Zemmour: pas d’allocs aux immigrés. Onfray opine

Zemmour porte des accusations les plus insultantes envers les immigrés et leur dénie le droit aux allocations familiales : Onfray ne conteste pas et botte en touche. Et autres petites chroniques : sur Mosco l’insubmersible, Clochemerle à Lyon, la fraude au chômage partiel, la crise des finances locales et l’aide alimentaire aux SDF de Toulouse.

[capture d'écran YF sur CNews] [capture d'écran YF sur CNews]
Éric Zemmour et Michel Onfray ont débattu le 29 mai sur CNews. J’ai regardé 5 minutes en différé pour les entendre se congratuler, accuser la Révolution, comme une révélation, d’avoir commis des crimes, admirer Bonaparte, reprocher au Front Populaire de n’avoir pas réarmer la France suffisamment tôt face à Hitler. Bref, les deux débatteurs encensent le « peuple », à la manière de Florian Philippot, Marine Le Pen ou Patrick Buisson. La Dépêche retient qu’ils ont échangé courtoisement et même que ce sont les « internautes » qui le disent. Le quotidien monopolistique d'Occitanie ne relève par ailleurs qu’une chose : Zemmour a dit qu’il fallait « redonner la préférence aux Français » pour les aides sociales, reprochant à la Caisse d'allocations familiales de mal les redistribuer.

Du coup, j’ai fait l’effort d’aller écouter le passage, non pour savoir ce que peut bien dire le raciste Zemmour, mais pour entendre la réponse d’Onfray. Zemmour assène que, selon Charles Prats, « 42% des versements de la CAF sont versés non pas à des Français d’origine étrangère mais à des étrangers ». L’animatrice du débat, Christine Kelly, le reprend : « nés à l’étranger » (ce qui n’est pas la même chose, mais reste faux). Il poursuit : « Il faut réserver les allocations aux Français et non pas les distribuer au monde entier ». La fraude sociale c’est 40 milliards, affirme-t-il, pour payer des retraites à des gens en Algérie qui sont morts depuis longtemps (colportant l’accusation de Prats, polémique infondée, selon laquelle il y aurait de faux assurés sociaux). Il faut réduire les impôts plutôt que les passer dans les allocations, ce serait préférable pour les employeurs qui payent trop de taxes et d’impôts. Sachant qu'il peut s'exprimer en toute impunité, il ne craint même pas de confondre sans cesse aides sociales et prestations familiales.  

Onfray, faisant mine de dominer la situation du haut de son Aventin mais écoutant complaisamment les saillies de Zemmour, tel un élève écoutant son maître, répond en vrac sur les paradis fiscaux, les « Mastrichiens », sur l’ISF mais il fait preuve d’une incompétence flagrante sur ces sujets. Il est pour l’ISF, qu’il évalue avec Zemmour (qui est contre) à 2 milliards d’euros (alors que le premier clampin venu sait que c’est au moins 3,5 Md€, perdus par le budget de l’État, sans parler de la baisse de la fiscalité sur les revenus du capital). Il essaye de se montrer généreux pour les plus pauvres, il est contre les allocations familiales versées à tous (avec l’exemple de Bernard Arnault, argument selon moi bas du plafond, signe qu’il n’a rien à dire sinon, doctement, des lapalissades « révolutionnaires » du genre « Bernard Arnault ne devrait pas percevoir de prestations familiales, hugh ! »). Dans la même veine, il conteste les amendes à 135 € pour infraction au confinement qui devraient être proportionnelles aux revenus : bien sûr, il n’a pas tort mais cela en dit long sur son incapacité à argumenter davantage. Cela lui permet de botter en touche, car il ne dit rien sur les allocations réservées aux Français, bien qu’invité par Christine Kelly à faire part de son avis. Nous avions là deux militants d’extrême-droite et de droite extrême approuvant que les étrangers n’aient pas de droits sociaux (l’un affirmant, l’autre opinant par son silence). Contester un principe fondamental de la République ne relève pas de la liberté d’opinion, c’est un propos raciste, c’est un trouble à l’ordre publique. Et Onfray ose parler de Front Populaire !

. j’ai démonté les propos de l’extrême-droite et de ce Charles Prats (qu’utilise abondamment Zemmour) dans un article de blog : L’extrême-droite en chasse contre assistés et immigrés.

. sur le projet de Michel Onfray de créer une revue prétentieusement titrée Front Populaire, voir mon billet Mauvais augures pour les temps d’après.

