Soirée RIC

Au moins 200 personnes étaient rassemblées hier soir à Auch, dans le Gers, pour échanger sur le Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC). Compte-rendu.

Réunion publique sur le RIC à Auch (Gers) le 19 décembre [Photo panoramique YF] Réunion publique sur le RIC à Auch (Gers) le 19 décembre [Photo panoramique YF]

On ne sait trop à l'initiative de qui cette assemblée était réunie, car des Gilets jaunes, dont les installations au rond-point des Justes à Auch étaient démantelées le jour-même, précisaient qu'ils n'y étaient pour rien.

D'emblée, une vidéo a été  projetée : après avoir fait défiler rapidement une liste impressionnante de revendications portées par les Gilets jaunes à travers la France, l'une d'elle était présentée comme étant en mesure "de régler tous les problèmes" : le RIC (ou le RIP, pour populaire, avec sans doute sa dose d'humour : repose en paix). Puis soudain, Etienne Chouard apparaît longuement, défenseur depuis longtemps de ce genre de référendum. Il est filmé à une tribune où se tient également Maxime Nicolle (Fly Rider), apprécié chez certains GJ pour sa gouaille malgré ses déclarations grossièrement complotistes. Chouard déroule les arguments en faveur du RIC : il démonte la Constitution en vigueur expliquant qu'il suffirait de modifier quelques articles pour que "Nous" (le peuple) "on ait le pouvoir". Cette conception sera répétée plusieurs fois au cours de la soirée, beaucoup exprimant l'espoir que, face au sentiment d'injustice, à la défiance profonde à l'égard de la classe politique, les Gilets jaunes, qui ont vécu une grande cohésion malgré des divergences, le RIC permettrait aux citoyens "de sortir d'un état de somnolence".

 [On peut s'étonner que soit ainsi appelé à les rescousse Etienne Chouard, controversé, dont un article du Parisien, le matin même, évoquait "ses affinités avec la fachosphère". Chouard, pour qui Alain Soral, condamné pour provocation à la haine raciale et négationniste (affichant sans complexe son antisémitisme), estime qu'il faut causer avec tout le monde, et qu'il y a de bonnes choses chez Soral. De son côté, François Ruffin, de la France Insoumise, vient de rendre hommage à Etienne Chouard, à la grande surprise de militants de la FI, en prétextant que Chouard est souvent cité sur les ronds-points. Un des organisateurs me confiera que les Gilets jaunes n'ont pas d'exclusive : ce qui compte c'est ce qui est bon chez chacun, c'est ce qui a fait la force du mouvement.]

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Parmi les organisateurs, une oratrice précise d'abord que "le RIC a 4 fonctions : abrogative, fiscale, législative, révocatrice". Puis Mélanie, intérimaire, dit que le "RIC est la porte ouverte à la démocratie", un chauffagiste estime que désormais "tout citoyen  va devoir s'impliquer", un informaticien promet que "le RIC va nous permettre de ne pas seulement gratter quelques acquis sociaux", comme le font les syndicats. "Le but ce n'est pas l'anarchie, couper des têtes, ce n'est pas la violence". Une intervenante de l'assistance s'interroge : si, effectivement, il ne s'agit pas "de couper la tête à Macron, comment faire pour que ça avance sans la casse. Car il faut bien dire que sans la casse on n'aurait pas été entendu". Dans la salle, plusieurs interventions font part de leurs réserves : selon Marie-Eve, "le RIC n'est pas la solution à tous les problèmes. Macron se sert de la grande consultation nationale" pour botter en touche. Sans être contre, il ne faut pas abandonner les autres revendications : "augmentation des minima sociaux, des retraites", précise-t-elle.  Jean-Claude appelle à poursuivre la lutte face à un pouvoir "complètement désorienté". Et le RIC n'est pas tout, il y a aussi  des formules de vote avec tirage au sort. Il se méfie des votations à la Suisse, qui ont toutes repoussé les avancées sociales proposées au vote (car il faut tenir compte de "la puissance des médias des gouvernants et des multi-milliardaires, qui sont aussi les gouvernants").

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Quelques personnes dans la salle, par leurs interventions intempestives, menacent de faire capoter la soirée : elles veulent faire passer leur propre message en hurlant et en tenant des propos, parfois confus, sur le "4ème pouvoir", sur la guerre de 14-18, sur une "décision de Valls qui annule les élections", sur le Sénat qui prend des "décrets", sur "un pacte de l'immigration", profèrent des insultes envers une députée du département, proposent de "bloquer Nestlé" ou de couper le chauffage des parlementaires gersois. Si l'un voit poindre la Révolution (après avoir dénoncé "les violences policières contre des femmes qui ont été tirées par les cheveux et des enfants, sur lesquels la police a tiré"), d'autres essaient d'être constructifs interpellant le maire de la ville, Christian Laprébende, présent au fond de la salle, pour que la collecte des revendications des citoyens se fasse dans de bonnes conditions ou appelant à bloquer l'économie des grands groupes : de la grande distribution aux banques. Une allusion bien courte est faite à Benoît, jeune charpentier de Plaisance (Gers), gilet jaune grièvement blessé à la tête par un tir policier lors d’une manif à Toulouse. 

