En fait, non.

Je me demandais si j’allais me décider à me faire vacciner. Autour de moi, presque tout le monde l’a fait, certains avec réticence, d’autres bien volontiers et je commençais à me dire que ça serait peut-être plus sérieux. C’était sans compter avec le président. Encore lui…

Mais quand est-ce qu’il va comprendre que plus il emmerde le monde, moins on a envie de le suivre dans ses délires successifs, enfin je veux dire moins on se laisse prendre par ses injonctions ? Il a beau rester debout, les dents serrées, pour ses déclarations martiales censées intimider le péquin, l’impact est désastreux, et il ferait presque peine à voir si nous ne payions pas si cher ses erreurs de gestion des crises sociales, sanitaires ou politiques.

Le coup de force tenté pour rendre obligatoire une vaccination sans en avoir l’air démontre une fois de plus le manque de courage dans son idéal à contrôler toute la population. Pourquoi ne pas avoir clairement imposé la chose partout, tout le temps, à tout le monde, plutôt que de tergiverser ? Pourquoi charger les commerçants, bistrotiers, restaurateurs, des tâches de contrôle et de surveillance si ce n’est pour leur en attribuer la responsabilité et se dédouaner des siennes ? Au respect des « gestes barrières » et au port du masque vont succéder l’état de santé conforme et la médication imposée, dans une société toute dévouée à accuser l’autre, le récalcitrant, d’être un assassin en puissance. Comme je disais, j’étais presque décidée, mais je n’aime pas cette façon malhonnête d’inverser les rôles.

J’imagine toutes les questions pratiques, opérationnelles, constitutionnelles, qui vont se poser dans les jours à venir. Qui d’abord ? Où ? Comment ? De quel droit ? Les licenciements, les abandons de poste, les pénuries de personnel, les salles de spectacles, les gens pour contrôler, dans les gares, les restos, les musées, les faux tests, les certificats trafiqués, les doses, une, deux, trois…  l’intrusion, la suspicion, le doute, les rancœurs, la jalousie, la délation… Et tous les drames autour.

Tant pis si je dois me passer de voyager, de manger au restaurant, d’aller boire un coup dans un bistrot, de voir un film au cinéma et de faire tout ce que j’ai à faire dans des lieux publics, je ne marcherai pas dans la combine et si je me fais vacciner, cela ne regardera que moi. En effet, je ne vois pas en quel honneur, je devrais afficher mon pedigree de santé. Si j’ai résisté à l’installation de pisteurs sur mon téléphone, ce n’est pas pour me faire tracer par un bestiau d’algorithme. Et si je descends crier ma colère dans les rues depuis plus de cinq ans (sans compter les années d’avant), ce n’est pas pour baisser les bras pour une piquouse obligatoire.

Comme d’habitude, les annonces du président ne pourront prendre effet en l’état. La colère (re)monte, les recours se préparent et les délais d’application ne pourront être respectés pour obtenir le sésame de ses rêves dans les temps impartis. Et je ne peux m’empêcher de repenser à ses propres prédictions et au profil psychologiquement troublé du personnage. Où veut-il en venir ? Jusqu’où son inconscient peut-il le mener ? Et sa conscience ? En a-t-il une ? Combien de personnages politiques se sont laissé déborder par ce sentiment d’impunité, cette volonté de dominer, quoi qu’il en coûte ? Macron est un champion en la matière, mais qui tombera, tels ces prédécesseurs, d’avoir été trop présomptueux.

Les cadeaux aux plus riches, les humiliations et les restrictions pour les plus pauvres, le recul de l’âge de la retraite, les baisses d’allocations, les calculs et embrouilles de la réforme chômage, les conflits d’intérêts de ministres, de parlementaires, de conseillers, les mutilés de la guerre sociale, les oubliés de la guerre économique, le mépris de classe, les préfets maintenus, les policiers innocentés, les prisons surpeuplées, les migrants refoulés, le climat oublié, les logements manquants, les soupes populaires, les lits d’hôpitaux insuffisants, les états d’urgences et leurs conséquences, les confinements, les prolongations, le traçage, le forçage, le tatouage… On ne pourra pas dire qu’il n’a pas fait le maximum pour son autodestruction programmée.

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