Un toit pour apprendre

De nombreuses familles sont mal-logées. Leurs enfants voient ainsi leur scolarité perturbée : pas facile d'apprendre quand on est dans un hôtel borgne ou à la rue. A Toulouse, ce matin, une action s'est déroulée devant le Collège Fermat à l'entrée des collégiens, et un petit-déjeuner a été servi aux manifestants, pour dénoncer la situation de familles condamnées aux squats ou menacées d'expulsion.

 

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Petit déjeuner devant le Collège Fermat à Toulouse à 8h le 8 juin [Photo YF]

La campagne Un toit pour apprendre est menée par le DAL de Toulouse (Droit au Logement), par la fédération de parents d'élèves FCPE, par la CGT et Sud (toutes deux, secteur  Éducation de Haute-Garonne). S'y adjoignent le Réseau Éducation Sans Frontière (RESF), Amnesty international et la Ligue des Droits de l'Homme. Des petits déjeuners sont de temps à autre organisés devant les établissements scolaires : Saint-Sernin, l'école Maurice Bécanne, collège Fermat.

[Ph. YF] [Ph. YF]
Les associations militantes sont informées par des enseignants, apprenant que, dans leur classe, un élève est dans une famille mal-logée (logements vétustes ou surpeuplés) ou carrément à la rue, ou par des parents d'élèves, ou par des directeurs d'école. Comme cette famille originaire d'Algérie, logée à l'hôtel, avec deux enfants (un lycéen et un collégien), qui vient d'être admise au Centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA), mais aussi des familles bien françaises ou de diverses origines hébergées en squat. Suite aux impossibilités pour le 115 de pouvoir proposer un logement aux familles (de plus en plus nombreuses, avec enfants en âge scolaire), le Dal a procédé à une "réquisition" qu'il a nommée "Abbé-Pierre" dans l'ancien hôpital La Grave. 75 personnes y sont logées, soit 30 familles (avec 30 enfants), soit françaises, soit étrangères. Ce squat était menacé d'expulsion par les autorités préfectorales mais le tribunal administratif ne l'a pas validée.

D'autres réquisitions ont eu lieu à Toulouse : à Purpan, avec le collectif Lascrosses (environ 70 personnes) et à Saint-Michel avec le Cedis (compte tenu, entre autres, du caractère illégal de ces actions, elles ne sont pas toujours coordonnées). Des Algériens et Marocains, hébergés dans des conditions précaires dans le squat de La Grave, m'ont dit combien ils étaient sensibles à cette humanité, cette solidarité exprimées par des Toulousains en leur faveur.

Les associations demandent à la Préfecture qu'aucune famille ne soit remise à la rue, ni hébergée à l'hôtel (solution inadaptée en particulier s'il y a des enfants), mais qu'au contraire des appartements de transition soient prévus.

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Prises de parole de Annie pour la FCPE et de François pour le DAL, le 8 juin, devant le Collège Fermat [Photos YF]

Une école occupée :

[Photo DAL] [Photo DAL]
Ce 8 juin, en soirée, le DAL a mené une action d'envergure avec la FCPE  et les collectifs de parents en occupant l'école Matabiau pour y passer la nuit. La revendication est précise : qu'aucun enfant ne soit mis à la rue durant cet été. Un toit c'est un droit ! Suite à cette occupation, la Préfecture,qui rechignait jusqu'alors à organiser une rencontre, a fixé au DAL un rendez-vous ce vendredi 9 juin à 14h30 à la Préfecture, en la présence d'un représentant de la ville de Toulouse. Un premier objectif de ces mobilisations est ainsi atteint, sachant qu'il s'agit bien d'obtenir qu'aucun enfant ne soit expulsé avec ses parents de leur logement.

 

Le DAL mène le combat sur le mal-logement :

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. Concert des Motivé-e-s à la Réquisition le 11 mars dernier [Photos DAL, sur son compte Facebook]

"En France 600 000 enfants sont mal-logés, selon la fondation Abbé Pierre. Parmi eux, certains sont à la rue avec ou sans leur famille, d'autres sont hébergés chez des tiers ou à l’hôtel, certains vivent dans des structures d’hébergement collectives tandis que d'autres subissent les mauvaises conditions de leur logement (logements insalubres ou surpeuplés). Le mal-logement a des conséquences direct sur la santé des enfants : saturnisme lié à la présence de plomb, pathologies respiratoires (asthme), infections dermatologiques... L’intoxication au plomb concernerait 85 000 enfants de moins de 6 ans vivant dans des logements vétustes.  L’absence ou les mauvaises conditions de logement ont des conséquences sur la vie de l’enfant, et notamment sur sa réussite et son adaptation scolaire. La durée et la qualité du sommeil vont être impactées, tout comme l'alimentation et l'hygiène, engendrant des difficultés à l'école."