Mosco l’insubmersible

[Photo Maxppp Julien Warnand] [Photo Maxppp Julien Warnand]
Qui est Pierre Moscovici ? Un ancien lieutenant de DSK qui n’ignorait rien de ses frasques et qui, comme Valls, Bauer, Le Guen, ne lui a rien dit, n’a rien fait et qui après le Sofitel, a fait l’étonné. La chute de son mentor aurait pu et dû l’éjecter du monde politique, mais il s’est retrouvé ministre de l’économie et des finances de Hollande sans coup férir, puis tranquillement commissaire européen. Dans Adults in the room de Costa-Gavras, Moscovici est présenté comme un hypocrite dans la crise grecque : par devant il fait ami-ami avec Yanis Varoufakis, et dans son dos il le trahit, de connivence avec la bande qui veut mettre la Grèce à genoux. Dans le livre de Varoufakis (Conversations entre adultes : Dans les coulisses secrètes de l’Europe), il est présenté comme s’inclinant sans panache devant Jeroen, président de l’Eurogroup, groupe pourtant informel des ministres des finances de la zone euro. Le comportement de Moscovici, accusant après coup Varoufakis, est particulièrement incorrect.

Aujourd’hui, il obtient avec Macron (comme lettre à la poste) une fonction prestigieuse : il sera nommé demain président de la Cour des comptes ! Qui peut imaginer qu’il assurera l’indépendance de cette instance face aux attentes et aux exigences du Président ? Personne. Faudrait étudier comment ce genre d’individu s’y prend pour toujours tirer son épingle du jeu.

Clochemerle à Lyon

Gérard Collomb, maire (ex-LREM, ex-PS) de Lyon, s’acoquine avec le candidat LR, François-Noël Buffet, à la Métropole (trahissant ainsi son ex-premier adjoint LREM candidat) pour que son dauphin à la mairie, le gymnaste Yann Cucherat (LREM) soit élu sur la ville après le désistement en sa faveur de son challenger Etienne Blanc (LR), afin d’éviter que les Verts emportent l’élection (alors qu’ils sont arrivés en tête au premier tour). Je ne sais pas si vous avez suivi mais sachez que, du coup, Cucherat est viré de LREM !

Moralité pourtant : non seulement il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un homme politique de droite (Collomb) fasse alliance avec la droite, même dure (puisque cela suppose une entente avec Laurent Wauquiez), mais LREM qui a entretenu et même porté la trahison comme un art politique supérieur ne devrait pas s’offusquer. Ce Clochemerle lyonnais n’a rien de plus conforme au macronisme débridé.

. on mesure sur cette photo parue dans Le Progrès l’explosion de joie exprimée, après leur alliance, par ces deux larrons en foire, Collomb et Blanc.

Collomb et Blanc Collomb et Blanc

Fraude au chômage partiel

Le chômage partiel (Unédic + 2/3 État) a pris en charge jusqu'à 12,4 millions de salariés, on est actuellement à 8,6 millions. Merci qui ? Notre système de protection sociale. Des employeurs auraient abusé, faisant travailler leurs employés tout en les déclarant chômeurs. Un cabinet a évalué que cela représentait 24 % des employés en chômage partiel. Le coût du chômage partiel dû au Covid-19 s’élevant à 24 milliards d’euros, une règle de trois facile permet d’évaluer à environ 6 milliards la fraude.

J’aimerais avoir des pouvoirs surhumains pour savoir qui sont ces employeurs tricheurs ? Ne seraient-ils pas justement ceux qui gémissent sans cesse contre les « assistés » qui ont l’outrecuidance de toucher le RSA ou l’ASS, parce que notre système économique ne parvient pas à assurer un emploi pour tous ? 6 milliards détournés permettraient à plus de deux millions de foyers, percevant le RSA et l’ASS, d’avoir une augmentation de 60 % de leur allocation ! Cette fraude-là ne pourra sans doute pas être prouvée : elle passera par profits et pertes et les parlementaires qui s’acharnent à vouloir démontrer qu’il existe une fraude sociale pour bien culpabiliser le citoyen-lambda en agitant des chiffres bidons, se garderont d’enquêter sur cette fraude au chômage partiel.

Crise des finances locales

Les gazettes se font l’écho des premières conclusions rendues par Jean-René Cazeneuve, député LREM du Gers, chargé par le premier ministre de mesurer l’impact de l’épidémie sur les finances des collectivités locales (pertes de recettes). Le manque à encaisser serait de 7,5 milliards d’euros (communes : 3,2 ; départements : 3,4 ; régions : 0,9): ce n’est pas rien, puisque cela représente deux fois la suppression de l’ISF (3 à 4 Md€). L’État devrait compenser les communes et les départements (pas les régions) à hauteur de 4,5 Md€. Mais étrangement les médias sont discrets sur les finances des collectivités locales. Il me faut consulter le dernier rapport 2019 de la Cour des comptes (pour l’année 2018) et faire les totaux moi-même : les recettes totales de ces collectivités s’élèvent à 213 Md€, pour des dépenses de 179 Md€, soit après remboursements des emprunts, une épargne de 10 milliards (on ne dira jamais assez que ces collectivités ne pouvant constitutionnellement avoir du déficit produisent un excédent atténuant un peu chaque année la progression de la dette publique). Donc l’effet du Covid-19 n’est pas totalement catastrophique (- 3,5 % des recettes, inférieur à son excédent annuel,) : sauf que l’accroissement des dépenses sociales liées à la crise sanitaire (dans certains départements, le nombre d’allocataires du RSA a augmenté de 10 % en deux mois) risque fort d’accroître les effets néfastes de la perte de recettes et de faire exploser les compteurs.

