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Billet de blog 2 avril 2023

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Non, nous ne sommes pas des cocottes-minute !

Remontant d’innombrables lieux de lutte et de créativité, s’en vient aussi l’exaspération bouillante. Pour autant, sommes-nous comme semble le présenter Juan Branco, des cocottes-minutes suicidaires appelés à exploser çà et là ? Pour des raisons quasi infinies, je réponds non, et je vais tenter d’en dresser la percolation la plus serrée.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Sur deux billets récents du Moine copiste, un de sa main, et l’autre, de Juan Branco, qu’il publie,(1) le Moine prend garde de poser et de proposer des éléments multiples, potentiels et vitaux, qui pourraient être les nutriments des jours à venir. Ils ont peu à voir cela dit, avec cet instrument culinaire obsolète, proche de la télévision à micro-ondes, qui détruit les vitamines, casse le goût et ne fait gagner en réalité que du temps mort, strictement mécanique.
« Il reste une solution, une seule : l’auto-organisation ! Il faut dès à présent former partout sur le territoire des assemblées populaires qui s’emparent des sujets de société et qui vont s’opposer dans le concret, à la gestion autoritaire de nos vies. Cela ne peut se faire que sur le plan local, communal, voire quartier par quartier, usine par usine, entreprise par entreprise. (…)

Il s’agit d’opposer leur vision du monde à la nôtre. Il s’agit de faire peser notre nombre sur le leur. Il s’agit de présenter notre volonté, le monde que nous désirons voir advenir en lieu et place de la barbarie et du chaos qu’ils nous imposent. Il s’agit aussi de montrer que SANS NOUS ils ne sont rien. C’est notre travail, c’est notre soumission, c’est notre esclavage à leur dogme injuste, qui créent la RICHESSE dont ils se gavent ! »  (2)

Au regard de l’agonie de ce régime suicidaire et de ses soubresauts de bête machinale, après trois ans de violences et de ruses misérables, oui, la coupe est pleine. Notre coupe de vie en tout cas. Celle de sang, peut attendre. Parce qu’il s’agit justement, précisément, de vivre. De vivre en toute plénitude, de faire vivre et de laisser vivre. Il s’agit d’abord de continuer à nous nourrir de vitalité mature, de celle que le simulacre ne tente et ne touche pas, puisqu’il s’agit d’accepter à la fois des faits massifs, d’une gravité nouvelle extraordinaire, et aux conséquences mondiales, comme des connaissances, en partie inédites, que ces faits nous permettent d’acquérir, nous forcent à acquérir. Il s’agit de sens, d’éveil, de libre pensée, d’intelligence aiguisée, transversale et transdisciplinaire, et il s’agit alors, malgré tout, de joie de vivre.

La joie de vivre, a cela de supérieur, aux tentations suicidaires, que sa charge de puissance et de résolution fait appel aux actes, à la solidarité et aux intelligences collectives, alors que le suicide grégaire, par endormissement des victimes et par épuisement des tyrans, et quel que soit leur nombre, isole chacun d’entre eux dans un état de prêt à mourir.
La vraie bombe est sans doute là. 

En fait, il s’agit de vaincre.
Dans toutes sortes de communautés, qu’elles soient de jeunes travailleurs, ou en formation scolaire et universitaire, d’actifs en rupture de soumission professionnelle, de mères au foyer isolée, de jeunes retraités qui ne veulent pas mourir de leur vivant, toutes ces personnes ou ces communautés qui luttent déjà, pied à pied avec détermination et jubilation contre le grand sommeil numérique en cours, oui, si toutes ces citoyennes et tous ces citoyens nous permettent, en échangeant sans répit, de lever le nez au-delà du premier, du second, du troisième horizons, etc., alors oui, probablement, nous exploserons les armes rouillées de ce pouvoir de squelettes.

