Cédric Herrou versus Éric Zemmour + Charles Consigny…

… ou la France républicaine, de la liberté, de l'égalité et de la fraternité contre une France rance, violente ou emberlificotée, exprimant sa mauvaise conscience et sa mauvaise foi, et qui a pignon sur rue.

Zemmour le raciste
Éric Zemmour a donc insulté une chroniqueuse parce qu’elle se prénomme Hapsatou, ce qui n’est pas chrétien. La chaîne C8, qui comme la plupart des télés, cherche à tout prix à faire le buzz, n’a cependant pas diffusé l’extrait controversé, mesurant sans doute que Zemmour dépassait les bornes (mais surtout qu’il n’avait pas à insulter une chroniqueuse de l'émission de Thierry Ardisson). C’est Hapsatou Sy qui a diffusé elle-même l’extrait et qui appelle au boycott de Zemmour par les télés.

Hapsatou Sy Hapsatou Sy
1) Zemmour ignore que les prénoms depuis une loi désormais ancienne ne sont pas obligatoirement chrétiens (dès 1966, une loi permet de donner à un enfant un prénom de la mythologie et en 1993 une loi autorise n'importe quel prénom, sauf s'il ridiculise l'enfant : article 57 du Code civil). Pourquoi n’a-t-il jamais protesté contre une interlocutrice qui se serait prénommée Pivoine ?
2) Rappeler que tant de personnalités ont des prénoms étrangers c’est bien gentil mais je n’ai pas besoin d’égrener Lino Ventura ou Djamel Debbouze : Ahmed Hadjadji, ouvrier d’usine, a tout mon respect, bien plus que certains Éric. D'ailleurs, Éric ce n'est pas très catholique : c'est juste proto-germanique et ce prénom est devenu à la mode juste au moment où M. Zemmour est né. On a bien trouvé un obscur roi de Suède, assassiné, dont on ne sait à peu près rien, mais dont on a fait un "saint".
3) Zemmour ânonne ce propos depuis longtemps : déjà chez Ruquier, il y a une dizaine d’années (bien avant les attentats par des individus se réclamant de l’islam), il expliquait que les Musulmans n’avaient pas à prénommer leurs enfants avec des prénoms arabes. Et de citer en exemple les Juifs qui donnent des prénoms chrétiens pour mieux s'intégrer, disait-il (se gardant bien de dire que beaucoup de Juifs, même non pratiquants, ont un second prénom hébreu ; d’ailleurs lui-même, comme il l’a reconnu dans une interview au Le Point en 2010, se prénomme aussi Moïse). À l’époque, comme il ne visait personne en particulier, cela n’a provoqué aucune réaction (à tort). On voit comment fonctionne cette propagande identitaire : des généralités puis des attaques ad hominem.
Je ne sais s’il faut l’interdire : d’autres sont aussi dangereux car sournois, tournant autour du pot, faisant des allusions, veillant à ne pas être traités de racistes tout en l’étant manifestement. Comme Charles Consigny samedi chez Ruquier (voir plus bas) qui susurrait son islamophobie, assimilant terroristes et musulmans, le tout enrobé de circonvolutions pour que ça passe. Un peu comme le fait Yves Thréard, le directeur adjoint du Figaro, sur une multitude de plateaux télé et radio. Je me demande si ces emberlificoteurs ne sont pas plus dangereux encore.

. Pour Thréard, j'ai des notes de ses multiples commentaires, qui furent très proches du Front National. Il faudra que je les ressorte un jour.

. Rappelons que Zemmour a été condamné en mai 2018 à 5000 € d'amende par la cour d'appel de Paris pour provocation à la haine religieuse pour des propos anti-musulmans.

. Polémique avec Eric Zemmour : la pétition d’Hapsatou Sy frise les 200 000 signatures

[23 septembre]

Cédric Herrou - On n'est pas couché 22 septembre 2018 #ONPC © On n'est pas couché

Cédric Herrou, magistral

Samedi soir sur France 2, dans l'émission On n'est pas couché, Cédric Herrou a été magistral, exposant avec clarté les raisons qui font qu'un homme qui n'était pas particulièrement militant se mette soudain à prendre des risques pour secourir des migrants en danger, dont des enfants. Il a relevé les contradictions et le non-respect de la loi dont font preuve les autorités publiques (comme le renvoi en Italie par le Préfet d'enfants qui ont le droit de bénéficier de la protection de l'État). On apprenait que le film Libres qui retrace cette histoire de La Roya (vallée française tout près de Vintimille) était boycotté par des cinémas qui bénéficient de subventions d'Eric Ciotti, le Duce des Alpes-Maritimes.

