texte le mot "viol" n'est écrit car le mot "viol" implique une pénétration. Nous utilisons en revanche le mot inceste car il y a bien eu une relation sexuelle (mais sans pénétration).

Une fois seule avec Max, Mariette est devenue sa seule et unique souffre-douleur. Il a ensuite fallu à Mariette un peu moins de 3 ans avant de "fuir" Max à son tour. La manière, rocambolesque, dont Mariette parvint à "fuir" est racontée ici: https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/060221/mariette-demenage

Cette "fuite" de Mariette (qui ressemblait un peu à la "fuite" de la première épouse de Max) était sans doute un peu trop tardive car Mariette était en train de nous perdre, notamment Joseph-Christophe. Il faut bien constater que ce qui la fit "fuir" c'est qu'elle était devenue, elle, Mariette, la proie du prédateur Max. Tant que les victimes étaient ses enfants, cela était supportable pour elle. On pense à cette citation de La Rochefoucauld:"Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui".

Ensuite, Patricia et Mariette vécurent en voisines pendant quelques années, à Saint-Cyr-sur-Loire. Patricia put alors constater à quel point Mariette continuait d'être terrorisée par Max. Souvent elle se retournait dans la rue, craignant d'être suivie. Comment expliquer cette peur quasi-permanente de Mariette? Max avait eu sur Mariette une forte influence, dès le début de leur relation. Par exemple il avait réussi à la faire voter a gauche, à ce qu'elle se fâche avec ses amis, que Max n'aimait pas, et surtout il était parvenu à tous nous faire partir du foyer familial, les uns après les autres. Il lui disait qu'elle perdait la tête, qu'elle était mauvaise cuisinière, qu'elle ne faisait pas bien ceci, mal cela. Leur relation était anxiogène pour Mariette. Peut-on faire remonter cette peur de Mariette plus loin encore, pendant la guerre où, entre enfance et adolescence Mariette apprit le manque, le froid, les bombardements, la faim?

C'est à cette époque que Mariette eut l'occasion d'apprécier la compagnie de Patricia, mais ce temps ne dura pas puisque Patricia se maria et partit vivre en Savoie. Avec le temps, le détachement s'aggravera progressivement. Y-a t-il d'autres raisons, en plus de cet inceste, à ce détachement? Quel rôle a joué le fait que Mariette et Patricia furent apparemment des enfants moins désirés, moins aimés, de leur mère que le furent leurs sœurs et frères aînés? Seraient-elles nées si la contraception avait été pratiquée à l'époque de leurs conceptions? Quand l'occasion se présenta, Mariette a confié à Sylvie et à Patricia qu'elle s'était fait avorter, comme elles. Peut-on imaginer qu'avoir été une enfant non-désirée par sa mère ait commencé à générer chez Mariette une sorte de manque et d'angoisse qui durera sa vie entière? Sur son vieil âge, elle nous répétait souvent ses angoisses qu'elle ne pouvait s'expliquer.

Patricia et Joseph-Christophe estiment tous deux que leurs détachements pour Mariette, qui sont arrivés progressivement, ont débuté pendant la cohabitation que notre mère nous imposa avec Max. Mais c'est seulement quand Mariette a pris sa retraite, en 1996, que Joseph-Christophe a compris qu'il haïssait sa mère, ce qu'il n'avait pas bien réalisé plus tôt et qui opérait, et opère encore, à son corps défendant. Mariette, retraitée, avait alors trouvé le temps de venir voir son fils à Rodez chez lui et son épouse, Chantal. Joseph-Christophe réalisa alors que la simple présence de sa mère à ses côtés lui était devenue insupportable. Joseph-Christophe prétexta du travail à l’hôpital pour ne la voir que le matin et le soir, pendant toute la durée de sa visite. Chantal, qui passa ainsi quelques longues journées en tête-à-tête avec Mariette avait dit, à l’issue de cette visite, qu’elle s’était mise, elle aussi, à haïr Mariette. Chantal disait que si elle avait eu une mère qui l’avait mise dehors de chez elle à 18 ans, ainsi que ses soeurs ou frères, alors elle ne l’aurait plus jamais revue de sa vie. Mariette a sans doute dû prendre conscience de cela car elle n'est plus jamais revenue chez nous. Joseph-Christophe lui rendait parfois visite à Tours (une ou deux fois par an, plus souvent une que deux), sur de très courtes périodes. Une fois chez Mariette, son fils parvenait à mieux la supporter car il sentait qu'il pouvait s'enfuir à tout moment, ce qu'il faisait d'ailleurs en général au moins de 24 ou 48 heures. Aujourd'hui, quand Joseph-Christophe va voir Mariette dans son EHPAD à Béziers (à peu près une ou deux fois par an), c'est avec des semelles de plomb. Mariette lui est presque devenue étrangère. Mais l'indifférence n'est pas encore présente car avec une étrangère il pourrait peut-être se sentir à l’aise. Peut-être retrouvera-t-il l'envie de lui pardonner et de l'aimer quand elle sera morte? La haine peut être destructrice: il faut prendre garde de ne pas finir par se haïr soi-même.

