Une « malédiction » bien de chez nous.

En 1912, Ferdinand Buisson écrivait :« À ceux qui prétendent qu’il n’y a plus de terrain commun entre nous, entre nos enfants(…) Instituteurs français, prouvez-leur qu’il y en a un malgré tout (...) c’est à vous d’en prendre possession si vous voulez être les éducateurs de notre jeunesse et, par là, de notre société (…) [car] rapprocher les enfants, c’est presque réconcilier les pères ...»

Une « malédiction » bien de chez nous.

Du voile, muleta de toutes les « hystéries », depuis 30 ans.

Rappelons, encore une fois, que le devoir assigné à l’Ecole Publique par ses pères est de « fortifier la patrie en formant les citoyens, toutes classes confondues, sur les mêmes bancs » lien ; Jean Zay est venu, par la suite, y insérer l’injonction de « sanctuariser l’Ecole » afin de protéger nos enfants.

Cette « sanctuarisation de l’Ecole », est, pour ce qui concerne le volet religieux, une sévère restriction - circonscrite à l’Ecole Publique - de la loi du 09 décembre 1905. Elle s’impose aux équipes éducatives car personnel de l’Etat et partant tenues à l’obligation de réserve. Elle s’impose également aux élèves qu’elle entend protéger des querelles politiques des adultes et du prosélytisme religieux.

Remarque 1 : le prosélytisme- à l'école !- se caractérise par la parole, le geste, le vêtement ostentatoires. Les actes neutres comme les repas de substitution ne sont pas concernés, qui ont toujours existé aussi bien pour les diabétiques, les allergiques, les musulmans, les juifs et les chrétiens (le poisson du vendredi, dans les cantines scolaires, n’est pas là par hasard !) [1].

La loi du 09 déc.1905, notre Constitution et les traités internationaux ne protègent en matière de culte que ce qui concerne le culte en question. Or dans l’islam, l’enfant n’a aucune obligation envers dieu. Toute saisine, auprès des instances européennes, qui invoquerait le droit de la fille dite « non moukalefa » à la liberté religieuse à l’école est d’emblée vouée à l’échec.

Remarque 2 : Si malgré tout, des parents d’élèves persévèrent dans leur erreur et entendent imposer leur fille et son voile, la charte de la laïcité et le règlement intérieur des écoles, dûment signés, obligent ces récalcitrants à recourir aux écoles privées confessionnelles.

Jusqu’à 2004, cette même revendication du voile, invoquée par une fille de première ou de terminale (donc ayant l’âge d’être moukalafa selon l’islam) était tenue pour valable par la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Mais la loi de 2004 sur les signes religieux ostentatoires s’est imposée dans les débats : elle prohibe sans équivoque le voile car susceptible, du fait des passions qu’il cristallise, de générer des troubles à l’ordre public dans un milieu fragile par définition .Ce motif est recevable pour la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Signalons à toutes fins utiles que les musulmanes respectent la loi de 2004 sans rechigner.

La lettre ouverte au président Macron [2] montre que cette affaire du voile n’aurait jamais dû prospérer : les raisons religieuses, invoquées par les uns et les autres, ne concernent, en aucun cas, l’écolière ou la collégienne musulmane.

L’enlisement de la République dans ce, pourtant faux, problème, nous le devons à nos gouvernants de ces 40 dernières années qui, par clientélisme et manque de courage citoyen, se sont mis à la remorque des lobbies particularistes , nos maîtres-à-penser et faiseurs d’opinion contemporains. Ils ont « omis » de s’enquérir de cette réalité auprès des experts, islamologues musulmans ou pas. Cette « omission » coupable a semé les grains de la discorde dans la nation et se révèle de conséquences tragiques.

Depuis 2015, le ministère de l’Education Nationale est aux abois. Démineur fébrile par la force des choses, il a agacé plus d’un. En janvier 2018, il a nommé un conseil des « sages de la laïcité » ; si j’en juge par les prises de position de Laurent Bouvet – un de ses membres- la sagesse est aux abonnés absents.

