On n’est pas fatigués !

Alors que durant ce week-end, les médias officiels déversaient sans honte leur mea culpa à propos de l’affaire de Ligonnès, les gens sont encore descendus dans la rue. Sit-in, manifs, sabotages, les actions n’ont pas manqué. Grand petit tour des luttes en général, et de celles-ci, en particulier.

Vendredi soir, à Saint-Denis, plusieurs collectifs de femmes ont manifesté en ville et devant le commissariat principal pour dénoncer l’accueil réservé aux femmes victimes de violences. Pendant deux heures, elles n’ont pas lâché le morceau devant les flics hilares protégeant l’édifice public. Nous en sommes à 120 féminicides (au 14/10) et il n’y a toujours aucune mesure concrète pour éviter l’horreur. Schiappa consulte, les flics se marrent, et nos sœurs meurent. Une nouvelle mobilisation nationale, à l’initiative de #NousToutes, aura lieu le samedi 23 novembre, à 14h à Paris, pour dire STOP aux violences sexistes et sexuelles : viols, harcèlements, agressions, insultes, humiliations, coups…

Pour ce qui est des violences d’État, plus de 10 000 personnes sont venues danser contre à l’énorme Teknival près de Nantes, baptisé pour l’occasion « Tek'Steve'All ». Nantes révoltée nous raconte : « Vendredi soir, alors que l'île de Nantes était littéralement bunkérisée par les forces de l'ordre, qui s'attendaient à voir s'installer les murs de sons sur le quai où avait eu lieu la charge mortelle du 21 juin dernier, des centaines de véhicules ont convergé, depuis le centre commercial Paridis jusqu'à Sainte-Luce, à 6 kilomètres du cœur de Nantes. Après des heures d'installation, le coup de départ de 2 jours de musique et de fête était lancé. »
À Paris, comme tous les vendredis depuis neuf semaines, un rassemblement a eu lieu devant l’IGPN pour réclamer le traitement des XXX plaintes déposées suite à des violences policières.

Au Tek'Steve'All, ce week-end © Nantes révoltée Au Tek'Steve'All, ce week-end © Nantes révoltée

Le samedi, parmi les premiers sur le pont, les camarades Gilets jaunes étaient en poste à Ploërmel. La Bretagne, pays de légendes, entretient celle d’Anne de Bretagne, qui aurait déclaré les routes du pays gratuites ad vitam aeternam. Que nenni ! C’est le général de Gaulle qui a mis en place le « plan routier breton » en 1969, grâce au CELIB, un lobby créé en 1950. Mais peu importe, le Breton est têtu et n’a pas l’intention de se laisser taxer sur ses routes nationales. Les GJ des alentours ont installé un péage fictif au rond-point Francis-Rousseau pour alerter les automobilistes.

À cette heure-là, les membres d’Extinction Rebellion étaient déjà en train de décharger de la paille devant l’Assemblée nationale, avant que plusieurs cargaisons ne soient arrêtées par les forces de l’ordre. Une fois de plus, la police a laissé se dérouler le rassemblement une bonne partie de la journée sans intervenir. Idem sur la place du Châtelet d’où étaient partis d’eux-mêmes les occupants le vendredi soir, après qu’une partie ait passé la journée rue de Rivoli et place de l’Étoile, à pied ou à vélo. À l’étranger, les XR ont multiplié les actions et réussi à faire arrêter, à Londres, la princesse Esmeralda de Belgique, activiste du mouvement, tandis qu’à Bruxelles, 435 personnes subissaient le même sort. La note maximale de twelve points revient à Melbourne avec un Stayin’ alive inénarrable.


Stayin' alive in Melbourne, le 12 octobre © XR Australia


À midi, comme tous les samedis depuis 10 mois, les femmes du Palais étaient au rendez-vous, sur les marches. La situation n’a pas changé au Palais et peut-être même qu’elle a empiré pour les femmes qui s’y battent et osent dénoncer. Denrées périmées, rats, punaises de lit, souris, humiliations, punitions, déboires administratifs sont toujours de mise. Si vous êtes volontaire pour une occupation de lieu (je ne vous dis pas lequel) jusqu’à la prise en compte des revendications des résidentes et l’engagement de leur relogement sous 24 mois maximum, merci de me contacter.

Un espoir de convergence XR/GJ était né dans la semaine avec l’installation d’une cabane de Gilets jaunes à Châtelet, mais arrivés trop tard, repartis trop tôt, aucune réelle union n’a pu naître et chacun d’exécuter son programme ou son parcours dans les rues de la capitale en ce jour de 48e acte. Bastille, Sacré-Cœur, boulevard Magenta, Barbès, avenue de Villiers…, mais le vrai moment fort de cette journée parisienne a été la manifestation de soutien au Rojava, de République à Châtelet. Je ne donnerai pas de chiffres, mais en comptant tous les autres rassemblements en province, ça faisait du monde. Cette nuit, les Kurdes ont passé un accord avec Damas pour l’envoi de troupes syriennes à la frontière turque alors que 1000 soldats américains sont prêts à quitter le nord du pays.


Chants kurdes, lors du rassemblement place de la République © Oriane
 

Prise de parole d’un gilet jaune en soutien au Rojava © Cerveaux non disponibles

Et pour mieux connaître le Rojava et ses femmes, voir ce reportage d’Arte de novembre 2018.
https://www.arte.tv/fr/videos/084989-000-A/syrie-rojava-la-revolution-par-les-femmes/

Profitant de toutes ces agitations, les membres d’Attac s’en sont pris à Amazon, Total et la BNP pour une opération « Hors service ». À Lille, Reims, Nantes, Marseille, Avignon, Épinal, Jouy-en-Josas, Le Havre, Rennes, Redon, Saint-Herblain, Vincennes, Dunkerque, Nevers, Ardennes, Yonne, Mâcon, les attaquants n’ont pas chômé comme le prouve ce fil : https://twitter.com/attac_fr/status/1182952333505957888?fbclid=IwAR0lKhQw14t-7IgxkOxUbaIQ_uC3htTmKtsIR20cSEbRUxDzOMxDKOypB4E

Pour en revenir aux Gilets jaunes, ils étaient partout, comme d’habitude, mais le point le plus chaud était à Toulouse, élue pour réunir le plus grand nombre. Ils n’ont pas été déçus du voyage. Une sorte de jour sans fin, un éternel recommencement. LBD, lacrymos, asphyxie dans le métro, pavés, fumigènes, arrestations, blessés, on n’arrête pas une répression En Marche !
Niveau pollution, Rouen reste en tête de cortège avec ses habitants qui n’ont de cesse de réclamer des infos, de demander des comptes et des démissions, mais rien n’y fait, les secrets d’État et leurs bombes à retardement perdurent, les Rouennais peuvent crever.

Rouen, le 12 octobre © Lou Benoist - AFP Rouen, le 12 octobre © Lou Benoist - AFP

Je n’ai bien sûr pas pu tout vous raconter de ce week-end d’octobre, mais je tenais à tirer mon chapeau à Bertrand Usclat (Broute) pour la création de son mouvement « Consommation Rebellion ».
Enjoy !


« Consommation Rebellion ». © Bertrand Usclat - Broute

 

 

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