A. Discussion GTK-OH - Thème: quoi et comment – Base: accident “Seveso” de Rouen.

Repris d'un fil de commentaire. Dialogue entre les abonnés GTK et Olivier Hammam.

Cette discussion contient des échanges sur des processus généraux d'actions possibles, quelques éléments de méthode, des réflexions diverses. Elle constitue à la fois des propositions d'action et une illustration par le fait puisque le sujet central est qu'on ne peut agir dans l'espace social pour mettre en œuvre un projet concernant un nombre important de membres d'une société large (ici, la France) qu'en commençant à partir de soi et par la discussion.

Cette discussion a deux intérêts méthodologiques certains:

  • Les deux participants on un rapport formel “élève-maître”, avec un des intervenants qui interroge, l'autre qui répond, mais factuellement les deux intervenants interrogent et répondent indifféremment; l'un des deux ayant plus de “réponse”, l'autre plus de “questions”, perceptivement l'un questionne, l'autre répond, effectivement les questions et réponses viennent des deux et s'élaborent en commun sans que l'on puisse réellement attribuer les unes et les autres à tel des deux.
  • L'intervenant “maître” est aussi inattentif que celui “élève” quand la discussion prend des voies nouvelles, ce n'est que le fait qu'il a effectivement beaucoup d'éléments de réponse déjà assez élaborés qui peut donner l'impression d'une meilleure attention, mais une lecture précise des échanges montre que ces inattentions sont assez également réparties, et qu'il faut aux deux intervenants deux ou trois échanges avec de se “régler”, de passer sur les incompréhensions réciproques pour augmenter le niveau d'attention de chacun, puis la convergence, ou “harmonisation”.

Le deuxième point est très important pour les personnes qui comme l'intervenant “maître” ont une bonne maîtrise de la parole, ce qui donne de soi une perception fausse, celle de “savoir plus” parce qu'on dispose de plus d"éléments de réponse et d'un discours formellement structuré.


27/09/2019 10:17 - Par Olivier Hammam

Intéressant de savoir que c'est le deuxième accident industriel pour cette usine en moins de dix ans, voir article de Wikipédia. Je cite:

«La décomposition chimique d'un bac de dialkyldithiophosphate de zinc (sigle ZDP) se traduit par l'émission d'un nuage de gaz mercaptans perceptible bien au-delà du site rouennais par plusieurs centaines de milliers de personnes, le panache allant du sud de l'Angleterre à la région parisienne».

Ça donne idée de ce qui nous attend dans les prochains jours...

Un accident, c'est une erreur. Deux accidents, c'est un crime.
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27/09/2019 10:31 - Par GTK en réponse au commentaire de Olivier Hammam le 27/09/2019 10:17

Moi j'aimerais savoir si nous pourrions nous  passer de ce que produisent tous ces sites... Et si oui pourquoi les maintient-on en activité ? A cause des emplois ? Et ceux qui y travaillent, sont-il en danger à force de manipuler ces saletés ? Ce sont de vraies questions... Qui pour y répondre ?
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27/09/2019 10:48 - Par Olivier Hammam en réponse au commentaire de GTK le 27/09/2019 10:31

J'ai un principe, un principe qui a fait ses preuves dans l'Histoire: la solution à un problème ne doit pas user des moyens qui causent le problème.

La situation actuelle est complexe? Alors la solution doit être simple.

Cette usine produit des huiles pour moteurs. Les moteurs produisent des gaz à effets de serre. Pour réduire la diffusion de ces gaz, on doit réduire le nombre de moteurs et réduire leur utilisation. Et on réduira le nombres d'usines qui les produisent et le nombre des usines qui produisent des huiles pour moteurs. Ça réduira le nombre de déplacements de travailleurs ce qui réduira encore le besoin de moteurs et d'usages de moteurs, etc.

La solution est simple: ne plus aller loin de chez soi pour travailler dans une usine qui ne fabrique que des objets qui permettent d'aller travailler loin de chez soi. Quant aux travailleurs de ces usines, pour eux ça ne changera rien, ils travaillent à perte: vous en connaissez beaucoup, des smicards qui ne sont pas en permanence en “découvert autorisé” et donc dépensent plus qu'ils ne gagnent pour seulement survivre? J'en connais peu, donc en ne travaillant plus pour ces usines ils ne perdront rien mais gagneront du temps pour, je ne sais pas, cultiver leur jardin?

Cesser de contribuer à maintenir la machine ne tuera que la machine, et au lieu de survivre les esclaves enfin libérés de la machine vivront.
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27/09/2019 10:56 - Par GTK en réponse au commentaire de Olivier Hammam le 27/09/2019 10:48

CQFD. Pas mal votre démonstration.