Charles Consigny, qui remplace Yann Moix, s'est montré le plus souvent particulièrement odieux. Certes, le jeune homme, pour faire bonne figure, rendait hommage à Herrou pour son humanisme, tout en lui reprochant son narcissisme et un film tout à sa gloire. Il voulait faire le malin en cherchant à le coller sur la date du début de la "migration de masse", puis gémissait sur les dangers de l'immigration, allant jusqu'à assimiler terroristes et demandeurs d'asile (quitte à s'en défendre un instant après) et à confondre réfugiés et regroupement familial. On avait là un "bon" représentant de cette droite identitaire et xénophobe qui squatte les plateaux de télé, étalant sa mauvaise conscience et sa mauvaise foi. On en venait à apprécier Christine Angot, qui valorisait l'acte humain de Cédric Herrou et la portée universelle de son engagement, tout en s'intéressant à l'individu et non au collectif bien réel qui soutient ses actions. Cédric Herrou était d'un calme olympien, respectueux de ses contradicteurs (car deux journalistes de BfmTv, copains de Consigny, rajoutaient leur grain de sel, affirmant, entre autres, que Herrou et ses soutiens sont bien isolés). Herrou dénonçait la ghettoïsation des populations immigrées, les tragédies (morts d'enfants sur l'autoroute pour lesquelles il n'y a pas d'enquête) et, accusé d'être un Don Quichotte qui n'obtient rien, rendait compte de quelques petites victoires (dont l'intervention de l'Aide sociale à l'enfance venant chercher les enfants hébergés). Il me semble que, pour quiconque qui aurait été incertain sur ce qu'il faut faire ou sur ce qu'il faut penser, cette intervention de Cédric Herrou, au cours de l'émission de Ruquier, affichait clairement de quel côté se trouvait le défenseur des principes républicains.

[23 septembre]

Illustration site Bastamag Illustration site Bastamag

Mineurs isolés
Témoignage d’une assistante sociale : ce qu’elle dit des propos qu’un jour une responsable de l’Aide sociale à l’enfance lui a tenus est particulièrement grave ["S’il est étranger, nous on s’en occupe pas, il faut qu’il aille se faire évaluer, et en attendant on ne peut rien faire. S’il est venu jusqu’ici, c’est qu’il est solide"]. Je suis conscient des problèmes auxquels les services ont été et sont confrontés, mais j’espère qu’un jour les Départements qui ont violé délibérément la loi auront des comptes à rendre. Je connais un Conseil Départemental (en Rhône-Alpes) qui a confié le tri à un agent (originaire... du Maghreb) qui se comporte de façon odieuse avec les mineurs non accompagnés (mineurs isolés étrangers). Au vu et au su de tous (avocats, magistrats). Pendant combien de temps encore ?

« Je ne suis pas trop habituée à dire à un gamin de 15 ans qu’il va dormir dehors »

[23 septembre]

Suicide au Centre de rétention de Cornebarrieu (Haute-Garonne)

Un Tunisien de 31 ans, détenu au CRA de Cornebarrieu s'est suicidé vendredi 21 septembre par pendaison. Sa "rétention" venait d'être prolongée de 15 jours. Cet événement tragique s'est produit vendredi 21 septembre alors que nos amis du Cercle des Voisins du CRA de Cornebarrieu "fête" ses 10 ans le 13 octobre prochain. Ces militants des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant dénoncent l’enfermement, y compris de personnes ayant parfois plusieurs dizaines d’années de présence sur le territoire. Ainsi que des enfants alors que la France a été condamnée pour cela par la Cour européenne des droits de l’homme.

Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu, près de Toulouse [Photos YF] Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu, près de Toulouse [Photos YF]

Le CRA est installé sur les pistes de l'aéroport de Blagnac : arrivant en avion de Francfort le jour-même, je survolais sans doute le Centre de rétention moins d'une heure après ce drame.

