J'arrête de détruire avec autant d'efficacité...

Seule la question des moyens semble être pertinente dorénavant... Pourtant ces moyens sont déjà bien trop dévastateurs! Tout en en faisant l'inventaire édifiant, je me demande comment nous réapproprier les finalités afin d'envisager en commun un incontournable autre devenir.

L'actualité regorge d'exactions menées par la force politique et économique, c'est-à-dire celle de la collectivité, avec les moyens démesurés qu'elle a en sa possession depuis le triomphe des empires et états et celui de l’industrialisation. Les responsabilités individuelles sont bien identifiables; mais les effets d’entrainement, de compromission et d'enfumage permettent de recouvrir tout cela d'un voile pudique. Le soulever laisse s’exhaler les parfums nauséabonds d'une civilisation nettement mortifère: non seulement "capable de faire mourir", selon la définition consacrée du dictionnaire, mais aussi vivement stimulée à le faire.

Cercles vicieux:

Des mécanismes socio-économiques pervers, menant manifestement à des non-sens, se maintiennent et se renforcent, devant nos yeux ébahis. Il est de notoriété publique que cela n'est pas sain et durable: ces cercles vicieux sont entretenus par une sorte de mécanisme d’inertie et d'entrainement activé par le simple fait que le laisser faire vaut encouragement à faire...

Un exemple, parmi d'autres, illustre bien ce fait: la destruction de la forêt amazonienne. Cette destruction, dont une part est motivée par l' extension de cultures de soja pour l'alimentation du bétail, contribue directement (par les départs d'incendies) et indirectement (par la diminution de la surface de la forêt) au réchauffement climatique. Lequel réchauffement assèche les prairies en France (Lire ce billet) entrainant le recours accru aux importations de soja pour l'alimentation du bétail. Ce qui stimule la demande et augmente pour les acteurs économiques aux appétits insatiables l'intérêt de la déforestation...

Plusieurs observations s'imposent:

- La dépendance alimentaire du bétail sur le continent européen illustre le fait de l'économie de marché marche complètement sur la tête.

- Le gain de productivité que l'agro-industrie du Brésil obtient par la destruction irréversible d'un bien commun est injustifiable. Les intérêts à très courts termes ne priment pas sur les enjeux bien plus considérables à longs termes.

-  La relocalisation de l'agriculture - impliquant aussi des remises en cause des choix de production et des moyens engagés - est une évidence. Pourtant la collectivité (au niveau des États et de l'Eurore) ne se saisit pas encore vraiment de cette urgence. Seules, quelques communes et collectifs, certes, de plus en plus nombreux, se sont saisi de cette priorité.

Pouvons-nous continuer à être passif, quand ce qui est engagé dans un sens totalement destructif s'accélère de jour en jour?...

Prendre connaissances des trois projets du gouvernement qui menacent l’Amazonie française.

Destruction à grande échelle:

Nous sommes entrés dans l'ère où les moyens acquis par l'espèce humaine sont titanesques, et mis au service d'une agressivité, largement stimulée, au point de bouleverser de manière radicale les équilibres fondamentaux de régulation de la biosphère, consacrant le passage dans une nouvelle ère, bien périlleuse, baptisée anthropocène. Une ère façonnée par l'impact démesuré et incontrôlé des activités humaines sur la planète qu'il a colonisé de part en part. Les conséquences, qui en découlent - sur le climat et la biodiversité - sont déjà, pour partie, considérées comme incontrôlables...

Notre civilisation continue, pourtant, a promouvoir le recours à l'agressivité humaine, qui prend des formes de destruction pure et simple, de pollution généralisée et d'exploitation sans limite. Cette violence institutionnalisée dans les mécanismes politico-économiques consacrant la compétition à tout va et la religion du gain égocentrique est un fléau dont il est tabou de désigner l'origine et de dénoncer ouvertement la bêtise.