Sauf que moi je ne connais pas beaucoup de travailleurs au SMIC qui ont un jardin à cultiver... Et s'ils en ont un c'est qu'ils ont aussi une maison et donc un prêt à rembourser. Pas facile de rembourser quand on n'a plus de salaire...

Autrement dit, la solution est simple, mais pas facile pour les concernés. :-)
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27/09/2019 11:38 - Par Olivier Hammam en réponse au commentaire de GTK le 27/09/2019 10:56

Allez, je vais développer un peu.

Comme l'a écrit il y a peu un ami virtuel mais presque réel (j'ai aussi peu d'amis virtuels que je n'en ai dans la vie ordinaire, donc ça s'approche de l'amitié réelle), «Tous les maux dont nous souffrons sont des maux d’urbanisme». Comme l'écrivit en substance Alphonse Allais il faut mettre les villes à la campagne. Et comme souvent, l'humour frappait juste.

Donc, on est dans une situation où 80% de la population française est concentrée sur 20% du territoire. En nombre absolu, la population de 2019 n'est pas tellement plus importante que celle de 1949 environ 65 millions contre environ 45 millions, soit en nombre relatif 30% de plus. Je ne vais y aller à la louche mais en gros, les deux tiers de la population urbaine actuelle ne représentent pas plus que la population rurale (y compris les petites villes de moins de 3.000 habitants) de 1949; même s'il s'est souvent dégradé, l'immobilier rural est toujours présent et le plus souvent assez aisément réhabilitable – si je prends le cas de ma petite ville, elle compte aujourd'hui 1.400 habitants, vers 1970 elle en comptait le double, donc la moitié du bâti est inoccupé, assez solide et pas trop dégradé. La loi dit que tout bâti inoccupé pendant plus de trois ans tombe dans le domaine public, donc appartient à la commune. Si la loi était respectée, environ la moitié du bâti deviendrait bien communal, bien commun, et la commune pourrait y loger à titre gracieux ou pour un très faible loyer environ 1500 ménages, charge aux occupants de réhabiliter le logement. Ces logements n'ont pas tous un jardin, mais près de la moitié en ont, et dans la ville ou à sa périphérie, donc dans un rayon de moins de deux kilomètres, ils y a de nombreuses parcelles, anciennement des jardins, en déshérence, donc inoccupés depuis plus de trois ans.

Ma petite ville est une parmi des centaines de communes dans le seul département du Cher, certaine très petites (une ou deux dizaines d'immeubles), d'autres assez grandes (1500 immeubles et plus). En très peu de temps, quelques mois, au plus un ou deux ans, on peut organiser le transfert de plus de la moitié des populations urbaines vers les zones rurales, simplement en faisant appliquer la loi de réquisition des biens en déshérence depuis plus de trois ans.

Remarquez bien que je ne prétends pas que ce serait facile mais ça serait simple. À la seule condition que les clowns qui croient que la détention privée des biens communs, vous savez, la “propriété privée”, est autre chose qu'une fiction ne deviennent fous en voyant que les gens réclament cette chose simple: que la loi soit respectée.

Un clown qui pète les plombs, ça peut être très dangereux...
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27/09/2019 13:41 - Par GTK en réponse au commentaire de Olivier Hammam le 27/09/2019 11:38

La loi dit que tout bâti inoccupé pendant plus de trois ans tombe dans le domaine public, donc appartient à la commune.

Je ne savais pas. Alors j'ai cherché et trouvé ici  que "Non. Les communes ne peuvent acquérir un bien dont le propriétaire est décédé depuis moins de trente ans."

Pas simple... Même si j'aimerais bien que vous ayez raison...
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27/09/2019 14:05 - Par Olivier Hammam en réponse au commentaire de GTK le 27/09/2019 13:41

La loi est un maquis. Une commune ne peut en effet acquérir un bien que dans ces conditions, pour autant que le bien soit occupé, comme un bien en indivision que les héritiers louent, ou qu'un des indivis occupe; par contre elle peut réquisitionner un bien inoccupé après un délai de trois ans, en constatant sa vacance.
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27/09/2019 15:02 - Par Olivier Hammam en réponse au commentaire de GTK le 27/09/2019 13:41

Pour compléter, même si je suis assez persuadé d'avoir raison je n'en suis pas entièrement assuré mais ça n'a pas tellement d'importance: la loi, c'est la Cité qui la décide, et la Cité c'est l'ensemble des citoyens. En France et en 2019, contrairement à la situation en vigueur en 1804, quand les lois jusqu'ici inchangées sinon pour renforcer le “droit de propriété”, les citoyens ne sont pas cette frange étroite (moins de 10% des Français mâles majeurs) qui se composait des seuls propriétaires fonciers ayant un revenu suffisant pour payer un impôt personnel, et qui ont réclamé – et obtenu – une législation qui favorise leur seul groupe, mais l'ensemble des membres majeurs de la société de tout sexe.