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Si certaines interventions avaient tendance à faire la morale à l'assistance (reproche à l'encontre des abstentionnistes et de ceux qui préféraient jusqu'alors regarder Plus belle la vie), on sent, chez beaucoup, l'espoir d'un monde meilleur : pouvoir contrôler des médias qui ne rendent pas compte de la réalité sociale, obtenir, grâce au RIC, le rétablissement de l'ISF, voter aux prochaines élections pour les candidats aux municipales et aux législatives qui soutiennent le RIC…

 Un Gilet jaune, qui a tenu le rond-point de Fleurance tous les jours depuis un mois, avec des journées de 7 heures du matin à la nuit, interpelle la salle de façon émouvante : il constate, amer, que les routiers, les gendarmes ont obtenu gain de cause : "et nous, rien, on est fatigués".

 La soirée, qui s'est déroulée de façon moins dynamique que la précédente (1), se termine par deux votes à main levée : qui est pour le RIC ? Qui en parlera à ses proches ? Mais, contrairement à ce que les Gilets jaunes escomptaient, rien sur les suites à donner à l'action après les "mesurettes" concédées par le gouvernement.

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(1) voir Une assemblée de Gilets jaunes

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RIC et RAC
Voilà soudain que le Référendum d'Initiative Citoyenne (RIC) occupe tout le devant de la scène. Le mouvement des Gilets jaunes porte cette revendication, défendue auparavant par LFI, RN, DLF et UPR. On se perd en conjecture : est-ce que cela disparaîtra aussi vite que c'est venu, comme le Revenu Universel, dont l'apparition pendant la présidentielle n'a pas changé d'un iota les conditions de vie de ceux qui sont au minima des minima. On verra.
En attendant, je note que l'élection d'Emmanuel Macron est souvent contestée pour la raison qu'il n'aurait obtenu que 43,5 % des inscrits au 2ème tour, et 18 % au 1er. Certes, mais j'ai étudié les référendums de la Vème République, et fais marcher ma calculette. Le référendum de 2005 pour une Constitution européenne a été rejeté, c'est sûr, mais avec 36,9 % des inscrits seulement (on ne l'entend pas souvent). Le principe de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct (1962) n'a obtenu que 46,6 % des inscrits et la durée du mandat du Président ramenée à 5 ans (2000) a été admis par 73 % des votants : oui mais par 18,5 % des inscrits ! Ainsi deux piliers de la Constitution reposent sur des votes non majoritaires. Et Maastricht adopté avec 34 %. Bon, j'en passe : les seuls référendums réellement majoritaires concernaient la Constitution (1958) et l'Algérie, le plus représentatif étant celui d'autodétermination de l'Algérie (organisé par l'État français deux jours avant la déclaration d'indépendance et s'étant déroulé uniquement sur le territoire algérien, avec 6,5 millions d'inscrits) : adopté par 91 % des inscrits.

[19 décembre]

[Photo Factuel.info] [Photo Factuel.info]

Violences policières à Besançon
Je partage cet article du site Factuel.info qui est exceptionnellement en accès libre et dont l’auteur est mon ami Daniel Bordür. Il y a un bail, je me souviens d’une manif de soutien pour les LIP qui s’était déroulée exactement dans les mêmes lieux, avec gaz lacrymogènes nous contraignant à nous réfugier dans des immeubles secourables pour éviter les coups de matraques.

. Les Gilets jaunes plusieurs fois gazés à Besançon

[15 décembre]

 

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Magistrat-Député escroc 
Alain Marsaud, ponte de la Sarkozie, ancien directeur de Vivendi au temps de Jean-Marie Messier, a été magistrat. Et n’a pas hésité à détourner 200.000 € de fonds publics. Et il était représentant de la Nation. Bravo ! Il a reconnu les faits. Ce genre d’individu est directement responsable de la perte des valeurs républicaines dans notre société.

[18 décembre]

