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Intrications, Josèfa Ntjam, Institut d’art contemporain (IAC), Villeurbanne
À Villeurbanne, l’Institut d’art contemporain déploie la plus ambitieuse monographie institutionnelle de l’artiste Josèfa Ntjam. « Intrications » transforme les 1200 m² du centre d’art en un biotope spéculatif dans lequel l’intrication quantique devient métaphore d’une histoire diasporique en perpétuelle reconfiguration. La proposition va au-delà de la simple exposition pour donner vie à un univers en expansion, un rêve dans lequel la nature devient mémoire vivante de l’histoire et de la résistance. « Intrications » est une œuvre totale, une œuvre hypnotique et dérangeante, politique et nécessaire. À l’IAC, Josèfa Ntjam nous rappelle que l’art, dans sa porosité, peut réparer les histoires officielles, en donnant naissance à de nouveaux univers libérés des oppressions. Magistral.
Commissariat : Sarah Caillet, coordinatrice artistique et de recherche in situ, IAC, Villeurbanne.
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Après la fin. Cartes pour un autre avenir, Centre Pompidou-Metz
C’est une constellation mouvante, un archipel de pensées et de gestes artistiques défiant la linéarité de l’histoire occidentale, que déploie, au Centre Pompidou-Metz, l’ancien directeur du Museo Reina Sofía à Madrid, Manuel Borja-Villel, dans l’exposition « Après la fin. Cartes pour un autre avenir ». Réunissant une quarantaine d’artistes, elle s’attaque à l’héritage colonial qui imprègne encore nos imaginaires, nos musées, nos conceptions du temps. Véritable cartographie vivante, elle invite à naviguer dans des récits diasporiques, des mémoires enfouies et des futurs possibles, là où la modernité se fissure pour laisser entrevoir d’autres mondes. « Après la fin » est une œuvre-monde, un manifeste artistique et politique qui défie les certitudes de l’Occident. En s’appuyant sur des artistes aussi divers qu’Aline Motta, Ahlam Shibli, Bouchra Ouizgen, Belkis Ayón ou Tizintizwa, l’exposition dépasse la critique du passé colonial pour s’aventurer à cartographier des futurs possibles, autant d’invitations à repenser notre rapport au temps, à l’espace et aux autres.
Commissariat : Manuel Borja-Villel.
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Julie Béna, Parodie, Le Magasin CNAC, Grenoble
Dans les nefs industrielles du Magasin – CNAC à Grenoble, Julie Béna déploie avec « Parodie » un cirque intime et grinçant, sa première grande exposition monographique française. Élevée dans le théâtre itinérant, elle transforme l’espace en fête foraine hantée avec roulottes sculptées, manèges figés, néons clignotants, vidéos cauchemardesques et avatars burlesques, de Jester à Dirty Shirley, Pierrote, Strakati…, incarnés par elle-même, sa mère, son mari, sa fille. Entre burlesque populaire, tendresse familiale et dérision mordante, l’exposition mêle sculptures, performances filmées et installations immersives pour questionner masques, rôles, identité genrée et pouvoir. Le grotesque devient une force libératrice, le rire cache le vertige, l’intime se fait public dans un univers tragicomique où la vérité et la fiction se parodient mutuellement. Une œuvre joyeusement excessive, tendre et cruelle, qui trouble avec espièglerie les contours du réel.
Commissariat : Céline Kopp.
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Mode d’emploi, Suivre les instructions de l’artiste, Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg
L’exposition Mode d’emploi, présentée au MAMCS de Strasbourg de février à juin 2025, explore le concept d’instructions dans l’art contemporain depuis les années 1960. Conçue par les commissaires Philippe Bettinelli et Anna Millers, elle réunit des œuvres d’artistes tels que Yoko Ono, Sol LeWitt ou Erwin Wurm, où l’œuvre n’existe qu’à travers des directives écrites ou orales, exécutées par des tiers – visiteurs, étudiants ou techniciens. Cette démarche questionne la notion d’auteur, la matérialité de l’œuvre et son statut éphémère, l’instruction devenant le cœur de la création. L’exposition met en lumière comment ces protocoles, oscillant entre rigueur et liberté, redéfinissent l’acte artistique en un processus collaboratif et contextuel, tout en interrogeant les dynamiques de contrôle et d’interprétation dans l’art.
Commissariat : Philippe Bettinelli, conservateur au service Nouveaux médias du Musée national d’art moderne - Centre Pompidou, Anna Millers, conservatrice en charge de l’art contemporain au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg
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Candice Breitz, Off Voices, BPS22, Charleroi
Le BPS22 à Charleroi a eu la bonne idée de consacrer une exposition personnelle à l’artiste sud-africaine Candice Breitz. Réunissant un corpus d’œuvres réalisées entre 1994 et 2020, elle invite à une traversée dans le travail d’une artiste activiste dont le militantisme social, la vie privée et la création artistique sont inextricablement mêlés. À travers ses œuvres, l’artiste aborde les thèmes de l’apartheid, l’identité, le patriarcat, le travail du sexe et le pouvoir des célébrités. L’art de Candice Breitz nous place face à notre héritage. Si l’on ne peut pas le refuser, on a, en revanche, l’obligation de s’informer, d’écouter, de s’interroger. Quels héritiers voulons-nous être ?
Commissariat : Dorothée Duvivier.