La solution au problème le plus important aujourd'hui est là encore assez simple. L'organisation de la société est celle inventée dans la plupart des sociétés “libérales” à la toute fin du XVIII° siècle et au cours du XIX°, donc un système oligarchique, c'est-à-dire un système où le pouvoir revient à ceux qui sont déjà au pouvoir – les 5% à 10% de membres de la société qui ont intérêt à un système de ce genre. Or, la loi, et pas n'importe quelle loi, la Constitution dit que le détenteur du pouvoir en France est l'ensemble de ses membres civilement majeurs, soit la presque totalité des Français âgés d'au moins 18 ans. La solution? Qu'on fasse respecter la loi fondamentale. Que quand une part significative des citoyen s'exprime et dit, la loi sera telle, son fondé de pouvoir, l'exécutif, exécute.

Simple, mais toujours pas facile: il faut pour cela que chaque citoyen cesse de déléguer son pouvoir à un tiers. Que l'on cesse cette mascarade des “représentants” qui ne représentent que l'oligarchie, puisque le processus de sélection des “représentants” est défini par l'oligarchie. Et, prendre ses responsabilités, prendre SA responsabilité, n'est pas chose facile. Tant qu'une majorité des citoyens consent à ne pas user de son pouvoir, on ne peut pas grand chose...
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27/09/2019 20:27 - Par GTK en réponse au commentaire de Olivier Hammam le 27/09/2019 15:02

et concrètement, on fait comment ? Comment fait-on pour que 46 millions de personnes donnent leur avis ? Qui décide de quoi ?
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27/09/2019 23:26 - Par Olivier Hammam en réponse au commentaire de GTK le 27/09/2019 20:27

Bon, cette fois je suis obligé d'en venir au tutoiement: quand on va vers le concret c'est plus simple.

Pour y parvenir, il faut partir de soi, et de là, étendre l'action, et de nouveau, très simplement: en parlant. Mais en parlant concrètement. En partant non du projet mais de l'état des choses. Je réfléchis à cette question de la réquisition depuis longtemps, c'est pour ça que j'ai pu tout de suite te donner des éléments concrets sur un possible projet mais je ne l'ai fait que parce que j'ai tout de suite saisi que tu es une personne qui va vers le concret, qui est capable de voir que “c'est possible”.

Tu dois comme moi faire cette expérience ordinaire, on discute avec une personne de bonne volonté d'une chose à laquelle on a réfléchi, sur laquelle on s'est documenté, sur laquelle on peut présenter des fait et avoir des propositions, l'interlocutrice ou l'interlocuteur approuve, y ajoute son point de vue, et à un moment tombe le fatal «mais ça ne sera pas possible». On demande pourquoi, et ça sera le tout aussi fatal «les gens ne voudront pas». Tu dis (en tout cas je dis), mais “les gens” c'est toi, c'est moi, les gens ils sont tous comme toi et moi, il suffit de discuter, et après s'accumuleront les “mais” et les “si”. Le plus difficile est de parvenir à faire comprendre à la personne que quand elle dit “les gens” elle est en train de parler d'elle-même, que c'est elle qui renonce avant même d'avoir essayé.

Et puis il y a des personnes comme toi et moi. Je suis comme toi sur ce point: si une proposition me semble intéressant, je ne cherche pas à trouver des raisons de ne pas le faire mais je dirai aussi quelque chose comme, d'accord, mais comment on fait?

Dans ce cas précis, il faut faire savoir qu'il y en a d'autres ailleurs, d'autres partout, qui adhèrent à cette proposition, qu'ils sont en train de discuter de ça, de comment on fait. J'ai mon idée de comment on peut faire: se réunir tous le même jour pour agir ensemble mais là où on est, dans son quartier, dans sa ville, dans son village, et très tranquillement aller vers sa mairie ou sa mairie annexe, ou vers son conseiller général et dire, voici la loi, appliquez-la. Le maire, le conseiller général, percevront ça comme un “trouble à l'ordre public” et aura le réflexe automatique d'en appeler à la supposée “force publique“, et se confrontera à ce problème: les “force publiques” seront sollicitées pour intervenir dans cinquante, soixante mille point sur tout le territoire au même moment.

