Le tabou de l'ISF et autres chroniques

Richard Ferrand mis dans l'embarras par un auditeur à propos de l'ISF. L'erreur du Président sur la dépense publique. L'immigration instrumentalisée par une partie de la classe politique et des médias. Les sans-asile et les sans-abri.

Le tabou de l'ISF

[Photo site France Inter] [Photo site France Inter]
Richard Ferrand, dont la crédibilité est depuis l’affaire des Mutuelles de Bretagne largement entamée, était l’invité de la matinale de France Inter le 15 janvier. Hormis des phrases toutes faites assénées doctement, du style : « le dialogue c’est le garant de la paix civile », il a dû répondre à un auditeur nommé Stéphane. Qui l’a mis dans l’embarras. Stéphane lui a reproché d’avoir dit que l’ISF serait contre-productif en matière d’investissement au capital des entreprises. Or, dit-il, il existait un dispositif de réduction fiscale pour les gens qui étaient soumis à l’ISF et qui investissaient dans le capital des PME ou des entreprises de petite taille innovantes. La suppression de l’ISF fait que ce dispositif n’existe plus. Ce qui signifie que les capitaux qui auraient pu être investis dans des PME ne le sont plus. Donc, en disant que la suppression de l’ISF va favoriser l’investissement, « vous énoncez une contrevérité ».

Bel argument, mais Nicolas Demorand l’interrompt et Richard Ferrand répond en prétendant qu’il n’a pas dit « que l’ISF était un frein à l’investissement » : « ce que j’ai dit c’est que nous sommes le seul pays au monde, en tout cas en Europe, à avoir un impôt sur la fortune et qu’il n’a pas été vérifié qu’il était utile par rapport à ce qu’il peut rapporter ». Puis après avoir proclamé qu’ « il n’y a pas de tabou » (terme qu’utilisera Emmanuel Macron dans la journée lors de sa virée dans l'Eure), il botte en touche en palabrant sur le thème de la théorie du ruissellement. Il avait au préalable affirmé que « si l’ISF était efficace on s’en serait rendu compte » (puisque le chômage subsiste). Un jour, le mutualiste viendra nous dire que, puisqu’il y a encore des malades, cela prouve bien que la sécurité sociale ne sert à rien. Dans l’immédiat, ce qui est sûr c’est que la suppression de l’ISF tarit les dons et fait perdre des sommes considérables à des associations caritatives comme celles de l’Abbé-Pierre ou d’ATD Quart Monde. Elle est belle la philanthropie des nantis. Dès qu'ils n'ont plus d'exonération fiscale, et ne peuvent plus être charitables, alors pas question d'être solidaires.

[15 janvier]

L’immigration encore instrumentalisée

Extrait lettre d'Emmanuel Macron Extrait lettre d'Emmanuel Macron
Emmanuel Macron, il fallait lui reconnaître ça, pendant la campagne présidentielle, tenait un propos mesuré sur l’immigration. En bon "libéral", ce n’était pas trop son problème. Puis, voilà qu’il répète depuis quelque temps qu’il va falloir causer d’immigration, alors même que les Gilets Jaunes, s’ils ont pu en aparté parfois évoquer ce thème, ne l’ont pas mis en avant. Justement, pour sauvegarder leur unité car ils savait que cela serait facteur de conflits. Cette manœuvre est malsaine et apprenti-sorcier. Et aussi... lamentable. Mais c’est dans l’air du temps, quand on voit comment des médias surfent désormais sans cesse sur le sujet (dont l'hebdomadaire Marianne depuis quelques semaines, évoquant régulièrement dans ses couvertures le « problème » de l’immigration).

[14 janvier]

Les retraités

Extrait lettre d'Emmanuel Macron Extrait lettre d'Emmanuel Macron
Dans sa lettre aux Français, Emmanuel Macron croit nécessaire de rappeler dès les premières lignes que « ceux qui travaillent financent les pensions des retraités ». Il s’agit d’un élément de langage habituel de la Macronie : sous-entendu, les retraités n’ont rien à exiger car ce ne sont pas eux qui financent leur retraite. Le Président et plusieurs ministres ont déjà déroulé cette argutie. Or, si elle est vraie juridiquement, elle est inacceptable, car les retraités ont payé leur retraite en finançant pendant plus de 40 ans celles de leurs prédécesseurs. Donc les retraités sont tout à fait justifiés à faire valoir leurs droits, à exiger que le contrat passé soit respecté et à refuser ce chantage indécent.