Le financier coupable  

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Marc Ladreit de Lacharriere n’est pas seulement ce financier qui aidait François Fillon (en versant un salaire fictif à son épouse et qui aurait eu tout moyen de faire pression sur le même Fillon s’il était devenu Président de la République) mais aussi ce patron de l’agence de notation Fitch qui, il y a quelques années, menaçait la France (on a presque oublié ces temps surréalistes où la Finance se servait de ces agences peu fiables qui prétendaient définir la crédibilité financière de la France). Et bien, c’est cet escroc qui a plaidé coupable dans l’affaire Pénélope (ce qui n’arrange pas le dossier Fillon). Je l’avais évoqué dans un billet, plus précisément lorsqu’il était de sortie avec François Hollande, auteur de la fameuse phrase pour désigner la Finance : « cet ennemi qui n’a pas de visage ». Ce qui n’empêchait pas Hollande de faire ami-ami avec ce PDG, qui, dans une interview du Monde (23 octobre 2012), prenait la défense des investisseurs (« certains investisseurs gèrent des portefeuilles supérieurs au PIB de la France. Ils savent ce qu’ils font »). Il déclamait que « l’économie de marché est la seule connue pour sortir un pays de la pauvreté » et accusait les pouvoirs publics d’être responsables de la crise des subprimes (moyen de dédouaner les agences de notation qui n’ont rien, ou rien voulu voir), et, enfin, qui reprochait à la puissance publique de trop dépenser (alors qu’une partie de la dette est justement due à la crise financière et aux exactions des banques).
Il est étrange ce petit plaisir que l’on ressent à l’idée qu’un tel individu plaide (enfin) coupable... et que la Justice puisse passer.

[11 décembre]

. Quand la philanthropie rime avec supercherie

Ce billet que j'ai publié en 2014 vaut pour Ladreit de Lacharrière ci-dessus & pour Roux de Bézieux, ci-dessous.

Le  MEDEF : droit dans ses bottes

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Depuis quelques jours, on entend des politiques ou éditorialistes qui essayent de faire oublier, un peu, tout ce qu'ils disaient auparavant, sur la nécessité de déréguler davantage l'économie, réduire drastiquement les droits sociaux, condition sine qua non pour que les entreprises soient compétitives. Quitte souvent à fournir de fausses statistiques sur la supériorité de l'Allemagne ou du Royaume-Uni. Aujourd'hui, certains semblent vouloir prendre en considération la "souffrance" de certains français.

D'autres restent droit dans leurs bottes : comme le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, qui considère que tout va bien dans les entreprises, il n'y a aucun problème de salaire, d'ailleurs les salaires augmentent. Le seul problème selon lui ce sont les taxes (c'est bien contre quoi s'insurgent les Gilets jaunes, dit-il). Il n'est donc pas question de remettre en place des taxes ou des impôts, comme l'ISF. cela ne réglera rien pour "les pauvres ou les gens qui souffrent". Et de citer les chiffres de l'OCDE qui viennent d'être annoncés : 47,2 % de prélèvements obligatoires, la France en tête à l'échelle mondiale. Il explique : pour 10 € de "richesse privée" créée, 4,7 € vont à l'État. C'est à ce genre de manipulation que l'on mesure la malhonnêteté d'un individu. Les 4,7 € ne vont pas à une sorte de monstre froid qui ingurgiterait tout cet argent : ils financent les hôpitaux, les services sociaux, les allocations familiales, la Sécurité sociale, c'est-à-dire qu'ils reviennent aux citoyens, mais répartis différemment. C'est la notion même de Solidarité qu'un Roux de Bézieux ne peut pas comprendre. Ce serait bien que les Gilets jaunes présents sur les plateaux de télé le rappellent.

. Geoffroy Roux de Bézieux : "Le problème ne se pose pas dans les entreprises : c'est une révolte fiscale"

[8 décembre]

Pas de CMU

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Le Défenseur des droits donne six mois aux plates-formes de prise de rendez-vous pour supprimer les mentions discriminatoires : « pas de CMU », « pas d’AME » (aide médicale d’État pour les étrangers sans papiers). Cette suppression n'empêchera pas la pratique, signalée depuis longtemps par les patients et les travailleurs sociaux. Non seulement ces traces écrites auraient dû entraîner des poursuites, mais les autorités de santé devraient organiser elles-mêmes des tests pour sanctionner les auteurs de ces discriminations. J’ai vérifié de nombreuses fiches de l’une des plates-formes (Doctolib) et n’ai trouvé aucune fiche fautive. Sans doute que le nettoyage a été fait.

. Se soigner ne doit pas être un luxe.

[19 décembre]

 

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DYL, un ami sur Facebook, a partagé cette photo avec ce commentaire :

[FLASH INFO] Les #GiletsJaunes sont rejoints à leur tour par les élèves de maternelle de la commune de Tours. La situation est en train d'échapper aux forces de l'ordre. 186 doudous ont été interpellés, 87 sont en garde à vue.

 . Les petites chroniques sont parues sur mon compte Facebook à la date indiquée entre crochets.

 

Billet n° 437

Contact : yves.faucoup.mediapart@sfr.fr

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   [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans le billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, les 200 premiers articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200. Le billet n°300 explique l'esprit qui anime la tenue de ce blog, les commentaires qu'il suscite et les règles que je me suis fixées. Enfin, le billet n°400, correspondant aux 10 ans de Mediapart et de mon abonnement, fait le point sur ma démarche d'écriture, en tant que chroniqueur social indépendant, c'est-à-dire en me fondant sur une expérience, des connaissances et en prenant position.]

 

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