Ça c'est la fin, mais avant il faut convaincre peu à peu et, pour le redire, à partir de soi.

Toujours pour ce cas, il faut partir du constat et non du projet, parce que ce sont les personnes mêmes qui doivent faire la proposition. Je t'en propose une version simplifiée, dans les discussions ça n'est pas comme dans les écrits, les choses se disent lentement, et différemment selon les contextes, mais il faut parler du constat local, comme pour mon village, du fait des bâtiments inoccupés, et demander à tes interlocuteurs ce qu'il faudrait faire: neuf chances sur dix qu'ils te disent, il faudrait qu'ils soient occupés/ Ouais d'accord mais comment on peut faire pour qu'ils soient occupés? Je ne vais pas plus loin mais c'est le processus, amener tes interlocuteurs à venir par eux-mêmes à la seule solution vraisemblable, la réquisition. C'est le moment où on peut sortir sa loi, celle de réquisition.

Je suis comme toi, citoyenne (ou citoyen, bon: de la Cité ;-) du monde, de gauche, athée, en résistance contre tous les racismes, et si la photo dit vrai, je suis aussi un gros fumeur. Quand je discute avec une personne je ne lui demande pas si elle est à la ligue anti-tabac pour savoir si je peux lui parler, et même je peux lui dire que je songe à arrêter la cigarette si ça doit faciliter le dialogue, je suis prêt à beaucoup de compromis tant que ça ne concerne que des choses pas si fondamentales. Dans la liste, la seule chose qui est fondamentale est celle du racisme: je peux dialoguer avec des racistes et ne pas relever des propos racistes tant que ça n'implique pas une approbation. Même au type de droite je suis capable de dire oui, d'un sens, sur certains points..., même si je n'en pense pas un mot parce que ça n'a pas de conséquences immédiates, si on s'entend ce jour, et ben, le lendemain on partira chacun dans sa propre voie en voyant les chose à long terme, et peut-être j'ai raison, peut-être lui, on verra ça le siècle prochain ou dans mille ans,bref, à un moment où ni lui ni moi ne seront plus trop concernés... Le racisme n'est pas une opinion mais un mode d'être et un mode d'action, et là on ne peut pas transiger.

Bref, pour agir on n'a pas besoin de s'entendre sur tout et on peut même diverger sur beaucoup tant que ça ne concerne pas les rapports immédiats entre personnes. Je suis athée et même agnostique mais j'ai toujours la Bible avec moi, pour deux raisons, et même trois: on y trouve des propositions d'actions qui restent pertinentes aujourd'hui et aussi des procédés discursifs pour faciliter l'intercompréhension, par exemple “parler en paraboles”, raconter des anecdotes qui rendent concrète une idée abstraite; il y a beaucoup de personnes qui utilisent certains mots propres à leur idéologie religieuse ou politique pour nommer des choses que toi et moi nommerions autrement, et tant pour celles politiques que religieuses elles tirent leur vocabulaire de la Bible, même à leur insu, donc connaître leur mots et expressions facilite la conversation; et il y a de très beau textes, ce qui est une raison suffisante ;-)

Comment faire? En premier, créer un réseau. Là il y en a déjà l'amorce: tu es je ne sais où, je suis tu ne sais où, mais nous sommes déjà reliés, et nous avons un point qui peut relier toute autre personne à ce début de réseau, cette page. Le projet ne peut pas se mettre en place effectivement par cette page ou par toute autre page, ou blog, ou site personnel, ça ne peut qu'être un point de coordination mais c'est sur le terrain, en relation directe que l'action se construira, par contre Internet a cet intérêt qu'on peut se coordonner pour des actions ponctuelles à très grande échelle, et qu'on peut disposer de ressources communes (documents, sons, vidéos) disponibles pour tous toujours et partout. Mais...

Ce mais, c'est que je m'y connais en matière d'informatique et que je sais ceci: pour réellement avoir à disposition toujours, partout et pour tous ces ressources, et avoir un point de coordination, on doit être indépendant, disposer de son propre serveur et savoir où il se trouve. Un site comme Mediapart ne peut pas convenir, parce que ce n'est pas une structure fiable: Mediapart peut faire faillite, ou changer sa politique d'hébergement des blogs, ou se voir fermer par décision de justice, ou... Les gros prestataires qui proposent des hébergements autonomes ne sont pas fiables parce qu'on ne sait pas où sont leurs serveurs, il peuvent être à deux kilomètres ou aux antipodes; si pour des raisons politiques, ou suite à une rupture de communication par défaillance de connexion ou suite à une catastrophe on est coupé de l'Amérique du nord et que les serveurs sont là-bas, on perd tout.

