Wauquiez radote encore sur l'assistanat

Laurent Wauquiez, le tenant d'une droite dure au sein des Républicains, a emporté l'élection en RAA (Rhône-Alpes-Auvergne) grâce à des voix du Front National qui se sont portées sur sa liste au second tour. Une raison, pour lui, de valider la thèse buissonniste.

A 20h43, dimanche soir, il twittait : "pas d'augmentation d'impôts, travail plutôt qu'assistanat, exemplarité des élus, une République ferme face au communautarisme". Sur l'exemplarité des élus, rien à redire, sinon qu'il cherche ainsi à bon compte à s'attribuer un bon point en la matière, alors que rien ne permet d'affirmer qu'il est lui-même exemplaire.

Victorieux après une campagne de droite extrême Victorieux après une campagne de droite extrême

Sur le communautarisme, c'est bien vague. Certes, s'il s'agit juste de rappeler les règles de la laïcité, on est d'accord. Sauf qu'il utilise une formule, en fait, pour caresser dans le sens du poil certains électeurs, de plus en plus nombreux, il faut bien le reconnaître, qui expriment des peurs face à l'islam.

Mais c'est surtout sur l'assistanat que je veux réagir : c'est la marque de fabrique de cet homme politique de faire campagne contre "le cancer de la société" que serait selon lui l'assistanat. Pourquoi, même à droite, des leaders politiques sont discrets sur le sujet ? Parce qu'ils savent qu'il s'agit là d'un mépris profond à l'encontre des plus démunis qui doivent faire appel à l'assistance pour subsister, tandis que l'État lui-même a le devoir de leur venir en aide. Le pire est qu'une partie de la population de notre pays vit dans les difficultés sociales à cause de politiques économiques inadaptées, dont Monsieur Wauquiez partage la responsabilité. Il a lui-même contribué à la galère dans laquelle ont été précipités de nombreux citoyens, et il ose les insulter en les traitant d'assistés.

dessin de Na ! dessin de Na !

"Travail plutôt qu'assistanat" : c'est un peu comme si on clamait qu'il vaut mieux "être riche et bien portant, plutôt que pauvre et malade". Pour un normalien, c'est un niveau d'indigence qui n'a pas d'égal. Vous imaginez un tribun qui viendrait postillonner à son auditoire : "cessez d'être malades et pauvres, enrichissez-vous et guérissez au plus vite !" Bande de nazes.

Les professionnels et beaucoup d'élus font ce qu'ils peuvent depuis longtemps pour que les politiques d'insertion favorisent une activité plutôt que l'inaction : dès le début du Rmi (i = insertion, et cela a été copieusement débattu) et le Rsa (a = active). Mais quand l'économie est à la traîne et qu'il n'y a pas de travail, les politiques d'insertion sont forcément en rade quant à l'activité. Monsieur Wauquiez ne l'ignore pas, mais depuis longtemps il sait aussi que ce slogan, tellement agité comme un hochet par son mentor Nicolas Sarkozy ainsi que par les dirigeants du Front National, trouve un écho dans une opinion publique déboussolée.

On ne rappelera jamais assez que, selon Martin Hirsch lui-même, qui mit en place le RSA, c'est Laurent Wauquiez qui s'opposait mordicus à ce que les bénéficiaires du RSA s'inscrivent à Pôle Emploi (pour faire baisser les statistiques du chômage sous Sarkozy).

Les hommes et les femmes politiques estimables sont ceux et celles qui savent résister à la facilité, qui ont des valeurs, qui ne se précipitent pas dans la démagogie. C'est une honte pour notre pays qu'un homme d'une telle médiocrité puisse accéder à la tête de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, avec une ambition non dissimulée de se porter candidat à la magistrature suprême.

Ce qui est dramatique, alors que la gauche au pouvoir a tenu tout de même des propos honorables sur cette propagande de l'assistanat (lors de la Conférence de lutte contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale en décembre 2012), Stéphane Le Foll, interpellé ce matin sur France Inter par une auditrice au RSA, qui lui disait son désespoir, lui a tout simplement laissé entendre qu'il y avait plus malheureux qu'elle, en lui expliquant qu'en Syrie en guerre on est loin de la liberté dont on bénéficie dans notre beau pays. Fatigue de fin de campagne ? En tout cas, ce n'est pas ainsi que l'on ramènera les citoyens dans le giron de la politique républicaine.

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Voir article de Aude Lorriaux sur Slate : La leçon de morale de Stéphane Le Foll à une femme au RSA, symbole de la déconnexion des politiques (14 décembre).

Xavier Bertrand, sur la question du RSA, ne vaut pas mieux : voir mon article En charge du RSA, les élus font un chantage à l'Etat

Voir mon billet En finir avec le discours contre les pauvres

Extraits des propos tenus par Marisol Touraine le 12 décembre 2012 : « Il faut en finir avec le discours stigmatisant, qui a été la règle ces dernières années, et qui ne trouve aucune justification et aucun fondement. Le principe de solidarité a régulièrement été ébranlé par l’exploitation de la rhétorique à n’en plus finir sur l’« assistanat » et la fin de la valeur travail dans le débat public. Une vision discriminante a associé les chômeurs à des personnes qui auraient fait le choix volontairement de ne pas travailler. Régulièrement, les bénéficiaires de prestations sociales ont été présentés au mieux comme des profiteurs, au pire comme des fraudeurs en puissance.

 Ce discours a rencontré un certain écho et cet écho doit s’entendre comme l’expression d’une souffrance, d’une inquiétude. La peur du déclassement explique largement la sensibilisation à ces thèmes, l’inquiétude, aussi, de voir notre modèle social réservé à quelques uns. C’est pourquoi, je suis convaincue que nous ne devons pas dresser les Français les uns contre les autres, opposer les politiques et les pratiques sociales les unes aux autres, mais bien défendre le droit commun pour tous. »

 

Billet n° 239

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