Ecole et manipulations . Lettre ouverte à M. le Président de la République

Précisons que la « laïcité de l’école » consiste à soustraire l’Ecole de la République aux passions des adultes (religieuses et politiques).les pères de la laïcité - qui, en leur temps, avaient affronté rugueusement l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine - une fois la séparation de l’Eglise et de l’Etat devenue effective, ont prêché l’apaisement des esprits.

15 janvier 2018.

Lettre ouverte à M. le Président de la République, Emmanuel Macron.


Début Janvier, M. Jean-Michel Blanquer annonçait la création d’un « conseil des sages de la laïcité ». 

M. Jean-Michel Blanquer est ministre de l’Education Nationale ; le « conseil des sages » en question ne concerne donc que la laïcité de l’école et seulement la laïcité de l’école.

Pourtant, les divas des lobbies des intérêts particularistes (dont messieurs Seksig et Bouvet) s’évertuent déjà à tout mélanger : la laïcité de l’école, le droit des femmes, le voile à l’université, le voile des mamans de certains écoliers, la laïcité fermée, la laïcité libérale…

Ne soyons pas les dupes de ce théâtre d’ombres chinoises ; sa seule raison d’être est d’interdire la compréhension du sujet à la « ménagère de moins de 50 ans » et pas seulement.

Précisons que la « laïcité de l’école » (puisque maintenant il y a des laïcités même pour le boire et le manger) consiste à soustraire l’Ecole de la République aux passions des adultes (religieuses et politiques).Cette sanctuarisation a été imposée, avec succès, par les deux circulaires Jean Zay de 1936 et 1937. On a cru pourtant devoir les transformer en « loi sur les signes ostentatoires », en 2004, au lieu de les appliquer derechef, en l’état, avec fermeté mais sans vexation.

À ce propos, j’attire votre attention, M. le Président de la République, sur une des passions du moment de nos contemporains adultes qui contrevient, justement, à la circulaire Jean Zay de 1937 . Fort dommageable pour les esprits en formation de nos écoliers, elle n’a rien à faire dans les cours de récréation : c’est la séparation « du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel ».

Cette séparation - traduite d’abord par « séparation des Eglises et de l’Etat » puis, par « laïcité de l’Etat » - ne s’adresse qu’aux adultes. Elle est régie par la loi du 09 décembres 1905, sous le contrôle, pointilleux, de la Constitution de la République.

Cette loi et la Constitution garantissent, concomitamment, les droits et les devoirs des citoyens.

Je ne crois pas révéler un secret d’état on disant que l’enfant est un citoyen en devenir et en devenir seulement. Partant, les droits et devoirs des citoyens lui passent très haut au-dessus de la tête.

Or, le moins que l’on puisse déplorer est que ces passions des adultes parviennent, malgré tout, à contaminer son esprit et l’échauffer parfois : elles finissent même par se répandre jusque sous les préaux où, d’évidence, elles se règlent bien mal (vous m’objecteriez, avec raison, qu’elles se règlent bien mal dans l’hémicycle aussi, mais c’est un autre problème).

Les propagateurs de ce désordre se réclament pourtant de la laïcité républicaine. C’est une imposture !

En effet, les pères de la laïcité - qui, en leur temps, avaient affronté rugueusement l’Eglise Catholique Apostolique et Romaine - une fois la séparation de l’Eglise et de l’Etat devenue effective, ont prêché l’apaisement des esprits. Du reste, la loi du 09 décembre 1905, œuvre des républicains modérés (Aristide Briand et Jean Jaurès, en particulier) est une loi de réconciliation nationale : elle a mis fin à 25 ans de désordre quasi permanent.

Ces pères de la laïcité ont enjoint également à tous les acteurs de soustraire l’Ecole aux passions des adultes .En 1912, Ferdinand Buisson - cheville ouvrière de la laïcité- s’adressant aux instituteurs, déclarait : « Les croyances confessionnelles peuvent varier, comme les opinions politiques; ce qui ne vacille pas, c'est l'intuition de l'infini et du divin, de la perfection morale, de la justice, du dévouement; c'est l'intuition de cette autre grande chose qu'on n'a jamais pu définir et qu'on n'en aime pas moins pour cela : la patrie ! (…)Maintenant, la mesure et la modération, la prudence, la circonspection la plus attentive à n'exercer aucune pression sur les enfants, c'est le premier de vos devoirs professionnels.(…) C'est vous [ les enseignants] qui avez la mission d'être au milieu de nous les conciliateurs par excellence .Et comment ? (…) Ce qui vous permet cette fonction sociale , c’est que vous êtes (…) non les hommes d’une secte ou d’un parti, mais les hommes du pays (…) Vous ne vous mêlez pas aux luttes journalières ; vous ne prétendez pas à une influence , à un rôle , à des honneurs ! Non : aux autres le présent, à vous l’avenir ! Vous avez nos enfants, c’est la meilleure part de nous-mêmes. Si la France d’aujourd’hui est profondément divisée, grâce à vous la France de demain le sera moins. » (Source : Ferdinand Buisson « la foi laïque », pages 6,7 et 8).