Là comme pour le reste, la solution doit être locale, pas la porte à côté bien sûr mais sur le territoire de l'action, donc en France, et doit être autonome et localisable, ça tombe bien, on a ça: il existe beaucoup de prestataires français, des toutes petites boîtes qui offrent cette possibilité. Mon site personnel par exemple est hébergé par un prestataire qui se trouve à une dizaine de kilomètres de Chartres, si j'ai un problème ou une requête j'envoie un courriel ou je téléphone, et ce ne sera pas une hotline située je ne sais où avec un “technicien” qui ne connaît rien à l'informatique, mais un des associés de la boîte, et un technicien en informatique qui connaît bien son matériel vu que c'est lui qui s'en occupe. Et tu sais quoi? Ça me coûte moins cher que ce que me coûtait mon ancien hébergement chez un gros prestataire, une multinationale, avec une totale liberté de gestion de mon site.

La liberté a un prix: mon prestataire m'offre la structure, l'espace de stockage et le serveur de base, tout le reste c'est pour Ma Pomme. Le prix c'est qu'il faut s'y connaître un minimum en gestion de serveur. Pas nécessairement être un professionnel, mais du moins un amateur éclairé. J'ai des systèmes de gestion de contenu similaires à celui de Mediapart (en mieux, quand même...) mais il m'a fallu les installer, les paramétrer, bref, tout construire. Ça n'est pas si compliqué de nos jours, on trouve beaucoup de logiciels qui facilitent les choses, mais ça demande des compétences. Ce qui n'est pas un problème non plus, ces compétences nous sommes au moins des centaines de milliers, plutôt des millions à les avoir.

Bien sûr, ça serait idiot de reproduire dans le cadre d'un projet de coordination démocratique de faire comme le font les partisans d'une société coercitive, un point unique de coordination et de ressources. Des prestataires comme le mien il y en a partout en France, et le coût annuel de location d'un site est de l'ordre de 100€ à 300€ selon ce qu'on veut comme espace de stockage et autres options. Même avec un noyau initial d'une dizaine de personnes, le coût annuel par personne serait très faible. Et sur les dix il y en aura bien au moins une qui s'y connaîtra assez en gestion de réseau pour assurer la maintenance.

Simple mais pas facile. La première étape, et bien c'est que toi et moi, par exemple, on contacte toutes les personnes que nous connaissons et dont nous savons qu'elles diront, d'accord, mais on fait comment? Et on leur dira c'est simple. Pas facile mais simple. Et elles feront comme nous. Le plus difficile est de faire le premier pas, après, et bien, on fait le deuxième et tous les suivants.

Je ne sais pas ce qui fédèrera comme projet commun, mais, la réquisition, ça serait pas mal, non?

Et pour un premier point de coordination, et bien, mon site personnel, par exemple?

Il est tard, j'ai mis pas mal de temps à écrire ça, tu en mettras moins mais encore assez pour le lire puis beaucoup plus pour y réfléchir, et de toute manière on n'est pas pressés. De mon côté je vais commencer à en discuter avec quelques amis dont je sais qu'ils me diront, on fait comment?

Depuis le temps qu'on se dit qu'il faut faire quelque chose, je crois qu'on peut prendre encore quelques jours et plutôt quelques semaines pour amorcer le processus... Puis, j'ai confiance en une chose, il y en a plein d'autres qui réfléchissent à-peu-près de la manière dont je le fais, il faut les trouver, voilà tout. Où c'est eux qui nous trouveront. Je ne me crois pas le centre du monde ;-)
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27/09/2019 10:47 - Par GTK

Autour de l’usine Lubrizol, les habitants craignent une contamination, malgré les déclarations très rassurantes des autorités.Lire sur le site de Libération
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28/09/2019 06:09 - Par Olivier Hammam

Comment faire? Un exemple concret d'application immédiate.

Je t'invite à lire ce billet, «On ne commémore pas la mémoire d'un délinquant dans les écoles»

J'y ai fait ce commentaire très court:

«Je ne manquerai pas, en tant que citoyen ordinaire, de respecter cette minute de silence pour votre collègue. Je vais d'ailleurs copier-coller votre billet dans un document de traitement de texte, l'imprimer, en faire quelques dizaines de photocopies (autant que mes faibles ressources me le permettront) et les distribuer sur le marché de ma commune qui a lieu le lundi matin.
Amicalement».