Patricia partage ce sentiment interrogatif de Joseph-Christophe. Elle ne veut, et peut, plus aller voir Mariette car la dernière fois qu'elle a essayé, elle a vomi, perdu l'appétit, maigri de dix kilos et mis six mois à s'en remettre. N'ira-t-elle plus jamais la voir?

Sylvie vit à Brest et ne rend visite à Mariette, à Béziers, qu'une fois par an, sur la route des vacances qu'elle prend toujours en Espagne.

Seule Myriam est restée attachée à Mariette et elle lui rend visite toutes les semaines. Il faut dire que l'EHPAD de Mariette est à moins d'un quart d'heure de route de chez Myriam. On pense à cette citation de Marcel Proust: “L'amour est immense: la personne aimée y tient peu de place puisque la plupart des éléments de la personne aimée sont tirés de nous-mêmes”. Pourrait-on dire la même chose de la haine?

Aux environs de 2005, Myriam rencontra par hasard Max dans une rue de Tours. Il était très vieilli, presque aveugle et accompagné d'une femme, qui le guidait. Une fois qu'il a reconnu Myriam, Max a demandé des nouvelles de Mariette et si tous les enfants allaient bien. Si Myriam avait su l'inceste à ce moment-là alors elle n'aurait pas été aussi aimable qu'elle le fut avec lui. Myriam se souvient du jour où Patricia lui parla pour la première fois de cet inceste. Myriam vivait encore sur son bateau en Martinique. Myriam fut stupéfaite et très fâchée d'avoir été aussi aveugle. Patricia lui en avait parlé car elle avait eu une altercation peu de temps avant avec Roger, l'amant de notre mère alors âgée de près de 80 ans. Patricia était furieuse que Roger ose évoquer avec elle ce sujet, d'autant que Roger lui disait, comme Mariette, qu'elle l'avait bien cherché.

Joseph-Christophe fut le dernier de la fratrie à être informé de cet inceste, mais après 2010 (donc après le décès de Max). Patricia avait toujours craint de raconter cela à Joseph-Christophe car elle se souvenait de l'épisode du couteau (en 1978) et elle craignait que Joseph-Christophe fasse un mauvais sort à Max. Patricia se trompait car Joseph-Christophe n'aurait jamais fait de mauvais sort à Max pour cette raison. Il se serait contenté de saisir la justice, sans tarder, surtout qu'à l'époque son épouse Marie-Noëlle était étudiante en droit et Joseph-Christophe était déjà habitué à cette sorte de procédure puisqu'il avait demandé, peu de temps avant, une mesure de protection juridique pour notre père José (tentant ainsi de réparer, âgé de 20 ans, l'incurie de nos grands-parents: ne pas protéger ses enfants était décidément un trait familial). Patricia espérait-elle déclencher, chez Mariette, une réaction que ni Myriam, ni Sylvie, ni Joseph-Christophe (avec le couteau de cuisine) n'étaient parvenus à déclencher quelques années plus tôt?

Récemment, nous avons informé de cet inceste plusieurs de nos oncles, tantes, cousins ou cousines. Les rares réactions qui nous revinrent furent stupéfaites ou mitigées, voire suspicieuses: sans doute est-il naturel pour un oncle ou pour une tante de donner raison à sa soeur plutôt qu'à ses nièces et à son neveu. A moins que cela permette d'occulter ses propres responsabilités dans la chaîne des événements? Nous nous souvenons, par exemple, de certains de nos cousins ou cousines qui avaient soudainement refusé de nous fréquenter en raison du divorce de nos parents. Qui d'autre que leurs parents (nos oncles ou tantes) ont pu leur mettre ce genre d'idées en tête?