Qu’elles sont-elles ?
D’abord la peur. Précisément, la leur. Celle dont, paradoxalement, ils se nourrissent pour nous en abreuver. C’est une arme à double tranchants, redoutable. Il y a bien sûr des peurs utiles, oublions, c’est hors sujet ici. La peur des dominants, quels que soient leurs statuts, est de deux ordres. La peur de tout perdre, et cette peur est un fantasme insoluble, puisque c’est justement le pli psychosocial qui les anime sans fin. La seconde, c'est qu'ils ne sauront jamais jouir vraiment de ce qu’ils possèdent déjà. Allan Watts, les décrit à propos des USA, dont il fut le locataire caustique, commes des abstractionnistes, bien plus que des matérialistes. Ils sont en fait des idéalistes oublieux, en lien inconscient et honteux avec le messianisme religieux consumériste ambiant (ça c’est de moi) insoluble lui aussi, à moins de considérer le J.C. historique comme le premier membre des Monthy Python. Insatisfaction totale oui, les dominants amassent, forniquent, bâfrent, dévorent, détruisent, mais prennent rarement, véritablement, leur pied, et encore moins, n’accèdent à la joie des cœurs libres, au point d’aimer leurs victimes. Eux compris, si l’on veut pousser le bouchon de la métaphore du maître-esclave assez loin.

La honte.
Au delà de la charité consubstentielle du capitalisme, qui lui évite de véritables prises de conscience, au-delà des pires diaboliques du système, le sentiment surmoïque plus ou moins conscient du désastre que crée la concentration des richesses, en relation antinomique avec le même fond hypocritement religieux, participe à l’incapacité des riches gloutons à traiter les questions de fond. Sauf sur mode vampiresque à la Bill Gates. Et ça ne joue plus seulement dans un environnement étasunien. « Shame » est un des vocables les plus redondants de la culture pop mondiale, tandis que les ultras riches sont une arme de destruction massive, de tous et de tout.
10% d’entre eux possèdant 90% des richesses mondiales, rassurons-nous, nous vivons bien dans un immense hôpital psychiatrique.

Les pulsions guerrières plus ou moins conscientisées, mais sans fin, des ultra-riches, qu’elles soient directes ou confiées à leurs hommes de mains, sont par ailleurs contradictoires face à une frénésie d’amoncellement des richesses. Un monde, qui ne serait, que moins inéquitable et indigne, serait plus réjouissant pour tous, et possiblement pour nombre d’entre eux. Mais entre la peur d’être balayés par l’histoire et le sentiment diffus, forcément, d’une honte véritable, ce qui les anime secrètement, fait d’eux possiblement, des suicidaires par procuration. Même là, c'est encore l’hubris d’un nihilisme sans questionnement, sans courage, un crachat à la figure de leur Dieu martyr.

A l’image neuronale des enfants, si puissants sur ce plan, ou de ces adultes qui n’ont pas cassé leurs richesses internes les plus précieuses, c’est là oui, plutôt qu’au rayon des arts ménagers, que nos bombes de vies doivent rayonner. C’est donc bien à celui du grand air, à celui de l’amitié multipliée, à celui de la perception exponentielle de ce qu’il faut faire émerger, débattre, mettre en avant et en perspectives, comme la perception de ce qu’est la conscience la plus claire, techniquement et philosophiquement parlant et dont la flamme réglable n’est pas seulement une métaphore.

Juan Branco
Un prêt de blog un peu similaire, le 15 décembre 2022, chez l’excellent poète « d’art brut » Christian Prost, s’était avéré légitime et pertinent. Juan Branco rappelait à Mediapart - après que la production de Mediacrash se soit évertué à désinguer les Bernard Arnault, Vincent Bolloré et Arnaud Lagardère - que MDP aurait par ailleurs bien des difficultés à se refaire une virginité journalistique qui ne fasse pas rire tout le monde, en oubliant un certain Xavier Niel.
Ce dernier, gendre de l’un des deux ou trois hommes les plus riches au monde, et précédemment cité, gendre avisé qui avait affirmé « acheter des parts dans les canards pour qu'ils arrêtent de le faire chier » ce qu’il avait confirmé de façon prophylactique, en participant à la création de notre cher organe, à la hauteur de 10%.

