Sivens : Pourquoi je n'ai pas répondu aux récentes attaques...

Sur le blog de Médiapart, sur le site web du Collectif Tant qu'il y aura des Bouilles et par email, le trio Viguié-Egidio-Boutet a continué ces derniers semaines à attaquer le Collectif Testet, FNE et moi-même. Voici les raisons pour lesquelles je n'ai pas répondu.

Je n’ai pas répondu aux récurrentes attaques du trio Viguié-Egidio-Boutet, d’une part car ils ressassent toujours les mêmes histoires de référé et de demande d’abrogation datant de novembre 2014 et pour lesquelles, contrairement à leurs affirmations, j’ai déjà répondu à plusieurs reprises sur les blogs Médiapart:

Ma dernière réponse (synthétique sur les attaques précédentes) ici le 16/07/15

Mes commentaires à un billet de Bernard Viguié en mars 2015

Une réponse détaillée le 13/03/2015 et encore une autre le 23/03/15

Non, je n’ai pas eu envie de consacrer du temps à répondre à ces personnes parce que plusieurs faits font perdre tout crédit à leurs attaques :

Concernant Bernard Viguié

Il croit détenir la Vérité mais, tenaces, les faits le contredisent…

Ainsi, contre notre demande d’abrogation des arrêtés, il argumentait qu’elle empêcherait les opposants poursuivis d’être innocentés, qu’elle les trahissait donc. Depuis, pour les faits s’étant déroulés à Sivens, de nombreuses relaxes ont été prononcées… Il dénonçait le fait que le Collectif Testet et FNE abandonnaient ainsi leur recours en annulation contre les arrêtés. Les recours sont bien toujours là,  le Collectif Testet, FNE et les autres associations requérantes poursuivent normalement les actions en annulation, n’en déplaise à B Viguié... Nos recours devraient être jugés en 2016 après 2 à 3 ans de délai comme dans la majorité des affaires de ce type.

Il n’accepte pas que le Collectif puisse prendre en compte le risque de perdre un référé car lui prétend qu’il était impossible que le juge rejette un nouveau référé. Pourquoi est-il aussi obstiné alors qu’il sait très bien que les décisions de justice sont parfois totalement inverses à l’évidence. Dans une autre affaire présentée sur son blog, le même Viguié est surpris de la « décision étonnante » du juge des référés-liberté du tribunal administratif de Toulouse. Comme quoi la lecture du droit par Viguié ne correspond pas toujours aux décisions des juges…

Il annonçait que j’étais candidat aux élections régionales, nouveau mensonge qui s’est confirmé dans le temps puisque, comme je l’avais toujours dit, je n’ai pas été candidat…

Bernard Viguié est très présent sur la toile pour présenter sa version du dossier de Sivens et surtout accuser FNE, le Collectif Testet et moi-même de trahison, de collaboration avec l’Etat, etc… Pour celles et ceux qui découvrent ses billets, il doit donner l’impression d’être le seul militant de la 1ère heure à être resté pur, à être le chevalier blanc qui a le courage de dénoncer nos dérives scandaleuses ! FNE et le Collectif Testet agissent contre le barrage depuis 2011 tout comme des élus EELV au niveau régional et européen. Quelques mois après être arrivé dans le Tarn, à partir de janvier 2013, j’ai commencé à consacrer l’équivalent d’un mi-temps bénévole à cette lutte. Nous étions seulement quelques-uns de ceux-là (et quelques autres, naturalistes et scientifiques notamment) à nous taper le travail ingrat des recherches, des lectures de rapports plus ou moins utiles, des procédures auprès d’administrations qui ne répondaient pas, qu’il fallait relancer… Quand les arrêtés ont été publiés par la Préfecture en octobre 2013, d’autres nous ont rejoints, des militants de la Confédération Paysanne, de partis politiques, etc et puis des occupants sur le terrain du futur chantier. Je ne peux pas rentrer ici dans le détail mais l’historique du projet et de la lutte est présenté avec beaucoup de détail dans le bouquin que j’ai publié. En tous cas, pendant ces années ingrates, pendant ces mois de répression, nous n’avons jamais vu Bernard Viguié. Même s’il vient encore de dire récemment « je pense depuis octobre 2013 que le barrage de Sivens est illégal et que c'est une aberration ». Même si nous prenions comme exemple l’illégal barrage de Fourrogue pour lequel il avait mené la bataille juridique avec succès, jamais il n’est venu nous soutenir ou nous donner des éléments de Fourrogue qui nous manquait alors pour dénoncer la récidive de Carcenac et de la CACG à Sivens. Il aura fallu attendre la mort de Rémi Fraisse, la suspension des travaux et la forte médiatisation de l’affaire pour que Maître Viguié daigne consacrer un peu de son temps à la lutte de Sivens. Heureusement quelque part puisque c’était pour accuser sans preuve FNE, le Collectif Testet et moi-même de trahison et pour prétendre mieux connaître toute l’affaire que celles et ceux mobilisés au quotidien…

