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Billet de blog 3 août 2022

« Le réchauffement climatique ne s’arrête pas, nous non plus »

Le dérèglement climatique est là. Les conséquences « punitives » aussi. Et alors, que faire ? C’est comme une contribution à la réponse, La Marche pour Demain, projet de l’association Air.e, créée par Bernard Ollivier, avec l’objectif de résilience citoyenne qui vise à la création de hameaux autonomes. Un engagement radical, celui de la vie !

ARTHUR PORTO
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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Fondateur de l’association Seuil qui, depuis plus de vingt ans organise des marches qui se veulent résilientes pour des jeunes mineurs en difficulté sociale, familiale, ou avec des affaires au pénal.

Nous avons déjà évoqué ici cette initiative, /marcher-pour-sen-sortir en 2012 ou en 2015 marche-et-invente-ta-vie. Associer la marche, la liberté de marcher à son rythme, à la réflexion de soi et pour soi comme une volonté ou une opportunité de faire ‘‘un pas de côté’’ dans sa vie et dans son parcours parfois tortueux.

Bernard Ollivier a aussi, à sa façon, refait un pas de côté en publiant il y a trois ans, /lessence-de-la-vie-pour-lexperience-de-la-terre. Lui qui a beaucoup marché (La route de la soie, entre autres), cette fois-ci il s'est posé, en Sologne, et a longuement écouté, pour un livre, ceux qui cherchent à s'installer... et à faire vivre la terre.

C’est donc, pourrait-on dire très naturellement qu’il a créée une autre Association, Air.e

‘‘air.e est un projet de résilience citoyenne qui vise à la création de nombreux hameaux autonomes en nourriture, énergie, logement et eau, permettant d’assurer à leurs membres les moyens de vivre en sécurité, par l’entraide.

En les regroupant, l’objectif d’air.e est la création d’une grande bio-région, petite République  indépendante de tous les pouvoirs, dans le respect des lois, notamment celles qui régissent la propriété.’’

La Marche pour Demain 2022

Et le site de l’Association décrit le déroulement de leur chemin : La première Marche pour Demain qui a failli partir deux fois en 2020 et 2021, a finalement a eu lieu en Juillet 2021. Une centaine de personnes qui ont marché 280 km sur trois parcours depuis Guerledan, Quimper et Carantec, jusqu’ au Domaine de Menez Meur, au cœur du PNRA (Parc Naturel Régional d'Armorique).

"Le réchauffement climatique ne s'arrête pas, nous non plus" et cette année, la Marche pour Demain est partie de Morlaix (29) le 9 juillet et arrivée le 13 juillet à Brasparts (29), dans les Monts d’Arrée.

Le principe chaque jour, ‘‘une déambulation fraternelle et conviviale, propice à la réflexion pour préparer le monde de demain et le soir, échanges, conférences ou concerts pour construire dans la joie un avenir marqué par le respect du vivant et l’agroécologie, sous le sceau de l’entraide’’.

Ainsi, comme le décrit Bernard Ollivier dans son ‘bilan-reportage’, le 12 juillet à Saint Rivoal, ‘‘La soirée est consacrée à un couple rayonnant : Myriam et Sylvain Le Treust ont créé un élevage de vaches blackangus sur les monts d'Arrée. Le couple passionne l'assemblée par la clarté de son exposé, son enthousiasme, son audace et sa connaissance des milieux très particuliers des Monts d’Arrée, bien que ni l'une ni l'autre ne soient natifs du lieu.

Quelques jours après, ils seront hélas au cœur des incendies qui dévoreront 1750 hectares de terres autour de leur ferme. Myriam nous tiendra en haleine en diffusant sur facebook des images dramatiques et en les commentant avec émotion. Mais elle démontre aussi par l'image que les demandes qui étaient faites au Parc Naturel Régional d'Armorique de laisser des animaux paître et entretenir les landes n'ayant pas été suivies d'effets, le feu a ravagé les terres du PNRA et s'est arrêté, faute de nourriture, à la limite de leurs pâturages. La démonstration est éclairante; comme tracée au cordeau, on découvre la séparation entre les terres noires de cendres du parc et l'herbe verte de la ferme.’’

Des élus qui marchent aussi pour demain...

Souvent, des élus locaux ont participé à la mise en place de la Marche par journées et sont présents aux discussions. Dans l'étape de Commana, Fanny Saint Georges, jeune et dynamique conseillère de la commune a préparé l'étape et, accompagnée de deux amies, a tenu à parcourir le chemin. Dans le premier commentaire lire le projet de la commune.

De même à Botmeur -qui en breton s'orthographie "Boneur"-, qui avait déjà accueilli une étape l’an passé, Eric Prigent son maire, a reçu les marcheurs en ouvrant les portes de la salle des fêtes.