Le billet de Juan Branco d’aujourd’hui, chez le Moine copiste, plane néanmoins dans des sphères d’une autre altitude, dont lui-même précise sur le blog de Ceinna : « LISEZ le livre de Juan BRANCO, COUP D’ETAT….. c’est une bombe ! Littéralement ! D’ailleurs je pense que le livre risque d’être censuré et Branco arrêté. »

A la lecture, que j’ai faites deux fois, des extraits sélectionnés par son hôte, je me suis tout de suite demandé s’il ne s’agissait pas d’un canular. Et en fait, je pense qu’il s’agit précisément de ça. Mais ne vous y trompez pas, j’avoue que mon appréciation est empreinte d’un gros préjugé pataphysique. Et que la personne de chair et de doute, le corps vivant, cerveau compris, recouvert par l’appellation Juan Branco, comprenne bien le micro-coming-out téméraire dont je prends le risque de me fendre à cette occasion, afin de l’alerter, quant à la dinguerie de ce texte.

1) Tout le monde peut être tenté par un certain lyrisme, moi comme d'autres, le problème, c’est qu’en l’occurrence, ici, ça ne cache rien du délire, ça le pointe juste un peu plus.

Coup d’Etat de Juan Branco « Ce livre doit être considéré comme la dernière part d’un parcours commencé par Crépuscule et poursuivi avec Abattre l’ennemi. Il est celui qui, après avoir dit le quoi et le pour quoi, énonce le comment. »

« Constituer un peuple.
S’y offrir. Puis avancer, armés de cette force, pour trancher la gorge de ceux qui chercheraient à s’y opposer.
Faire rendre gorge à ceux qui chercheraient à en profiter. À qui trahirait.
Voilà comment l’on forge de nouvelles sociétés. Avec l’énergie sincère de ceux qui, coude-à-coude, s’allient pour construire et enfanter, et qui n’ont pas peur de verser le sang de ceux qui les ont précédés. » (...)
Préserver notre pureté consistera, une fois au pouvoir, à laver les yeux de ceux qui se seront ainsi empêtrés, et trancher la gorge de ceux qui, le regard éclairci, continueraient de nier.
Nier qu’ils nous ont trompés. Nier qu’ils nous ont pillés. Nier que, plus grave encore, ils se sont abaissés.
Servir la patrie consiste à refuser de se vendre à qui ne serait notre compatriote ; ériger notre pair en absolu et s’assurer qu’à son tour, il s’offrira ainsi à cette idée qui nous a réunis.
Se rendre à ceux qui nous ont consacrés. Voilà la condition de la dignité, le sens de la souveraineté."

« Il ne faut, en choisissant une telle voie, craindre d’être haï. Car si le corps se saisit, l’âme se séduit. Or le coup d’État privilégie la prise au mot, et il faut une estime de soi importante pour s’indifférer aux regards qui en naîtront. »
« Mon entreprise vise à réconcilier les luttes, et les camps qui se sont scindés du fait notamment de leurs divergences sur de nombreuses questions instrumentalisées. (...)
Je n’y survivrai pas. Vous et moi le savons. Or ce que j’ai appris, c’est que, contrairement à ce que mon camp avait tendance à penser, l’homme compte. »

Gag final, au secours ! Sors de ce corps Didier Lallement !!! On ne joue pas avec la vie des autres, même si c’est toi ! Même si ton cerf-volant plane sans oxygène, même si tu te projettes dans une geste sacrificielle totalement rococo, il n’y a plus de lions dans l’arène, non, ils sont partout !