Que celles et ceux qui considèrent les attaques de B Viguié comme crédibles relisent ses billets et ses prédictions et hypothèses de trahison et les comparent aux faits réels et démontrés afin de prendre un peu de recul…

Concernant Jean-Claude Egidio

Là aussi que de contradictions. Comment donner de la crédibilité à ses analyses et attaques quand il déclarait le 16 mars 2015 (dans un texte « A PROPOS DE L’AVENIR DE SIVENS ») : « Pourquoi ce silence  de la majorité d’entre nous sur le fait que le projet initial n’est pas abandonné mais qu’il sera poursuivi « dans les plus brefs délais » et ce avec l’appui de Ségolène Royal ? ». C’était 10 jours après la délibération du CG et l’expulsion de la ZAD et, pour sa part, le Collectif Testet considérait que, vu le contexte (perte des fonds européens, annonce de Royal de l’abandon du projet initial…), le projet initial était bel et bien abandonné et qu’il n’y avait pas de risque de relance des travaux à court et moyen terme. JC Egidio considérait que cette analyse du Collectif Testet était incohérente, que son « silence » était forcément louche et y voyait 2 explications : « 1° La croyance en la possibilité de cogérer le projet de territoire en proposant des alternatives auprès des acteurs institutionnels » et […] « 2° La volonté de préserver la possibilité d’un report de voix sur les socialistes ou la majorité départementale pour faire barrage au FN ». Bref, dans les deux cas, le Collectif Testet trahissait la lutte… Mais la suite a prouvé que c’est bien le Collectif Testet qui avait la bonne analyse, les travaux n’ont pas redémarré et le barrage initial est officiellement abandonné. Le ridicule ne l’ayant heureusement pas tué, cela n’empêche pas JC Egidio de continuer à cracher sur le Collectif Testet et de l’accuser de trahison…

Qu’il est étonnant d’entendre JC Egidio parler de collaboration du Collectif Testet avec l’Etat du fait de 3 rencontres en 2015 entre le Préfet/services et C Testet/Confédération Paysanne/1 ex occupant historique… Il s’agit de rencontres formelles pour réclamer l’accès aux terres agricoles pour les éleveurs lésés, la réhabilitation de la zone humide et la mise en place des procédures de concertation ou co-construction qui vont permettre de ne pas laisser la FNSEA comme seule interlocutrice de l’Etat et du département. Mais pour le trio Viguié-Egidio-Boutet, c’est à ces moments que les complots contre les « vrais opposants » s’organisent avec l’ennemi… D’autant plus étonnant que même JC Egidio a souhaité se rendre en Préfecture le 22 octobre pour rencontrer non seulement le Préfet mais même Carcenac et les probarrages FDSEA, AVET, etc. Quel grave aveu de collusion avec l’ennemi !

Pourquoi continuer à perdre son temps à répondre au même JC Egidio qui dénonçait ma proposition de boycotter les experts envoyés par S Royal en septembre 2015 jusqu’au gel du chantier de défrichement ? Alors que je trouvais inconcevable d’aller boire le café avec les experts pendant que les copains et copines se faisaient gazer à Sivens et que les arbres tombaient chaque minute, JC Egidio pensait qu’il fallait absolument rencontrer les représentants de l’Etat. Comprenne qui pourra…