Voilà la laïcité de l’école républicaine telle qu’elle avait été conçue par ses pères. Nous sommes loin, très loin, des divagations de Messieurs Seksig et Bouvet, n’est-ce pas ?

Monsieur le Président de la République, je ne crois pas vous étonner en vous révélant ce que vous savez déjà. Ce jeu de bonneteau lexical, meurtrier pour le coup, fut initié lors de l’affaire du foulard de Creil et entretenu depuis par les lobbies des intérêts particularistes – nos nouveaux maîtres-à-penser, faiseurs d’opinions - par les islamistes mais aussi par certains hommes et femmes politiques. Les deux premiers se font mutuellement la courte échelle dans l’escalade vers l’horreur, les troisièmes n’ont pour seule obsession que leur élection ou leur réélection et ne se soucient aucunement des intérêts de la France.

Tout ce « joli monde » jette de l’huile sur le feu, pour rien, depuis 1989.

En effet, l’affaire du foulard à l’école, source de passions malsaines, n’a d’autre raison d’être que la volonté maligne de créer le pataquès médiatique indispensable à la promotion des intérêts particularistes des uns et des autres.

Contrairement à d’autres religions qui disent « Laissez venir à moi les petits enfants », l’islam est une religion de grandes personnes, exclusivement. L’enfant n’a pas de devoirs moraux envers Dieu : il ne répond à aucun des cinq piliers de l’islam (pas même la Chahada, l’article premier, pour ainsi dire). Ne sont assujettis aux Fiqhs que les moukalafoune (moukellef au singulier = être qualifié, avoir l’âge de raison). Le garçon est certes circoncis mais ce seul critère est insuffisant pour faire de lui un musulman. Il demeure un musulman en devenir, comme il est citoyen en devenir et ce dans les moindres nuances.

Cette affaire de voile n’avait donc aucune justification religieuse : elle n’aurait jamais dû prospérer.

M. le Président de la République, dans sa majorité, l’islam de France est d’extraction malékite. Il n’a pas de clergé et ne saurait donc constituer un quelconque contre-pouvoir spirituel.

Certes, si cette absence de clergé ne lui permet pas de « faire de l’ombre » à la République, elle ne facilite pas non plus la mise en place d’un organisme parlant d’une seule voix au nom des Français musulmans. Avouez que le matraquage médiatique permanent, en instillant la révolte dans les cœurs, ne facilite aucunement l’éclosion de cet intermédiaire désormais indispensable.

Quoi qu’il en soit, constatons que c’est là le seul péché de l’islam de France, n’en déplaise aux lobbies des intérêts particularistes qui le diabolisent, l’assaillent en criant à l’excommunication républicaine et lui jettent l’anathème, au quotidien, depuis des décennies.
J’entends déjà l’objection sempiternelle de ces lobbies, sapeurs de l’évidence : « vous oubliez l’islamisme ! ».Soit ! Ne l’oublions pas, celui-là, mais écartons un instant les œillères de l’ethnocentrisme bêlant : l’islamisme, c’est de la politique et l’écrasante majorité de ses victimes sont musulmanes.

Cette dynamique coupable et son atmosphère morbide induite étaient évitables. Il eût suffi que l’on interrogeât les islamologues (musulmans ou non) pour avoir le fin mot de l’histoire. Mais on préféra la vexation gratuite et la falsification éhontée de la loi du 09 décembre 1905 . Ma lettre ouverte à M. le Président de la République Hollande, votre prédécesseur, montre le détail de cette trahison de notre laïcité et de notre citoyenneté ; je vous en adresse copie. https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/011016/lettre-ouverte-m-le-president-de-la-republique

Par ailleurs, consultés , ces islamologues nous situeraient aussi l’islam de France dans sa lignée véritable en se référant à des sources crédibles , non encore polluées : celles d’avant l’inflexion de la surenchère aussi délétère qu’exponentielle, de 1979, qui, en catimini, a bombardé la secte wahhabite « branche sunnite » en lieu et place du hanbalisme et , dans le même geste , a propagé l’infection salafiste . (Pourtant, le salafisme, rappelons-le, est mort au 11ième siècle).https://blogs.mediapart.fr/edition/lescarbille/article/130617/b-4-le-salafisme-wahhabite

Oui, tout ceci eût pu être évité. Il eût suffi à nos gouvernants de se départir, pour un temps, de leurs préoccupations clientélistes et électoralistes. Aussi, je plaide pour un réveil citoyen, un combat autrement plus patriotique que celui consistant à marquer du sceau de l’infamie - indélébile - le petit Français musulman, au saut du berceau .Que cesse le saccage des innocences, de toutes les innocences !

Veuillez agréer, M. le Président, mes salutations respectueuses, citoyennes et laïques.

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