J'aimerais bien revenir dans cette caverne avec vous, le temps d'un billet déjà.

En effet,c'est très bouleversant de visiter, en plein désert, un lieu faisant l'objet de tant de soin (pas une trace de poussière, tout parfaitement aligné), d'opulence (je ne suis pas bonne brocanteuse, mais tout de même...) et de n'y rien comprendre.

Parce qu'en fait, je n'y ai rien compris au départ.

 Trésor de guerre? la guerre de la misère alors, car l'on sait bien que c'est plus en Suisse et aux Iles Tagada que l'on trouve les vrais trésors de guerre.

Fruits de vandalisme? Et les mêmes astiquent leur butin avec autant de souci? Fument leur narghilé tout en faisant visiter avec un sourire angélique? possible.

Achats? je veux bien, mais dans ces cas là l'acheteur aimait les doubles!

Collectionneur cinglé? Possible...

 

Dernière solution , qui me plait le plus: habitudes de razzia. Razzia mal gérée, mais razzia tout de même... Tradition, coutume...

C'est une habitude bédouine que la razzia. 

"Je n'ai rien. Tu as. Je prends, ça ne te manquera qu'à peine et moi j'en ai besoin" 

 

C'est délicat à concilier avec notre belle morale de nantis, mais c'est comme ça.

D'ailleurs les mêmes qui sont choqués par cette attitude, s'extasient et prennent toujours longuement en photo les maisons de pierre bédouines qui ne sont que mélanges d'époques, récupération de bas reliefs divers, pierres sculptées de tous les styles et par tous les conquérants passés par là, patchworks de civilisations à la savoureuse beauté qui sont en fait l'exact fruit du raisonnement énoncé plus haut et qui donnent surtout de fort jolies maisons, bien pratiques.

 

Je m'arrête sur ce point, car une lectrice canadienne m'a écrit en me demandant si je n'étais pas troublée de raconter ainsi les histoires d'une culture "amenée à disparaître". La lettre était plus qu'aimable par ailleurs et je me suis dit qu'il fallait absolument que je précise dans mes écrits, voir que je souligne vraiment que je ne pense pas du tout que cette culture est amenée à disparaître. Elle évoluera , comme nous évoluerons tous, mais sa grande force est justement dans ce patchwork, dans cette capacité au patchwork, avec le peu d'état d'âme que cela suggère parfois, comme dans le cas de la caverne d'Ali Baba.

 

Voilà une culture qui en a vu d'autres! D'autres envahisseurs, d'autres tyrans, d'autres croisés...et les bédouins, comme le dit leur nom : "bedo": "qui vit dehors" s'adaptent à tout. Ils ne dépendent de pas de grand chose (et savent parfaitement trouver ce "pas grand chose") et n'ont , de ce fait, pas grand chose à perdre. Après, ils s'arrangent...puis repartent si c'est nécessaire.

Hafez Al Assad l'avait bien compris puisque la première chose qu'il a fait a été de créer des écoles "en dur" et, à proximité, de distribuer des lignes téléphoniques fixes (et quasiment d'usage gratuit) à quelques chefs de clan. C'était plus efficace que n'importe quoi en terme de sédentarisation. La culture orale étant très forte, les gens se sont regroupés près des téléphones et là, l'état simplifiait l'acquisition de terres et...le tour était joué...le "nomade millénaire" devenait d'un coup plus facile à manipuler puisqu'il avait....des choses à perdre.

 

Cet enrichissement des campagnes  touche souvent ses limites néanmoins d'une part car l'agriculture connait les contraintes de la météo et d'autre part car le phénomène de l’exode rurale sévit aussi en Syrie, mais revenons à nos moutons, (c'est le cas de le dire!): "ceux qui restent" dans le désert sont des gens qui ont "le cuir très solide", aux codes très ancrés et surtout à la débrouillardise totale.N'ayant pas peur du dénuement, ils ne sont donc pas prêt de disparaître comme ça!

Et même si je ne parle ici que des bédouins, des gens de la campagne, il me semble que dans tous les syriens que j'ai rencontré en 15 ans, j'ai retrouvé cette incroyable faculté d'adaptation, cette force de caractère qui ne dit mot mais résiste et réfléchit déjà à ce qu'il veut faire et comment il va le faire.

Les racines bédouines portent tout cela, et c'est un cadeau inestimable.

 

Voilà ce j'ai entrevu petit à petit dans la caverne d'Ali Baba, au coeur de ce curieux mélange d'habitude ancestrale et de soif de posséder, encore et encore...

Lien vers "Ma Syrie " (17)

Lien vers "Ma Syrie" (15) 

Lien vers "Ma Syrie" (14) 

Lien vers "Ma Syrie" (13)

Lien vers "Ma Syrie" (12) 

Lien vers "Ma Syrie" (11) 

Lien vers "Ma Syrie (10)

Lien vers "Ma Syrie" (9)

Lien vers "Ma Syrie" (8) (Journée de la femme)

Lien vers "Ma Syrie" (7)

Lien vers "Ma Syrie" (6)

Lien vers "Ma Syrie" (5)

Lien  vers "Ma Syrie" (4)

Lien vers "Ma Syrie" (3)

 Lien vers "Ma Syrie" (2)

Lien vers Ma Syrie (1)

La première partie de mes écrits sur la Syrie, se trouve dans l'édition sur les révolutions dans le monde arabe sous les liens suivants:

(cliquez ici pour avoir accès au huitième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie) C'est dans cet article que j'explique mon désaccord avec l'édition spéciale de  Médiapart et à la suite duquel, je suis revenue sur mon blog....

(cliquez ici pour avoir accès au septième article de cette sériesur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au sixième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au cinquième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(cliquez ici pour avoir accès au quatrième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au troisième article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au second article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

(Cliquez ici pour avoir accès au premier article de cette série sur le monde bédouin du centre de la Syrie)

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.