Laurent Bouvet, enseignant - cofondateur de « Le Printemps républicain », une association laïciste, membre de la mouvance S.H.A.F. [3]- explique à qui veut l’entendre : «Dans l’enseignement supérieur, de nombreuses thèses de jeunes chercheurs (sur le genre, sur le post colonialisme, etc.) sont devenues majoritaires. Elles affirmeront, pour le voile comme pour la minijupe, que ce sont des outils d’émancipation pour les jeunes filles. Et on retrouve ces arguments dans la bouche d’hommes de gauche. Beaucoup de ces formateurs font de l’islam la religion des opprimés. ».[4]

Une presque perfection du genre ; il n’y manque que « gens de gauche ,idiots utiles des islamistes ».

M. Bouvet conseille : « Il serait bon que les enseignants abordent la question du sens, sur le voile par exemple ». Cette proposition est irresponsable, compte tenu des crispations des uns et des autres. C’est remettre de l’huile sur le feu - inutilement, qui plus est [2]. À bien y regarder, d’aucuns y verraient une provocation de plus, au bénéfice des intérêts particularistes de chapelles qui se sont distinguées, ces 30 dernières années, par un activisme désastreux pour le vivre ensemble.

Rappelons que les pères de la laïcité, une fois le divorce de l’Eglise et de l’Etat consommé, avaient prêché l’apaisement des esprits et la réconciliation nationale, j’en veux pour preuve les discours de Ferdinand Buisson aux instituteurs . Ne dit-il pas , en 1912 : « [Instituteurs], si l’un vient vous dire ‘’prenez garde ! en  tenant  aux  enfants  un langage moral et religieux , vous allez déplaire à monsieur un tel qui est athée‘’(…) ; si un autre vous dit, au contraire ‘’prenez garde !en parlant à ces enfants de liberté et d’égalité, des principes de 1789(…) vous allez déplaire à un tel, clérical acharné ‘’ , vous leur répondrez non , je ne crains rien, parce que je ne dirais rien à ces enfants qui ne serait écrit  de  la  main même  de  la  nature  au  fond  de leur cœur .Je ne crains rien parce que je ne sers personne(…)ni le radical athée , ni le clérical réactionnaire(…). À ceux qui prétendent ‘’qu’il n’y a plus de terrain commun entre nous, entre nos enfants ‘’Instituteurs français prouvez-leur qu’il y en un malgré tout (...) c’est à vous d’en prendre possession si vous voulez être les éducateurs de notre jeunesse et, par là, de notre société (…) Rapprocher les enfants, c’est presque réconcilier les pères, et c’est ce que la France vous demande ». Ferdinand Buisson, « la Foi Laïque », p.8 ,9 [5]

Pour la sécurité de nos enfants, tous nos enfants, l’Ecole doit être sanctuarisée .Les agitateurs de toutes chapelles doivent en être bannis. Face aux sujets qui menacent l’ordre public, voire la paix civile, il importe que l’Etat agisse sans quitter des yeux les garde-fous de la loi et de la Constitution.

Des adultes voilées, parentes d’élèves ou étudiantes.

Dans la sphère publique, la loi du 09 déc.1905 s’applique sans restriction. La liberté religieuse- avec tous les attributs du culte, et uniquement ceux-là- est protégée par les lois de la République. L’étudiante à l’Université ou la parente d’élève accompagnant son enfant dans l’enceinte de l’école demeure citoyenne de plein droit, nullement concernée par les obligations de neutralité liées au fonctionnariat : la Constitution l’exige, qui proclame les libertés d’opinion, de religion et de conscience et l’égalité des citoyens en droit et en devoir.

La République, sauf à se renier, doit donc pouvoir imposer le droit de la musulmane à cette liberté qu’elle proclame de par sa loi du 09 déc.1905, sa Constitution et les traités internationaux dûment signés par ses soins.

Pour ce qui concerne ces mères de famille porteuses du voile qui, volontaires pour l’accompagnement des enfants en sorties scolaires, sont en butte aux criailleries des uns et des autres, cessons l’hypocrisie : cette hystérie autour du voile de ces dames n’a qu’un but : libérer les flots d’encre et de salive de nos « baveux » qui en retour expansent la propagande des lobbies particularistes.

Toute honte bue, faute de pouvoir imposer la loi, le mieux serait que la République dise à ces femmes que leur présence n’est pas souhaitée dans les cortèges, mais avec franchise, et surtout en toute discrétion, car l’enfant, futur citoyen, doit impérativement ignorer l’insulte faite à sa mère. Ces musulmanes, qui ne sont plus à une discrimination près, supporteront cet affront .Que ne supporteraient-elles pas pour le bien de leur enfant ?