Nous sommes des milliers, nous sommes des millions, et chaque acte doit partir de soi, partir de chacun d'entre nous.
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28/09/2019 09:12 - Par GTK

Ici on critique, beaucoup. Et on sait aussi reconnaître que la ministre Buzyn fait preuve d'honnêteté lorsqu'elle reconnaît et je la cite que "la ville de Rouen est clairement polluée par les suies."

Et maintenant ? Cette usine sera-t-elle fermée ?
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28/09/2019 09:35 - Par Olivier Hammam en réponse au commentaire de GTK le 28/09/2019 09:12

C'est aux Rouennais de décider. À eux de savoir si on peut accepter sur son territoire une usine qui a fait la démonstration à deux reprises que les normes de sécurités sont si basses qu'elle a causé deux pollutions de conséquence internationale, donc la démonstration que ça arrivera encore avec certitude. À eux de savoir s'ils sont d'accord pour non pas courir un risque mais donc, avoir la certitude que ça se produira de nouveau, probablement en pire. Je serais Rouennais, je sais ce que je déciderais, mais je ne le suis pas.

Tu m'excuseras de radoter mais les actes commencent à partir de soi et là où on est. Chez moi, quand je suis au courant d'une chose que je ne souhaite pas, j'en parle autour de moi, et si les gens veulent agir, ils le feront, s'ils ne le veulent pas, je ne vais pas les y forcer. Mais je fais toujours l'effort de le leur dire.
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28/09/2019 10:22 - Par GTK en réponse au commentaire de Olivier Hammam le 28/09/2019 09:35

non non tu ne radotes pas, tu es en accord avec ce que tu expliques plus haut. Tout cela est extrêmement cohérent. Pour en rester au "concret" c'est aux habitants de Rouen et des alentours (ça en fait du monde) de décider, c'est sûr. Et pour décider il faut être libre de le faire. A priori, je dirais que c'est plus facile de décider la fermeture pour tous ceux qui ne travaillent pas dans cette usine. Quant à ceux qui y gagnent leurs sous pour vivre et faire vivre les leurs, c'est une autre histoire ; sont-ils libres ? Et me viennent forcément d'autres questions, peut-on choisir si on n'est pas libre de le faire ? Est-on libre quand on n'a pas d'argent ou pas assez pour vivre ? Vaut-il mieux être en sécurité ou être libre ?

je suis sûre que tu auras de bonnes réponses...

Au fait je ne fume pas, tu as dû confondre avec un autre intervenant de Mediapart. :-) Pas grave
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28/09/2019 14:04 - Par Olivier Hammam en réponse au commentaire de GTK le 28/09/2019 10:22

Je suis très tolérant, j'ai même UN ami non-fumeur ;-)

J'avais fait une longue réponse mais on revient toujours à la base. Je ne sais pas pour un contexte donné mais je sais pour le schéma général:

  • partir de soi,
  • s'informer sur la question à résoudre,
  • parler autour de soi, en premier avec les personnes susceptibles de comprendre,
  • faire des concessions sur tout ce qui n'est pas essentiel et n'a pas de conséquence à court terme (je parlais du racisme, mais il y a aussi les solutions violentes – non pas en défense, je ne suis pas du genre à tendre l'autre jour, mais la violence en attaque),
  • essayer de faire émerger des solutions de la part des interlocuteurs, mais aussi de sa part (il y en aura plusieurs, souvent complémentaires ou au moins, qui ne sont pas contradictoires, et il m'est arrivé plus d'une fois d'estimer qu'une solution valait plus que la mienne),
  • et bien sûr, les réseaux.

Les réseaux ne sont pas une invention de ce millénaire, la grève générale de 1936, celle de 1947, celle de 1968 (pour moi, 68 ce n'est pas les quelques clowns du Quartier latin mais c'est la plus importante et plus longue grève générale en France, bien plus importante que les deux précédentes), n'ont pu se faire que par l'existence de réseaux, spécialement ceux formés par les syndicats, qui avaient leurs propres réseaux de diffusion de l'information, notamment les ronéos: bricolé mais autonome et facile à utiliser.

Il y a l'usine de Rouen, mais il y en a 1.299 autres de ce genre, dont certaines qui ont déjà eu des accidents (pour mémoire, Toulouse, 21 septembre 2001...), les territoires de ces sites peuvent se mettre en réseau pour partager les informations, les ressources, les actions ponctuelles et locales...