Pourtant les fait sont là. La destruction des espèces vivantes est largement avancée; la dérégulation du climat est devenue une réalité tangible dans tous les recoins de la planète. Ces réalités ne peuvent plus être discrètement mises de côté ou carrément démenties, depuis qu'elles sont  exhibées en pleines pages dans des rapports scientifiques implacables, hautement édifiants, officiels et régulièrement mis à jour par le GIEC et  l'IPBES.

Pollutions généralisées:

Les poisons, notre civilisation industrielle les connait et les produit avec une grande prodigalité! Jamais, sans doute, aucune civilisation n'a déployé autant d'inventivité, ni autant toléré ou venté leur usage...

Nos toxicologues ne savent plus où donner de la tête! Des métaux lourds aux micro-particules, des déchets radioactifs aux gaz à effet de serre, des perturbateurs endocriniens aux neurotoxiques... Une vraie panoplie de guerre! Telle est le déploiement de notre économie moderne et redoutablement destructrice.

Un tel arsenal... Est-ce bien raisonnable? Il y a là, peut-être, le symptôme d'un vrai problème comportemental, voir existentiel?...

Je suis de celles et ceux qui osent penser et prouver qu'il y a bien d'autres possibilités que la violence, le retrait du vivant et le combat même contre le vivant. Et, qui souhaite contrer les comportements destructeurs, qui sont d'une grande lâcheté et irresponsabilité.

Il existe aussi des pollutions biologiques par le transfert incontrôlé (et dans l'état actuel de la dérégulation du commerce international) d'espèces vivantes d'un écosystème à un autre, d'un continent à un autre, causant des désastres par invasions (espèces végétales et animales invasives) et contaminations (parasitage et contaminations diverses de grandes ampleurs...) Ces faits participent aux transformations de très grandes ampleurs et imparables dont les folles activités humaines sont responsables.

Exploitation sans limites:

La marchandisation galopante des biens et des valeurs (comme le savoir) a atteint les êtres vivants, eux-mêmes. Tout a aujourd'hui une valeur marchande, directement ou par les services  rendus. Le vivant réduit à l'état d'objet! De marchandise...

Ce qui n'a pas de valeur, le plus souvent par ignorance, est  détruit; et, ce qui en a encore, est malmené jusqu'à en obtenir tout ce qui peut être monnayable.

Aux rapports de vivants à vivants, c'est substitué un rapport objectif, mort. Il n'est plus question d'interaction entre des êtres vivants, mais de services qu'il peuvent rendre. Les abeilles rendent un service de pollinisation chiffrable; les humains, eux-mêmes, sont des "ressources" pour d'autres êtres humains, sans que cela clairement et suffisamment dénoncé...

Cet état d'esprit, quasiment généralisé, bien qu'extrêmement suspect, nous pollue toutes et tous; d'autant mieux que nous avons limité considérablement nos liens avec le vivant et que le niveau d'intériorisation des impératifs sociaux et économiques n'a jamais été aussi fort.

Nous sommes conditionnés par cet état d'esprit, plébiscité partout, d'exploitation du vivant.

Les prévisions de ruptures:

 Il ne s'agit pas, pour moi, de tenter de faire des prévisions et encore moins des prophéties.

Cependant, je constate qu'il y a des tendances déjà bien affirmées qui peuvent conduire à différentes sortent de ruptures, qui ne sont pas exclusives l'une de l'autre, et qu'il n'est pas inutile de prendre en considération:

- rupture de l'approvisionnement en ressources (par insuffisance de leur disponibilité par rapport aux besoins à couvrir)

- rupture dans les processus de production (par dérèglement durable des processus du vivant et/ou des mécanismes économiques)

- rupture de vison du monde (par overdose de pression morale, économique et sociale)

La rupture d'approvisionnement en eau, indispensable à toute vie, déjà vécue dans certaines parties du globe, est une menace croissante, pour les habitants de la planète, face au réchauffement climatique déjà engagé. Leurs conséquences sanitaires et politico-économiques ne sont plus prises à la légère.