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Wolfgang Tillmans, Rien ne nous y préparait. Tout nous y préparait, BPI, Centre Pompidou, Paris
À Paris, le photographe allemand Wolfgang Tillmans transforme les 6000 m2 de la Bibliothèque publique d’information (BPI), vidée de ses livres, en grand théâtre des images. L’artiste invite à entrer dans son univers en plongeant dans quarante ans de création artistique qu’il fait dialoguer avec l’architecture du Centre Pompidou juste avant sa fermeture prolongée jusqu’en 2030. « Rien ne nous y préparait – Tout nous y préparait »,titre-manifeste, est clamé à la manière d’un haussement d’épaules face à l’effondrement d’un monde qui, depuis les raves berlinoises des années quatre-vingt-dix jusqu’aux fractures géopolitiques de cette décennie tourmentée, n’a cessé de murmurer son agonie. L'exposition donne à voir un artiste qui n’a pas cédé à la facilité du style et qui continue, par la précision de ses solutions formelles et la sincérité de son regard, à renouveler le vocabulaire photographique contemporain en proposant une autre manière de regarder.
Commissariat : Florian Ebner, avec Olga Frydryszak-Rétat et Matthias Pfaller
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Mickalene Thomas, All about love, Les Abattoirs, musée frac Occitanie, Toulouse
Première grande exposition française de l’artiste afro-américaine Mickalene Thomas, « All about love » déploie, aux Abattoirs de Toulouse, plus de deux décennies de création. Peintures monumentales, collages, photographies, vidéos et installations composent un parcours vibrant, dans lequel l’amour est envisagé comme un acte d’émancipation et de rébellion. « All About Love » transforme les Abattoirs en un espace dans lequel on célèbre, on questionne, on se réinvente. L’exposition, par sa générosité et son audace, invite le visiteur à repenser sa place dans un monde fracturé, où l’amour, loin d’être un cliché, devient un acte de rébellion.
Commissariat pour Les Abattoirs : Lauriane Gricourt, directrice, Tatiana Rybaltchenko, conservatrice.
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Francisco Tropa, Paésine, Nouveau Musée National de Monaco
Sur le parvis de la Villa Paloma, Pénélope regarde la mer. Cette figure de la mélancolie voit ses contours altérés par son processus de production, résultat d’une série de moulages de la cavité intérieure d’une statue. Dans un mouvement perpétuel, elle ouvre et ferme à la fois le parcours de l’exposition monographique que consacre le NMNM à l’artiste portugais Francisco Tropa. Artiste rare travaillant seul, sans assistant, il compose une œuvre plurielle autour de trois grands thèmes que sont la géologie, l’archéologie et l’ethnologie. Tropa donne forme au vide en reliant des histoires entre elles, en réactivant des mythologies et des technologies. Sa fascination pour le motif archéologique interroge le souvenir, la mémoire. Il construit un univers complexe et sensible dans lequel se révèlent les diverses formes de la représentation d’un monde autonome et fascinant. Regroupées en ensembles, ses œuvres donnent vie aux épisodes d’un grand récit fictionnel. À l’image de ces fines tranches d’agates colorées qui, utilisées à la façon des plaques de verre, sont projetées sur les murs des salles d’exposition, évoquant un œil ou l’entrée d’une caverne ; le temps donne à voir une autre histoire des formes.
Commissariat : Célia Bernasconi
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Aline Bouvy, Hot Flashes, Casino Luxembourg
Au Casino Luxembourg, Aline Bouvy déploie un univers dans lequel l’enfance, les corps et les normes sociales s’entremêlent au sein d’une scénographie à la fois ludique et dérangeante, transformant l’espace du centre d’art en un terrain de jeu subversif dans une exposition dense, « Hot Flashes », qui conjugue humour, critique sociale et réflexion esthétique. Avec sa pratique polymorphe, Aline Bouvy s’affirme comme une figure majeure de l’art contemporain capable de questionner les normes avec une liberté déconcertante. Son engagement féministe, son exploration des tabous corporels et son refus des conventions en font une artiste à la croisée des chemins, entre provocation et poésie. La puissance subversive de « Hot Flashes » réussit à faire du Casino un espace de confrontation dans lequel l’humour et les références pop ne contredisent pas une exploration plus profonde des tensions qu’elle soulève. Aline Bouvy, en jouant sur les échelles et les regards, invite à repenser notre place dans le monde, mais c’est dans les silences de son œuvre, là où le malaise s’installe, que sa voix résonne le plus fort.
Commissariat : Stilbé Schroeder
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L’exposition collective « Comme un printemps, je serai nombreuse » interroge, à travers les œuvres de huit artistes, les émeutes urbaines de 2005. Organisée autour de la pièce « Oasis Love » de Sonia Chiambretto, elle mêle textes, arts plastiques et performances pour donner voix aux jeunes des quartiers populaires et interroger les structures de pouvoir persistantes. La scénographie, centrée sur la parole, invite à la cohabitation entre le verbe et la création plastique. À Triangle-Astérides « Comme un printemps, je serai nombreuse », explore la mémoire collective et la résilience. Elle questionne l’héritage des soulèvements urbains, mettant en avant la parole des marges et le rôle de l’art comme vecteur de résistance. Le titre évoque un renouveau et une multitude, reflétant l’élan vital d’une exposition aussi poétique que fondamental.
Avec la complicité curatoriale de Victorine Grataloup et Camille Ramanana Rahary, assistées de Léo Ferreiro et Clara Juan.
Portfolio 1 janvier 2026
2025 en dix expositions
Un classement est toujours arbitraire, qui plus est lorsqu’il s’agit de choix personnels. Voici donc dix expositions qui ont marqué mon année 2025 de Josèfa Ntjam à Francisco Tropa, de Julie Bena à Aline Bouvy, de Strasbourg à Monaco, de l'IAC à la Friche la Belle de Mai, de Luxembourg à Charleroi.
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