A Saint Rivoal, c’est Catherine Sylvain, conseillère de la commune qui a contribué au bon déroulement de l’arrivée et à la soirée dans ce ‘‘village qui compte une école "Diwan", dispensant ses cours en breton et un superbe musée présentant les conditions de vie’’ d’autrefois.

Pour la dernière étape, Philippe Robert-Dantec, conseiller municipal de Brasparts et architecte de l'étape, a marché en famille avec le groupe.

La soirée du 13 juillet se présentait ainsi en grand partage avec un dîner préparé par un jeune et dynamique maraîcher-cuisinier qui s'est fait une spécialité de repas collectifs confectionnés avec les fruits et légumes de son jardin. Il s’appelle Mouss, lui aussi venu d'ailleurs, comme quoi l'insertion dans une région peut être une belle réussite remarque Bernard.

Et, forcement ‘‘le fest-noz, ce résumé enchanté de l'âme bretonne. La musique, crée l'union.. Il débute par un petit récital de Gwenola Gwernig, et les chanteuses du groupe Kouaenned venues de Quimperlé. L'une lance une phrase et les trois autres reprennent à l'unisson, parfois appuyées par les danseurs lorsque la chanson est connue. Un rond se forme et la danse commence.’’

Comment f’aire?

Au-delà du plaisir de la marche et de la convivialité partagée si bien décrite par Bernard Ollivier il y a la question... ‘‘et après ?’’ Qui se pose ici, à l’Air.e, mais qui anime et questionne aussi les nombreux projets qui émergent dans tout le territoire.

A Mediapart, une édition Bifurquons ensemble ! démontre l’importance de cette problématique autour de la Bifurcation dont l’appel des étudiants d’AgroParisTech, pour déserter les postes dans l’agro-industrie, est un signe qui devrait susciter une réflexion la plus large ouverte et engagée par tous les citoyens soucieux de l’avenir de la Planète.

Comment à un moment donné de sa vie, de son parcours professionnel ou social, on ‘‘bifurque’’? Une rupture avec un cadre de vie, qui engage la famille, une carrière professionnelle, une structure qui a toujours bornée son chemin et qui amène à envisager, à choisir d’aller ailleurs que là où on est, là où on a toujours été, tourner la page de ce qui a fait de nous ce qu’on est et dont une prise de conscience ouvre à d’autres possibles, peut-être utopies, qui bouleversent notre confort, celui du moment.

Ici c’est une initiative citoyenne qui, à travers une marche pose des questions essentielles, dans une proposition de réflexion sur la création d’un (plusieurs...) hameaux comme l’a invité l’Association à ses adhérents et sympathisants:

‘‘Quoi ? (les menaces du dérèglement climatique ), Qui ? (est concerné), Où ? (atterrir) et enfin Comment f’aire? (le projet de hameau aire). Chacun(e) étant invité à répondre à la question :

« Seriez-vous prêts à vous impliquer dans le projet et/ou à venir dans un futur hameau air.e »?’’. Le point central, essentiel, sur l’engagement, en quelque sorte ‘‘des paroles aux actes’’ !

Une réalité systémique donc un combat systémique...

Nous sommes nombreux, de plus en plus, à partager l’idée que le combat autour du dérèglement climatique est une étape cruciale. Et nous savons aussi que le devenir de la planète c’est un combat systémique dont le climat est un facteur central, sachant que ce climat est aussi la conséquence de nos modes de vie, de nos choix agricoles, de nos priorités industrielles, de nos moyens de transport, de nos richesses inégalitaires, de nos considérations sanitaires, de nos orientations éducatives...

Quelle programme ! et pour cela nous avons bien besoin d’AIR.E... De sa Normandie et en route vers la Bretagne, voilà que Bernard Ollivier nous y invite. Profitons-en, donnons-nous les moyens de la réflexion et marchons donc de notre pas, à notre rythme, mais là où ailleurs, marchons...

Et voici leur petite annonce... L’association Air.e s’organise pour la création de son premier hameau résilient pour le monde de demain (150 à 200 habitants) dans le Finistère.
Vous êtes prêt(e) à passer à l'acte ? Rejoignez nous pour agrandir nos cercles de travail, de réflexion et d’animation autour du manifest’aire.
Information et inscription : www.air-e.org

Site de l'Association: Air.e

* * Je n’ai pas pu participer à cette marche, et c’est surtout le ‘‘bilan-compte rendu’’ de Bernard qui a guidé le contenu de ce billet. Merci Bernard!

Dans le premier commentaire quelques lignes sur le projet à Commana (Finistère), de monter un lieu avec des habitats réversibles ou compostables.

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