Une rupture des processus de production pourrait venir d'une rupture d'approvisionnement en eau, mais aussi en pétrole, dont nos économies, notamment agricoles, sont très dépendantes. Ce serait alors une rupture de ressources, qui entrainerait une rupture dans la production. Le désordre économique et social qui en suivrait parait assez difficile à imaginer...

La recrudescence des catastrophes naturelles dues au réchauffement climatique (inondations, tempêtes, ouragans, cyclones, sécheresses...) coute de plus en plus cher. Ce coût pourra-t-il continué à être absorbé? Il semble déjà que les victimes de cyclones au Sud des États-Unis soient, plus ou moins abandonnées, à leur sort. (Lire cet article concernant l'ouragan Katrina)

Des ruptures de services rendus par les écosystèmes, qui ont des répercutions sur le dérèglement climatique et la production alimentaire ne sont pas du tout à exclure à termes, si aucune mesure d'ampleur, comme celles suggérées dans le dernier rapport du GIEC, ne sont prises.

Cela amène à une rupture, encore très peu évoquée, qui consiste dans le choix, délibéré ou non, par les êtres humains d'une vision du monde radicalement différente de celle qui nous a conduit jusqu'ici. Cela parait improbable pour la majorité des personnes parfaitement conditionnées par l'idéologie ambiante et dominante.

Mais il y a déjà un grand nombre de nos semblables qui vivent, plus ou moins, en marge de notre civilisation; ou s'en sont volontairement détaché. On compte parmi ceux-ci, les laissés pour compte des catastrophes naturelles ou économiques, les victimes non consentantes de cette pression économico-sociale qui ne fléchit pas; mais, également, les survivants d'un lessivage idéologique interplanétaire: héritiers culturels d'ethnies dites primitives, amoureux de la nature et de l'être humain, libre-penseurs de tout poils, parmi lesquels j'ai la prétention de m'inclure...

Cette rupture de vision du monde peut être à la fois la conséquence, mais aussi, en partie, le remède aux conséquences des ruptures présentées avant.

Se consacrer aux finalités:

 "Demandons-nous si nous avons le droit de nous donner tout entier au développement des moyens, remettant à d'autres temps et d'autres gens le soin de considérer les fins?" nous interroge Lanza del Vasto, philosophe italien du XXe siècle.

Pour cela, il va falloir inévitablement se débarrasser de l'obsession du court terme; et utiliser cette autre capacité de notre cerveau et de notre cœur, l'interaction assumée avec le vivant et la vision à long terme qui seule peut donner des perspectives.

 

Document 1: L’exposition des abeilles aux pesticides Source Blog Médiapart

Document 2: Complicité de malfaiteurs contre l'humanité...  Source Blog Médiapart

Document 3: La science prédit l'effondrement de notre civilisation industrielle Source notre-planete.info

Document 4: La Permaculture, outil au service d'un changement de paradigme Source www.lejardindeshappycuriens.com

Extrait; "Le trait de génie de la Permaculture est que c’est à la fois un outil pour matérialiser concrètement cette nouvelle pensée systémique globle ET un moyen de prendre conscience de ce changement de paradigme (...) Quand on pense en termes de systèmes, nous sommes fondamentalement conscients des conséquences de nos actions et nous savons qu’il n’existe rien de telle qu’une externalité. « Au loin », « ailleurs » n’existent pas. Dans une pensée systémique globale, la pollution ou la souffrance humaine ne sont pas des sous-produits accidentels de la fabrication de pseudo richesse ; ce sont des produits centraux, qui soulignent un mauvais design (...) La Permaculture nous donne des méthodes concrètes pour que notre nouvelle compréhension du monde devienne réalité. C’est la boîte à outils que les mouvements de justice sociale et écologiste peuvent utiliser pour manifester leur vision d’un monde meilleur."   Toby Hemenway, auteur et formateur en Permaculture.

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