Le problème ce sont les travailleurs de l'usine et leurs familles, pour cette raison simple, et pas facile non plus à faire émerger: ce sont les responsables directs de l'accident. Après 2013, ils ont consenti à y travailler de nouveau et dans les mêmes conditions. Avant l'accident de 2013 ils pouvaient ignorer ou refuser de savoir que cette usine était un danger, après ils ne pouvaient l'ignorer. Je ne sais comment y parvenir mais je sais que c'est un élément crucial: faire prendre conscience aux travailleurs qu'ils ne doivent en aucun cas consentir au pire. Comprendre en leur corps qu'en acceptant encore une fois de travailler dans la même usine et dans les mêmes conditions, ils vont par leur consentement au pire contribuer nécessairement à un troisième “accident” qui ne sera plus un accident mais un crime avec préméditation. La cause première c'est le mépris du propriétaire pour ses semblables, sa décision délibérée de faire courir un risque grave à des tiers que lui-même ne courra pas, mais la cause directe ce sont les personnes qui acceptent en toute connaissance de cause de contribuer à ce risque inéluctable.

Je dis “en leur corps” parce qu'encore une fois, il ne faut pas leur proposer une conclusion mais les y amener, je ne sais pas, en les interrogeant sur le passé, le présent, le futur: le passé, c'est leur faire dire – et ils le diront facilement – qu'ils savaient que la sécurité n'était pas assurée, ils le diront simplement si on leur demande de raconter leurs conditions de travail; le futur, c'est de les amener à dire qu'ils savent que les conditions de travail seront à coup sûr les mêmes; le passé de nouveau pour leur faire dire que les conditions d'avant le premier accident étaient à-peu-près les mêmes; le présent c'est d'en tirer les conséquences: telles conditions deux fois, tels accidents deux fois, telles conditions une troisième fois, alors après? Selon moi, il faut que ça se fasse à plusieurs, deux ou trois témoins, cinq à sept travailleurs, et que ce soit par les échanges entre travailleurs que la conséquence émerge,les témoins étant surtout là pour donner des informations, faire circuler la parole (que ce ne soit pas toujours les mêmes un ou deux travailleurs qui s'expriment), de loin en loin faire un résumé succinct des discussions.

Mais dans tous les cas, sauf entre personnes, disons, raisonnables, qui arrivent à s'harmoniser assez facilement et à réellement échanger à deux ou trois, il faut discuter en petits groupes d'au moins six ou sept et au plus une dizaine de personnes dont au moins deux témoins, car dès qu'on est plus de dix se fait une hiérarchie spontanée où les plus forts en gueule prennent l'ascendant – et comme tu as pu le constater souvent je suppose, c'est rarement les plus forts en gueule qui ont le plus de discernement...


Rions un peu: par rapport à la première version, cette réponse est courte...
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29/09/2019 11:16 - Par GTK en réponse au commentaire de Olivier Hammam le 28/09/2019 14:04

Bon sang mais c'est bien sûr. J'en parle ici si souvent. Si on met enfin en pratique le revenu de base, le vrai, celui qui permet à chacun de vivre, libre, le reste suivra.

Si tu n'as jamais vu regarde. Tout y est et c'est tout à fait faisable, Ici et partout. Et après (oui après parce que chacun pourra vraiment décider librement (j'y tiens vraiment), choisir sa vie (c'est important)) on fait comme tu proposes...

Le Revenu de Base | Film version Française © darkapitude


 

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29/09/2019 11:54 - Par Olivier Hammam en réponse au commentaire de GTK le 29/09/2019 11:16

Choisir sa vie, c'est exactement ça. Je l'ai choisie depuis presque toujours (les trois-quatre premières années, j'avais plus ou moins le choix ;-) en faisant surtout ceci: dire au gens de choisir leur vie, mais en leur donnant des pistes non pour vivre ma vie mais vivre la leur. Les pistes ce sont les livres, les arts, et ce conseil: on apprend des autres mais surtout on apprend avec les autres.

Bien sûr, choisir dans les limites de tolérance de son environnement mais quand on y songe, la contrainte sociale n'est rien par rapport à cette contrainte permanente, faire battre son cœur soixante fois par minute et respirer au moins dix à douze fois par minute...