Avec le temps, on voit bien que notre "parâtre" (on ne peut lui trouver meilleur qualificatif) a mis en place la stratégie classique du prédateur sexuel: isoler, faire le vide autour de sa proie, en terrorisant et faisant fuir tous les membres de la famille, puis une fois cela fait, fondre sur elle. Avant qu'elle perde la tête (un peu avant 2020, dans son EHPAD à Béziers), Mariette n'admettait toujours pas la moindre responsabilité dans cet inceste, ni dans le fait que ses quatre enfants avaient tous quitté le domicile familial à 18 ans, l'âge légal, comme par hasard! Selon elle, Patricia l'avait bien cherché! La seule chose qu'elle admettait c'est que Max l'avait "roulée", elle, Mariette. Qu'entendait-elle par "roulée" dans ces conditions? Dans le même temps elle reprochait avec des mots cruels, à Stéphanie, l'ex-femme de son petit-fils Mathieu d'avoir déménagé à Nice par convenance personnelle, privant ainsi Matthieu, dont le métier ne lui permet pas de travailler ailleurs qu'à Paris, de leur fille Pauline. De même elle a toujours dit le plus grand mal de ses gendres et brus (brus au pluriel, Joseph-Christophe ayant été marié trois fois) leur reprochant de ne pas aimer ses enfants. Pourtant on peut dire que lesdits gendres et brus ne nous ont pas fait le mal qu'elle nous fit en permettant que cet inceste se produise.

De manière un peu prémonitoire, notre grand-père maternel, qui a tenu un journal intime, pendant toute sa vie (que nous avons découvert après sa mort, survenue en 1987), y avait écrit, entre autres, ces quelques phrases:

  • 30 août 1974: "Mariette vient présenter son ami Max. Je ne fais aucun commentaire, mais je doute que l'entente dure, car il ne veut pas se divorcer".

  • 24 mars 1975: "Max et Mariette vivent maritalement depuis une année. Ghislaine a été la première à l'accepter. Moi je reste toujours froid. Que réserve l'avenir quand c'est surtout le sexe qui domine leur entente?".

Max désirait notre mère (Mariette), ce qui était son affaire, et la-sienne, mais il désirait aussi ses trois filles (Myriam, Sylvie et Patricia), ce qui était criminel. Est-ce cette intuition qu’eut notre grand-père maternel, mais sans oser ou être capable de la formuler, aussi clairement, dans son journal intime? Peut-on y voir un trait autistique chez notre grand-père maternel (qui était sourd)? Serait-ce de là que proviennent les gênes de l'autisme que Joseph-Christophe a transmis à son fils Jean-Baptiste?

En fin de compte, nous pensons que mieux vaut peut-être avoir des parents de ce type que de passer son enfance comme orphelin(e), sans parents, ni frère(s), ni sœur(s), à l'assistance publique? Mais pour ce qui est de Max, nous préférerions n'avoir jamais vécu chez lui. Nous n'en serions alors pas arrivés à le haïr en proportion de la détestation qu'il manifesta contre nous. Pourtant, tout "monstre" qu'il fut, Max possédait de grandes qualités. Passer toute la dernière guerre en pays occupé, dans la clandestinité, survivre ainsi à la Shoah, cela révèle une force de vie digne d'admiration et d'éloges. De même ses enfants ont fort bien réussi leur vie professionnelle: le cadet est rédacteur en chef dans un grand journal et l'aîné est le manager d'un célèbre chanteur. On ne parvient pas à des telles situations professionnelles sans en posséder les qualités et les deux fils ont manifestement hérité de ces qualités-là, en partie, de leur père.

Patricia regrette aujourd'hui de ne pas avoir porté plainte contre Max. Si ce procès avait eu lieu, alors qu'aurait dit Max pour sa défense? Aurait-il repris à son compte “l'argument” de Mariette, de son amant Roger et de certains de nos oncles: “il ne l'a pas violée, elle l'a bien cherché ”. Dans notre fratrie nous avions été élevés dans un esprit naturiste et il était habituel pour nous de nous promener nus dans la maison. De notre fratrie, Patricia fut celle qui souffrit le plus de l'absence de son père. Quand elle s'asseyait sur les genoux de Max, toute nue, elle aurait certainement fait pareil avec notre père. Max aurait-il rajouté: “elle s'offrait, nue, à moi et elle était à quelques semaines de ses 18 ans”. Qu'aurait répondu la justice à cela? Max aurait-il été capable de faire ce que Mariette n'a jamais fait, demander pardon?

 

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