Solidarité

Des bénévoles préparent des colis alimentaires à La Chapelle, Toulouse [Fred Scheiber] Des bénévoles préparent des colis alimentaires à La Chapelle, Toulouse [Fred Scheiber]
Frédéric Dessort, pour Mediacités, fait le point sur la situation de l’aide alimentaire aux squats et bidonvilles de Toulouse. Il décrit cette tension qui a eu lieu entre les associations et la préfecture qui ne voulait pas admettre qu’il y avait 1950 personnes dans le besoin, n’en reconnaissant que 939, ce qui fait que 1000 SDF ne pouvaient bénéficier des produits de la Banque alimentaire. Cet article révèle par ailleurs un fait non publié jusqu’alors : plusieurs associations et collectifs, dont certains anarchistes et libertaires, ont lancé une collecte en ligne : avec près de 60 000 € de dons, ils ont pu apporter une aide alimentaire à 1500 personnes.

. l’article est accessible gratuitement : 1000 SDF privés d’aide alimentaire par la préfecture de Toulouse. L’abonnement est recommandé. Mediacités c’est un peu comme Mediapart en province (outre Toulouse, Lyon, Nantes et Lille).

. voir également mes billets du temps du confinement : Crise sanitaire et 115 : les sans-abri en danger (13 avril) et Toulouse : vers une « émeute de la faim » ? (9 avril).

Le futur scoop ?

Depuis 4 mois, on a souvent entendu parler de l’asymptomatique, avec le "a" privatif, comme amoral, anormal ou asocial : celle ou celui qui a été contaminé par le coronavirus, mais n’a présenté aucun symptôme. Seulement voilà, à ce jour, on a entendu tous les virologues, infectiologues, réanimateurs, urgentistes, professeurs de France et de Navarre, ainsi que moult contaminés et malades sortis de l’enfer, mais pas encore un asymptomatique : c’est étrange, car on teste beaucoup désormais donc on a bien dû en déceler quelques-uns. Le problème est peut-être qu’un asymptomatique n’a rien à dire, sinon qu’il va bien et qu’il est passé sans le savoir à côté de la catastrophe, ce qui a un intérêt limité : comment faire de l’audience avec celles et ceux qui sont finalement comme vous et moi (pour le moment) ? C’est vraiment amédiatique !

Programme pour sortir de la crise

Un collectif de 36 associations demande que le plan de relance du gouvernement n’oublie pas les plus démunis, en particulier sur la question du logement afin qu’il n’y ait plus personne à la rue (ici). J’ajouterai : afin que personne ne perçoive moins de la moitié du seuil de pauvreté pour survivre.

Récits de confinement

Synthèse des récits de confinement de 126 personnes de la rue, présentée sur le blog Écrire sur et pour le travail social de Didier Dubasque. Merci à lui pour cette présentation claire et instructive (ici).

Démocratiser l’entreprise...

... pour dépolluer la planète, tel est l’appel lancé par 3000 chercheurs et chercheuse issus de plus de 600 établissements universitaires dans 23 pays des cinq continents (Dominique Méda, Julia Cagé, Axel Honneth, Thomas Piketty, Jean Jouzel, Gabriel Zucman, Pablo Servigne....). Le texte s’appuie sur la crise sanitaire pour dire que le travail ne peut être marchandisé. Les salariés doivent avoir leur part de décision dans l’entreprise. Des comités d’entreprise doivent avoir des droits similaires à ceux des conseils d’administration. Par ailleurs, les États doivent assurer un emploi pour tous. Le texte insiste également sur les droits des femmes et sur l’effondrement climatique en partie dû au système capitaliste actuel. L’aide des États aux entreprises doivent être impérativement conditionné à des objectifs sociaux et environnementaux.

. sur Democratizing Work (une version en français) : ici.

Captif, musée du Louvre [Photo YF] Captif, musée du Louvre [Photo YF]

. Certaines de ces chroniques sont parues ces jours-ci sur mon compte Facebook.

Billet n° 554 : Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique.

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr ; Lien avec ma page Facebook ; Tweeter : @YvesFaucoup

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