 

on ne dit pas aux gens de choisir leur vie. Ce sont les gens qui décident de leur vie. Et pour décider de leur vie, ils doivent pouvoir manger à leur faim chaque jour et poser leur tête pour dormir la nuit dans un lieu sûr. C'est ce dont nous avons tous besoin. Et si nous voulons faire communauté, société, nous devons nous préoccuper de cela pour tous les autres. Pour en avoir croiser beaucoup, je sais qu'un être qui a faim et qui ne sait pas où il dormira ce soir, ne choisit rien. Quand tu as faim et que tu as peur d'avoir encore plus faim, tu ne vois plus rien d'autre. Et c'est indigne d'un pays riche comme le nôtre que de laisser tant d'êtres, dont de nombreux enfants, avoir faim.
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29/09/2019 13:19 - Par Olivier Hammam en réponse au commentaire de GTK le 29/09/2019 12:14

Tu es en train de t'enfermer dans ton propre discours. Tu es en train de dériver vers un discours du type «Les Gens»: nous NE devons PAS nous préoccuper de cela pour tous les autres. Je pointe la contradiction interne de ton message:

«On ne dit pas aux gens de choisir leur vie»
mais
«Nous devons nous préoccuper de cela pour tous les autres»
donc
«On dit aux gens de choisir leur vie»

On ne leur dit mais pas de la manière dont je le propose, on leur explique comment vivre. Tu veux qu'on t'explique, à toi, comment vivre? Non, tu l'as écrit. Alors, pourquoi “les gens”, on devrait leur dire comment vivre?

Si tu lis mon propos comme “de la morale”, ça sera une erreur: je n'ai pas à te dire comment vivre, simplement, tu dis la même chose au début de ton message, puis tu dis le contraire pour “les gens”, or “les gens” c'est toi. Pour moi tu fait partie de ça, pour moi tu es “les gens”. Et pour toi je suis “les gens”. Je t'invite juste à ça: comprendre intimement que ce qui est vrai pour toi est vrai pour moi donc est vrai pour “les gens”. Si tu considère qu'une action est valable pour toi, alors elle est valable pour “les gens”, il faut juste qu'ils le comprennent eux aussi mais par eux-mêmes.

C'est le cœur du problème. Tu te rappelles le début de nos discussions? Je te parlais du fait que “les gens” sont en général d'accord avec mes analyses et souvent avec mes propositions, et à un moment émerge la chose qui va empêcher que ça se fasse: les gens. Là ça vient d'émerger chez toi. Tu viens de trouver la raison pour laquelle “on ne peut pas”: les gens...

30/09/2019 16:19 - Par Olivier Hammam en réponse au commentaire de GTK le 29/09/2019 12:14

Salut,

J'aimerais bien récupérer tous nos échanges pour les coller dans un billet. Je peux bien sûr si tu le souhaites supprimer la mention de ton pseudo, même si ça m'arrangerais de le laisser figurer.

En espérant une réponse positive.
Olivier.
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30/09/2019 17:03 - Par GTK en réponse au commentaire de Olivier Hammam le 30/09/2019 16:19

pas de problème... et tu peux même mettre mon nom en entier, comme sur mon blog.

J'avais commencé à te répondre et puis j'ai effacé... Je ne pense pas que je m'enferme pas dans un discours. C'est très concret et depuis des années. Les gens dont je parle ont  des noms, des visages, ils existent. Certains GJ aussi parlent comme eux... Je sais que si on donne les moyens aux personnes de s'en sortir, ils s'en sortent. Le revenu de base (le vrai j'insiste) est une révolution. Personne n'est en mesure de réfléchir s'il a le ventre vide et peur de s'endormir.
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30/09/2019 17:30 - Par Olivier Hammam

Ok, je le mentionnerai au début du billet, ton nom complet, vu que je ne compte pas corriger quoi que ce soit, un simple copier-coller (trop feignant pour faire de la mise en forme ;-)

S'enfermer dans un discours désignait le fait d'opérer un “élargissement” qui est une dispersion: je sais parfaitement ce que c'est que de finir sa journée le ventre vide et la peur de s'endormir parce que je l'ai vécu, et je sais aussi qu'à cette époque, personne n'aurait pu se préoccuper de cela pour moi, j'ai du trouver en moi-même les ressources pour restaurer un lien social effiloché, presque rompu. Je ne l'ai pas fait sans aide ni sans secours, mais il m'a fallu d'abord aller vers l'autre délibérément.

Je sais une chose certaine pour l'avoir connu des deux côtés, accueillant comme accueilli, on n'aide personne contre son gré et “penser aux autres” c'est penser l'autre comme un soi. Par contre, il faut créer les conditions de l'accueil de l'autre, de l'autre comme un autre, et aller vers lui pour l'informer qu'il y a, s'il le veut, un lieu et des êtres pour l'accueillir tel qu'il est.

Au fait, ce billet de Hu Man E.T., LA PROCHAINE R-ÉVOLUTION SERA MONDIALE, qui commence ainsi:

LA PROCHAINE R-ÉVOLUTION SERA MONDIALE ...

Et doit commencer par la base, localement...

J'y ai lu beaucoup de propositions très intéressantes...

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