Mon père selon l'état civil fut-il mon géniteur?

Quinze années se sont écoulées depuis la mort de mon père selon l'état civil, José (mai 1932 - avril 2006). Ma mère Mariette, née en décembre 1930, est morte en avril 2021. Le temps décent de leurs deux deuils est maintenant écoulé. Il est donc venu le temps de parler de mon vrai père, José, cocu.

Je crois être un adulte car: "Etre adulte, c'est avoir pardonné à ses parents." (Johann Wolfgang von Goethe).

Parmi les raisons qui me poussent à écrire:

"Écrire est le moyen de parler lorsqu'on n'espère pas d'être écouté." (Nicolas Malebranche).

"Geschichte schreiben ist eine Art, sich das Vergangene vom Halse zu schaffen." / "Écrire l’histoire est une manière de se débarrasser du passé." / "Ceux qui ne comprennent pas leur passé sont condamnés à le revivre." (Johann Wolfgang von Goethe).

Le sujet de ce billet a été introduit ici:

https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/290821/peres-cocus-cuckolded-fathers

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Le divorce de Mariette et de José fut un divorce pour faute, Mariette ayant été surprise en flagrant-délit d'adultère dûment constaté par huissier de justice, à la fin des années 1960.

Quatre ou cinq ans plus tard, la première à me faire douter que mon père à l'état civil (José) était bien mon géniteur, ce fut ma grand-mère paternelle (Marie-Raphaëlle). J'étais âgé de 12 ou 13 ans environ. Selon Marie-Raphaëlle, mon géniteur aurait été l'un ou l'autre de ces deux probables amants de ma mère selon elle: Dujardin ou Desurmont. Il paraît que je ressemblais un peu à ce Dujardin et aussi un peu à ce  Desurmont, mais selon ma grand-mère, ma mère avait eu encore d'autres amants en plus de ces deux-là. Elle ignorait en revanche tout de Roger, le seul qu'elle aurait pu raisonnablement suspecter, comme on le verra.

Plus tard, alors que j'étais âgé d'environ 17 ans, ma fiancée (Marie-Noëlle) m'avait mis, de nouveau, ce doute en tête. Selon Marie-Noëlle j'étais trop différent de José et tout le monde savait que Mariette avait été d'un tempérament plutôt adultérin du temps de son mariage avec José.

Puis, marié avec Marie-Noëlle, alors enceinte, j'avais interrogé, très précisément, Mariette. "Peux-tu me jurer sur la tête de tes enfants que José est bien mon père?" lui avais-je demandé. Mariette m'avait juré que oui. Je me souviens bien de cette scène et de ce serment qui s'étaient déroulés dans le magasin que Mariette tenait avec Max à Tours. J'ai cru Mariette et je n'y ai plus pensé.

Un peu moins de 20 ans plus tard, Mariette a fini par m'avouer "sa vérité". Selon elle, José n'était pas mon père. Âgé de +/-35 ans, je vivais alors à Rodez. J'étais venu rendre visite à ma sœur Sylvie à Clermont-Ferrand. Mariette me proposa une petite promenade dans le lotissement où vivait Sylvie, dans la proche banlieue à Clermont-Ferrand. Elle m'annonça qu'elle avait un secret à me dire. C'était sa voyante qui l'avait convaincue de me dire son secret ("sa vérité").

Quand, presque 20 ans plus tôt, Mariette m'avait juré le contraire de cette nouvelle "vérité", c'était Max (son compagnon de l'époque), me dit-elle, qui l'avait convaincue de me jurer, contre sa propre conviction, que José était mon père. La conviction de Mariette, à laquelle elle n'a jamais renoncé, était fondée sur le fait que, bébé, mon odeur était exactement la même que celle de Roger, avec qui elle avait fait cocu José à l'époque où elle me conçut.

Ma première réaction fut de croire cette nouvelle "vérité" comme j'avais cru la précédente "vérité" contraire. Mais en y réfléchissant un peu plus longuement, je commençais à ne plus trop savoir où se situait la vraie vérité. Mon métier c'est la biologie médicale. La solution idéale pour moi c'était de demander une analyse génétique. Mais celui qui, selon Mariette, était mon véritable géniteur (Roger) était mort depuis plusieurs années d'un accident de voiture. Impossible donc de pratiquer une analyse génétique de ce côté. José étant toujours vivant, il aurait été théoriquement possible de pratiquer une analyse génétique avec lui, mais, depuis que nous avions demandé à la justice, sans succès, sa mise en tutelle, une quinzaine d'années plus tôt, José refusait tout contact avec ses quatre enfants. Mariette lui écrivit une lettre, mais ce fut en pure perte (la lettre de Mariette était formulée sans aucune mention de recherche de paternité).

Ma sœur Myriam (mon aînée de six ans), avait un peu connu Roger. Myriam était formelle: selon elle je ressemblais beaucoup plus à José qu'à Roger. Pour Myriam, il était impossible que Roger soit mon géniteur.

Je repris alors contact avec Philippe, le frère de José, pour lui demander son avis. Nous fixâmes rendez-vous à Paris. Nous ne nous étions plus revus depuis près de 20 ans. Dès que Philippe me vit, il me dit sa certitude que José son frère était bien mon père biologique: la ressemblance entre nous deux était selon lui, trop frappante. Il me proposa de m'envoyer des photos de José prises à différents âges de sa vie. Quand je vis ces photos mes doutes s'évanouirent définitivement.

Myriam et Philippe avaient raison c'était évident. Mes deux autres sœurs Sylvie et Patricia étaient, elles-aussi, du même avis: José était à la fois mon père et mon géniteur.

Une fois pleinement rassuré sur mes origines génétiques, je commençai à m'interroger sur les raisons qui avaient pu pousser Mariette à me raconter cette histoire et surtout à se la raconter à elle-même, car elle était manifestement toujours convaincue par son histoire. Avec le temps je crois avoir trouvé quelques réponses, mais c'est une autre histoire... qui fera l'objet d'un prochain billet.

Mariette et José vécurent 15 ans ensemble (1954-1969); elle fut sa veuve 15 ans durant (2006-2021). Ils furent tous deux incinérés et leurs cendres furent répandues (à près de 1000 kilomètres de distance les unes des autres, par l'autoroute): José à Mouscron dans le sud de la Belgique et Mariette à Béziers dans le sud de la France. Ce poème n'a manifestement pas été écrit pour ce couple-là:

Quand nos deux corps perdront mon âme avec la-tienne,

Les os des morts seront ma tombe avec la-tienne.

Et plus tard, des maçons, pour bâtir un tombeau,

Viendront déterrer ma poussière avec la-tienne.

Omar Khayyam (1045-1131).

https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/060221/mariette-demenage

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https://blogs.mediapart.fr/wawa/blog/190521/chacun-doute-le-mieux-de-ce-quil-connait-aussi-le-mieux

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PS: le nom de famille de Roger évoque une ressemblance à un veau, animal que j'affectionne depuis longtemps, ainsi que ses parents: la vache et le taureau. Mon signe astral chinois c'est le bœuf. A mes moments poètes, je me plais à imaginer que Mariette avait peut-être raison.

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