Concernant Fred Boutet

Celui-ci relaie en boucle la thèse de la trahison portée par B Viguié depuis novembre 2014 en le suivant aveuglément sur ses thèses juridiques. Rappelons ici que pour Viguié, avec le 1er rapport d’expert (obtenu grâce aux actions et arguments du Collectif Testet…), un référé suspension déposé en novembre aurait forcément été gagné. Pour lui, et donc pour Fred Boutet, les arguments juridiques étaient suffisants, la victoire du référé ne faisait aucun doute. Donc, une conviction (pour ne pas dire une croyance) tout à fait contraire au Collectif Testet et à ses avocats pour qui le fait de se retrouver face à une justice qui n’est pas indépendante, et face au juge Bachoffer qui avait déjà rejeté 2 référés de manière injustifiée, entrainait un risque élevé de rejet du référé et donc un affaiblissement de la lutte.

Il est incompréhensible de voir Fred Boutet croire ainsi que seuls les arguments juridiques comptent dans la décision du juge puisqu’il affirmait le contraire en juin 2014, dans sa Lettre à la Préfète du Tarn au sujet du controversé projet de barrage de Sivens et les dégâts à venir :

« Je n'ai qu'une confiance très limitée dans la Justice de mon pays ; je pense que vous êtes trop souvent proches des juges pour que le Justice puisse être indépendante. Preuve en est l'infâme décision du juge Bruno Bachoffer le 10 décembre 2013 au tribunal administratif de Toulouse qui balaie d'un revers de main l'argumentation du Collectif Testet contre le décret d'utilité publique sans même motiver son jugement, sans apporter la moindre explication, ce qui – permettez-moi de vous le dire tout net – tient plus de l'arbitraire d'un gouvernement de Vichy que d'un système tendant vers la réalisation de l'utopie républicaine. »

Non, je n’ai pas eu envie de consacrer du temps à répondre à ces personnes qui ont des propos, au mieux, contradictoires et, au pire, manipulateurs. 

J’étais bien occupé ailleurs à des choses plus utiles pour la lutte de Sivens et la convergence avec les autres luttes contre des projets inutiles et imposés (GPII) :

L’organisation, le 24/10/15, de la 1ère rencontre entre les mouvements opposés à des GPII dans le Sud-Ouest (voir photo et déclaration commune ici)

Développer, avec plusieurs mouvements opposés à des GPII et des organisations nationales, une stratégie pour que les médias relaient notre dénonciation des passages en force du gouvernement et de Hollande. Notons cet article dans Le Monde (Un an après le drame de Sivens, le dialogue environnemental est en panne) où l’on peut lire : « « Pendant que l’on discute dans cette commission, des décisions contraires à l’esprit du dialogue sont prises par le gouvernement, par exemple sur les lignes TGV dans le Sud-Ouest. Manuel Valls sait-il seulement ce que veut dire dialogue ? », s’insurge Denez Lhostis, président de FNE ». Tiens, FNE attaque le Premier Ministre alors que selon Viguié et Boutet, FNE s’agenouille devant le gouvernement pour protéger ses subventions…

Dans cette même stratégie, j’ai organisé une conférence de presse le 28/10/15 à Paris avec plusieurs mouvements opposés à des GPII et des organisations nationales pour dénoncer la trahison de… Hollande (oui le chef de l’Etat avec qui nous sommes censés, selon ce trio Viguié-Egidio-Boutet, collaborer…). Voir article dans Reporterre.

Comme personne du Collectif des Bouilles (JC Egidio ou Fred Boutet par exemple) ou du Comité Sivens (B Viguié par ex…) n’avait pris la peine de défendre l’image des zadistes accusés injustement, depuis mars, d’avoir laissé un dépotoir à Sivens, j’ai réalisé un document argumenté de 7 pages pour dénoncer cette propagande.

Sur cette même période, j’ai activement contribué à une convergence entre mouvements opposés à des GPII (NDDL, Agen, Ferme des 1000 vaches, Filière Paysanne…) et scientifiques pour la sauvegarde des terres agricoles. Voir Manifeste et conférence publique le 5 décembre.

J’étais aussi évidemment occupé à préparer l’hommage à Rémi Fraisse (en contact pour cela avec ses parents dès fin août). Ayant expérimenté l'utilité de la synergie entre les luttes sur le terrain et l’action des élus dans les institutions, j’ai soutenu la liste Onesta aux élections régionales. Cela aura un impact sur l’avenir de la lutte à Sivens puisque le Conseil régional aura un rôle décisif sur le prochain projet de barrage voulu par le département.