. voir programme du 13 octobre du Cercle des Voisins : Eux c'est nous.

voisins-cornebarrieu

. voir mon article sur la CRA de Cornebarrieu et sur le Cercle des Voisins : Centre de rétention, de l'intérieur.

. Article de 20minutes  : ici.

[22 septembre]

Les recruteurs de "La gueule de l'emploi"

Le documentaire de Didier Cros passait dimanche soir sur LCP : cela fait 7 ans qu’il est diffusé, j’en ai souvent regardé des extraits mais pas longtemps car j’ai un souvenir très désagréable du malaise que l’on ressent devant ces recruteurs suffisants, imbus d’eux-mêmes, aux méthodes significatives du mépris et de la violence qui règnent dans certaines entreprises. Aujourd’hui, j’imagine tout de même que les candidats ont été réconfortés par le propos du docu (très critique à l'égard de ces méthodes), et les recruteurs mortifiés par la honte qui s’est peut-être abattue sur eux, suite à l’énorme polémique qui succéda à la diffusion en 2011. Une pièce de théâtre a été montée récemment, inspirée du documentaire.
J’ai participé à de nombreux jurys de recrutement : j’espère que jamais nous n’avons pu être perçus à l’image de ces pieds-nickelés, qui se moquent ouvertement de leurs interlocuteurs à la recherche d'un emploi. Le réalisateur révèle sur le plateau de LCP que les recruteurs avaient accepté d’être filmés parce qu’ils ne mesuraient pas le degré de violence de leurs méthodes. Un des candidats recalés a été recruté plus tard par un DRH qui lui a dit : « j’ai vu le film, je vous recrute ».
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. vidéo intégrale de la pièce de théâtre de David Walman, représentation du 3 septembre 2017 au Festival de Torçay "Derrière les fagots", d'après le documentaire de Didier Cros : 

"La Gueule de l'emploi" © David Waldman

. ci-après lien avec le documentaire de Didier Cros, version intégrale : La Gueule de l'emploi.

[23 septembre]

Il n'y a qu'à traverser la rue

[source inconnue, réseaux sociaux] [source inconnue, réseaux sociaux]
Emmanuel Macron, en déclarant combien selon lui il est facile de trouver du boulot, fait étalage :
1) de sa suffisance : il tient des discours officiels dans lesquels il fait mine d’avoir de la commisération pour ceux qui galèrent, après avoir ostensiblement visité ATD, puis s’exprime de la sorte, minimisant cette galère, ce qui ne fait qu’humilier les victimes d’une économie libérale dont il est lui-même un "digne" représentant ;
2) de son ignorance (à moins que ce soit signe de sa parfaite connaissance du problème) : le discours d’employeurs prétendant qu’ils ne trouvent pas de candidats aux postes vacants proposés, est fallacieux (Alternatives économiques l’a démontré depuis longtemps). Sont mis en avant des cas qui existent mais marginaux. Par ailleurs, il y a toujours autour de 300.000 emplois non pourvus... juste avant de l’être.
Il faudrait prendre Macron au pied de la lettre : que des associations ou syndicats, en défense des chômeurs, fassent du testing et démontrent l’inanité de ces affirmations qui n’ont qu’un seul but, à savoir discréditer inlassablement les chômeurs.

[17 septembre]

Entrée du Musée national de l'immigration d'Ellis Island, sur la baie de New York [Photo YF] Entrée du Musée national de l'immigration d'Ellis Island, sur la baie de New York [Photo YF]

 

 

 

 

A la mi-septembre (du 14 au 21), j'ai passé quelques jours sur la côte Est des Etats-Unis. Je compte revenir prochainement sur un certain nombre de sujets, dont Ellis Island (qui fut le grand centre de contrôle des migrants et de rétention), près de New York, et le musée afro-américain de Washington.