2) Sans qu’on ait le chiffre précis, les révolutions de 1789 et celle de 1917 en Russie, ont produit la situation d’aujourd’hui, sur quelques centaines de milliers de plans humains, et des millions de leurs descendants, comme n’importe quel déterminisme massif. Pas seulement parce que le capitalisme, dans son agonie fatale, dans sa compétition obnubilée, a fait en sorte, en miroir, de pousser ces régimes vers leurs limites et contradictions ultimes, mais parce que les boucheries mondiales qui ont suivi, et l’aporie finale du communisme soviétique, ont phagocyté les horizons. Particulièrement les horizons mentaux des personnes qui avaient la nécessité la plus grande d’être défendus, autrement dit, les classes populaires. Aujourd’hui, il s’en faut de beaucoup que le peuple français, champion mondial de la compliance sanitaire sur les masques, par exemple, se mette à envahir les préfectures face à l’une des polices les plus violentes et sur-armées au monde, sans parler du maillage numérique, sans oublier l’armée elle-même, qui n’a pas encore basculé que je sache, si tenté qu’elle le fasse, du côté des 70% de personnes dégoûtées par ce régime de bandits, mais qui ont accepté sans trop broncher, pour une majorité d’entre eux, de renoncer à leur inviolable et inaliénable intégrité physique.

3) Le je est un autre rimbaldien est à prendre, aussi, au pied de la lettre. Et je ne sais quelle bonne étoile pourrait te faire douter un peu de ce que tu considères comme « ton » souffle. Car rien n’est plus implacable et moins sourçable que la parole inspirée. Ce n’est pas avec l’ange qu’il faut livrer bataille, c’est dans l’interstice le plus micronisé, avec sa conscience à flux tendu la plus observatrice et exigeante. Et à ce propos, on ne vide pas la tête des exploiteurs en la leur coupant, mais en construisant avec les courageux de chaque jour, du premier au dernier souffle réellement humain, une intelligence collective qui n’en démord jamais, qui n’en finit jamais de se construire. La seule révolution qui ne broie pas le monde par son inertie, embarque toute la communauté des vivants, animaux et environnement compris, dans un mouvement d’émancipation perpétuel. Et à jamais. Seule puissance collective, oui.
Le reste n’est que pouvoir. Et tous les pouvoirs finissent à droite toute.

A gauche, nous pouvons le vérifier tous les jours à Mediapart, nous sommes si souvent, pour le pire et le meilleur, dans le remue-méninges de multiples controverses. Indispensables et utiles certes, mais qu’en est-il réellement, légitimement, en profondeur, de cette appellation de latéralité canonique à l’échelle individuelle ? Son instrumentalisation morbide, en particulier dans l’arnaque Covid, a montré à quel point, face à de si nombreux pouvoirs en place, son étiquetage est un appel à l’élevage industriel. La realpolitik autocratique, forme suprême de la psychiatrie de masse et de l’élevage en batterie, quel que soit sa vitrine, c’est d’abord du calme ! du calme ! Nous devons éditer quelques décrets et autres crimes de bureaux essentiels, nécessaire au bien-être de la population !  Et c’est plus simple alors à droite. D’où la tentation, y compris, prétendument à gauche, pour celui qui se considère bien malgré lui n’est-ce pas, comme le chef naturel. 
C’est le chef qui conduit tout le monde au ravin, et tout le monde suit, car personne d’autre ne connait le chemin le plus court mieux que lui. Le chemin retour en particulier.


1) Manuel insurrectionnel - Extraits de COUP D’ETAT de Juan Branco
https://blogs.mediapart.fr/le-moine-copiste/blog/010423/manuel-insurrectionnel

2) Macron le monarque incendiaire - Le MOINE COPISTE
https://blogs.mediapart.fr/le-moine-copiste/blog/010423/psychopathologie-du-pouvoir

Et l’excellent J.D. Michel.

Psychopathologie du pouvoir
Le Moine copiste propose une vidéo de Jean-Dominique Michel, anthropologue de la santé
https://blogs.mediapart.fr/le-moine-copiste/blog/010423/psychopathologie-du-pouvoir

Sur Macron lui-même, et sa descente royale aux enfers, un dialogue entre Esra Rengiz et moi-même.

Le sceptre et la matraque - Esra Rengiz
https://blogs.mediapart.fr/esrarengiz/blog/280323/le-sceptre-et-la-matraque

Le tueur de Mac Kinsey
https://blogs.mediapart.fr/cham-baya/blog/300323/le-tueur-de-mac-kinsay

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