[14 janvier]

. Suite à la lettre du Président de la République aux Français, voir ma Lettre ouverte à mes concitoyens, publiée sur mon blog ce lundi 14 janvier, dans laquelle je les invite à se rendre massivement revendiquer dans la cahiers de doléances au moins la hausse du RSA et de l'ASS (allocation spécifique de solidarité).

Erreur sur la dépense publique

Le Président prononçant son discours des voeux, le 31 décembre. Le Président prononçant son discours des voeux, le 31 décembre.
« Nous dépensons en fonctionnement et en investissement pour notre sphère publique plus de la moitié de ce que nous produisons chaque année. » Sans prétendre commenter le discours de vœux du Président de la République, je pense qu’il n’est pas inutile de relever ici une erreur communément commise. Par des politiques (parfois pour jouer sur cette confusion), mais aussi par l’Insee. Or la dépense publique n’est pas une «part» du PIB. Il ne s'agit là que d’une comparaison. Pour se représenter les choses, mais pas pour les confondre. De leur côté, la dépense des ménages et celle des sociétés non financières représentent une fois et demie le PIB : est-ce que pour autant cela signifie que l’on y épuise notre production annuelle ? Non. Et il y a bien d’autres secteurs de dépenses qui signifient aucunement que nous dépensons plus que nous produisons [la question de la dette, dont le remboursement plombe le budget de l’État, est un autre sujet].

[1er janvier]

Ils arrivent !

sans-titre-11
Déjà cette photo publiée par Le Monde du 15 janvier, prise au meeting du Rassemblement National dimanche, fait froid dans le dos. Mais pire encore, Jordan Bardella, le tête de liste aux européennes du parti d’extrême-droite, a déclaré : « Au pouvoir, nous ne dépenserons pas un seul euro pour les migrants tant que des Français dormiront encore dans la rue ». Crapuleux ! Le FN ne s’est jamais préoccupé des SDF, et les bénévoles qui depuis longtemps agissent auprès d’eux, viennent à leur secours, ce ne sont pas les militants de l’extrême-droite, mais justement ceux qui, par ailleurs, se soucient des migrants. Cet intérêt soudain pour les sans-abri, en parole, est d’une totale hypocrisie

[15 janvier]

Wauquiez a encore frappé

Extrait page Facebook Laurent Wauquiez Extrait page Facebook Laurent Wauquiez
Depuis le début des Gilets Jaunes, je suis (comme tant d’autres) sur le qui-vive : que vont-ils dire sur les « assistés » et sur les immigrés ? Deux marqueurs fondamentaux qui séparent républicains et extrême-droite. J’ai suivi des manifs sur le terrain, assisté à des réunions, j’ai lu beaucoup de documents, j’ai parlé avec des Gilets Jaunes et sans prétendre que ces sujets étaient totalement absents des ronds-points, les slogans dans la majorité des cas ne sont pas venus sur ce terrain. Ni condamnation de l’assistanat, ni diatribes à l’encontre des immigrés. Or que fait Laurent Wauquiez : il attaque sur ces deux thèmes avec ses odieux mensonges et approximations sur les revenus d’assistance par rapport à ceux du travail et sur l’aide médicale d’État. Avant même de connaître la teneur de la lettre d’Emmanuel Macron, il lui avait reproché dans la journée du dimanche 13 janvier de ne pas vouloir traiter de l’immigration lors de la grande consultation nationale ! L’extrême-droite, aujourd’hui, c’est lui. Entre autres.

. le pôv'Wauquiez cumule par ailleurs les déboires : le tribunal administratif de Lyon, pour la deuxième année consécutive, a annulé son budget 2017 pour la Région Auvergne-Rhône-Alpes, pour avoir refusé d'étudier des amendements recevables présentés par son opposition. Voir Lyon-CapitaleIci.