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Aux USA, dans la restauration, les serveurs sont payés au pourboire (tipped wage). Les employeurs leur versent 3,89 $, comptant sur les pourboires pour atteindre le salaire horaire minimum dans le District de Washington, soit 13,25 $. Sauf que la générosité des clients ne le permet pas toujours. Alors un texte a été adopté en juin dernier (Initiative 77) contraignant les employeurs à verser à leurs employés le salaire minimum. Beaucoup apprécient, mais d’autres montent au créneau, s’y opposant, estimant que les prestations vont diminuer en qualité et qu’ils y perdront au change. Ils exigent que ce texte soit abrogé. Des représentants des défenseurs des serveurs et serveuses, favorables à cette Initiative 77, disent que beaucoup ont peur de le dire, craignant d’être rejetés par les autres, et ayant des statuts d’immigrés incertains. Décidément, le système sait faire en sorte que les salariés s’entredéchirent !
. photo : "expressline", apparemment reprise partielle d’un article du Washington Post.

[19 septembre]

Trump à 50/50

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Samedi 22 septembre, deux manifestants devant la Trump Tower disaient : l’un son souhait qu’il soit réélu en 2020, l’autre tout le contraire. Deux policiers seulement, fort harnachés cependant, gardaient l’entrée de l’immeuble : signe que l’homme d’affaire-Président n’était pas là, car le moindre de ses déplacements provoque une paralysie partielle de la ville. Jeudi 20 septembre, un seul manifestait (son opposition à Trump). Pendant ce temps, les mendiants mendiaient.

Jeudi 20 septembre, devant la Tour Trump de la 5ème avenue, NY [Photos YF] Jeudi 20 septembre, devant la Tour Trump de la 5ème avenue, NY [Photos YF]

 

Les "mauvais pauvres"

Très bon article de Serge Paugam sur la polémique à propos des « mauvais pauvres ». Ce sociologue est un des meilleurs spécialistes sur la question de la pauvreté. Interviewé dans Le Monde à l’occasion de l’annonce du Plan pauvreté par Emmanuel Macron : L'intensité de la polémique sur les mauvais pauvres varie selon les époques.

[15 septembre]

. Voir à ce sujet, mon récent billet sur La pauvreté du Plan, dans lequel j'analyse la notion qu'une élite au pouvoir a de la pauvreté.

"Nos SDF plutôt que les migrants"

Avec la crise migratoire de ces dernières années, on a vu éclore des commentateurs "généreux", sur les réseaux sociaux, estimant qu'il fallait venir au secours de nos pauvres, de nos SDF, mais pas des migrants. Il y avait fort à parier que ces individus n'avaient jamais levé le petit doigt en faveur des sans-abri, mais ceux-ci leur servaient d'alibi pour combattre l'immigration. Viktor Orban, le premier ministre hongrois, ne se contente plus de soulever les foules en tenant un discours xénophobe (alors même que très peu de migrants sont rentrés et restés en Hongrie). Il s'attaque désormais aux sans-abri hongrois (dont le nombre est évalué à 7000), tandis que les mal-logés seraient 500 000. Orban n'a quasiment pas de migrants à se mettre sous la dent alors il stigmatise une population accusée d'être contagieuse et de  commettre des crimes, et lui interdit de s'installer dans la rue et de mendier. Après les étrangers, puis les très pauvres, qui ? A noter que ce politicien "charitable" a introduit dans la Constitution (pour un État laïc) que le "devoir de tous les organes de l'État" est d'assurer la "protection de l'identité et de la culture chrétienne".

 

Mendiants dans les rues de New York [Photos YF] Mendiants dans les rues de New York [Photos YF]

 

. Certaines de ces petites chroniques sont parues sur mon compte Facebook aux dates indiquées entre crochets, reproduites ici avec quelques compléments et variantes.

Billet n° 420

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   [Le blog Social en question est consacré aux questions sociales et à leur traitement politique et médiatique. Voir présentation dans le billet n°100. L’ensemble des billets est consultable en cliquant sur le nom du blog, en titre ou ici : Social en question. Par ailleurs, les 200 premiers articles sont recensés, avec sommaires, dans le billet n°200. Le billet n°300 explique l'esprit qui anime la tenue de ce blog, les commentaires qu'il suscite et les règles que je me suis fixées. Enfin, le billet n°400, correspondant aux 10 ans de Mediapart et de mon abonnement, fait le point sur ma démarche d'écriture, en tant que chroniqueur social indépendant, c'est-à-dire en me fondant sur une expérience, des connaissances et en prenant position.]

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