Gilets jaunes, symptôme d'un pays qui ne sait pas vivre la démocratie

Semaines après semaines, petit à petit mais beaucoup plus vite que ce qu’on imaginait, l’impensable prend des allures de possible, au point que la question n’est plus de savoir si, oui ou non, l’extrême-droite arrivera un jour au pouvoir en France mais quand. Pessimisme exagéré ? La chronologie des derniers mois ouvre toutes grandes les portes aux pires aventures.

Semaines après semaines, petit à petit mais beaucoup plus vite que ce qu’on imaginait, l’impensable prend des allures de possible, au point que la question n’est plus de savoir si, oui ou non, l’extrême-droite arrivera un jour au pouvoir en France mais quand. Pessimisme exagéré ? La chronologie des derniers mois ouvre toutes grandes les portes aux pires aventures.

Parti de la contestation des limitations de vitesse et des radars routiers (ce que bien peu ont jugé nécessaire de souligner, tant cette banale motivation mettait à mal des interprétations autrement gratifiantes), suivie d’un bref moment social (touchant à la hausse des taxes sur le carburant, rapidement annulée par le gouvernement), le mouvement des gilets jaunes, à travers ses mises en scène hebdomadaires, s’est concentré quasi exclusivement sur des exigences non pas politiques mais purement politiciennes : la démission des pouvoirs publics. Il n’est pas nécessaire d’être légaliste et encore moins macroniste pour comprendre tout ce que cette revendication peut avoir de totalitaire : car comment qualifier autrement une entreprise, née dans la mouvance d’extrême-droite et toujours inspirée par elle, ultra minoritaire (quelques dizaines de milliers de manifestants hier dans toute la France) qui vise à imposer par la force et l’intimidation sa volonté à tout un pays ? Les violences policières, une vieille tradition républicaine qui n’avait jamais jusque-là suscité d’indignation particulière, sont mises en avant comme l’expression d’un régime aux abois, au lieu d’être dénoncées comme l’expression d’une société qui ne sait pas vivre la démocratie. Mais l’enfer, c’est toujours les autres.

De fait, alors qu’ailleurs en Europe (Pologne, Hongrie, Italie, Autriche), l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir s’est faite dans le cadre légal des élections, en France, c’est dans la rue qu’elle se prépare mais encouragée par des forces politiques, extrémistes ou non, dont l’objectif ultime est la conquête du pouvoir par tous les moyens. A ma connaissance, la France est le seul pays démocratique (démocratie certes bien imparfaite) dans lequel des parlementaires, confortablement installés dans leur carrière et généreusement entretenus par le contribuable, puissent en appeler ouvertement à « l’insurrection », c’est-à-dire au renversement par la violence des institutions ou même relayer des appels à l’assassinat des responsables politiques. Aucun pays non plus où l’extrême-gauche ne tende aussi clairement vers l’extrême-droite. La république française, tout imbue de ses prétentions historiques à incarner un modèle universel, n’a en réalité jamais été capable d’affronter correctement le défi de la démocratie : non pas la loi du plus fort ou de la majorité (qui n’est jamais que relative) mais la prise en considération de la diversité des habitants, le respect des différences. Aujourd’hui, il est effectivement difficile de croire à l’honnêteté d’un mouvement, celui des gilets jaunes, qui, au prétexte du déficit démocratique des institutions politiques, voudrait les remplacer par un régime où les gros bras font la loi.

Contrairement à l’image complaisamment véhiculée de la « spontanéité » du mouvement, d’un mouvement parti de la base, donc du peuple, l’occupation de la place publique, méticuleusement préparée par des réseaux sociaux aux connections troubles (et un mode opératoire qui a plus à voir avec la Manif pour tous qu'avec la prise de la Bastille...), vise principalement à la déstabilisation des pouvoirs publics et à l’avènement d’un régime qui n’aura rien de démocratique. Tout à l’opposé de mai 68, quand 13 millions de travailleurs s’étaient mis en grève, ce n’est pas non plus un mouvement social, les lieux de travail en restant massivement à l’écart.

En réalité, une arnaque de première grandeur mais qui confirme qu’avec une opinion publique majoritairement léthargique (du moins jusqu’à présent), des partis politiques comme à leur habitude pusillanimes, des intellectuels et des médias selon les cas aveugles ou complaisants, la France est mure pour une aventure d’extrême-droite. Et des lendemains qui ne chanteront pas.

 

Sur ce blog :

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