Des béni- oui-oui des néoféministes

Ceux qui connaissent l’Histoire se souviennent de l’Association des Maires d’Algérie qui , en 1961/1962, se prévalant du « soutien » de légions « de musulmans-avec-nous », poussait de ses troupes ,sur le forum d’Alger, des cohortes de béni-oui-oui consentants et de pauvres hères réquisitionnés pour la corvée obligatoire - une institution coloniale - avec tous les égards qu’offre l’éventail de l’hypocrisie : il fallait faire nombre pour montrer à ceux de la métropole – ces « franclaoui » comme ils disaient - la « fraternité algérienne miraculeusement retrouvée » in-extremis, dans un « finish » mano à mano .

Eh oui ! Huit années d’horreurs en tous genres nuisent gravement à la lucidité...

Les ténors des lobbies S.H.A.F, Mme Badinter en tête, n’agissent pas autrement, aujourd’hui, pour influer sur l’opinion : « les beurettes- néoféministes-avec-nous ! ». Ce disant, pour la claque et le faire nombre pour la galerie, Ils poussent devant eux des Françaises d’origine maghrébine, avec exactement la même absence de vergogne dont faisaient montre ceux qui nous ont fait perdre l’Algérie de papa.
La toute dernière trouvaille des lobbies S.H.A.F consiste à fustiger les filles qui esquivent les cours de natation scolaire. Cette matière, partie intégrante du cursus scolaire, est obligatoire sauf cas particuliers, en général d’ordre médical.

Il est bien évident qu’un certificat médical, dûment établi par un médecin, s’impose à tous et dispense l’élève du cours de natation. Pas à ces béni-oui-oui néoféministes, pourtant bien civilisées, qui montrent, pour la circonstance, une rigidité dans l’intégrisme laïciste qui n’a d’égale  que le fanatisme de l’imam autoproclamé de la mosquée-cave de la rue des martyrs .

Ces maghrébines poussent la hargne jusqu’à dénoncer (les crocs menaçants car il y a des places à prendre et des réputations à bâtir) ces pucelles qui essayent d’imposer, par la tangente, dans nos piscines laïques et républicaines, ce maillot de bain qui couvre le corps jusqu’aux genoux et jusqu’aux coudes.

À une époque où le « vintage » est du dernier chic, on reste médusé devant ces cris d’orfraie.

Qu’on le sache ! ce même maillot, en 1905, était du dernier cri sur la plage de Dinard. Il avait même fait la gloire de mon arrière-arrière-grand-mère, encore dans toute sa splendeur. 

La pudeur des unes et celle des autres se valent aux yeux de Marianne. Cela d’autant mieux que le résultat est le même. Certains voudraient nous faire croire que les temps ont définitivement changé. Pauvres nigauds ! La nature a tout manigancé : que la fille porte un bikini avec « toy’s boys » sur la devanture ou un burkini mouillé, le garçon - ses hormones noyant déjà son cerveau- de son seul neurone encore fonctionnel, pense : « fun box ! ».

Doit-on faire un pataquès médiatique pour cela ? Car on en est là. De glissement sémantique en glissement sémantique, c’est de nouveau l’hystérie. Quelle malédiction que celle de la République d’être empêtrée, jusqu’à l’hystérie, depuis 30 ans, dans de ridicules histoires de fanfreluches : après le voile, voici le maillot de bain.

Le gaulois rennais colérique, qu’on savait déjà philosophe, se révèle également poète bucolique. Il écrit dans son dernier samizdat, à l’adresse des laïcistes et des islamistes: « Vendangeurs de l’horreur, malfaisants
 Lâchez la grappe à nos enfants !»

Documentation:

[1]  https://blogs.mediapart.fr/belab/blog/021016/menu-porcin-ou-ceinture

[2] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/160118/ecole-et-manipulations-lettre-ouverte-m-le-president-de-la-republique

[3] https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/170917/la-coalition-des-interets-particularistes-shaf-ou-l-aristocratie-du-moment

[4]https://www.mediapart.fr/journal/france/220218/les-echanges-hors-sol-des-sages-de-la-laicite

[5]https://blogs.mediapart.fr/280128/blog/221217/extraits-la-foi-laique-ferdinand-buisson

 

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