Pour en savoir plus :

. Présentation du film d'Olivier Cousin sur mon blog : Un toit sur la tête, sur des réquisitions de bâtiments inoccupés pour y loger des sans-abri.

. La Ligue des Droits de l'Homme a mené une enquête avec des universitaires sur les conditions d'accueil des étrangers à la Préfecture de Toulouse. Réquisitoire implacable, qui dénonce les incohérences et le mépris affiché par l'institution, et la peur qui règne chez les demandeurs d'asile, contraint bien souvent a rester longtemps sans papiers du fait même des carences de l'administration et de ses tergiversations. Rapport rendu public le 21 mars dernier à Toulouse et remis au représentant de l'État. La précision de l'étude est telle que le défenseur des droits, Jacques Toubon, s'est saisi de ce dossier.

Voir mon billet sur le sujet : Préfecture de Haute-Garonne : maltraitance envers les étrangers et le film de Pascal Fayeton, La République balbutiante : http://pascal-fayeton.fr/pages/Republique-balbutiante

. La journée internationale des réfugiés fera l'objet d'un grand rassemblement à Toulouse le 20 juin, à 18h, à Jean-Jaurès. Et une manifestation devant la Préfecture de la Haute-Garonne est prévue le lendemain pour réclamer un changement d'attitude dans sa façon de traiter les sans-papiers.

Cercle du silence

Cercle du silence à Auch le 6 juin [Photo YF] Cercle du silence à Auch le 6 juin [Photo YF]
Une quarantaine de personnes, fidèles au poste, à l'appel du Réseau Éducation Sans Frontière (RESF), ont respecté un silence d'une demi-heure mardi 6 juin sur la place de la Libération d'Auch, dans le Gers, devant la mairie, à deux pas de la cathédrale et de la Préfecture. Elles avaient en tête plus particulièrement la situation de ce couple albanais avec deux enfants (un an et deux ans et demi), qui après avoir vécu à Auch, est parti à Tarbes. Mais le père de famille a été arrêté et est détenu au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu près de Toulouse, sur les pistes de l'aérodrome de Blagnac, en vue d'une expulsion. Pourtant, la grand-mère est, elle, en situation régulière et malade.

Des associations se créent dans le Gers pour soutenir des familles sans papiers, comme à Montesquiou, à l'Isle-Jourdain, à Auch (avec un projet "Pas sans toit", comme à Toulouse et Montauban). Et pas toujours à l'initiative de militants blanchis sous le harnais mais aussi de jeunes adultes. Des réfugiés syriens en situation régulière sont, eux, soutenus à Lectoure et à Marciac.

Centre de rétention administrative à Cornebarrieu [Photo YF] Centre de rétention administrative à Cornebarrieu [Photo YF]
Un groupe Cimade se crée dans le Gers avec déjà 32 adhérents. Tout cela en dit long sur la mobilisation citoyenne et humanitaire en lien avec une crainte d'un durcissement des pratiques avec l'actuel ministre de l'intérieur, Gérard Collomb, et une augmentation des arrivées de demandeurs d'asile. Sous prétexte de vaccinations pas à jour, des enfants, dont les enseignants témoignent de leur volonté admirable d'apprendre, sont refusés dans les cantines scolaires à l'initiative de certaines mairies.

Le temps suspendu

Le cercle du silence : des dizaines de personnes sont en cercle, dans un lieu public. Et restent silencieuses. Des calicots indiquent aux passants de quoi il s'agit : pour les sans-papiers et le refus d'expulsion des familles et de leurs enfants scolarisés. Les passants regardent intrigués, mais sans animosité, ou très rarement. Parfois, certains se joignent au groupe, même si c'est pour un temps, un temps seulement. Les voitures poursuivent leur carrousel incessant, tout en ralentissant quelque peu pour observer la scène.

Rester immobile, sans lire, sans consulter son smartphone, se regarder, se sourire sans se parler : un acte gratuit, dérisoire et profond à la fois. Pour chacun, qu'il croit au ciel ou qu'il n'y croit pas, ce temps particulier de réflexion, de méditation, d'arrêt sur image, conduit à faire le vide dans sa tête et de penser très fort à ceux qui vivent dans l'angoisse constante d'être expulsés. Ce type d'action, initiée par les Frères franciscains de Toulouse en octobre 2007, a lieu dans plusieurs villes de France (il y en aurait 200) et d'Espagne.

. Voir le film de Gil Corre : Cercles du silence. Bande annonce : 

Cercles de silence / bande-annonce © Gil Corre

 

 

Billet n° 326

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