Celles et ceux qui se sont étonnés de mon silence face aux attaques régulières, et sur différents emails et webs, du trio Viguié-Egidio-Boutet, comprendront peut être mieux ainsi mes raisons. Je me sens plus utile à travers les quelques actions que je viens de citer que de perdre mon temps à répéter toujours les mêmes réponses aux mensonges.

Je terminerai en parlant de l’avenir et de la discussion sur le projet de territoire sur le bassin du Tescou. Tout d’abord, disons rapidement que nous allons continuer à dénoncer le fait que les contribuables se retrouvent à payer les erreurs de la CACG et de Carcenac à travers le protocole transactionnel. Nous épluchons son contenu et saisirons toutes les opportunités possibles pour faire annuler cette injustice.

La définition d’un projet de territoire pour le prochain projet de barrage n’est pas une monnaie d’échange avec la Préfecture mais une obligation nationale pour tout projet de barrage destiné à l’irrigation qui sollicite des subventions d’une agence de l’eau. Le projet initial en avait été exclu sur décision du Ministre P Martin (je l’explique en détail dans mon bouquin) mais le nouveau projet doit s’y conformer (comme 2 autres projets en Midi-Pyrénées). Au stade actuel des informations dont nous disposons, il obligera (en gros) à définir le type d’agriculture qui sera encouragé sur le bassin et à débattre des différentes solutions y compris celles du Collectif Testet (qui évite tout barrage à Sivens, quel que soit sa taille, voir note rédigée en janvier avec La Confédération Paysanne et FNE MP). Le Collectif Testet, qui a toujours était favorable à la résolution des conflits par le dialogue plutôt que par la violence, trouve que c’est une bonne opportunité (si les conditions, de transparence notamment, sont réunies) de débattre publiquement des autres propositions qu’un barrage.

De par son histoire, le Collectif Testet sera un membre de droit du comité définissant le projet de territoire. Il est annoncé que les réunions commenceront en 2016. Il est mensonger de laisser croire que le Collectif Testet (ou moi-même) trahirait la lutte pour obtenir une place à ce comité. Dire cela est soit de l’incompétence dans l’analyse de la situation (ça s’est déjà vu…) soit de la manipulation volontaire. Tout comme nous avons boycotté les experts de Royal, nous n’hésiterons pas à boycotter ce comité si les conditions démocratiques ne sont pas réunies (nous l’avons déjà annoncé au Préfet et aux médias). Ce comité n’est qu’un moyen pour nous de continuer à lutter pour l’abandon de tout barrage à Sivens sans, nous l’espérons, risquer de nouveaux blessés ou morts. Ce n’est pas une fin en soi. Alors que j’ai été membre du Comité national de développement durable, qu’à d’autres occasions je suis intervenu devant des ministres, Chirac et même Gorbatchev, le trio Viguié-Egidio-Boutet ne se rend pas compte du ridicule quand ils m’accusent de trahir les opposants pour espérer pouvoir entrer dans les salles de réunions de la Préfecture… J’en ai en effet rêvé toute ma vie !

Le Collectif Testet a prévu de mettre en place, à partir de janvier 2016, des groupes de travail pour décider collectivement de nos positions au sein de ce comité de projet de territoire. Il sera évidemment aussi nécessaire d’organiser des débats publics sur le bassin du Tescou, de la présence sur les marchés, etc pour associer au maximum la population pour que l’avenir de ce territoire ne se décide pas à 30 personnes dans les bâtiments de la Préfecture, aussi beaux soient-ils ;-)

Si nous sommes nombreux à nous mobiliser, 2016 pourrait bien être l’année de l’abandon définitif de tout barrage à Sivens en plus de l’annulation (nous y travaillons) des 3 arrêtés préfectoraux d’octobre 2013 qui avaient autorisé le barrage initial. N’oublions pas aussi la lutte pour une véritable justice pour les opposants réprimés et condamnés ainsi que pour la famille de Rémi Fraisse. Avec la volonté de passage en force à Notre-Dame des Landes annoncée pour janvier, nul doute que l’année 2016 s’annonce mouvementée et décisive !

Le combat continue !

Ben Lefetey

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.