[14 janvier]

Jeunes à la rue

mineurs-a-la-rue
Ces jeunes ont tous été rejetés à la rue alors qu’ils doivent être reçus par un juge des enfants (peut-être pas avant 6 mois). Selon le collectif qui leur vient en aide, Les Midis du Mie (comme Mineurs Isolés Étrangers).

Sans-abri et sans-asile

Où l’on voit comment le discours anti-migrants est attisé par des personnages odieux tels que Jean-Pierre Pernaut qui sur TF1 prétend que les SDF n’ont pas d’hébergement tandis que l’État organise un abri pour les demandeurs d’asile.

. voir vidéo de France Culture : ici.

 Appel pour les sans-abri
Dans une tribune parue le 29 décembre dans le Journal Du Dimanche, Médecins du monde France, le Secours catholique-Caritas France, Emmaüs, les États Généraux des Migrations, le MRAP Paris et 9 autres associations dénoncent « la faillite de l'État » dans la protection et la mise à l'abri des migrants. Elles demandent à Emmanuel Macron « de permettre un hébergement rapide des personnes à la rue ». Ici.

Ministre incompétent
Des médias ont commenté amplement la réaction du ministre chargé des collectivités territoriales, Sébastien Lecornu, face à des Gilets Jaunes qui accusaient les CRS d’être des « tueurs ». Cela lui a évité peut-être de devoir s’expliquer, lors de son déplacement dans les Hautes-Alpes, sur le fait qu’interrogé par une femme dans la rue il s’est montré incapable de lui répondre correctement sur le prélèvement à la source. On sent qu’elle en sait davantage que lui. Elle l’interroge sur les revenus de l’année 2018 : sera-ce une année blanche, demande-t-elle ? Il flotte puis lui dit : « vous avez déjà payé » [pour cette année 2018], preuve s’il en est qu’il ne connaît pas cette réforme. Se propulser en province pour finalement donner cette impression d’incompétence, c’est plutôt désastreux. D'autant plus que depuis il est chargé d'animer le Grand Débat national !
. la vidéo est passée rapidement dans un reportage de "C dans l’air" le 10 janvier. Je ne trouve pas d’extrait. J’avais aussitôt noté cette défaillance.

[12 janvier]

Une réforme discrète  
Le contentieux de la maladie, du handicap, des cotisations sociales, des pensions, intègre sans bruit au 1er janvier les Tribunaux de Grande Instance, TGI. Sur Internet, on ne trouve que des sites spécialisés pour en causer. Cette mesure d’envergure qui a nécessité un énorme travail d’adaptation a échappé au grand public. Elle découle de la loi de modernisation de la Justice du XXIème siècle de novembre 2016, votée alors que JJ Urvoas était ministre de la Justice mais c’est Christiane Taubira qui a préparé cette réforme. Gageons que la discrétion sera de mise. Et pas seulement parce que ces contentieux administratifs sont rébarbatifs.

[31 décembre 2018]

. La plupart de ces petites chroniques sont parues au préalable aux dates indiquées entre crochets sur mon compte Facebook dans une version identique ou plus courte.

Manifestation à Besançon le 18 août 2018 pour protester contre un arrêté municipal anti-mendicité interdisant à quiconque de s'asseoir dans la rue [Photo YF] Manifestation à Besançon le 18 août 2018 pour protester contre un arrêté municipal anti-mendicité interdisant à quiconque de s'asseoir dans la rue [Photo YF]

 

 

Billet n° 442

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

Lien avec ma page Facebook

Tweeter : @YvesFaucoup

   [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans le billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, les 200 premiers articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200. Le billet n°300 explique l'esprit qui anime la tenue de ce blog, les commentaires qu'il suscite et les règles que je me suis fixées. Enfin, le billet n°400, correspondant aux 10 ans de Mediapart et de mon abonnement, fait le point sur ma démarche d'écriture, en tant que chroniqueur social indépendant, c'est-à-dire en me fondant sur une expérience, des connaissances et en prenant position.]

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.